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  • Monstres Academy

    Monstres, premières classes 

    MONSTERS UNIVERSITY – Dan Scanlon

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    Le film fait d'abord le choix judicieux de ne pas s'attaquer à une suite de l'excellent Monstres et Cie, entreprise qui aurait pu se révéler catastrophique tant le film de Pete Docter se finissait en beauté, avec une tendre et émouvante séquence finale. Ici, il s'agit, pour la nouvelle équipe de Pixar, de s'attaquer à un prequel, moyen de renouer avec l'irrésistible tandem Bob-Sulli – Mike et Sulley dans la version originale - les deux héros du premier volet.

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    Monstres et Cie nous proposait une relecture de la peur enfantine du monstre, où se mêlaient le rapport à l'enfance, mais aussi l'amitié et les sentiments humains, le tout dans un joyeux et pétillant univers déluré et traversé de références à Alice. Monstres Academy balaie cette ambition pour s'attaquer de près à l'univers du teenage movie. L'univers monstrueux est pleinement assumé, et toute l'entreprise réside sur la représentation déguisée de l'université, transposant l'atmosphère d'une école – par ailleurs très proche de la vision d'une école britannique – au beau milieu de l'effervescence des créatures en tous genres. La doyenne de l'école est une sorte de veuve noire, mélange de mille-pattes et de guêpe, le chef des Roar Omega Roar joue les durs comme un scarabée bien musclé, et les jeunes filles de l'université constituent un groupe de Méduses avant d'être un groupe de pom-pom girls. Chaque détail est transformé pour figurer un lieu commun et une atmosphère festive et bardée de références au monde scolaire.

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    Dans cette optique, le film mise sur un postulat bien prenant au milieu scolaire, à savoir le conflit entre les puissants et les vulnérables. Les monstres les plus musclés, les plus corpulents et les plus terrifiants physiquement s'apparentent à des clans de caïds qui passent leur temps à remporter la popularité et ridiculiser les monstres au physique « ingrat », autrement dit, sans réelle capacité d'effrayer. Le scénario s'attache dans ce cadre à Bob, alors que Sullivan était le héros de Monstres et Cie. Quelques clins d'oeil sont disséminés pour les connaisseurs du premier film, comme la présence du personnage de Léon, futur rival de Bob. Cela dit, le ton du film demeure fondamentalement différent du premier volet. En ce sens, Monsters University paraît ainsi plein d'originalité et de nouveauté, allant sur un registre beaucoup plus déjanté et burlesque que Montres et Cie.

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    Là où le film de Dan Scanlon pèche, c'est au niveau des caractères et abordés et des ressorts de l'action. Le divertissement est certes efficace, mais sans réel impact ou renouveau quant au genre de l'animation. Le récit se plie à une série de péripéties et compétitions menées dans le but de rendre raison à l'équipe de Bob, constituée de bras cassés, et de souder définitivement l'amitié entre le petit monstre vert et l'ours Sullivan. Il n'y a au final pas de réel chamboulement de l'ordre des choses, le cadre étant là pour servir une classique histoire de réconciliation à plusieurs niveaux. De même, les personnages secondaires présentent moins de force et de caractère que ceux de Monstres et Cie : la doyenne de l'école – doublée en français par Catherine Deneuve - en reste à son charisme, apparaissant toujours de manière expressionniste ou le rival de l'équipe adverse n'est qu'un prétexte aux questionnements de Bob. L'équipe des Oozma Kappa se révèle plutôt amusante, et le film gagne justement plus de dynamisme avec leur présence, diversifiant un peu les psychologies. Quant au tandem Bob-Sullivan – tout de même servi par le même doublage français excellent – il reste fidèle à ce que déployait le premier, sur un contraste de caractères et de formes, les échanges s'avérant toujours aussi hilarants entre le fringant Sullivan, type même de l'adolescent populaire et nonchalant, et le surexcité Bob Wazowski, le personnage le plus intéressant dans cet univers, car envahi par une succession d'expressions et d'émotions.

