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X-Men First Class / Days of Future Past / Apocalypse

X-MEN FIRST CLASS (2011) – Matthew Vaughn

X-MEN DAYS OF FUTURE PAST (2014) – Bryan Singer

X-MEN APOCALYPSE (2016) – Bryan Singer

 

De First Class à Apocalypse, cette seconde saga des X-Men, prequel alternatif à celle du début des années 2000, se révèle au final une trilogie au final plus déséquilibrée que la première. Alors que First Class amorce une rupture, le retour de Bryan Singer pour la suite rétablit des liens et des choix esthétiques, s'autorisant soit des variations surprenantes, soit un certain académisme du film de super-héros. Précisons-le : ce ne sont pas les détails propres aux super-héros, leur fidélité ou non aux comics d'origine, ou encore les incohérences temporelles ou narratives qui intéressent cet article ; mais bien plus la construction d'un ensemble et de ses variations singulières. En l'occurrence, cette seconde saga X-Men est particulièrement rythmée par la triangularité entre Charles-Xavier, Raven et Eric comme par l'aspiration au monumental et à l'ambition de la réunion.Cependant, la pierre angulaire la plus singulière de cette seconde saga, et qui permet de la distinguer par rapport à la première (alors même qu'elle en recycle plusieurs poncifs ou figures symptomatiques) réside dans l'interprétation complexe du Professeur X.

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First Class

 

Comme toute franchise de super-héros, X-Men doit affirmer un casting capable d'ériger les personnalités extraordinaires qui le composent. La difficulté est double car la saga s'appuie sur un foisonnement plus dense de personnages. Cette densité doit en outre exprimer le grand thème des X-Men, à savoir la coexistence des singularités et de pouvoirs souvent en contraste ou en total conflit. Dès lors, les interprétations doivent imposer les particularités de chaque mutant, mais aussi créer un attachement immédiat pour permettre à d'autres de s'imposer. En cela, force est de constater que le second casting de cette saga est irréprochable, proposant de nouvelles versions convaincantes et véritablement intrigantes des prédécesseurs. Au niveau des antagonistes, l'écriture se révélera par ailleurs moins riche, se rangeant plutôt au côté de traits peu intéressants.

Ainsi, l'harmonie des acteurs est pour beaucoup dans l'appréciation des films. A Wolverine (Hugh Jackman), Jean (Famke Janssen) et Scott (James Marsden) dans la première trilogie succède un nouveau trio fort différent, voire même plus enrichissant, permettant des contrastes nouveaux, des personnalités traversés d'autres nuances. Il faut dire que la balance instaurée entre Charles-Xavier (James McAvoy), Raven (Jennifer Lawrence) et Erik (Michael Fassbender) élabore une ambitieuse relation, glissant sans cesse de l'union totale aux farouches dissensions. La redéfinition de leur genèse, tout comme leur jeunesse, dessine un émotionnel plus prégnant, et détache chacun des trois des images de mentors ou de méchants qu'ils incarnaient auparavant. Si l'interprétation sera époustouflante tout du long pour McAvoy, et de la même manière formidablement soutenue chez Lawrence, elle deviendra, après avoir été brillante, profondément affaiblie pour Fassbender à partir du second volet. L'accès de déception marqué par celui-ci est précisément un point sensible dans la saga, car les films perdent peu à peu de vue le potentiel de Magneto, à la base le plus complexe des trois ; alors que le protagoniste de Charles-Xavier regagne une place prépondérante dans les ambiguïtés de la thématique mutante.

