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Kiarostami au Louvre 3

KIAROSTAMI AU LOUVRE

3ème Temps : le Temps des courts et des cris

Projection de « Yalda », un programme de courts-métrages, et Echange avec le public

Pour la clôture de cet événement autour du cinéaste iranien et profitant des Journées du Film Court, la Louvre a programmé pour cette fin du monde une série de courts-métrages, certains très anciens (Le Pain et la Rue, tout premier film réalisé par Kiarostami pour l'Institut du Développement Intellectuel des Enfants et des Jeunes adultes), d'autres bien plus récents et expérimentaux (Sea Eggs, long plan fixe qui aurait pu figurer dans Five).

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Une programmation assez éclectique, donnant plusieurs facettes du cinéaste et de son parcours. Certains films répondaient par exemple à un souci de pédagogie dans le cadre de l'Institut, comme avec l'amusant et démonstratif Deux solutions pour un problème, ou encore le didactique Rage de dents, court-métrage interminable où il est exposé l'intérêt de bien se brosser les dents. Le Pain et la Rue ou La Récréation cristallisaient quant à eux les débuts de Kiarostami cinéaste, à travers le rapport à l'enfant, mais aussi une certaine cruauté mêlée d'humour. Dans chacun, un enfant se retrouve effrayé et brisé dans son désir par l'environnement alentour : un chien hargneux qui interrompt la course folle de l'un dans les rues, ou une altercation avec une bande de garçons jouant au football pour l'autre. En outre, le cinéaste avait apporté deux récents courts-métrages expérimentaux, tous deux présentés à l'occasion d'installation vidéo, No et Sea Eggs, forts novateurs et intéressants. Enfin, cette soirée était l'occasion de revoir le très amusant et touchant Le Choeur, un très beau court-métrage sur un vieil homme ayant la manie d'éteindre son appareil auditif.

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Ce qui se démarquait justement de cette sélection de courts-métrages, c'était l'extraordinaire travail sur le son et le mixage sonore, fondamental chez Kiarostami. Tout comme l'image, le son est bien souvent manipulé, détourné, mais aussi rendu à un espace de liberté et de pureté essentiels dans la conception du cinéma de l'artiste. Le Choeur joue ainsi habilement sur l'opposition entre le silence lent et contemplatif du vieil homme, pris dans sa « cérémonie du thé » (l'influence d'Ozu se fait sentir dans ces plans) tandis que les petites filles scandent en choeur un vigoureux « Grand-père, ouvre la porte ! ». Même jeu d'opposition dans Le Pain et la Rue, où les aboiements agressifs du chien viennent briser la paisibilité de la rue, ou dans Rage de Dents, où l'interview du médecin est sans cesse couverte par les gémissements de l'enfant soigné. Le travail sonore trouve toute sa force dans les deux derniers films présentés : dans No, le « non » délivré timidement, mais fermement, par une petite fille lors d'un casting, devient incarné, à l'image, par une série de plans muets où d'autres filles affichent la même négation. Le mot, la parole prononcée devient paradoxalement plus forte avec son absence même dans le sonore. En contrepoint, Sea Eggsexplosait de cris et de texture sonore. Dans un montage donnant l'illusion d'un plan-séquence, le mixage sonore rend le plan d'une terrible cruauté, où le mouvement d'oeufs en bord de mer balayés par les vagues trouvent leur incarnation dans des cris d'oiseaux, transformant un petit événement invisible en un déchirant appel au secours.

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Cette dernière projection était suivie d'une rencontre (rencontre qui avait manqué après Five), toujours soutenue par l'excellente traductrice habituelle du cinéaste. Pour cette soirée d'hiver, Kiarostami était toujours aussi modeste et empli d'humour comme de mystère, expliquant « à l'attention des étudiants de cinéma » comment il avait conçu le montage habile de Sea Eggs, mais se refusant à donner une symbolique ou une définition à sa vision du cinéma. 

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