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  • Prisoners

    Dans les maisons

    PRISONERS – Denis Villeneuve

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    Après Incendies, Denis Villeneuve se tourne vers le territoire canadien pour explorer les possibilités offertes par le thriller, changeant totalement de ton, d'atmosphère, et de partis pris. Incendies était une belle réussite, parvenant à inscrire une singularité au sein de l'oeuvre, dramatique et complexe, de la pièce de Wajdi Mouawad. Prisoners, lui, se révèle plus inégal, s'appuyant à la fois sur des partis pris intéressants mais ne réussissant pas à atteindre une véritable intensité.

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    Par son atmosphère, Prisoners rappelle tout d'abord Memories of Murder (Bong Joon-ho, 2003). La séquence d'ouverture de ce dernier s'ouvrait sur un paysage de campagne baigné par le soleil, presque romantique, atmosphère qui se retrouvait brisée dès la découverte du premier cadavre, le paysage se dégradant pour laisser place à une campagne grise et humide, accueillant le désespoir des policiers se retrouvant abattus par les actions d'un serial killer. Le même processus se joue dans Prisoners, où l'atmosphère semble se dégrader, au sens météorologique, au même rythme que les événements. Le climat canadien, fait de pluie, neige et giboulées, devient un ressort dramatique important, comme lors de cette séquence de confrontation entre le père (Hugh Jackman) et l'inspecteur (Jack Gyllenhaal), tous deux isolés dans sa voiture tandis que s'abat une tempête sur les vitres et le pare-brise. Ce temps houleux incarne les sursauts psychologiques et les nombreuses pistes faussées qui s'accumulent dans la recherche désespérée des deux enfants, parvenant pour un temps à construire une certaine angoisse et un phénomène d'incompréhension.

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    En outre, la photographie saisit volontiers, par plans d'ensemble et d'amples mouvements de caméra, le paysage glacé et ténébreux de la ville, entourée par des larges forêts ou des cours d'eau. Cette force du paysage, insufflée dès le premier plan sur la forêt où chassent Keller et son fils, reste malheureusement progressivement abandonnée au profit du scénario et des rebondissements d'une intrigue qui peine à se résoudre. Toute la dimension mystique qui surgit lors des recherches en forêt au début s'estompe au fur et à mesure, comme recentrant notre regard sur ce qui est la véritable clé du mystère, à savoir l'intériorité des lieux et de ces maisons de banlieue qui révèlent loin d'être des refuges, abritant bien souvent le danger. Mais le film perd de fait sa plus belle texture, nous dirigeant vers des éléments de résolution bien piètres et dans une tradition plus classique des conclusions de polars américains.

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    Alors que Memories of murder, pour filer la comparaison, glissait subtilement de l'humour et du pittoresque grotesque du commissariat rural à un drame angoissant, Prisoners emprunte dès le départ la voie d'un psychologisme lourd. Les personnages se trouvent accaparés de comportements sombres, étant bien souvent tourmentés, renfermés, tout aussi impulsifs que les suspects arrêtés. Ce choix, bien ambitieux, il faut l'avouer, reste assumé, mais apporte un résultat inégal. Certes, la partie la plus forte, la plus ambiguë, demeure les actions du personnage d'Hugh Jackman, Keller, ce père de famille très conservateur, religieux, mais croyant également à la chasse, à la traque, et qui décidera de torturer un suspect – Paul Dano, toujours aussi excellent dans un nouveau rôle à contre-courant. Si la part psychologique et la dénonciation du comportement se révèlent forts et prenants, les choix de Denis de Villeneuve sur cette partie se révèlent parfois frôler l'exagération, s'appuyant sur la facilité de nous confronter à des images d'une extrême violence, s'attardant par exemple inutilement sur le visage boursoufflé et battu de la victime. De même, certains des éléments de résolution, nous amènent à des coups de théâtre faciles et grotesques, là pour plus pour choquer et créer le dégoût. Avec Incendies, Villeneuve parvenait à créer une véritable ambiguïté ou un malaise étrange pour parler d'une histoire très éprouvante. Dans Prisoners, il retrouve cet esprit par moments, mais l'ensemble finit par se plier à un thriller certes efficace, mais convenu, fait de coups de théâtre, de révélations choquantes, d'indices évidents, et d'une psychologie qui devient bien maigre. 