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Days of Future Past

 

Avec First Class, Days of Future Past et Apocalypse, Bryan Singer propose une nouvelle trilogie marquée par l'histoire et le temps. Ceci lui permet notamment de rejouer les grandes thématiques sous-jacentes à ces héros – recherche de la tolérance, peur de l'exclusion, angoisse à révéler sa véritable nature – dans des contextes spatio-temporels déjà marqués par ces questions. En cela, le fantôme de la Shoah ne cesse de traverser l'oeuvre entière, par de nombreuses références chez Erik et de brèves traversées d'Auschwitz. Days of Future Past tranche du premier et du dernier volet par sa singulière aventure temporelle, et son ambitieuse réunion des temps et des mutants. Singer tenterait-il une structure rythmée de la même manière que sa première trilogie ? De nombreux indices ou scènes en miroir confirment cela, et de la même manière, l'ensemble se veut porté par un certain climax du milieu. Days of Future Past se veut cependant plus ambitieux que X-Men 2 car il s'inscrit comme l'apogée de l'oeuvre entière, ce qui n'empêche pas la filtration de nombreuses faiblesses.

Si le second volet joue sur la division temporelle, la traversée linéaire de l'Histoire, de 1960, 1970 à 1980, subsiste, saisissant, presque de manière folklorique, des ambiances typiques, une riche panoplie de costumes et de looks, et la reconstitution de certains faits réels. Néanmoins, le jeu avec l'Histoire ne sera pas le même entre les volets. Dans First Class, le groupe agit en cohérence avec la crise des missiles de Cuba, le film proposant comme un revers, ou une coulisse fantastique, à ce tournant symptomatique de la Guerre Froide. A l'inverse, Days of Future Past montre des mutants perturbant le fait historique, affrontant leur époque. Singer en cela développe un rapport plus anecdotique à la « grande » Histoire, là où Vaughn la place au cœur de l'intrigue. Chez ce dernier, les crises géopolitiques s'inscrivent en reflet de la crise de la cellule mutante, le macro fait allusion au micro. Singer, lui, privilégie les à-côtés, les rencontres improbables, le surgissement, en marge de la réalité historique, de variations inédites. Apocalypse, s'il est criblé de défauts, largement plus faible en inventions, propulse néanmoins de cohérents consensus aux deux imposants premiers volets et à ces différences temporelles. Le film, en dépit d'une certaine influence graphique des années 1980 (look electro-punk notamment) ou de quelques indices comme l'Europe de l'Est après la chute du Mur, construit une sorte d'a-temporalité, un segment uniquement porté par une action issue de l'ancien temps – en l'occurrence l'Apocalypse - et ranime discrètement les temps égyptiens. Ce retour en arrière considérable efface la tension la plus intéressante de la série, à savoir la difficulté d'inscription des X-Men dans la population humaine. A l'inverse, il s'agit de résoudre, assez classiquement, une bataille épique par l'union de plusieurs forces en contraste.

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Apocalypse

A ces considérations se rajoutent quelques inventions nouvelles, notamment du point de vue graphique. La technicité de Singer et de son équipe n'est plus à prouver, et elle déploie ici son raffinement par un sens du spectaculaire assumé. Dès la scène d'ouverture de First Class, les exploits de Magneto constituent certains climax des films, dans la logique de la première trilogie. L'idée est de proposer à chaque volet une démonstration épique de ses pouvoirs – des fameuses scènes d'anthologie – comme une antenne satellite détournée, un sous-marin expulsé de l'eau (First Class), ou un stade soulevé de terre (Days Of Future Past). Pour autant, ces exploits du personnage varient d'un film à l'autre et ne révèlent pas le même sens. L'élévation du stade renvoie plutôt à un esprit Nolanesque, rappelant l'arrivée de Bane dans The Dark Knight Rises. L'éjection du sous-marin rejoint, lui, une sensation d'envolée lyrique proche du Superman Returns des années 2000. Enfin, dans Apocalypse, la scène d'exploit de Magneto déroge totalement à la règle. Paradoxalement, la démonstration de violence d'Erik est ici incarnée dans une certaine douceur, presque un ballet destructif des éléments. Le personnage paraît atteindre l'apogée de ce fameux point de rage et de sérénité évoqué par Charles. Le moment de bravoure agit ainsi comme un retournement introspectif, plus en phase avec l'état traumatique d'Erik.

