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  • Dheepan

    Ne pas sortir du carcan

    DHEEPAN – Jacques Audiard

    Dheepan a soulevé à l'issue de sa projection un sentiment ambivalent. Quelqu'un qui, comme moi, n'apprécie pas la violence ni le virilisme accentués du cinéma de Jacques Audiard, a trouvé dans Dheepan un certain apaisement. Parce qu'il se confronte à de parfaits inconnus, mais aussi à une langue, une culture et une appréhension du monde nouveaux pour lui, la radicalité d'Audiard trouve ici une facette tendre, plus humaine, plus encline à laisser de l'espace à ses acteurs. D'autre part, si le soulagement est présent, il n'en réside pas moins la faiblesse du scénario et de la mise en scène du film, presque en mode mineur dans la carrière du cinéaste et n'atteignant pas l'ambition ni le dépassement d'une œuvre palmée.

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  • Portrait de femme

    Vertiges féminins

     

    PORTRAIT DE FEMME (THE PORTRAIT OF A LADY, 1996) – Jane Campion

    Film projeté dans le cadre du cycle Bleu au Forum des Images, en avril 2015.

     

    Avec Portrait de femme, Jane Campion réalise l'adaptation du roman d'Henry James, qu'elle précipite en tant que structure temporelle, s'attachant à l'évolution sentimentale, familiale et sociale d'Isabel Archer (Nicole Kidman) à la fin des années 1800. Loin de livrer une reconstitution austère, ou trop emphatique, le film de Campion approche avec audace son protagoniste féminin, sans cesse prêt à affronter ses vertiges.

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  • Comme un avion

    Un anti-road-movie aérien

    COMME UN AVION – Bruno Podalydès

    Comme un avion tend un miroir au plus ancien Liberté-Oléron (2000). Avec son nouveau film, Bruno Podalydès semble revenir, plus de quinze ans après, sur son film le plus extrême et en proposant la version douce et amoindrie. Le protagoniste de Comme un avion est, à l'instar de Jacques, un aventurier frustré, persuadé de devoir prouver sa valeur de loup débrouillard, qu'il soit maritime ou terrestre, à sa famille et au monde. Cependant, contrairement à Jacques, il n'est pas un père de famille irascible et en pleine crise familiale, mais un homme touché par la vieillesse et la solitude.

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  • Juin 2015

    En Juin 2015, comédies et aventures...

     

    A LA POURSUITE DE DEMAIN (TOMORROWLAND) – Brad Bird

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    Tomorrowland oscille entre la réjouissance visuelle et son arnaque simultanée. Je dois avouer que, malgré ma méfiance à l'égard des films à projet de Disney, la bande-annonce avait attiré mon œil par sa trouvaille du pin's magique, renversant la construction cinématographique de son image dans un simple mais merveilleux raccord. Toute la première partie du film de Brad Bird est, en ce sens, similaire à ce sens du merveilleux, car abondante en trouvailles visuelles, en mécanismes les plus divers, comme inspirée par le souffle aventurier de Jules Verne, le tout cadencé par un rythme endiablé. La transformation de la Tour Eiffel en fusée fantastique est par exemple l'un de ces délices, sculptant avec grâce les lignes favorites de la capitale en courbes futuristes. A ce niveau, l'expérience de Brad Bird dans l'animation (réalisateur des Indestructibles et de Ratatouille), de même que son passage dans le cycle de Mission Impossible, sert largement la dynamique précipitée du scénario et du montage. Les réactions très burlesques d'un Clooney ou de quelques sbires robotisés ont à voir avec les faciès accentués d'un film de Pixar.

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    Si cette première partie joyeuse brinquebale d'un lieu à l'autre, jusqu'à même refuser de justifier longuement ses mystères accumulés, le film s'essouffle sur son dernier tiers, dès qu'il révèle l'inexistence de ce « Tomorrowland » longuement évoqué. L'arnaque se révèle à double-portée, heurtant autant l'héroïne que le spectateur, parachevant les trouvailles précédentes comme illusions. Le revers aurait pu séduire et devenir rusé si le scénario avait évité de longues morales sur l'homme et la destruction de son environnement. La leçon clamée après un succédané de scènes d'action palpitantes sonne creuse dans la bouche d'acteurs plus efficaces en comédie.

