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  • Pasolini Roma

    EXPOSITION PASOLINI ROMA

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    Après la décevante exposition sur Jacques Demy – belle dans la forme mais un peu vaine sur le fond – La Cinémathèque présente actuellement un ensemble complet sur Pier Paolo Pasolini. Souffrant toujours de quelques handicaps – un parcours construit parfois dans des couloirs étroits, le chevauchement de plusieurs sources sonores dans une même pièce, certaines indications éparpillées à des endroits peu visibles – l'exposition offre tout de même un beau parcours parmi la vie du cinéaste-poète-écrivain et homme de lettres italien.

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    Photo de Tournage de "Mamma Roma"

    Partant de la ville-phare, Rome, le parcours relie le parcours du cinéaste à certains lieux emblématiques de la capitale italienne, passant des lieux d'habitations à ceux de rencontre, et ceux, bien évidemment, de tournage. Ce parcours très cartographié installe l'histoire de Pasolini dans une certaine singularité et rend l'ensemble fluide, d'autant plus que la masse d'information se révèle très dense. La plume du cinéaste se trouve ainsi largement privilégiée, choix appréciable car ouvrant l'exposition non plus seulement aux amateurs du cinéma, mais également à ceux de littérature, de poésie, de politique... On y découvre les engouements communistes de Pasolini, ses nombreux scandales ou réactions face à la société, ses écrits passionnés ou brisés... De nombreuses surprises font découvrir la proximité partagée avec certains grands noms, comme Giorgio Bassani, Alberto Moravia, Federico Fellini, Orson Welles, Anna Magnani, Maria Callas...

    Cette exposition sur Pasolini se révèle l'exact contraire de celle sur Jacques Demy qui eut lieu durant l'été 2013 : beaucoup plus dense, elle ne se contente pas de simples illustrations, mais offre aux visiteurs les réflexions du cinéaste et la richesse de son œuvre et de ses facettes.

    Le lien vers le site de l'exposition :

    http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/pasolini-roma.html

  • Sidewalk Stories

    Un Pauvre à New York

    SIDEWALK STORIES (1989) – Charles Lane

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    Certains ont salué l'innovation de The Artist à sa sortie. Pourtant, avant le film largement surestimé de Michel Hazanavicius, est sorti en 1989 Sidewalk Stories, utilisant exactement le même principe en hommage aux films muets.

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    Alors qu'Hazanavicius empruntait volontiers à Welles, Hitchcock, ou Stanley Donen, Charles Lane se place définitivement sous une influence majeure, et revendiquée, celle de Charles Chaplin. De ce dernier, Lane reprend quelques éléments burlesques, et surtout la portée sociale et le portrait de la condition des miséreux. Alors que les films de Chaplin reflétaient le quotidien des mendiants de manière générale, mais dépeignant néanmoins son enfance en banlieue anglaise, celui de Charles Lane se centre sur un contexte très précis en s'emparant des artistes de rue de New York, aussi en lien avec la condition des Noirs aux Etats-Unis. Un jeune portraitiste vivant dans un immeuble désaffecté va se retrouver à garder un enfant abandonné tandis qu'il rencontre l'amour de sa vie... A partir de ce récit simple, Lane nous conte une histoire tendre, sincère et sans lourdeur, assumant totalement ses liens avec Chaplin tout en se refusant à s'imposer comme un héritier.

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    Sidewalk Stories se rapproche en effet du burlesque ou du mélodrame chapliniens, sans jamais tomber dans l'imitation. Si certaines séquences sont des clins d'oeil directs et détournés à The Kid – la bataille entre les deux enfants, encouragés par des parents qui représentent la ségrégation raciale, puisqu'il s'agit du jeune artiste noir face à une femme aisée et blanche ; ou encore la course-poursuite pour sauver l'enfant – le reste du film donne plus dans une légèreté de ton plaisante et délicate. Charles Lane, ne pouvant atteindre les sommets de composition uniques au personnage du vagabond chez Chaplin, donne dans un protagoniste plus naïf, moins extravagant, et plus quelconque. Les gags ne partagent pas non plus la même dynamique : Lane est dans une légèreté, mais allant parfois vers la mélancolie, s'imposant plus comme un clown triste et se faisant surtout l'incarnation d'un exemple de vagabond newyorkais. Alors que Chaplin est dans dans une tonalité extravagante, absurde, avec son personnage, Lane va du côté d'un réalisme teinté de pointes poétiques, faisant le portrait des pauvres à New York.

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    Le noir et blanc de Sidewalk Stories saisit avec justesse la précarité de ce milieu, en même temps que sa singularité. La réalisation, souple et agréable, saisit le quotidien de ces petites gens, et ce qui se révèle le plus intéressant reste ce portrait, sans lourdeur ni dramatisation, des artistes de rue ou des mendiants, bataillant pour quelques billets. Certaines séquences montrent ainsi avec justesse la vie à New York, situant certaines scènes dans une bibliothèque, où viennent ceux de la rue pour se réchauffer, ou encore dans cette rue des artistes où se jouent les tours les plus improbables pour réclamer un peu d'argent et intéresser les foules.