Est-ce à dire que cette deuxième trilogie s'écarte de son esthétique d'origine, volontiers pop et plus enlevée ? Les éléments plus sombres, introspectifs ou mélancoliques coexistent néanmoins avec d'autres fantaisies. Déjà, la réalisation continue de flirter entre différents corps mutants, des pouvoirs les plus invisibles à ceux directement visibles. Puis, la surprise en la personne de Quicksilver, qui vole littéralement la vedette à Erik durant sa scène d'évasion, s'en fait l'exemple, sidérante invention cinématographique à mille lieux des autres propositions sur des héros super-rapides. Par ailleurs, cette invention est si marquante que la saga peine à lui aménager une réelle place.

 

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First Class

Cette seconde trilogie se construit sur le duo formé par Erik et Charles-Xavier, clairement voulu comme une histoire d'amour. La relation est portée par les choix futés du casting, combinant deux acteurs en réelle opposition, mais capables de se distinguer des images précédemment imposés par Patrick Stewart et Ian McKellen. Ainsi, la sévérité prégnante à Fassbender, si elle sied à Magnéto, n'empêche pas l'acteur d'apporter un soupçon de fragilité, tandis que McAvoy propulse une forme de prétention naïve à Charles-Xavier, très loin de la modestie du professeur X. Au-delà, deux écoles d'acteurs flirtent admirablement entre elles, l'une nichée dans le sentiment et le romantisme ; l'autre dans la recherche d'un écho entre la corporalité physique et la folie intérieure. Mais ces deux écoles n'empêchent pas les deux acteurs d'inverser avec subtilité leurs gammes de jeu et par-là les reflets des anciens Professeur X et Magnéto. Le calme Professeur X devient ainsi un Charles-Xavier fébrile auprès de chacun de ses premiers étudiants mutants, vivotant de réflexions et de jeux d'esprit, plus attentionné qu'attentif ; tandis que le machiavélique Magnéto, mur traversé d'éclats de malice et de rogne sévère, se fragilise car pris entre une contenance majestueuse et de réels moments de perte de ses moyens.

Matthew Vaughn compare par ailleurs Erik à un James Bond mutant, probablement parce que le personnage apparaît comme un charismatique loup solitaire, loin d'hésiter face à l'affrontement. D'une autre manière, le personnage peut aussi s'interpréter comme l'équivalent du Wolverine de la première trilogie, personnalité fuyant des pairs qui ne cessent de vouloir le sauver.

 

Dans le premier volet, ce tandem soutient admirablement la genèse des X-Men et la division du groupe par force révélations émotionnelles. La réussite de Matthew Vaughn est dans le maintien d'une pente mélodramatique en constant écho avec l'épique ; là où Bryan Singer est par la suite revenu vers ses racines fantaisistes. Le premier de la trilogie est en ce sens assez unique, par l'intensité des sentiments – poignant ralenti lorsque Charles reçoit la balle dans son dos – mais aussi une certaine violence – scène d'élimination des agents de la CIA, lâchées les uns après les autres dans le ciel, scène de la pièce traversant le cortex cérébral de Shaw... Matthew Vaugh confirmait déjà, avant Kingsman, sa capacité à jouer des codes hollywoodiens. Le meurtre par la pièce est en cela relativement osé par son atrocité étirée sur un long montage, transformée, par le ralentissement de la progression du morceau de mental, en une élégante parade. Il renvoie certes aux anciennes démonstrations d'un Magneto joué par Ian McKellen ; mais annonce également le feu d'artifice cervical concluant avec joliesse Kingsman.