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  • Iron Man 3 / Star Trek 2 / Man of Steel

    TROIS BLOCKBUSTERS

     

    Iron Man 3 – Shane Black

    Star Trek : Into Darkness – J.J. Abrams

    Man of Steel – Zack Snyder

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    Parmi ces trois blockbusters, l'un vise à faire relancer une franchise suite à l'échec de la tentative de Bryan Singer, l'autre est une suite à la ré-adaptation au cinéma de l'univers de Star Trek, et le dernier se révèle la conclusion d'une trilogie. L'enjeu de tels films à gros budget est bien souvent de satisfaire autant les fans des univers que de faire découvrir un personnage, rendu moderne au maximum, à un large public. Certains connaisseurs se chargeant bien mieux d'analyser les choix et les effets de prolongement ou de rupture s'exerçant dans ces films vis-à-vis de leurs univers originels ou des précédents adaptations, attardons-nous plutôt sur les qualités ou les défauts de ces films à divertissement, tous trois plus ou moins marqués par l'effet « Dark Knight » et la patte de Christopher Nolan. Man of Steel est le premier concerné par cet héritage, puisqu'il est produit et écrit par le réalisateur des trois Batman, et également orchestré par Hans Zimmer. Or, il se révèle bien vite le plus raté sur ces trois dernières sorties, tandis que Iron Man 3 et Into darkness présentent bien plus d'efficacité... et de finesse concernant le genre.

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    Il faut d'abord passer par l'écriture des personnages, puis le casting, pour expliquer cette déception vis-à-vis du nouveau film sur Superman. Chacun des trois présentent une belle pléiade d'acteurs, bien souvent réunis pour créer des jeux d'opposition et des contrastes de caractères (les tandems Tony Stark – Pepper ; Kirk – Spock ; Jor-el – Zod) . Dans Star Trek ou Man of Steel, les héros font ainsi face à des méchants ambigus, motivés par des sombres motifs et portés par une certaine dose d'humanité. La tendance est autant à dramatiser l'action qu'à présenter des protagonistes torturés psychologiquement, en proie à des dilemmes ou des désirs de vengeance très marqués. En ce sens, le personnage de Khan se révèle le plus réussi des deux, celui en comparaison de Zod versant plus dans la caricature et sans réelle subtilité, notamment parce que le Superman incarné par Henry Cavill en face affiche une conviction totalement absurde et ne vient pas une seule fois dialoguer avec Zod. La brusque réaction désespérée de Clark à la fin du film se révèle dans ce cadre plus un cliché poussif, tant le film mise uniquement sur un affrontement physique et destructeur entre les deux. De plus, le personnage joué par Henry Cavill se révèle vite sans épaisseur psychologique, dont la personnalité est composée par d'insipides flash-backs. L'adaptation de Star Trek propose quant à elle des caractérisations plus intéressantes. Elle propose ainsi, sur la première partie du film, une opposition jouant autant sur la symétrie que sur le rapprochement, Khan partageant avec Kirk la même volonté de protéger ses compagnons, ces deux tendances symbolisées dans la mise en scène de l'emprisonnement à bord de l'USS Enterprise.

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    Into darkness est en effet le plus équilibré en ce qui concerne les performances d'acteurs. Face au tandem irrésistible entre le pimpant Chris Pine et le sobre Zachary Quinto, Benedict Cumberbatch incarne un Khan avec son élégance habituelle et apporte une touche d'ambiguïté par son jeu raffiné et très prudent. Il est clair que la charisme de l'acteur britannique, déjà à l'oeuvre dans l'excellente série Sherlock, a dû inspirer J.J. Abrams pour l'écriture de son personnage, présentant des motivations pour une fois assez ambivalentes, mais également dans sa réalisation, la silhouette de Cumberbatch imposant des choix de plans impressionnants, à tel point qu'il évoque, avec son grand manteau et ses épaules carrées, la même stature qu'un Batman. Il reste cependant dommage que Khan bascule, sur le dernier tiers du film, dans l'habituelle image du méchant solitaire et destructeur.