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  • Rush / TS Spivet / Amazonia

    3 films d'octobre à novembre 2013

    En raison du manque de temps et de la pléthore de films à voir sur cette fin d'année 2013 – il n'y a qu'à voir les pages critiques du numéro de novembre de Positif, deux fois plus fournies que la normale – ces trois films sont critiqués, par de courts billets, en attendant les articles plus longs sur Prisoners, Gravity, Snowpiercer, Inside Llewyn davies ou Le médecin de famille.

    RUSH – Ron Howard

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    S'emparant de la rivalité/amitié entre les deux pilotes de course Nikki Lauda et James Hunt, le film de Ron Howard se révèle plus un prétexte à offrir un film d'action sur la compétition. Ne renions pas à Rush sa formidable tension, parvenant, même pour des novices, à saisir par l'image, le son, et le montage le vécu des champions de Formule 1. Plus intéressante se révèle la compétition à un niveau plus psychologique, entre les parcours diamétralement opposés du sérieux Lauda au frivole Hunt. Les deux prestations des acteurs, Chris Hemsworth et Daniel Brühl, sont pour beaucoup dans cette réussite, incarnant avec efficacité ces deux facettes à la fois contraires et complémentaires du sportif. Daniel Brühl, en particulier, trouve enfin un rôle à sa mesure depuis le début de sa carrière hollywoodienne, incarnant un personnage antipathique et froid loin de la caricature. Efficace portrait sur l'univers de la compétition, Rush manque cependant d'une certaine singularité de regard, qui aurait pu le constituer en autre chose qu'un bon film d'action.

    L'EXTRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T. S. SPIVET– Jean-Pierre Jeunet

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    Adaptation du roman de Reif Larsen, TS Spivet semble arriver en retard. La magie de Jeunet à l'oeuvre dans Amélie Poulain semble ici appliquée et réadaptée pour l'atmosphère du Nord Américain, constituant une version masculine et enfantine de son film de 2001. Mais, avec plus d'une décennie de retard, la formule ne s'applique plus et les trouvailles visuelles du film tout autant que sa structure narrative et ironique paraissent désuètes et sans énergie. Pourtant, deux détails, issus du roman de base, créent une certaine sympathie : tout d'abord, le récit de la voix-off, voix directement issue du roman, habilement écrite et parvenant à contenir un certain suspense sur la disparition du frère jumeau de T.S. ; ensuite, la présence merveilleuse d'Helena Bonham Carter en mère soucieuse et généreuse, un rôle lui étant enfin plus bénéfique que ceux chez Burton ou dans la trilogie Harry Potter, et qui échappe quelque peu aux figures caricaturées qui envahissent souvent l'univers de Jeunet. Il reste cependant dommage que le film ne développe pas plus ces deux points, desservant à la place la maigre aventure et les rencontres peu extraordinaires du voyage de T.S. .

    AMAZONIA 3D – Thierry Ragobert

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    Classique documentaire animalier, Amazonia ne tire aucun avantage de la 3D si ce n'est pour insister inutilement sur la beauté de la photographie et du milieu naturel. Presque par pudeur, le film se refuse à nous jeter un visage de léopard ou de mygale au visage, et reste dans une lecture extrêmement conventionnelle – et par conséquent ennuyeuse – des rapports entre la faune et la flore. Un petit « héros » singe atterrit par hasard dans cette forêt amazonienne et rencontre les diverses espèces. Bien qu'il a au moins la justesse de refuser le doublage des animaux pour privilégier les bruitages, Amazonia présente cependant le fâcheux défaut qui encombre ce genre de documentaire, à savoir vouloir appliquer absolument un caractère humain à chaque comportement ou action de l'animal. Le montage, ainsi que la musique horriblement complaisante de Bruno Coulais, vont ainsi nous souligner le caractère dangereux ou méchant du léopard ou des oiseaux prédateurs. De cet ensemble sans intérêt et totalement manichéen ressort une étonnante et amusante séquence hallucinatoire, seul passage original et digne d'intérêt du film, où le jeune singe vit un trip visuel après avoir ingurgité des champignons à l'allure suspecte...