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Eastern Boys

De l'enlèvement au ravissement

EASTERN BOYS – Robin Campillo

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Quatre chapitres composent le film de Robin Campillo. Mais c'est le premier chapitre qui heurte. Il y surgit l'idée d'une domination terrifiante, et d'une sensualité obsédante dans laquelle se niche, au travers du protagoniste de Boss, le visage de la tyrannie.

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Le tour d'horizon que propose le scénario autour de ces bandes de jeunes immigrés d'Europe de l''Est, arpentant les gares, prend rapidement la direction du fantastique chez Campillo. Le premier chapitre ouvre la noce : filmant en plongée la Gare du Nord et ses mouvements de passage, les images relevant de prime abord de la captation documentaire dessinent peu à peu le chemin de l'onirique, tel une chorégraphie des jeunes corps étrangers dans un espace de passage. Ce qui se joue là, c'est l'appropriation d'un territoire, un enlèvement à l'image de celui qui a lieu ensuite dans l'appartement de Daniel. Les corps s'y frôlent dans un étonnant montage où le désir est vite remplacé par une terrifiante soumission de personnage principal, totalement inhibé par le rythme composé par Arnaud Rebotini, et par les jeunes corps qui frôlent sa vieillesse. Un touchant Olivier Rabourdin prête son physique et sa voix douce, son débit de parole un peu lent, à cet homosexuel en voie de perdition face au mystérieux Marek (Kirill Emelyanov) et au tyrannique Boss (Daniil Vorobyov, d'une présence sidérante).

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Après s'être approprié l'espace, les corps restés s'apprivoisent. La troisième partie d'Eastern Boys est tout en douceur, en lenteur. Le langage du corps passe avant celui de l'oral et du récit. Peu à peu les mots et les regards se libèrent et si le deuxième grand mouvement du film s'inscrit « en creux » des autres, moins captivant, il a tout de même le mérite de proposer un portrait juste et singulier du témoignage d'un réfugié, surgissant d'une traite entre les rayons d'un super-marché.

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Dans la dernière partie, la plus épique, mais également la plus ludique, le film vient à mêler les différents tons sans hésitation, du film d'action à la chronique sociale. Eastern Boys propose, après Welcome (Philippe Lioret, 2009), et Les Mains en l'air (Romain Goupil, 2010), une nouvelle alternative originale à la description des problèmes sociaux en France. L'injonction des codes du thriller viennent border la situation d'une tension haletante, jouant malicieusement de ces chambres d'hôtel précaires où tout résonne. Le décor de la misère devient scène de crime tandis que la couleur de l'immigration se teinte de celle du suspense.

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Le film se transforme par ce virement en véritable exercice de style autour d'un thème, porté par les corps installés sur sa durée. D'une pièce à une autre, entre les appartements ou les rues, l'écriture d'Eastern Boys mêle ainsi habilement les tons et les degrés, au-delà de son sujet social. Le titre en lui-même jette cette volonté : « Eastern Boys », tel un trait général, une poignée de personnages venant bouleverser la vie d'Arnaud, s'approprier son espace et tracer une histoire. La belle conclusion de ce film ne sera plus l'enlèvement d'un territoire, mais le ravissement d'un corps, et la réconciliation de deux êtres.

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