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  • Monuments Men

    Récréations

    MONUMENTS MEN – Georges Clooney

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    Lors de son ouverture, Monuments Men dégage un étrange lien familier avec Ocean's Eleven (Steven Soderbergh, 2001.r Un toujours aussi blasé Clooney, accompagné d'un goguenard Matt Damon, semblant remplacer au pied levé Brad Pitt, vient chercher, les uns après les autres, les complices d'une mission historique, tel un Daniel Ocean des années 1940. Avant d'être un film d'action, la quatrième réalisation de Georges Clooney est ainsi plus un film de camaraderie, de groupe, dont l'intérêt ressort uniquement des jeux d'acteur déployés.

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    La carrière de Clooney en tant que réalisateur se révèle, avec ce quatrième exemple, véritablement en dents de scie : débutant avec l'intriguant et passionnant Good Night and Good Luck (2005), elle continue avec une grotesque comédie sans intérêt, Jeux de Dupes (Leatherheads, 2008), puis propose un excellent regard sur le pouvoir politique (Les Marches du pouvoirThe Ides of March, 2011). Force est de constater que ce Monuments Men apparaît à la catégorie des films plus légers, certes loin d'être aussi pompeux que Leatherheads, mais demeurant étrangement divisé entre deux directions, ce qui empêche le film de recouvrir sa véritable identité.

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    Par le choix de son sujet, Clooney semble en effet hésiter quant à la posture à adopter. Le récit historique de cette équipe américaine venue tenter de récupérer, sur la fin de la 2ème Guerre Mondiale, les œuvres d'art pillées par le régime nazi, se révèle passionnant dans ses tenants et aboutissants. Face aux donnés historiques, la posture de Clooney tend d'abord vers le sérieux, débutant son film où, tel un professeur, il présente le contexte à l'aide de diapositives et d'un discours pédagogique. Pourtant, la suite du film va partir dans une direction plus légère, presque dans la reconstitution de pacotille, bardé d'accents comiques. La matière, tout autant que l'identité esthétique de Monuments Men hésite, trébuche ainsi entre un désintéressement comique, où l'équipe vient investir le terrain comme si elle partait en vacances, et une tonalité dramatique, en particulier lors des morts des personnages. Difficile ainsi d'éclairer la position de Clooney qui d'une part démantèle l'idée d'une reconstitution historique (le débarquement de Normandie se fait sous le soleil et dans la bonne humeur, les dialogues tournent en dérision les événements historiques), mais d'autre part va proposer soudain une certaine gravité dans son propos.

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    Le personnage de Donald Jeffries, incarné par l'excellent Hugh Bonneville dans la série britannique Downton Abbey, réunit bien ces deux contraires, puisqu'il se révèle le premier scarifié de l'histoire et a droit la mort la plus noble, et la plus tragique, rompant avec l'atmosphère amusée. Cependant, le récit renoue par la suite avec la légèreté comique et désabusée. Chaque décès ou événement grave devient ainsi comme une parenthèse déplacée dans Monuments Men – et perd ainsi de sa force ou de son importance. L'intrigue nouée autour du protagoniste de Cate Blanchett, interprété finement par l'actrice par ailleurs, semble décalée face aux cabotinages de la clique, que ce soit Clooney, Damon, Bill Murray ou John Goodman. Certes, il ne faut bouder son plaisir face à quelques duos décapants, tel celui de Goodman-Jean Dujardin ou encore le décalage physique entre Murray et Bob Balaban, mais l'incapacité du film à définir son identité fait qu'il s'en dégage une certaine paresse et facilité de saisie du sujet.

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    Alors que retenir du dernier film de Georges Clooney ? Ni plus ni moins qu'un ultime cabotinage, un plaisir improbable consommé entre acteurs américains – auxquels sont conviés un Britannique et un Français – une véritable récréation partagé avec des collègues. Encore aurait-il fallu songé à y convier le spectateur, qui ne trouve pas là sa place face à des changements de tons injustifiés.  

