Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Godzilla

    L'invisible de l'immense

    GODZILLA – Gareth Edwards

    godzilla-aff.jpg

    La réadaptation de Godzilla se place sans aucun doute dans l'héritage du cinéma de Spielberg plutôt que dans celui des films précédents. Le film fait valoir la forme et la force des effets spéciaux et d'une mise en scène habile sur un scénario plutôt inexistant.

     

    Une poignée de protagonistes divers – des attendus scientifiques au soldat vétéran, en passant par le commandant militaire et l'épouse en fuite – sont confrontés en plusieurs endroits à l'apparition de plusieurs créatures se livrant bataille sur la carte mondiale. Deux souhaitent s'accoupler, tandis qu'une, bien connue, surgit pour les confronter. Le récit du film de Gareth Edwards n'est ainsi qu'un prétexte bâti sur la logique de l'extinction de l'espèce et de la loi du plus fort ? Au-delà, tous les efforts de la réalisation se concentrent sur l'esthétique des monstres, les ficelles du film-catastrophe, et surtout la construction d'un suspense constant.

    godzilla.jpg

    La plus grande réussite du Godzilla de 2014 réside dans ces petits effets constants de suspense, très précisément, effets qui ne sont pas sans rejoindre la terrible efficacité du cinéma de Steven Spielberg. La comparaison avec Jurassic Park ou encore La Guerre des Mondes s'imposent tandis que le film d'Edwards travaille les silhouettes perdues dans l'ombre, les manières d'annoncer la puissance par des râles, des apparitions furtives, des signaux lumineux... La flamboyante illumination du monstre et la révélation de sa taille exubérante sous les fusées envoyées par les soldats rejoignent ainsi l'entrée sous la pluie du Tyrannosaure de Jurassic Park : s'en dégage la même tension émanant d'un gigantisme qui nous écrase. Certaines séquences de ce Godzilla impressionnent par leur maîtrise et leur sens de la progression, telle celle du pont traversé par les soldats en mission. La réalisation et la composition des cadres font jouer un entredeux entre l'immense, le remplissage de l'écran par des créatures gigantesques, et leur invisibilité constante. De là se dégage les plus fortes émotions visuelles de Godzilla, ou l'immense disparaît et s'efface, surgissant par fragments frappants.

    godzilla-pont.jpg

    De fait, que reste-t-il de l'héritage japonais, en comparaison, dans ce Godzilla de 2014 ? de futiles clins d'oeil, sans qu'en soit tirés le mysticisme, le décalage ou encore le potentiel d'auto-dérision. Une ouverture sur deux expatriés américains profitant de la vie paisible sur une île japonaise, un temple décoré de lampions s'effondrant dans la métropole américaine, en avant-plan des monstres en bataille, ou encore un Ken Watanabe jouant le rôle d'un scientifique inutile, si ce n'est pour prononcer le fameux « Godzilla » avec l'accent nippon... Ainsi peut se regretter, au-delà des défauts du récit, ce parti pris décidément actuel d'asseoir la continuité que par le biais de clins d'oeil quelconques, sans prolonger plus loin la comparaison ni entreprendre un véritable travail de conversation avec l'oeuvre d'origine.

    godzilla-scientifiques.jpg

    En ce sens, la vacuité du scénario et la réitération de l'argument nucléaire peinent à intensifier le discours et à poser de véritables questions sur notre époque contemporaines. Là où les versions précédentes de Godzilla se reliaient à certains traumatismes clés dans l'Histoire japonaise, ou faisaient écho à l'évolution de son cinéma et de sa culture, cette version de 2014 demeure étrangement intemporelle, au-delà des exploits techniques traversés. Peut-être se situe là le principal plaisir de Godzilla, celui d'un film à la virtuosité agissant de manière efficace et directe.