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Apocalypse

Le second film de la trilogie rompt totalement avec cet émotionnel fondé sur deux personnages, voire trois avec Raven. Bryan Singer souhaite élargir le spectre des relations en intégrant ses anciens personnages, en jouant de parallèles entre nouvelles et anciennes versions. Il fait peu de cas de la complexité élaborée entre Charles Xavier et Erik dans le premier volet, puisque la relation se limite à un simpliste échange de train sur l'assassinat de Kennedy. Mais l'intention du cinéaste claire avec Days of Future Past : instaurer de nouveau l'ambition et profiter de l'époque des années 1970 pour se lancer dans une expérience folklorique. Avec Apocalypse, Singer tente en revanche de revenir, par à-coups, vers cet émotionnel du premier. La séquence du meurtre (accidentel) de la femme et de la fille d'Erik constitue un soudain écho à la fragilité du personnage. Néanmoins, cet éclatement de désespoir paraît trop superficiel car trop soudain, éclipsant tout le changement préalable à ces disparitions. Le bond de l'Erik belliqueux de Days... à celui aimant et paternel d'Apocalypse ne convainc guère. La conclusion de l'ensemble ne permet pas de gagner une gamme psychologique complexe à la hauteur de ce qu'est Magneto et donne ainsi le lourd sentiment que la composition de Michael Fassbender pèche durant Apocalypse.

Face à Erik et Charles-Xavier doit se souligner la singularité du personnage de Raven. Le choix de Jennifer Lawrence crée une autre personnalité pour Mystique, la dirige vers plus de nuances, de sensibilité, et peut-être moins de sauvagerie. Avec Lawrence, cette seconde trilogie inverse le rapport au corps bleu et mutant : celui-ci n'est plus prédominant, remplacé par le corps et le visage de l'héroïne d'Hunger Games. En ce sens, cette nouvelle Mystique participe pleinement au lancement de la star, habituée aux rôles de guerrière indépendante. Ce n'est plus Mystique qui est mis au devant de l'affiche, mais Jennifer Lawrence. Ce changement de statut et de perception du protagoniste n'entaille heureusement pas sa force féminine, autrefois fièrement portée par Rebecca Romijn. Il permet d'ouvrir de nouvelles pistes, comme celle de la peur d'afficher son originel corps bleu et de toujours se réfugier derrière une enveloppe humaine. Cependant, les scènes d'action sont supplantées au profit des questions intérieures, et les jeux de transformation plus prévisibles, moins amusants. Pour pallier à ces absences, Apocalypse tente, dans l'une de ses scènes d'ouverture, de renouer avec la Mystique de Rebecca Romijn. Raven, devenue icône des jeunes mutants, traverse telle une résistante le globe pour libérer ses camarades.

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Days of Future Past

 

Days of Future Past demeure le plus ambitieux de cette trilogie. C'est avec malice que Bryan Singer tente le voyage intemporel et s'inscrit dans la lignée des Star Trek (le fameux clin d'oeil dans le bureau d'Havoc) et autres fantaisies britanniques ou américaines jouant avec les manipulations du temps. La casting américano-britannique permet par ailleurs cette soudaine influence, puisque les deux pays partagent, en particulier sur le plan de la création sérielle, un goût pour les voyages dans le temps, les retours dans le passé ou les bonds apocalyptiques dans le futur. Le film affirme aussi sa volonté de prendre le contrepied de la proposition de Vaughn : le rapport à l'Histoire se révèle très différent, traité sur un mode plus folklorique qu'épique ; le spectaculaire est différent, rejetant la violence traumatique pour rejoindre une virtuosité graphique ; et, enfin les protagonistes sont à l'encontre de leur idéalisme d'origine. Un Magneto moins nuancé, une Mystique moins douce et hésitante, et surtout un Charles-Xavier barbu et désabusé, très loin du charismatique leader attentif et attentionné du premier volet. Singer se réfère plus à ses premières adaptations du comic plutôt qu'à celle de Vaughn. La séquence d'évasion de Magneto établit par exemple un lien évident avec celle de X Men 2. Plus que la suite de First Class, Days of Future Past représente le pont entre les deux trilogies, cristallisant les deux périodes et réunissant tous les castings.