  • Cinéma du réel 2014

    CINQ FILMS AU CINÉMA DU RÉEL

    Festival International de Films documentaires

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    Difficile de livrer un compte-rendu exhaustif du Cinéma du Réel, porté en cette année 2014, pour sa 36ème édition par une programmation dense, multiple, entraînant sur une multitude de territoires. Cette densité ne peut que rendre compte de la complexité du documentaire aujourd'hui, moyen pour de nombreux pays de faire jaillir les problématiques sociales, culturelles, religieuses, éducatives, politiques ou humaines qui caractérisent leurs territoires.

    Rares furent cependant les propositions véritablement esthétiques : la plupart des documentaires présents dans la compétition proposaient bien plus, dans la droite lignée de l'appellation du festival, des tranches de la vie réelle, saisissant des morceaux de réalités, des corps ou des paysages inscrits dans une temporalité du moment, une insistance du moment présent. La subjectivité des réalisateurs s'y incarnaient en outre de manière très forte, la plupart des documentaires étant filmés par une équipe réduite, voire presque auto-produits (comme c'est le cas pour les démarches de Matthieu Chatellier, Stéphane Batut, Kazuhiko Soda...). Des quelques documentaires ici critiqués ressort cette précarité, mais également des prises de position, des volontés d'attirer le regard sur des sujets soit alarmants, soit tennat à une certaine intimité.



    ECO DE LA MONTAÑA – Nicolás Echeverría

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    Le film de Nicolás Echeverría, cinéaste mexicain présent pour un échange généreux à la fin de la projection, peine à véritablement incarner son sujet. Suivant un artiste mexicain, célébrité dans son pays, mais inconnu sur notre territoire français – alors qu'il a signé une fresque murale pour la station Palais Royal-Musée du Louvre – Eco de la Montaňa gagne véritablement ses qualités lorsqu'il s'empare véritablement de l'univers de son personnage. Une bonne partie du documentaire se trouve ainsi freiné par des choix conventionnels, ceux décrivant le quotidien de l'artiste Santos de la Torre, partant acheter son matériel, préparer sa fresque, visiter les lieux locaux... Plus singulier et prenant se révèle le pèlerinage à Wirikuta, dans le désert de Peyotes où Santos et sa famille perpétuent rituels de purification et sacrifices animaliers. La réalisation de Nicolás Echeverría ne coupe en rien l'intensité du cheminement, son montage atteignant des sommets d'hypnotisme à certains moments, se laissant – et nous laissant – prendre au jeu de la transe spirituelle.

    Le pèlerinage et les croyances offrent en outre un éclairage sur le travail de Santos, imprégné de la mythologie créatrice huichol, éclairage que le montage du film nous laisse parfois apprécier. Le film peine cependant à poser sa démarche, à atteindre son véritable rythme ou même faire surgir sa structure. D'Eco de la Montaňa ne parviennent malheureusement que de courts aperçus, de brèves entrées dans la brèche de l'univers de cet artiste pourtant fascinant.



    LETTRE À UN PÈRE – CARTA A UN PADRE – Edgardo Cozarinsky

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    Le cinéaste argentin Edgardo Cozarinsky part sur les traces de son père, disparu trop tôt, et s'empare de l'Histoire qui l'entoure. La démarche, ambitieuse, d'un cinéaste pourtant tourner vers le minimalisme de la recherche, consiste à remuer, effleurer les pages de l'Histoire argentine pour tenter de percer le mystère du passé de son père ; là où le film aurait sans doute gagné en force s'il s'était tourné dans l'introspection intime. Cozarinsky effleure cette délicatesse du manque paternel et de son mystère dans son très beau final, porté par les vers de plusieurs poètes-pères, dont Arséni Tarkovski. Le cinéaste semble perdre son sujet à partir du moment où il souhaite même le clarifier en prenant de la distance : les photographies, lettres, archives et monuments recherchés et appréhendés demeurent traités sur un mode chaotique, loin de clarifier la situation, multipliant les sources et les hypothèses plutôt que de construire un véritable chemin. Le montage multiplie les pistes, brasse trop de sources d'images différentes, perd son point de départ : il n'y a pas de chemin pour la mémoire, mais uniquement des croisements inutiles, qui engorgent Lettre à un père.

