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  • Eau Argentée

    EAU ARGENTEE (SIMAV) – Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan

     

    Et le cinéma fut.

    Qualité elliptique du film syrien. Entre ses images et ses sons, des disparitions, des syncopes, des hésitations.

    L'écriture de cette critique ne peut rendre honneur au film qu'en répondant à son phrasé singulier. Il faut tenter, par ces mots de blogueuse, de s'approcher de ce montage pris entre constantes disparitions et apparitions des sources de son émotion.

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  • Top Ten 2014

    TOP 10 2014

     

    Ce top était déjà prêt bien avant la tragédie qui a accompagné ces premiers jours de janvier 2015. Retournant à ce doux mais culpabilisant sentiment de l'habitude et du banal exercice de la critique, j'aperçois cependant dans les nombreux films vus cette année l'ironie cruelle du désespoir qui y plane. Entre les atmosphères apocalyptiques (Godzilla, Albator, corsaire de l'espace, Tom à la ferme, Real), quelques sombres contextes en crise (Eau Argentée, Timbuktu, Deux Jours, Une Nuit, Le Vent se lève), les sociétés en déliquescence (Winter Sleep, Eastern Boys, Leviathan, White God, Black Coal) ou les êtres en marge (L'Institutrice, Les Trois sœurs du Yunnan, Only Lovers Left Alive, Au revoir l'été...), un vent du drame et de la tragédie autant collective qu'individuelle traverse une grande part des productions de cette année, là où plusieurs réalisateurs, auparavant versés dans l'épure ou une nostalgie fragile, versent dans une mélancolie totale.

    Face à elle, parfois, des films lavés de tout souci, parfois trop condescendants, parfois teintés d'une jouissance du divertissement. L'année fut belle lorsqu'elle fut traversée de ces quelques films plaisants, bien souvent aériens, bien souvent d'animation, mais parfois lourdement lassante lorsqu'elle présentait ses productions sans ambition, archétypales des succès du mois ou de leur propre structure.

    Certaines troublantes réalisations, probablement les plus belles, les mieux placées dans ce top, ne s'enlisent pas dans leur désespoir latent. Elles laissent la place, au bout de leur lent et pénible cheminement, à l'éclaircissement, au changement, à la douceur ou à la vitalité. Y transperce presque un miracle de l'image. Tels ces eaux syriennes qui, aspirant leur propre violence, amènent ces quelques lignes sur fond noir : « Et le cinéma fut ».

     

    1

    LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA / KAGUYA-HIME NO MONOGATARI

    Isao Takahata

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    Sélectionner le Conte de la Princesse Kaguya en tant que leader du podium est une manière de démanteler cette image d'un film parfois qualifié de naïf. Le film de Takahata, un cinéaste bien plus cinglant et moins doux que son élève Miyazaki, déploie derrière son chatoiement et son allure de conte, un discours infiniment profond sur le passage à la maturité et la nostalgie. L'incroyable vitalité de la création porte le parcours de la Princesse qui découvre le monde, grandit, s'épanouit, et se sépare peu à peu de sa douce enfance.

    La tragédie s'insinue entre les plis fripés des parures de Kaguya, prête à réagir à chaque seconde à l'appel de la Lune. Mais surtout, le film de Takahata tient son émotion dans son universalité, si simple, où, face à de tout petits pas trébuchants d'un nouveau-né qui commence à marcher sous les fleurs de cerisiers gonfle le début des émotions.

     

    2

    EAU ARGENTEE

    Ossamed Mohammed

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    Eau Argentée est un film de la survivance. Monté avec de petits moyens, récoltant des images traversant les frontières et l'effroi, parvenant à créer la liaison avec les corps à distance, « Simav », son nom kurde, survit littéralement, contre la guerre, contre le massacre, contre la séparation, pour le cinéma, l'espoir, la vie qui recommence.

    Ce film tient du miracle à chaque seconde de sa projection.

    Il trouvera bientôt sa place parmi les lignes de ce blog.

     

    3

    WINTER SLEEP /KIŞ UYKUSU

    Nuri Bilge Ceylan

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    Le doux sommeil d'hiver auquel nous convie la Palme d'or de 2014 réveille pourtant le malaise de l'intellectuel d'aujourd'hui. Par son personnage antipathique, Nuri Bilge Ceylan dresse le portrait d'un homme du XXIème siècle, désengagé de son époque et de son existence, et trouve par les paysages le moyen de reconquérir un semblant d'humanité. Là aussi un miracle, par un poème d'hiver.