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    La fin du film, poignante et habile, nous rappelle à une réalité, avec ce constat amer et nostalgique : le cinéma muet peut exister pour un temps, mais se laissera toujours rattraper par un cinéma parlant, plus proche d'un quotidien désespéré. Face à ce qui existe actuellement dans notre cinéma national, ce film de Charles Lane semble s'imposer comme une étonnante contre-réponse à ce cinéma réaliste.

  • Miele

    La jeune fille à la mort

    MIELE – Valeria Golino

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    Le premier film de Valeria Golino dégage une véritable sensibilité. Avec finesse et application, son portrait d'une jeune femme accompagnant en secret des malades vers la mort en leur fournissant des médicaments illégaux révèle beaucoup d'émotion.

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    Tous les matins, le personnage de Irene va nager dans la mer, face à laquelle elle habite, n'hésitant pas à affronter les vagues glaciales. Tout comme cet espace aquatique, Miele développe une véritable esthétique de l'immersion, de cette sensation d'apesanteur dans l'eau, et ce dès le premier plan d'entrée, où les contours de Irene se dessinent derrière une vitre opaque et sertie de motifs circulaires. La sobriété du ton tout autant que de la réalisation permettent cette esthétique, brossant en quelques scènes justes et sèches le portrait de cette femme qui apporte la mort, comme une succession de brasses intenses dans la mer. La description du trafic – la recherche des médicaments, les contacts éphémères au coin d'une rue, la préparation des cachets et des derniers vœux du patient – nous propulse ainsi dans cette existence particulière, et reste la partie la plus impressionnante du film, où la caméra saisit la rigueur tout autant que l'émotion de Irene, à travers des plans très composés, emplis de pudeur et de finesse. Dans ce film, Jasmine Trinca, actrice trop rare, bouleverse, enflammant chaque séquence par sa présence animale, magnétique.

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    Le scénario de Miele perd cependant en profondeur, laissant beaucoup trop d'éléments en suspens. L'histoire d'amour vécue avec un homme marié paraît ainsi peu crédible, s'effritant à la suite de vagues scènes d'amour ou de séparations. En outre, la volonté de brouiller les frontières spatio-temporelles fonctionne pour un temps, nous rapprochant de cette existence hors-norme et sans attaches, mais finit par fatiguer et se répéter. Plus convaincant se révèle la très belle amitié construite au fil des jours avec le vieil intellectuel désirant se suicider. Comme un échange de bons procédés, Grimaldi et Irene vont échanger, s'écouter, partager quelques repas dans le plaisir de laisser parler leurs propres solitudes et amertumes face à la vie. 

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  • Ma vie avec Liberace

    Monstruosité du luxe

    MA VIE AVEC LIBERACE (BEHIND THE CANDELABRA) – Steven Soderbergh 

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    Ma Vie avec Liberace est l'histoire d'un emprisonnement. Le dernier film de Steven Soderbergh embrasse le luxe de ce personnage à la personnalité tout autant libérée, exacerbée, que superficielle et trompeuse.

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    En saisissant les étapes de la rencontre, puis de la relation entre le pianiste renommé, star du petit écran, et son plus fidèle amant Scott Thorson, Behind the Candelabra dresse le portrait d'un homme vivant dans une totale superficialité. Celle-ci touche autant l'intime que la vie professionnelle, les étapes de la relation permettant de révéler peu à peu cette sidérante présence de l'artifice. Avec finesse, Soderbergh nous plonge dans cet univers, avec un regard teinté de cynisme et sans aucune lourdeur symbolique. Sa réalisation toujours élégante, volontiers romantique par moments pour nous laisser prendre au même piège que Scottie, vient reconstituer ce temple du luxe dans lequel vit Liberace, et en démontrer peu à peu l'horrifique réalité. Chaque sujet se retrouve ainsi contaminé par cette obsession de l'artifice, chaque sursaut de sincérité se révèle brisé par une fausseté monstrueuse. Le rapport à la sexualité de Liberace l'incarne bien, puisque c'est un thème qu'aborde incessamment le film, et ce de manière tantôt audacieuse, tantôt pudique, ce qui en fait une approche mettant mal à l'aise mais néanmoins efficace. Les dialogues affrontent le côté cru des propos du personnage sur le sujet, pour dévoiler peu à peu combien cette vision du sexe est calquée sur celle de peep shows et n'est en rien singulière au personnage. La présence régulière de statuettes, peintures, répliques, motifs de l'univers du pianiste dans les plans nous rappellent sans cesse à un quotidien fondé sur l'illusion, la copie et la représentation de lui-même ou celles d'autres univers superficiels.