La volonté demeure incomplète lors de la sortie du film en salles, puisque Singer n'a pas pu intégrer le protagoniste d'Alicia, tout de même centrale dans la construction de son premier ensemble. De même, les subtilités pèchent dans le remontage pour la sortie en salles, là où certains scènes coupées révèlent des échanges plus complexes entre les personnages principaux. Les coupes au scénario, ou au montage, n'entaillent pas l'ambition vaste du projet, mais limitent son intensité, voire schématisent ses points les plus sensibles. La brève conciliation de Charles et Erik pour contrer la menace paraît surfaite, réglée en deux répliques ; la soudaine disparition de Quicksilver après l'évasion totalement insensée... La partie située dans le futur est celle qui souffre le plus de ces coupes : plutôt que de construire la concertation entre les divers mutants, jouer de leurs points de vue sur la situation en crise, le film impose un festival de brèves performances, où les pouvoirs défilent un à un.

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Days of Future Past

Deux grandes brillantes idées sont à souligner pour cette deuxième partie. La première, c'est ce tabou brisé des mutants cachés au cœur de la société. La chute de Mystique, qui atterrit en pleine foule avec son corps bleu, photographiée, filmée par les caméras, bouleverse intensément la réalisation et la compréhension de l'univers. Le traitement de la scène, qui instaure les points des spectateurs et leur vision à travers leurs appareils, imprime finement le tournant historique. Singer nous donne à voir des images et esthétiques d'époque, soudain transgressés par une modernité violente. Le choc de découverte des mutants pour la population est instauré avec intelligence. Néanmoins, cette idée du basculement reste à l'état de cocon. Apocalypse ne la développe guère, alors que l'univers s'ouvrait à une inattendue confusion entre le corps mutant et le corps médiatique. Cela se regrette tant l'événement du second volet renvoyait à cette peur de l'autre, thème sous-jacent à toute la problématique des X-Men, mais peur traitée sur le mode contemporain des médias.

En second lieu, Days of Future Past fit apparaître un personnage important, et très populaire, celui de Quicksilver. La scène de l'évasion est une pure expérience, où les effets spéciaux virtuoses installent en quelques minutes une esthétique nouvelle, une vélocité cinématographique à la croisée de la culture pop et du ballet aérien. La séquence est si brillante qu'elle peine à déterminer la réelle place du protagoniste – est-ce pour cela qu'il est évacué au bout de trente minutes de film, écarté du projet des X-Men ? De même, si Apocalypse lui aménage plus d'espace dans le scénario, le garçon hyper-rapide rejoue une variante de son précédent exploit. L'expérimentation de Quicksilver permet néanmoins au cinéaste de revenir à ce qui l'intéresse d'un point de vue esthétique, voire éthique : l'affirmation d'un individu singulier est rendue voyante par les moyens du costume, de l'effet spécial, et de sa capacité à bouleverser des paramètres cinématographiques préalablement établis.

 

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Apocalypse

Avec Apocalypse, un autre pari est avancé : amener, à l'instar de First Class, les versions jeunes d'autres protagonistes de la série. L'exercice est particulièrement difficile, sachant qu'il faut réussir à imposer une nouvelle équipe pour un film qui sera le dernier de la trilogie ; et ainsi renoncer à leur évolution - même si Singer envisage un spin-off pour Jean Grey. Le pari est tenu avec efficacité. Les nouveaux comédiens interprètent correctement les lourds rôles du Phénix, de Cyclope ou Diablo, et chacun prend part à l'action finale. Reste que, dans ce souci de retour en arrière, le film offre une inutile séquence de Wolverine à son état de prisonnier, clin d'oeil confortable pour les fans mais ronflant pour la saga. Parallèlement, Apocalypse abandonne le sous-texte philosophique inhérent aux précédents volets, ou aux thèmes de la tolérance et de la différence. Ceux-ci subsistent quelque peu à travers la tragédie d'Erik mais n'est nullement tenue dans cette concentration autour d'un méchant loin d'être clivé, défini par la destruction.

