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In the Family

Histoire d'un malentendu

 

IN THE FAMILY – Patrick Wang

Suite à la sortie du film en DVD et à la veille de la projection de The Grief Of Others aux projections ACID de cette année, il est temps de revenir sur ce beau premier long-métrage de Patrick Wang, classé très haut dans le Top Ten 2014 de ce blog.

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Film dense, In The Family approche en trois partis le vécu du deuil pour son personnage principal Joey, interprété par le réalisateur. Plus précisément, à cette progression du scénario agencé par le deuil, ses conséquences et son dépassement, In The Family va développer, au sein de cette structure visible, une succession de petites batailles contre l'idée simple du malentendu. Car au-delà du discours sur l'homoparentalité, le décès ou la reconstitution familiale, il me semble que la force d'In The Family réside avant tout dans ce traitement du malentendu.

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Il demeure regrettable de constater que les deux grandes revues de cinéma françaises que sont Positif et les Cahiers du Cinéma se sont totalement écartés d'In The Family. Loin d'accuser ces très belles revues ou de pointer un défaut de jugement, j'en resterai à l'idée que la mise en scène de Patrick Wang est demeurée incomprise, vue comme inutile, voire quasi-inexistante chez Positif. Pourtant, le film tient d'une réelle qualité d'agencement cinématographique, que ce soit dans le développement de son récit et dans la soumission de son cadre et de sa durée aux exigences de l'émotion. Rarement un long-métrage n'aura tenu, sur ce thème complexe qu'est l'incompréhension entre les êtres, une patiente décortication des discours et des jugements. Idée ardue à incarner au cinéma et qui au final se construit peu par les dialogues, mais bien plus par cette acquisition miraculeuse, apaisée, fluctuante, du dialogue à travers les plans.

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In The Family déconstruit peu à peu l'image du bonheur familial proposé dans la première séquence, balance équilibrée où les deux parents entourent et surveillent le petit-déjeuner de leur enfant. Dans sa lenteur, le film accompagne la disharmonie de ses plans, fracturations insinuées dans le cadre qui signalent le détachement de Joey tout autant que la vision d'une famille qui s'estompe. La mise en scène de Patrick Wang saisit là ce que la famille a de plus cellulaire et de plus exclusif. Chaque plan, chaque position de caméra creuse les vacillements de l'inclusion ou de l'exclusion des personnages. Ainsi, lors de la séquence où Joey rencontre la famille de son compagnon, l'acteur demeure de dos, en amorce de la caméra, propre spectateur de son intrusion dans un cercle très soudé. Parallèlement, le même détachement, ce retrait et cette écoute, surgissent lors de la confession désespérée de Cody après la mort de sa fiancée. La position spectatorielle du personnage principal souligne là autant la timidité de son intrusion auprès des autres que son empathie désirée.

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Loin d'en faire un didactisme de tous les instants, la mise en scène taille du mouvement familial, en construction ou déconstruction, une sphère où évoluent les personnages et où chacun y installe sa présence. Ainsi, exemplaire est cette séquence d'accueil de l'intrus le soir de Thanksgiving, où se succèdent les membres de la famille dans un rythme convivial, s'approchant ou s'éloignant du nouveau, l'amenant ou l'excluant du cadre, portés par des réactions contradictoires. Cette atmosphère qui se construit et qui saisit les fluctuations sans cesse remuantes des relations s'inscrit en miroir du travail de l'Allemand Ramon Zürcher pour l'admirable Etrange Petit Chat. La concentration des actions et des distances dans le cadre y est similaire, tel un reflet, cependant plus positif et apaisé que l'horrifique et étonnant film allemand.

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L'émotion singulière d'In The Family se déploie enfin dans cette détente, cet apaisement furtif émaillé au cours des trois heures de projections. Patrick Wang crée un film confortable au sens où le dépouillement permet d'accueillir le spectateur au sein de microscopiques échanges familiaux – les explications patientes de Joey au sujet de la disparition de son père à Chip, le jeu des cubes taillés, le plaisir d'écouter une chanson pour le couple en devenir – sans instituer de gêne ni de complicité forcée. Les gestes et les regards sont posés et soutiennent l'admirable attention portée envers l'autre. La solitude englue peu à peu les plans tandis que parallèlement coule le désir de retrouvailles face à la disparition du corps, de la voix et des objets de l'enfant. Le film suspendra cette traversée fleuve du malentendu par une brusque déchirure du silence et une image figée sur l'émotion. Patrick Wang arrête son film juste à temps, après les réflexions et avant le bouleversement émotionnel. Ce qui déferle de cette image finale stoppée dans son élan restera secret, contenu, aussi pur que le film tout entier.

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Commentaires

  • Bonjour Oriane, j'ai regretté de ne pas voir ce film en salles, je vais essayer de me rattraper avec le DVD. Tu n'es pas la seule à avoir aimé ce film passé relativement inaperçu (et c'est dommage). Bonne fin d'après-midi.

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