     

    JURASSIC WORLD – Colin Trevorrow

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    La logique de cette refonte de l'univers de Jurassic Park pourrait se constituer cet adage : nos anciens ennemis sont nos amis. Les qualités du nouveau film de la franchise se fondent dans ce qu'il utilise ou reconvertit de l'ancienne : dressage de raptors et de T-Rex, en l'occurrence ; références multiples au premier film dans des détails et des accessoires ; reprise de personnages ou de caractères (nonchalance, puis sérieux, de Jeff Golblum à la fois chez Irfan Khan et chez Chris Pratt) …

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    Tout ce qui, dès lors, s'avère nouveau ou moderne manque d'ingéniosité, ou de cette finesse de mise en scène propre à Steven Spielberg. Relancer la franchise était en soi déjà une erreur, tant le premier Jurassic Park imposait une subtilité technique d'une grande modernité. La reconstitution à échelle numérique du parc arrache parfois quelques soupirs impressionnés, lorsqu'elle est par exemple portée par le fameux thème rejoué de John Williams, mais, fort étrangement, ne porte pas le ravissement du long-métrage de 1992. Est-ce à dire que des dinosaures plus énormes n'atteignent pas la terreur générée par le T-Rex approchant deux enfants enfermés dans leur voiture ? Probablement, tant cette créature génétiquement modifiée n'effraie nullement lors de ses apparitions. La légèreté de la mise en scène de Colin Trevorrow ne parvient pas à jouer des caractéristiques de son nouveau monstre, ce qui est bien dommage.

     

    VICE-VERSA (INSIDE OUT) – Pete Docter

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    Que retenir du dernier Pixar ? Est-il un coup d'éclat ? Ou plutôt l'avènement d'un style ? Avec Vice-Versa, Pixar semble se retrouver une seconde jeunesse. Le film est vif, intelligent, amusant et émouvant. Cependant, ses qualités se révèlent à la fois une reconversion et une rupture avec les réalisations précédentes, et sont à présent portées par de nouvelles générations d'animateurs, ou, du moins, destinées avant tout à de nouvelles générations. Le court-métrage précédant le film le prouvait bien, « Lava », déjà dans une lignée plus surannée que l'humour noir des premières courtes réalisations du studio. Si certes Pete Doctor dirige Vise-Versa, se dégage cependant une rupture avec Là-Haut ou Monstres et Cie. Tout d'abord, le film tente là une expérience dans le jusqu'au-boutisme de l'abstraction du récit et de ses personnages, d'un rythme nouveau et particulier, par l'entrée en matière dans le cerveau de la petite Riley et l'alternance entre ses expériences quotidiennes et la gestion psychique. le principe peut sembler raviver le système de Toy Story mais est là rendu radical par le rapport presque « scientifique » du scénario et l'incarnation directe des sentiments.

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    Ce qui manque à Vice-Versa est peut-être la cruauté d'un Toy Story ou l'hystérie d'un Monstres et Cie ; le film paraît parfois trop charmant, ou, trop lisse. L'animation induit ce changement, parfois regrettable lors des scènes entre Joie et Chagrin, ou de Bing Bong. La simplification allégorique des éléments, qui passe également dans des environnements plus claires, estompe le délice des détails et du foisonnement des réalisations précédentes. On accède certes à une universalité plus directe mais on perd quelque peu en subtilité, notamment parce que les personnages incarnent avant tout l'émotion qu'ils véhiculent, mais rien d'autre de consistant derrière l'agitation de leur qualité propre. Ainsi, Tristesse, Peur ou Dégoût existent peu, en comparaison de Joie qui déborde probablement trop, guidée par la voix pétillante d'Amy Poehler. Vice-Versa charme, mais n'éblouit pas.

     

    SPY – Paul Feig

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    Si Spy amuse follement, il le fait parfois trop. Le rythme des gags est si soutenu, redoublé par le bavardage exemplaire de Melissa MacCarthy, qu'il manque parfois de retenue, de temps d'appréhension des événements. Ainsi, la succession de retournements de situation sur la dernière partie paraît relancer constamment le quiproquo, l'usant inutilement.

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    Mais, hormis ces quelques lourdeurs et usages des mêmes ficelles sur sa fin, Spy respecte son concept et son espionne atypique, s'en jouant constamment. Les gags affluent quant aux conventions du genre, faisant basculer non seulement l'image de l'héroïne, mais également tous les codes et les protagonistes secondaires. Le film trouve en particulier son charme dans l'équilibre de ces trois têtes d'affiche, laissant Melissa MacCarthy assumer sa force comique avec efficacité, embrassant le grotesque pour mieux le rendre élégant et follement appréciable. Mais les présences de Jason Statham et Jude Law finissent d'achever la qualité de la subversion : le premier dans la vulgarité redoublée et l'immortalité absurde, comme un clin d'oeil aux limites de l'héros bodybuildé ; le second dans le dandysme bêtifié.