Si le troisième volet de la première saga avait été très critiqué, il était celui qui avançait néanmoins le plus ces arguments. Le remède pour guérir les X-Men de leurs mutations déclenchait conflits dans le groupe, manifestations et climat de tension à l'aube d'une guerre civile. La deuxième trilogie ramenait la question de l'intégration des mutants à un niveau plus intime, par les échanges entre Charles, Erik et Raven. Ces oppositions étaient certes déjà présentes mais First Class et Days of Future Days se permettent d'en montrer les oubliées subtilités et les erreurs de l'un ou l'autre leader. Apocalypse brise cette tendance et revient à une forme de conflit unilatéral, loin de la multiplicité de points de vue que la saga soumettait. En Sabah Nur cristallise cela, super-mutant titanesque exigeant une dévastation massive, et un affrontement ligué et entier. Evidemment, l'écriture de cet antagoniste demeure logique pour conclure le deuxième ensemble des X-Men, puisque sa défaite annonce le triomphe de l'unité tant rêvée par Charles-Xavier. De même, la démonstration de puissance d'Apocalypse est à la hauteur de ce que le film annonçait. Les agressions du monstrueux Titan, incarné par Oscar Isaac, terrifient par leur écrasement aisé des corps et des esprits. En outre, le film ne surcharge pas le personnage d'effets spéciaux lourds ou nécessairement excessifs et joue au final sur des idées très simples de pouvoirs, qui emmurent d'un geste des hommes dans des murs ou sous le sols. Les batailles mentales d'En Sabah Nur avec Charles-Xavier restent les morceaux les plus mémorables du film, composant une vraie intensité dans le gigantisme du personnage, qui écrase le professeur dans ses dédales intérieurs.

Mais au-delà se regrette l'idée d'une apocalypse sans fioritures, jamais contrariée par des faiblesses du personnage ou du groupe qu'il tente de mener. Il aurait été plus intéressant de voir les échanges entre les différents Cavaliers de En Sabah Nur plutôt que d'assister, sur le dernier quart, sur une interminable action de ralliement. Le changement de camp soudain de Tornade, ou même de Magneto, paraît bien soudain, accompli dans le souci d'atteindre la parfaite union de groupe.

 

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First Class

Le premier film réalisé par Matthew Vaughn déconstruisait en quelque sorte certains mythes de la saga : Wolverine se faisait évincer tout en élégance de l'intrigue (« Go fuck yourself ») ; Mystique apparaissait très rarement sous sa vraie apparence ; le Cerebro n'était qu'un bricolage de fils et de néons ; l'esthétique rejetait les couleurs habituelles de Singer... Days of Future Past combinait, lui, ces choix nouveaux au sens pop du cinéaste. Le film oscille en effet entre un futur mélancolique et un passé folklorique traversé de vintage et de lueurs modernes. A ces variations, Apocalypse préfère le retour à l'équilibre et au grand film épique, comportant ses quelques moments singuliers.