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    Iron Man 3 est quant à lui le seul à jouer la carte de la dérision, voire auto-dérision, à l'encontre du genre du film de super-héros. La star Robert Downey Jr y peaufine son jeu ludique, dressant un personnage à la fois agaçant et attachant. Mais, plus encore, l'auto-dérision atteint le personnage du Mandarin, auquel le scénario ose imposer un twist totalement dérisoire et en même temps en phase avec l'univers de Shane Black, qui s'amusait dans l'inégal Kiss Kiss Bang Bang à faire voler en éclat certains lieux communs du genre. Dans le cadre de ce film, pas de conflits de caractère (alors qu'il en subsistait dans les deux premiers volets) mais plutôt un conflit interne au personnage de Tony Stark. la vacuité du grand méchant pousse dans ce cadre à rapporter l'attention sur la fameuse ambivalence qui anime Stark : seul super-héros qui étale son identité, affichant une vie de luxe et d'opulence au lieu de miser sur la discrétion – il donne son adresse face aux caméras – et dont la particularité réside dans un résidu étranger à son organisme, qui lui donne ses pouvoirs mais met aussi sa vie en danger. Iron Man 3 semble ainsi revenir à son personnage principal, le remettant dans une certaine vulnérabilité et révélant de fait ses atouts en tant qu'humain scientifique bien avant de montrer la phase – bien moins intéressante – du super héros à l'épreuve. En témoigne ainsi une fabuleuse séquence d'infiltration où le milliardaire dégomme tous ses ennemis à l'aide de gadgets bricolés et de quelques bouts de ficelle. Cette entreprise d'auto-analyse se conclut avec la séquence à la fin du générique, amusant clin d'oeil aux Avengers, où Stark finit le récit allongé sur un sofa auprès de Bruce Banner.

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    Des trois films, la réalisation de Shane Black se révèle la plus audacieuse, hormis sur une dernière partie explosive et quelque peu épuisante, comme rassemblant tous les effets nécessaires pour une banale bataille épique. Plus amusants se révèlent dans ce film les jeux de destruction, explosion, dissémination des armures ultra-sophistiquées du scientifique, et qui se font l'écho des particules corporelles composant le corps des ennemis face au super-héros. Ce conflit entre mécanique et organique peut se retrouver dans Man of Steel, plus intéressant sur le point de vue formel. Le film de Snyder confronte les textures et les esthétiques terrestres et extra-terrestres, à travers une réalisation stylisée qui se rapproche vite su jeu vidéo dans les séquences de combat. Ces frottements intéressants entre plusieurs décors ou costumes – le cuir à la fois rugueux et sensuel de la combinaison de Superman contre la complexité des armures de l'équipe de Zod – virent cependant vite à des mélanges hideux et des séquences d'affrontement quasi-illisibles sur la dernière partie du film. Face à cela, les bien plus claires et élégantes parties de cache-cache proposées par l'hologramme Jor-el, interprété par un impeccable Russell Crowe, dans les couloirs des vaisseaux apparaissent comme le seul élément honorable et efficace de cette adaptation de Superman. Plus élégant se révèle l'esthétique de Star trek, qui parvient à établir l'équilibre entre la poignée d'humains et le gigantisme du vaisseau. Contrastes de formes et compositions dissymétriques viennent cerner les batailles dans l'espace, où la dynamique de commandement du vaisseau distille un esprit d'intense activité et de tension permanente.

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    Ces trois blockbusters démontrent bien les risques et les nouveautés du genre. Le film de super-héros peut autant devenir un terrain d'expérimentation et de jeu de retournement, comme continuer à froisser son image (Iron Man 3) ou encore le faire basculer dans un conflit (Man of Steel), mais aussi ne pas parvenir à le débarrasser de clichés poussifs, où la forme des affrontements écrase toute entreprise psychologique (Man of Steel). L'ambition épique des trois est l'occasion d'épouser diverses esthétiques et d'en composer des séquences parfois magistrales, mais l'efficacité de certains (Iron man 3, Star Trek) repose avant tout sur une redoutable écriture des personnages et des interprétations pleines de justesse.

