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  • A l'affiche...

    à l'affiche...

    La Poussière du Temps

    un film de 2008 de Théo Angelopoulos

    Une oeuvre vibrante, à la cinématographie sublime, prenant le pari audacieux de faire jouer des acteurs de diverses origines dans un ensemble aux temporalités mêlées, de l'historique à l'intime. Et dont la critique à venir ne manquera pas d'en vanter les qualités et la profonde humanité.

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  • Hitchcock

    Hitch, le grand-guignol

    HITCHCOCK ­- Sacha Gervasi

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    Le principal intérêt de ce biopic d'Hitchcock réside dans la place accordée à la femme du « Maître du suspense », Alma Reville, incarnée par Helen Mirren, qui fut presque coréalisatrice sur les principaux succès d'Hitchcock, comme ici Psycho. Par ailleurs, les quelques séquences intelligentes du film sont celles qui décrivent dans l'efficacité la préparation et le tournage de ce film, montrant le remaniement du scénario, le choix du casting, le jeu de compromis avec la censure, le rapport technique, la complexité du montage ou la préparation de la campagne promotionnelle.

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    Le scénario et toute la réalisation font ensuite le choix de s'en tenir à une restitution de l'image médiatique d'Hitchcock. Tout y passe, toutes les anecdotes légendaires, les détails croustillants, et l'interprétation d'Antony Hopkins, tout comme son grimage, ne sont là que pour illustrer et renforcer l'incarnation concrète de ce que l'on savait déjà. Le film force totalement l'image médiatique sans même se poser la question de l'ambiguïté ou du détail. Le régime imposé à Hitchcock annonce totalement une scène de goinfrerie nocturne devant le frigo ; et ses allusions coquines allié à la vie conjugale pudique de l'époque emmènent d'emblée sur le lourd chemin vers le fantasme des blondes hitchcockiennes.

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    Chose peut-être amusante, mais traduisant bien la faiblesse du film, ce biopic s'avère l'exact contrepied d'un film d'Hitchcock. Les cauchemars vécus et mis en scène par le cinéaste pendant la préparation de Psycho s'appuient sur ce que rejetait totalement le maître du suspense, à savoir le principe classique du surgissement, où un visage de cadavre ou un coup de pelle nous sont jetés au visage dans le seul but de nous faire sursauter. Mais même au-delà de ce choix, le film ne va pas plus loin, s'enlisant dans une banale histoire conjugale. Le récit de la création de ce grand film méritait mieux que ces effets grand-guignol et cette écriture peu subtile. 

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  • Les Cinq Légendes

    LES CINQ LEGENDES (RISE OF THE GUARDIANS) - Peter Ramsay

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    Le titre original de la dernière production de Dreamworks décrit bien le premier sentiment soulevé durant le film : la première partie s'envole, dans une dynamique modernisation des légendes enfantines, secouant les figures définitivement bien trop traditionnelles des contes, redorant le blason de cette mémoire collective aux pays occidentaux pour leur donner l'attrait de l'animation volume.

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    Le personnage de Jack Frost cristallise une forme d'adolescence des légendes, fringant jeune homme ne pensant qu'à s'amuser et à survoler les quartiers qu'il gèle à sa guise. Le petit homme des neiges, invisible de tous, se fait élire par le mystérieux homme de la Lune pour être l'une des nouvelles Légendes, auprès de la Fée des dents, du Marchand de sable, du Lapin de Pâques, et du Père Noël. Nul doute que le point de départ s'accapare d'une vision traditionnelle de l'enfance, que l'équipe du film a fort ingénieusement rendue plus dynamique, à la fois entre le moderne et l'ancien. Ce renouveau, qui fait en grande partie le charme du film, passe d'une part par une re-stylisation des personnages et de la composante magique, d'autre part par la force de caractère insufflée à certains personnages – si on fait l'impasse sur l'unique protagoniste féminin, la Fée des dents, au comportement malheureusement bien caricatural et désuet. Hormis cette dernière, les personnages ne manquent pas de charme, ni leurs univers marqués par le dynamisme des scènes d'introduction que l'on connaît bien aux films d’animation américains : présentations survoltées, presque en plan-séquences, passant d'un objet à l'autre, surprises visuelles, vibrance des couleurs et virtuosité de la mise en scène. De plus, une certaine esthétique propre au pouvoir de Jack Frost donne une vraie beauté au film, le givre étant représenté par une explosion quasi calligraphique de fleurs.