     

    4

    EASTERN BOYS

    Robin Campillo

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    En trois mesures, Eastern Boys capte la déliquescence d'une société, fondée sur des groupes marginaux, des séparations sociales et spatiales, en même temps que le construction d'une histoire d'amour.

    Y résonnent longuement les vibrations des corps en appropriation.

     

    5

    LE VENT SE LÈVE / KAZE TACHINU

    Hayao Miyazaki

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    Miyazaki revient, avec un héros et une atmosphère chargés de désir d'évasion, de passion, et de désespoir. Ses plans de ciel, si oniriques auparavant, propices à basculer du côté du merveilleux, cachent maintenant le grondement de la guerre et du désastre, où devrait peut-être palpiter un peu d'espoir.

     

    6

    TWELVE YEARS A SLAVE

    Steve McQueen

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    Totalement oublié des tops de cette année, 12th Years A Slave fut pour moi un film profondément émouvant. N'y ayant vu guère la contamination du style expérimental de Mc Queen par un académisme, j'y ai au contraire retrouvé la sensibilité du cinéaste sous le rythme de la grande épopée tragique. La construction du film embrasse les atmosphères et les états de domination et soumission. Chiwetel Eliojor, Lupita Nyong'o, Michael Fassbender ou Benedict Cumberbatch y apportent leurs compositions mesurées et admirables.

     

    7

    LES TROIS SŒURS DU YUNNAN / SAN ZIMEI

    Wang Bing

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    La caméra patiente de Wang Bing approche avec délicatesse un berceau de misère où survivent trois jeunes filles dépossédées de leur enfance. L'épreuve du film surgit dans la révélation progressive d'une solitude écrasante parmi les montagnes.

    Le cinéma de Wang Bing trouve une place cette année, par cette audace d'affronter, sans misérabilisme ni exagération, l'une des plus terribles souffrances.

     

    8

    IN THE FAMILY

    Patrick Wang

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    Par un film dense, Patrick Wang se débarrasse de tout engagement politique en revenant à la simplicité même de la cellule familiale. In The Family évoque bien plus le malentendu, la tension accumulée par de multiples actions d'incompréhension. Dans les espaces de l'habitude devra se construire ainsi une place pour recueillir la vérité. Ce long chemin captive par son cadrage millimétré, qui renferme à chaque instant les nécessaires émotions de cette histoire.

     

    9

    AU REVOIR L'ÉTÉ / HOTORI NO SAKUKO

    Kôji Fukada

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    LOVE IS STRANGE

    Ira Sachs

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    Dans les quartiers désertés d'un village près de Fukushima et dans les rues new yorkaises déambulent les personnages de ces deux films. Ces deux réalisations sont bordées par la même douceur, la même amertume qui donnent à leurs images simples – jouer du Chopin, peindre sur le toit, marcher sur la plage, déguster des glaces – une touchante mélancolie.

     

     

    10

    TOM À LA FERME

    Xavier Dolan

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    Loin des débordements de Mommy, Tom à la ferme surprend par l'originalité de ses mélanges et son astucieuse capacité à contenir ses variations de rythmes. Tel un clown triste, Dolan affronte le ténébreux Pierre-Yves Cardinal et l'angoissée Lise Roy dans un subtil et jouissif jeu de domination.

     

    Proches derrière...

    11 Gett – Ronit et Schlomi Elkabetz

    12 White Dog – Kornel Mundruczó

    13 L'Île de Giovanni – Mizuho Nichibuko

    14 Only Lovers Left Alive – Jim Jarmusch

    15 Dallas Buyers Club – Marc Vallée

     

    Ainsi que...

    Detective Dee sans Andy Lau ; Le Regard de César ; Alice comme un félin animé ; Cotillard au chômage ; Oh What a Night ! ; L'Etrange Petite Famille ; La vie est un long fleuve tranquille... au Japon ; le trio Dolanien ; Dark Space Captain ; Récife en chantier ; Passion Simenon ; Disappeared Rosamund Pike ; Haenel et Azaïs en balade ; Marvel's Space Avengers (©Honest Trailers) ; Un jour parfait pour le plesiosaure ; Gay pride movie ; Gamin prodige et poète ; A Korean Girl ; Was that your first kiss ?

     

    Non Vus et regrettés

    Les oiseaux de Ferran ; l'Alpina gitane ; Godard et Resnais 2014 ; et enfin Scarlett Apocalypse.

     

    Vus et non regrettés

    Leviathan ; Her ; Black Coal ; St Laurent ; The Ryan Initiative, Jimmy's Hall ; Godzilla : X-Men ; Monuments Men ; Patema et le monde inversé.

     

    Mention Spéciale

    Le Grondement de la montagne (Yama no Oto) – Mikio Naruse, 1954