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  • Le Passé

    Mouvement de retour

    LE PASSÉ– Asghar Farhadi

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    Le nouveau film d'Asghar Farhadi souffre malheureusement de la comparaison avec le succès de son précédent, Une Séparation. Pourtant, la comparaison a -t-elle raison d'être lieu ? On reconnaît certes le style de Farhadi, avec un scénario dont la clé est le secret et la traque de la vérité derrière une série de témoignages et de leurs conséquences, et une mise en scène au plus près des effets d'encadrement, de cloisonnement, de tension entre les personnages. Cependant, Le Passé est un film français, ce qui le distingue des autres films du réalisateur tout en constituant son handicap. Jusqu'à présent, la recherche du pardon et de l'absolution (Les Enfants de Belle-Ville), la disparition d'Elly (À propos d'Elly...) ou la lutte des classes (Une Séparation), constituaient des points forts d'intrigue en relation directe avec la situation de la société iranienne. Avec Le Passé, il nous vient ainsi à l'esprit les mêmes interrogations que pour Abbas Kiarostami et ses deux derniers longs-métrages, sur le rapport entre un cinéaste aussi imprégné par sa propre culture et un pays et une production étrangers.

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    Est-il ainsi possible de trouver, dans le scénario de Farhadi et dans la constitution de ses personnages, une confrontation directe avec les problèmes de la société française ? Là où la séquence d'ouverture avec l'arrivée de l'ancien mari iranien semble poser les bases d'un questionnement sur l'exil et la distance, le film nous emmène ensuite vers une autre intrigue, celle de la possibilité, ou impossibilité, à balayer ce qui s'est passé. Dès le début, les personnages de Marie et Ahmad se retournent en arrière dans la voiture, erreur fatale et introduisant un titre pour le moins rétrospectif, qu'un effet de mouvement d'essuie-glace tente de balayer. C'est ainsi bien plus une problématique universelle que saisit l'histoire de ce couple divorcé, à savoir celle du changement et de la capacité à repartir. Or, chacun va devoir, afin de permettre le retour au présent, traquer le passé et en définir les événements, quitte à en souffrir. Le personnage, vibrant et angoissant, de la jeune Lucie, cristallise totalement cette problématique, prise entre deux mouvements d'aller et de retour, mouvements qui prendront une véritable force durant la séquence finale, magistrale dans sa mise en scène.

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    De fait, le choix de Paris et d'acteurs français se révèle plus un moyen d'incarner une forme d'universalité. Hormis quelques menus détails quotidiens et typiques – la pluie, le métro, la banlieue et la grisaille – le film ne dresse en aucun cas une image de la société parisienne, étant bien plus dans l'intimité totale de ses personnages. On voit ainsi, dans ce dernier film de Farhadi une forme de retournement de son style habituel : l'écriture de son histoire ne s'y déploie plus comme une métaphore déguisée des interrogations et paradoxes de sa société, mais pousse vers un microcosme des relations familiales entre une poignée de personnages. Le film émeut, aussi bien grâce à la précision du scénario et de la mise en scène, tout autant que les prestations d'acteurs, mais n'atteint pas la force ni la pertinence des précédentes réalisations. Le Passétémoigne néanmoins d'un certain sens de l'ambiguïté que peu de films réussissent à transcrire à leurs protagonistes. Encore une fois, Farhadi parvient à nous emmener sur de fausses pistes avec son titre et sa situation, tout laissant à croire que ce passé concerne forcément celui du couple divorcé, alors qu'il désigne, en réalité, les événements en lien avec l'autre famille, celle du nouveau compagnon de Marie.

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    Si Le Passé prouve une fois de plus la capacité de Farhadi à diriger et filmer des acteurs dans des rôles emplis de finesse, cernant aussi bien leurs forces que leurs failles à travers une réalisation au plus près de leurs mouvements et de leurs hésitations, cette qualité trouve sa force dans la présence des enfants. Témoins, tout au long du récit, du drame qui travaille leurs parents, leur présence se révèle certes minime mais néanmoins explosive dans les rares séquences où ils sont présents. Farhadi a réussi là où beaucoup de cinéastes français ne parviennent pas, c'est à dire réussir à saisir, en toile de fond, l'ambiguïté qui anime un enfant, à la fois attaché à l'adulte, mais aussi capable de l'ébranler par son regard particulier sur les événements. Une telle justesse mérite d'être soulignée, même si le film ne bouleverse pas autant qu'on aurait pu l'espérer.

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