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Star Wars VII

Un réveil douloureux

 

STAR WARS EPISODE VII : THE FORCE AWAKENS – J.J. Abrams

 

Ainsi, le voilà, ce film qui a tant fait parler les foules, agité les réseaux sociaux, et réveillé en nous, durant plusieurs jours, le fameux thème de John Williams. Le septième épisode de Star Wars, s'il émeut durant ses premiers plans, car renvoyant à une ferveur épique, à un engouement naïf de notre plaisir du divertissement et des retrouvailles avec le mythe, peine à instaurer son dynamisme et sa nouvelle identité. Où se situe-t-on le premier film de la nouvelle trilogie ? Entre la réminiscence constante du passé, construite par une succession d'hommages ou de remakes déguisés ? Ou au niveau des nouveaux éléments introduits, cependant bien maladroitement ? Parce qu'il est un cinéaste typiquement pris dans la fascination de l'objet qu'il souhaite prolonger, JJ Abrams semble hésiter à insuffler au mythe sa réelle mise à neuf. De cette timidité résulte un septième volet plaisant, mais criblé de déceptions, d'une certaine mollesse en ce qui concerne son inventivité.

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L'une des raisons pour lesquelles j'étais très curieuse de découvrir The Force Awakens, c'est bel et bien parce que J.J. Abrams m'avait séduite avec ses deux reprises de Star Trek. L'esthétique si glacée des films, l'excellente direction d'acteurs, l'élégance des scènes d'action et le souci de la sobriété quant aux enjeux géopolitiques permettaient la réelle émotion. J.J. Abrams redonnait un autre souffle, en particulier sur le second volet, à la saga et sa flopée de personnages. Il n'en perdait pas le sens du voyage intergalactique en équipe tout en proposant une alternative plus assombrie, plus torturée que la saga d'origine. Cette intensité-là aurait aussi pu construire The Force Awakens, d'autant plus que son univers intergalactique et les touches romantiques de la saga initiale pouvaient trouver, grâce à l'amélioration technologique, une facilité à glisser dans le spectaculaire mélancolique. Pourtant, s'il est soigné stylistiquement, Star Wars VII manque cruellement en exploration de son univers. Visions rares d'un cosmos en mutation, balayages sans soulèvement des paysages, rapport à l'apocalyptique souhaitée par Kylo Ren se parachevant en pauvres visions enneigées et en glaciales architectures du Starkiller.

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Le nouveau volet déçoit parce qu'il demeure très limité dans ses possibilités visuelles. Quelques plans, au plus, soulèvent ce que les précédents films apportaient, à savoir ce romantisme accentué de l'image, percé par les couleurs vives, les doubles lunes et les planètes alignées. La déambulation de Rey dans le désert, l'éclair rouge transperçant le cosmos noir pour annihiler la Nouvelle République font parti de cette exception. La première, cependant, se réfère plus à un sous-hommage à Nausicaa de Hayao Miyazaki. L'introduction de Rey est la copie américaine de l'héroïne japonaise, portant ses attributs – énorme masque, fusil sur l'épaule, machine volante – et reprenant ses postures d'exploratrice. De fait, les plans où la jeune femme fend le désert indiquent plus l'ouverture du film japonais, avec ces silhouettes empoussiérées prises dans une solitude du paysage. Au-delà de ces exceptions, le film ne transporte guère cette force exigée par le space opera : une intensité où les images, les sons, les effets spéciaux et la musique convergent en des symphonies à l'égal des sentiments dévastateurs et shakespeariens. Avec les possibilités plus riches de l'étalonnage et du mixage, J.J. Abrams avait entièrement les moyens d'atteindre cette idée. Au lieu de cela, le film demeure un jovial divertissement qui s'essouffle peu à peu, à l'ambition limitée et surtout incroyablement protégé par la trilogie de 1977.

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Le sens de l'hommage, bien propre au cinéaste, devient ici véritable tare du film. Certes, le plaisir de certaines retrouvailles (Han Solo, Leia), ainsi que le ton comique rendent Star Wars VII fort agréable, en particulier sur son premier tiers. Les péripéties s'enchaînent follement, course-poursuites, explosions, vaisseaux et voltige se chevauchent dans une dynamique réjouissante de l'action. Mais à ce ton succède l'aspect tragique du film et, probablement dans la crainte de brusquer son public, JJ Abrams ne propose que de pâles copies des séquences les plus symptomatiques de la trilogie. Ainsi, le décès d'Han Solo en est le plus criant exemple, reflet inversé de la fameuse révélation du « Je suis ton père ». L'image de la longue passerelle surplombant les affres du Starkiller, les choix d'angle, l'approche de Solo face à Kylo Ren rendent d'emblée vivace le souvenir de cette séquence de 1980. Mais surtout, même en échappant à l'allusion, la séquence n'émeut en aucun cas car elle demeure extrêmement pauvre, non inspirée, expédiant le décès en quelques cris. La disparition ne marque pas durablement le reste du film, car elle balise le sentier cinématographique emprunté par J.J. Abrams, elle devient une condition qui, plutôt qu'aider à briser les codes initiaux, ne fait que les réaffirmer – et dès lors empêcher la créativité. Même reproche s'adresse à la définition du personnage de Kylo Ren, forme de fusion du Darth Vader de la trilogie – pour le masque, le silence et les réactions brusques de violence – et d'Anakin Skywalker de la prélogie – mêmes plaintes continuelles et doutes constants.

