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Master Class Mathieu Amalric

MASTER CLASS MATHIEU AMALRIC

 

Cette Master Class a eu lieu le 14 décembre 2014 au Forum des Images et fut animée par Pascal Mérigeau, journaliste et critique de cinéma.

 

Après Lambert Wilson ou André Dussollier, le Forum Class a accueilli en décembre dernier un autre grand acteur français pour sa Master Class mensuelle. Cependant, Mathieu Amalric venait aussi, et surtout, en qualité de réalisateur, offrant l'occasion de connaître ses réflexions de mise en scène. Retour sur cette Master Class de l'hiver dernier.

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Mathieu Amalric durant le tournage de Tournée, en 2010

Cette Master Class fut à l'image de son invité, volontiers nostalgique ou grinçante, et de sa mémoire, qualifiée volontiers par l'acteur de « bordélique », mais immensément riche. Le débit de parole débordant de l'acteur-réalisateur déstabilisa quelque peu l'organisation chronologique et thématique du rigoureux Pascal Mérigeau. Cependant ses nombreuses digressions purent rendre compte du personnage, et surtout de son immense culture. Face à elle se proposèrent évidemment diverses anecdotes liées aux réalisateurs ou collaborateurs d'Amalric, parfois déplacées dans le cadre de la conférence publique. Certains récits personnels et intimes, pris justement dans ce débordement, tendaient malheureusement vers l'inutile et l'historiette sans intérêt.

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Vous n'avez encore rien vu (2010) d'Alain Resnais

Plutôt que ces anecdotes, le bavardage livra son intérêt au niveau des nombreuses oeuvres admirées par Mathieu Amalric, dans un éclectisme certain. C'est avec clarté et passion que l'acteur-réalisateur évoque les films de François Truffaut, Ingmar Bergman, John Ford, John Huston, King Vidor, Jiri Menzel, ou encore de ceux qui l'ont fait tourner, tels Otar Iosselliani, Alain Resnais, Roman Polanski, ou Arnaud Desplechin ; mais aussi ses lectures (Georges Simenon, les textes de Jean Eustache) ou son intérêt pour certains procédés techniques liés à la caméra, au montage ou au travail de script.

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Trains étroitement surveillés (1966) de Jiri Menzel

Parmi ces personnages côtoyés, l'évocation d'Arnaud Desplechin fut particulièrement belle. Mathieu Amalric parla plus longuement du cinéaste, qu'il accompagne depuis Comment je me suis disputé... (1996, si l'on excepte l'apparition amusante de l'acteur en étudiant trop sensible dans La Sentinelle, quatre ans plus tôt) jusque Trois Souvenirs de ma jeunesse cette année. C'est avec justesse qu'il avoua qu'une arborescence de Desplechin s'étendait dans tous ses personnages, quel que soit leur identité, prouvant combien l'écriture des protagonistes demeure lié, chez ce cinéaste, à l'exploration secrète de ses obsessions. En outre, l'acteur raconta les nombreuses difficultés de Jimmy P., notamment sur le travail de son accent ou sur la recherche d'une harmonie avec Benicio del Toro.

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Avec Benicio del Toro sur Jimmy P, réalisé par Arnaud Desplechin

Au-delà de son travail en tant qu'acteur, Pascal Mérigeau parvint à mesurer le propos de son interlocuteur en revenant régulièrement sur son parcours de réalisateur. Une grande partie de la Master Class se concentra en conséquence sur les premiers films, courts ou longs : fut étonnant le regard distant et presque cynique d'Amalric sur ses débuts et ses dérives autobiographiques dans Sans Rires (1991) ou Mange ta soupe (1997). Les extraits ensuite projetés ont pu permettre un propos plus esthétique du cinéaste, qui est ainsi revenu sur son dernier film, La Chambre bleue. Lui importaient, dans ce dernier, le travail d'un accent particulier, lié à Simenon, et devant structurer le film entier, ainsi que la compréhension du protagoniste de l'amante comme une présence insaisissable.

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Stéphanie Cléau et Mathieu Amalric dans la Chambre Bleue (2014)

Si Amalric s'attachait à se définir d'abord comme réalisateur, sa considération du métier d'acteur – défini comme stupide et quasi animal – était presque provocatrice durant cette Master Class. Mais au final s'est imposée l'impression, au cours de cet abondant dialogue, qu'il fut nécessaire d'en passer par le métier d'acteur pour, en appréhendant et observant la plupart des réalisateurs appréciés par le cinéaste, construire son personnel style esthétique.

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