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    Alors que Fedora ressortait sur les écrans français durant l'été, Behind the Candelabra semble faire écho au film de Billy Wilder. Un similaire rapport à la monstruosité, à l'artifice s'y retrouve articulé avec une forme ambiguë de l'éblouissement ou du sublime. Le film de Soderbergh interroge la fascination de l'artifice, du luxe, de cette apparence idéale et cachant la monstruosité. La très belle séquence d'ouverture introduit d'emblée ce rapport, sans pour autant l'imposer, le dessinant à travers un lent mouvement de caméra combiné à une délicate mise au point. Le profil de Scottie, assis à un bar de rencontres, se précise derrière les lumières étincelantes, celles-ci semblant incarner et annoncer l'ombre de Liberace et de sa performance sur scène. Ensuite, si le film nous confronte à la vision horrifique de Liberace à la fin de sa vie, la séquence finale vient contredire cette image par l'illusion dans laquelle se renferme Scottie. Tel un disciple s'imposant le mythe de Dorian Gray, le personnage incarné par Matt Damon se raccroche à son premier souvenir, captivé par un portrait lisse et immortel du pianiste.

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    Cette ambiguïté compose à la fois le malaise du film et sa force. Le ton oscille en permanence entre un humour grinçant, inquiétant, et des accents de tendresse. La composition édifiante de l'acteur Michael Douglas incarne au mieux cette dissonance, son visage oscillant à la fois entre la gentillesse et la rudesse, mi-féminin, mi-viril. Si le film de Soderbergh semble nous laisser incertains par cette dichotomie, c'est bien pour nous montrer combien l'ambiguïté reste nécessaire pour saisir les parts d'ombre de ce personnage.

      

    Note : Le numéro de septembre 2013 de Positif a consacré un excellent dossier à la carrière, aux thèmes et au style de Soderbergh, s'emparant tout autant de ses films expérimentaux que de ses films à gros budgets.

  • Mon âme par toi guérie

    Loin de l'apaisement

    MON ÂME PAR TOI GUÉRIE – François Dupeyron

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    Le nouveau film de François Dupeyron se révèle une expérience fort désagréable, notamment parce que la forme du film hésite entre plusieurs esthétiques, sans parvenir à définir sa singularité, et que le scénario reste maladroit, insipide et terriblement agaçant. Le point de départ de Mon âme par toi guérie propose une idée intrigante, celle de cet homme nonchalant et déprimé recevant tout d'un coup le don de guérison de sa mère, se retrouvant à porter un nouveau regard sur sa vie suite à cet événement.

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    Pour mieux saisir cette déception, le mieux est de s'attacher aux premiers plans du film, qui font se succéder à la fois une idée séduisante brutalement rompue par des choix manquant cruellement de singularité. Le premier plan, dynamique et efficace, nous jette à la figure un travelling accompagnant la moto vrombissante de Frédi, incarné par Grégory Gadebois, fier de son embonpoint, brillant sous le soleil et sur l'écoute tonitruante d'un air de rock. Alors que ce premier plan nous entraîne dans une sensation dynamique, teintée d'une forme d'héroïsme détonnante. Pourtant, une fois passé la fière balade, la seconde séquence du film ouvre sur la rencontre avec le père de Frédi (Jean-Pierre Daroussin, peu crédible...). Là, la réalisation de Dupeyron opère un virage violent et incompréhensible, renouant avec cette tradition d'un cinéma français réaliste, caméra à l'épaule et dialogues inaudibles, pris soudain dans une forme brouillonne et désagréable. Tout le film avancera de cette manière, par à-coups violents, par choix esthétiques très opposés et mal maîtrisés, nous dirigeant vers non seulement des formes, mais également des discours totalement différents. 

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    Car on ne sait où le film nous conduit au fil des séquences. Le récit se révèle chaotique, incertain, passant d'un thème à l'autre, de la célébrité momentanée du nouveau guérisseur à ses embrouilles avec sa fille ou encore avec le couple voisin de sa caravane, ensemble déjà pénible auquel vient se greffer la rencontre avec une alcoolique (Céline Sallette, l'unique interprétation talentueuse du film). Et parmi tout cela, difficile de cerner et saisir véritablement les changements psychologiques sensés traverser Frédi. Chaque séquence semble insister lourdement sur un de ses états d'âme, utilisant les événements comme prétexte à appuyer des émotions ou de lourds effets de style. Preuve en est, l'accident de moto, élément perturbateur au début du film, ne trouvera jamais sa conclusion, gommant rapidement les personnages de la mère et de son enfant pour les remplacer par une succession de disputes amoureuses ou de rencontres hasardeuses. En contournant trop son sujet, le film de François Dupeyron finit par le perdre de vue. 

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    Enfin, au-delà de cette confusion, Mon âme par toi guérie manque cruellement de sincérité. Les dialogues, pénibles et sans subtilité, alignent de nombreux stéréotypes, forçant les personnages dans des directions attendues. La description du milieu dans lequel vit Frédi se révèle maladroite, sans justesse, tandis que la réalisation installe et appuie un système d'une lourdeur symbolique consternante – caméra à l'épaule tressaillant à la moindre défaite ou sentiment d'urgence ; montage aux effets automatiques comme celui d'intercaler la même musique à chaque changement de séquence ; basculement en contre-plongée dès que le thème de la guérison apparaît dans le dialogue... Les mains de Frédi sont loin d'apaiser la terrible déception infligée par ce film.

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