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    Cependant, une fois passées les premières émotions et les belles surprises visuelles, le scénario conventionnel et les codes du films d'action, toujours en phase avec un certain manichéisme, reprennent le pas sur ce qui s'annonçait comme d'originales pistes et prises de risque. Dommage.

    La déception agit en particulier au niveau du personnage du « méchant », le charismatique Pitch, qu'on pourrait interpréter comme une forme de croque-mitaine. Ce personnage soulève bien le défaut qui émerge souvent dans les productions Dreamworks ou Disney, à savoir la mise en place systématique du manichéisme dans leurs univers, alors que les studios Pixar et Ghibli parviennent quasiment toujours à dépasser cette vision limitée dans leur récits pour enfants. Pitch présentait une nuance intéressante : derrière la classique silhouette sombre et diabolique sont insufflés des propos sur le manque de reconnaissance et l'angoisse de la solitude, ce méchant étant le miroir des mêmes questionnements que Jack Frost se pose quant à son statut de légende. Or, cette ambiguïté, alliée à une esthétique expressionniste (avec une référence assumée à Nosferatu de Murnau notamment), se trouve vite gommée et déconstruite par la longue séquence finale d'affrontement.

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    Bref, un film qui prend son envol sur une première partie, emportant joyeusement son spectateur dans la diversité de ses univers, mais qui ne parvient pas à prendre plus de risques, comme encore engoncé dans une vision traditionnelle du film pour enfant. 

  • Alceste à bicyclette

    Des Acteurs sans acteur

    ALCESTE A BICYCLETTE – Philippe Le Guay

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    Alceste à Bicyclette pointe très exactement le défaut de ces films français sympathiques, au sujet alléchant, et dont la qualité découle d'une place prépondérante accordée à la direction d'acteurs et aux interprétations. Lambert Wilson et Fabrice Luchini sont en effet les points forts de cette comédie légère – légère non pas forcément par la douceur du traitement, mais plutôt pour qualifier l’absence flagrante de comique ou d'humour dans le film de Philippe Le Guay. Car ce sont uniquement les joutes verbales et les interprétations des deux comédiens qui déclenchent le rire, et non pas les situations ou les quelques gags disséminés dans le film (la bicyclette, le jacuzzi). Le scénario, et par-delà la réalisation, manquent en effet cruellement de parti pris ou de volonté, s'effaçant de manière à rester lisse et fluide, comme ne voulant pas trop froisser l'image de ses deux acteurs principaux. Pourtant, il y avait là matière à provoquer, ébranler, jouer avec l'image de ces comédiens ou de ces figures d'acteurs. Or, le film en reste à une image assez lisse, ne sachant pas s'il doit caricaturer ou bien adoucir le portrait. Le personnage de Lambert Wilson est à cet égard très révélateur, sorte de star du système qui se veut garder une intégrité. La maladresse des situations dans lesquelles est placé ce personnage fait que le film semble sans cesse hésiter entre une image positive et une image caricaturale. Et ce n'est pas la romance vaine – non seulement au niveau de la dramaturgie, mais aussi au niveau de sa place dans le film – avec l'Italienne Francesca (Maya Sansa, déjà aperçue avec plus de charme dans Voyez comme ils dansent...) qui aidera ce personnage à présenter son intérêt.

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    De cette ballade agréable sur l'île de Ré, mais sans grande pertinence sur la réflexion du rôle de l'acteur, enchaînant des répétitions semblant vaines et pointant rarement le plaisir et la complexité du jeu, un petit élément se détache, et qui aurait pu mener à la vraie originalité manquant au film. C'est le travestissement final du personnage de Serge, incarné par Fabrice Luchini, qui se pare de son costume de théâtre pour arpenter les rues de la ville. Il y avait là une pointe d'absurde et de mélancolique à la fois, enrobant le personnage de Luchini, bien plus intéressant que celui de Wilson, et touchant, par une unique fois, la vraie ambiguïté d'un acteur vis à vis du rôle qu'il doit interpréter et magnifier.

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    Alceste à Bicyclette est ainsi bien plus un film avec des acteurs avant d'être un film sur l'acteur. Comme des acteurs sans leur sujet qui est l'acteur et qui semble toujours leur échapper, aussi bien à eux qu'au réalisateur. Comme beaucoup de ses compères français, le film semble ainsi toujours esquisser, s'éloigner, se détourner de son sujet, ne prenant malheureusement pas le risque de véritablement l'embrasser.