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Il faut cependant reconnaître à Star Wars VII ses quelques avancées originales. Le personnage de Rey en est un bel exemple, véritable héroïne bien ancrée dans ce nouveau tissu claudiquant, et infiniment miyazakienne, il faut le préciser. Une très belle séquence laisse à espérer un destin tout à fait singulier pour Rey, celle des visions surgissantes lorsqu'elle découvre le sabre-laser de Luke. La finesse du montage et des allers-retours entre passé et futur, ballet d'un espace-temps à autre, gagne cette intensité que l'on regrette sur le reste du film. Cependant, ce premier volet peine à donner à ses nouveaux personnages l'ampleur et l'attachement nécessaires, puisqu'ils s'effacent presque systématiquement face aux « anciens » de la génération 1970 qui, eux, habitent agréablement leurs vieilles carcasses légendaires. Les joutes entre Leia et Han Solo, ainsi que les boutades de ce dernier, enthousiasment bien plus que les péripéties de Rey et Finn. La création du personnage de ce dernier repose quant à elle sur une excellente idée, celle du renversement du masque du stormtrooper – ce qui le définit par ailleurs comme symbolique rival de Kylo Ren par cette action. Mais l'évolution du protagoniste, ou ses convictions, n'existent guère, tandis que ses réactions interpellent peu. En outre, le tandem amorcé avec Rey s'essouffle dès le départ car les disputes paraissent vaines, les échanges creux, dans une sorte d'excitation non-amusante et tentant de copier les joutes entre Leia et Han.

 

 

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Les efforts du film réussissent plus au niveau des personnages secondaires, qui, parce que peu présents, gagnent une certaine liberté parallèle. BB-8 est, tout d'abord, un charmant successeur d'R2D2. L'allure plus enfantine et la souplesse du robot, avec ses deux rondeurs superposées, transforment là totalement l'image précédemment construite par R2D2, tout en conservant l'aspect communicatif et vivifiant de l'objet. Nombre de petits gags récurrents chez BB-8 révèlent les bienfaits du trucage technologique actuel, permettent d'enchaîner les réactions et les gestes avec plus de fluidité, de spontanéité, comme le briquet face au thumbs up ! de Finn. Dans cette logique, le propriétaire de BB-8, le pilote Poe Dameron, apparaît vite comme l'élément le plus singulier de Star Wars VII. La place du personnage surprend un peu, presque anomalie face aux autres éléments car le pilote incarne entièrement l'idée du héros de résistance, déjà pris dans l'intrigue, déjà soumis aux conflits et pris dans la réflexion d'y trouver une solution. Le film oscille entre la mise en évidence de cette héroïsme, en particulier sur les scènes de bataille ; et la disparition ponctuelle du protagoniste. Cela en indique évidemment beaucoup sur l'intention quant à l'avenir de la nouvelle trilogie, qui est de s'attacher aux personnages encore en quête de leur héroïsme, n'ayant pas encore dépassé leurs traits de caractère limités, en l'occurrence Finn et Rey. Mais cette révélation souligne, une fois de plus, la reprise totale du postulat de 1977, où Luke et Han allaient devenir moins égoïstes... Poe Dameron apparaît dès lors comme le rempart à cette logique de la reprise, puisque la condition de son évolution, si le personnage demeure dans la suite, reste mystérieuse.

 

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Cependant, le grand handicap de cette nouvelle trilogie se loge dans la définition, autant que l'interprétation, du nouvel antagoniste. La réduction du personnage à un adolescent en pleine crise de rejet de ses parents fait perdre de la puissance de Darth Vader, et, pire encore, ne permet pas l'humour noir auparavant attribué au commandant. L'interprétation d'Adam Driver se révèle en outre maladroite, lourde des hésitations du personnage et ne fait qu'étirer le personnage dans ses complaintes ennuyeuses. Très étonnamment, Kylo Ren est peut-être au final la plus grand rupture orchestrée vis-à-vis de la trilogie initiale, contrepoint entier à l'idéal forgé par Vader. Choix peut-être audacieux s'il n'évoquait pas une spécificité du méchant extrêmement récurrente dans le shounen (manga ou anime destiné aux garçons) contemporain japonais. La comparaison peut surprendre, et pourtant, l'emportement, la perte de contrôle et l'allure s'éloignant de la virilité pour approcher l'androgynie ressemblent à beaucoup de figures de ces séries. Le plus frappant exemple réside l'antagoniste Sasuke dans l'oeuvre de Naruto (Masashi Kishimoto), caractérisé par le même type de rejet des autres adolescent, mais sans cesse frappé de réactions de colère incontrôlées. La rapprochement surprend le temps du film mais ne suffit cependant pas pour instaurer un réel intérêt à l'égard de Kylo Ren. Et une telle déception creusée par le successeur de Darth Vader n'attise guère la curiosité quant à la suite de cette saga.

 

Commentaires

  • La scène du DC de ce bon vieux Solo est tellement mauvaise qu'il m'a semblé que c'était une ruse. Surtout que ce galopin de Kilo Truc n'a aucune force face à la donzelle, donc il n'a pas encore basculé ha ha ha du côté obscur. Donc... genre.
    Mais bon. Sacrifier la place d'Isaac et le sortir du film n'était pas l'idée du jour.
    Et même si le grand duduche pue le sexe pas net (faudrait le mettre face à Isaac, je suis sûre qu'il se passerait une étincelle), je n'ai guère trouvé d'alchimie entre Kilo Machin et la pépète. De toutes manières, on est chez Disney, ça va pas s'entortillonner comme des cochons.

  • Ah ah, merci beaucoup pour ton commentaire très coquin !

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