    Cozarinski retrouve véritablement son sujet lorsqu'il accepte de se débarrassé des matières accumulées et qu'il revient aux quelques images qu'il a tourné dans les lieux d'enfance de son père. Une ombre sur le sol, un long coucher de soleil accompagné par la gradation du ciel, un feu mal éteint. Autant d'images poétiques concluent son film, posant maladroitement l'émotion d'un chemin qui n'a pas été parcouru, ou qui n'a plutôt pas été ressenti comme tel pour le spectateur.



    LATE AT NIGHT : VOICES OF ORDINARY MADNESS – Xiaolu Guo

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    Le Nouveau Latina a prêté, un soir où le ciel s'était très vite assombri, sa salle nocturne pour le documentaire de Xiaolu Guo, membre du Jury de cette édition et présente pour une rencontre. Inspiré des écrits de Georges Orwell, son film déploie à la fois la confrontation franche avec la réalité et des moments de courts écarts avec le réel, proche parfois d'une science-fiction décalée. Entre chaque témoignage, chaque reportage auprès de proches du quartier londonien, Xiaolu Guo intercale ainsi des news d'un journal télévisée, reprenant les dernières nouvelles actuelles et les tournant sur un mode cruellement absurde.

    Si le procédé amuse au début, offrant un contrepoint cynique et ironique aux interviews, il finit par lasser par sa répétition, et même encore plus à accabler tant le journal signale et souligne l'absurdité de notre monde. Car ce sont pourtant les témoignages, et non pas ce principe, qui incarnent la matière la plus intéressante du film, où, loin de censurer les propos récoltés, Xiaolu Guo laisse autant la place aux jeunes travailleuses ou aux économistes qu'aux ouvriers ou anciens prisonniers, dans une totale familiarité avec son sujet. Presque proche de Chroniques d'un été (Jean Rouch, 1960) en ce sens, le documentaire trouve là des accents de criante vérités, révélant certaines problématiques en lien avec la montée trop fulgurante du capitalisme, le chômage, la difficulté d evivre dans une grande ville... Il manque cependant à Voices of Ordinary Madness la véritable folie promise par son titre, le véritable étrangeté assumée et développée qui aurait pu en faire une expérience aussi forte qu'un film de Chris Marker. Il en ressort plutôt un cri d'alarme et un bref aperçu sur le monde londonien, microcosme d'un monde à la dérive.



    EXAMEN D'ÉTAT – Dieudo Hamadi

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    Examen d'État doit son succès à son foudroyant dynamisme, où le montage et l'écriture de Dieudo Hamadi, réalisateur d'origine congolaise, tendent à fictionaliser la matière filmée. Le sujet en lui-même contient une progression plutôt extraordinaire, suivant le parcours de jeunes lycéens congolais qui, dans le but d'obtenir leur Diplôme d'État leur permettant d'accéder aux études supérieures, sont forcés de tracer un chemin totalement illégal et en marge de l'enseignement. L'absurdité règne dans cette situation et le choix pour Dieudo Hamadi de bâtir, par sa proximité au groupe filmé et son montage, ces quelques mois comme ceux d'une véritable bataille ne se révèle pas si éloigné que cela de l'alarmante situation. L'efficacité de ce documentaire tend à sa dimension presque épique, où le parcours des jeunes s'inscrit comme celui d'une véritable aventure haletante, où, d'étapes en étapes, le portrait vient à cerner progressivement certains problèmes inhérents au pays : l'abandon des jeunes à eux-mêmes, l'absence de revenus pour les professeurs, l'insalubrité des bâtiments d'enseignement, mais également l'emprise d'une religion sachant se nourrir des inquiétudes des adolescents. Dieudo Hamadi et son équipe approchent, ou plutôt révèlent délicatement ces problèmes, par une distance très juste vis-à-vis des lycéens qu'ils filment, restant à leurs côtés avec une certaine patience.

