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Les Mains de Camille

Sculpter l'évocation

 

LES MAINS DE CAMILLE

Cie les Anges au Plafond

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Après leur récent succès au festival de Charleville-Mézières, il est temps de revenir sur la nouvelle création de cette compagnie de marionnettes, centrée autour de l'univers de Camille Claudel.

Les Anges au Plafond nous avaient déjà embarqué dans leur univers plastique, musical, et mouvementé avec les très belles adaptations des tragédies d'Antigone et d'Oedipe (Une Antigone de Papier et Au fil d'Oedipe). Ici, le travail de la Cie prend une nouvelle direction avec cette restitution de la vie tragique de Camille Claudel. Tout au long du spectacle, Camille tourne autour d'une sculpture inachevée, s'accroche à sa création, court après la perfection, peste après les critiques d'art, se passionne... Les états d'âme de ce personnage se succèdent comme autant de tableaux animés, portés par l'énergie de la Compagnie, qui fait une fois de plus appel aux talents combinés des marionnettistes, des chanteurs et des musiciens. La narration est, une fois de plus, déstructurée, constituée de moments-clés dans la carrière de l'artiste, de ses jeux d'enfance à sa vie angoissante à l'asile, de sa première sculpture à sa première rencontre avec Rodin, le tout embrassé dans une dynamique flamboyante. La relation amoureuse se trouve ainsi formidablement dépeinte par des jeux d'ombre et de contrastes entre la silhouette fine de Camille et la barbe imposante de Rodin.

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En outre, ce très beau spectacle parvient à éviter l'imitation pour aller vers le travail, plus intense et délicat, de l'évocation. Les papiers des Anges au Plafond – qui, à chaque spectacle, nous offrent des structures plastiques différentes et toujours inattendues – construisent des formes, incarnent la matérialité de la sculpture en train de se créer, évoquent tantôt le mouvement de La Valse, tantôt la courbure de Dana, tantôt la sensualité tragique de l'Abandon... En outre, le théâtre d'ombres, les choeurs féminins et les ensembles à cordes participent à cette entreprise d'évocation, s'appropriant bien plus l'oeuvre et l'esprit de Claudel plutôt que de reconstituer sa réalité. Un moment du spectacle, particulièrement fort, fait assister à la naissance superbe, d'un dos nu, palpable et vivant, sous les mains en papier de la marionnette Camille.

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Face à cette affirmation, le nouveau spectacle de la Cie amorce un véritable tournant dans leur carrière : la narration se révèle peu présente, laissant place à une certaine force dans le visuel, la manipulation, ou encore aux sons, divers et se mélangeant. Les Mains de Camille se rapproche alors de ces curieux objets qui apparaissaient à la même époque que sa tragique existence, ces petites théâtres de sons et lumières, retranscrivant le mouvement et la mélodie, et dont la délicatesse émouvante nous laisse un souvenir puissant. 

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