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Belles-Familles

Vite, vite !

 

BELLES-FAMILLES – Jean-Paul Rappeneau

Dans le nouveau film de Jean-Paul Rappeneau, tout va très très vite. Belles-familles accompagne son récit d'un dynamisme sans cesse éclatant, comme si Rappeneau fouettait littéralement les corps de ses acteurs et les coupes de son montage, les pressant à accomplir leur effet. Cette vélocité constitue autant son charme que les limites.

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Le récit est mené avec spontanéité et vivacité : dans cette logique, la situation critique est très vite déployée à l'écran, brossée par quelques éclats de voix au sein de la famille des Varenne. Pas de repos pour Jérôme (Mathieu Amalric), la quarantaine, venu annoncer son mariage avec Chen-Lin (Gemma Chan) et son définitif passage à la vie chinoise. Mais ce qu'il croyait un passage obligé, et furtif, auprès de sa mère et son frère, va vite se transformer en reconquête de la maison familiale, divisée par des problématiques judiciaires. Entretemps vont rejaillir les vieilles querelles, les secrets de famille et s'établir les nouvelles rencontres... Le récit de Belles-Familles s'en tient à une situation simple, centrée autour de ce motif de la grande maison de province, et d'où vont découler multiples rebondissements et autres complications. La légèreté du ton, fort agréable par les dialogues et les interprétations, rend l'ensemble pimpant et sautillant, mais probablement trop lisse. En ce sens, le cinéma de Rappeneau se fait cousin de celui de Resnais sur sa seconde partie de carrière : même goût pour le casting et l'effet de troupe d'acteurs, même plaisir à laisser circuler les quiproquos et les rencontres hasardeuses,même monde bourgeois approché avec humour... La réunion d'Amalric et de Dussolier, dans une mémorable scène de dispute à l'amiable à la mairie, émeut ainsi dans la réminiscence qu'elle entretient des Herbes Folles (2006). Mais le film de Rappeneau n'effleure cependant pas l'étrangeté ni la violence cachées des réalisations de Resnais, et préfère l'éclatement au grand jour des passions et des colères, perdant souvent en finesse et tombant dans la facilité.

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Cette vélocité avec laquelle Rappeneau imprime ses scènes intrigue néanmoins par son caractère fortement contemporain. Le rythme de Belle-Familles fait d'emblée écho à un pan de la société française, celui des nouveaux riches versés dans la finance ou l'immobilier, et soutenus par un tout-va des dernières technologies et de leur efficacité. Le choix de Gilles Lellouche, le plus requin de ces représentants, fait sens quant à ses précédentes interprétations dans Krach (Fabrice Genestal, 2009) et Ma part du gâteau (Cédric Klapisch, 2011), et c'est avec une réelle assurance qu'il interprète le rôle du meilleur ami égocentrique, et avec suffisamment de finesse pour qu'il se révèle bien plus intrigant que le héros. La réalisation accompagne cette classe émergente à grands renforts d'accessoires et de bruitages, entre les Iphones qui sonnent, les motos qui dérapent et les voitures qui clignotent allègrement. En réalité, la rapidité burlesque de mouvement des acteurs prolonge par le corps ce que leurs nombreux accessoires insufflent chaque jour, à savoir la rapidité, l'efficacité, la réplique au tac-à-tac, et, de fait, la disparition de tout temps mort, respiration, débat. Ce rapport sera cependant déjoué par une très belle scène de précipitation des événements lors d'un concert du divin Muye Wu. Cette petite merveille au montage d'une rythmique gonflante au fil des notes de piano redonne de l'émotionnel dans ces précipités de quotidien mécanique.

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Mais la rapidité ne peut toujours rythmer le film et les lourdeurs sont équilibrées par les scènes plaisantes, où le grand-guignol amusant flirte parfois avec l'hystérie, où les poncifs jaillissent dans la tendresse. Cette séquence du concert apparaît par ailleurs comme la secouriste du film, qui tardait à se conclure et à trouver sa réelle résolution. En outre, ce qui peine à se dessiner est le véritable ressenti du héros, par qui tout filtre, mais qui demeure insaisissable, emporté dans cette histoire. Mathieu Amalric ne délivre jamais les clés de son personnage, ni requin comme Lellouche, ni bavard comme Serreau, ni coquin comme Viard. S'il aurait pu créer l'équilibre et devenir justement la pointe mystérieuse de cet ensemble, l'histoire d'amour prêtée avec le protagoniste de Marine Vacth le désengage de toute subtilité. Sans vouloir céder à une colère féministe, il demeure regrettable le peu de crédit accordé au personnage de Marine Vacth, tout juste ébauché comme une fatale et fragile femme mystérieuse ; de même, le protagoniste de Gemma Chan est grossièrement dressé comme une femme jalouse, en guise de contrepoint hâtif.

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Là où Belles-Familles délaisse sa plus belle piste, c'est dans le personnage caché de son scénario, à savoir la figure de la grande maison et de son propriétaire décédé. La figure paternelle fait office d'émouvante porte d'entrée vers les souvenirs de Jérôme, ces quelques apparitions feutrées qui surgissent d'une porte ou d'un tiroir, mais vite absorbées par un scénario essoufflé. Fort dommage.

 

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