    Plus encore, au travers de sa réalisation se révèlent les traces de la précarité du projet, dont la mise en place a été difficile. Examen d'État montre aussi, à sa manière, les difficultés rencontrées pour le documentaire africain, en particulier sur les séquences dans les institutions comme l'école. L'infiltration d'une caméra hésitante près des bureaux montre bien les réticences de certains membres de l'Education, comme nous l'a ensuite expliqué Dieudo Hamadi, présent pour un échange généreux. Mais c'est véritablement dans les rues de Kisangani, suivant les lycéens tour-à-tour concentrés, angoissés, excités, bref vibrants de vie, que la réalisation se libère et permet de partager ce récit pertinent.



    WAYS OF LISTENING / RENCONTRE AVEC JOHN BERGER ET SES COLLABORATEURS

    Parmi ses nombreuses rétrospectives ou rencontres annexes aux films de la compétition, Cinéma du réel proposait un temps fort autour de l'auteur John Berger, artiste éclectique et singulier. Deux projections étaient proposées, notamment celle de Ways of Listening, court-métrage réalisé par Colin McCabe autour de la relation entre John Berger et Tilda Swinton, amis de longue date. La foule était dense pour accéder à cette projection précédée d'une rencontre, foule par ailleurs mal contrôlée, certains spectateurs malhonnêtes ayant forcé l'entrée pour entrer en privilégiés. L'agitation d'une partie de la salle, fait regrettable, a de plus perturbé une rencontre passionnante, posant un regard d'une grande richesse sur la question de la narratologie et sur la difficulté de raconter une histoire aujourd'hui.

    Rencontre avec John Berger, Simon McBurney, Maria Nadotti, Anne Michaels et Timothy Neat

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    Cette dernière projection sortait du lot, notamment parce qu'elle était accompagnée d'une conférence – s'inscrivant rapidement en tant qu'expérience – tenue par John Berger et quatre de ses collaborateurs. L'acteur-réalisateur Simon McBurney présenta l'échange, en introduisant notamment la réédition d'un ouvrage signé par John Berger et le photographe Jean Mohr, Une autre façon de raconter. De la même manière, cette table ronde proposait une autre façon de « conférencer », nous offrant une lecture directe de l'ouvrage, par projection de certaines photographies dans un rythme et un silence donnés. Cette belle proposition permit de savourer une atmosphère nouvelle, une réception autre d'un travail artistique, là où, dans une volonté similaire, l'échange demeura informel, déviant des questions de représentations d'une histoire à des anecdotes diverses ou à des exemples contemporains, tels la difficulté à saisir l'histoire palestinienne ou le rapport complexe à l'actualité syrienne. Une question posée dans le public, en particulier, a amené John Berger à évoquer cette tension vis-à-vis de l'écoute accordée à l'autre, écoute paraissant difficilement existante aujourd'hui. Le regard porté par l'écrivain, mais également ses collaborateurs, s'est ainsi révélé d'une très grande lucidité, d'une grande clairvoyance car véritablement à l'écoute de certains aspects de notre monde contemporain. En lien avec cette question de l'écoute, le court-métrage de Colin McCabe en présentait une autre facette, plus émotionnelle car concernant l'écoute construite par une amitié.

    Ways of Listening – Colin McCabe

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    Le film de Colin McCabe saisit les moments de complicité de la relation entre John Berger et l'actrice Tilda Swinton. Saisir, ce verbe semble le mieux placé pour décrire la très belle proposition de montage et de narration de Ways of Listening. À partir des rushes de conversations menées entre Swinton et Berger, le film construit, par petites touches, par fragments de plans, de mouvements ou de voix, un aperçu à la fois émouvant et pudique sur l'étrange mystère pouvant pousser deux personnes foncièrement différentes à partager une amitié profonde. La réalisation de Colin McCabe et la grande minutie du montage permettent une certaine épure dans la saisie de ce rapport si personnel, et parvient à l'ouvrir au public tout en conservant l'intimité des personnes filmées. La découpe d'une pomme devient ainsi un vibrant moment de partage autour du souvenir des pères et une simple balade hivernale compose une image nostalgique aux silhouettes effacées. Le texte de Tilda Swinton et les mesures au violon viennent bercer le vacillement des plans, entre noirs, silences, échanges et étreintes. La concision et la sincérité de ce petit film tient, par ces grappes d'images et de sons entrechoqués, du bouleversant.

  • Les Bruits de Recife

    Les Failles d'une ville

    LES BRUITS DE RECIFE (O SOM AO REDOR) – Kleber Mendonça Filho

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    À certains égards, ce singulier film brésilien fait songer aux circonvolutions du cinéma de Bruno Podalydès. La comparaison peut sembler surprenante entre le cinéaste attaché à son Paris natal et l'exploration par un jeune réalisateur brésilien de quartiers populaires d'Amérique du Sud. Les deux partagent pourtant une certaine singularité de ton, une manière d'écrire leur récit et de cerner des personnages se complétant, se faisant écho.

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    Passer par cette comparaison permet de mettre en lumière le principe des Bruits de Recife : aller s'emparer, sur quelques jours, à l'image des Versailles rive gauche et rive droite de Podalydès, d'une poignée de protagonistes, de situations ou de lieux tous plus ou moins reliés à une forme d'événement anodin qui viendra à perturber les rituels quotidiens. Les deux cinéastes cernent les dérapages progressifs, ces failles s'insinuant derrière l'architecture à la fois si moderne, nouvelle, et ces lieux quadrillés par des instances de pouvoir. Les séquences s'enchaînent sur des rythmes différents, faisant craquer le vernis sous des banalités du quotidien, révélant l'invisible en lui redonnant sa place au sein de décors a priori familiers. Dans Les Bruits de Recife, l'événement, c'est cette arrivée de l'unité de surveillance du quartier, sensé résoudre les problèmes et pourtant provoquant, cristallisant par leur présence, les véritables soucis et conflits régnant dans les blocs de maison. Telle mère de famille montre ainsi sa capacité à comploter contre le chien des voisins, tel couple en pleins ébats dans une maison vide se fait surprendre, tel sexagénaire sort à minuit de sa maison toutes les nuits pour aller nager sur une plage interdite...

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    Le film développe un rapport singulier à chaque histoire, puisqu'il les effleure plutôt qu'il ne les dévoile. Chaque micro-événement est saisi à son moment crucial, puis abandonné, montré comme noyé dans une masse d'informations diverses, d'expériences nombreuses et nouvelles. En cela, les Bruits de Recife capte des instants de vie et d'étrangeté à la manière d'un radar sondant la ville d'une rue à l'autre. Parfois, les rêves s'infiltrent entre les bruits de la ville, l'onirisme vient à jaillir, de manière si forte et poétique que sa rareté en devient parfois frustrante. Sur la fin du film, en particulier, une petite fille rêve de lits qui disparaissent et de foules piétinant les toits nocturnes : une proposition de fuite de la ville et une tentative de s'arracher à sa logique dont la beauté se trouve trop vite étouffée.

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    Tel un jeu de briques, ou un Monopoly géant, les rues révèlent peu à peu les marques d'appartenance, d'appropriation, du mutations provoquées par ceux qui les possèdent. Les Bruits de Recife pose un regard lucide et clairvoyant sur une ville moderne brésilienne, et en propose une expérience cinématographique tout à fait singulière.

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