Au final, l'intérêt de cette seconde trilogie réside précisément dans sa capacité à approfondir la perception de la mutation par les mutants eux-mêmes. On n'analyse plus l'impact des pouvoirs face à la société humaine, et les brimades et souffrances qui pouvaient en découler (c'était le cas avec Malicia) ; mais bien plus la prise de position de chacun quant à ce qu'ils peuvent amener ou pas avec leurs capacités. La série devient intéressante à partir du moment où les éthiques des personnages ne peuvent s'accomplir en raison des événements. Persuadé qu'ils seront acceptés au sein des autorités américaines, Charles-Xavier doit essuyer le mépris des membres de la CIA et la colère de ceux qu'il souhaite entraîner avec lui. Tenté par le projet d'union et n'aspirant au final qu'à la paix tranquille, Erik ne comprend plus les attaques perpétrées par les politiciens ou les scientifiques et ne voit comme solution que leur annihilation totale. Bien qu'elle revendique fièrement sa mutation, Raven est sans cesse contrariée par son apparence et demeure effrayée par le regard des autres... Malgré une apothéose gommant ces questions personnelles, cette seconde partie de la saga élabore un fin portrait de ce collectif. Et même si Raven, Erik et Charles restent au centre des réflexions, l'ensemble ne refuse pas à ses nombreux personnages des problématiques tout aussi complexes et des comportements plus ambivalents, comme ceux d'Hank MacCoy, Jean Grey ou Scott Summers.

 

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Apocalypse

Au-delà de ses nombreuses variations, parfois intrigantes, parfois agaçantes, ruinant occasionnellement cette belle relecture, l'intérêt de la saga X-Men se niche peut-être dans le protagoniste de Charles-Xavier, souvent estompé de la compréhension du récit. Tout simplement, le professeur X est un point d'ancrage au milieu du bouillonnant et mouvant univers des X-Men, une posture qui, en même temps qu'elle centralise l'existence de tous, vit par sa quasi-invisibilité. L'interprétation et la construction du personnage de Patrick Stewart soutenait cela, rien que par ce visage d'aigle aux traits figés, et son discret surgissement d'entre des couloirs glacés. Ce personnage extrêmement équilibré constituait de fait la « zone zen » des films de la première trilogie. Sa disparition soudaine au début du X-Men 3 engendrait précisément la débâcle et le chaos. C'était un bloc aux nuances que Stewart rendait minimes, presque invisibles dans son visage - une image par ailleurs qui a beaucoup inspiré des figures de mentors en fauteuil roulant, tel celui qui accompagne The Flash dans la série de 2014.

En ce sens, la seconde saga inverse la tendance en perturbant violemment cette image pour un nouveau professeur X traversé d'ambiguïtés. La brillante composition de James McAvoy étoffe ce protagoniste en lui concédant de nombreux déséquilibres. Etonnamment, la singularité de jeu corporel de l'acteur britannique est à comparer avec ses collègues irlandais et américaine. La thématique du corps trouvait un écho fascinant dans le personnage de Jennifer Lawrence, par le dialogue entre silhouette devant célèbre de la star et bleu iconique de Mystique. L'actrice y rend par ailleurs justice par son assurance subtilement entaillée par quelques regards troubles. Mais son corps demeure de bout en bout celui d'une féminité conquise et devenant guerrière. Fassbender prolonge avec le personnage d'Erik son sens d'une physicalité au service d'un mental perturbé : le corps donne forme à l'autorité, au désir de guerre, au traumatisme. Pour le personnage du Professeur X, vite paralysé, et en outre puissant plutôt par le mental, il demeure difficile de trouver une place entre ces deux corps aussi affirmés et présents. Or, McAvoy parvient à trouver un équilibre surprenant, déliant l'image du fauteuil et de la paralysie pour incarner une multitude d'états physiques subissant les défaites. Corps virevoltant auprès des mutants découverts mais incapable de se protéger face aux pouvoirs des ennemis, corps drogué croisant son double vieillissant, corps empoisonné par l'esprit de Sabah En Nur... L'acteur britannique a su créer une présence imposante à son personnage, tout en intégrant ses nombreuses failles. Car Charles-Xavier ne cesse d'accumuler les erreurs, de se laisser absorber par soit l'idéal d'unité, soit le pessimisme désabusé, en bref devient un point instable, et profondément émouvant précisément parce qu'il échoue souvent à construire son utopique rassemblement des hommes et des mutants. Le protagoniste est même parfois aussi critiquable qu'Erik car capable d'intolérance à l'égard de ses pairs qu'il prétend vouloir défendre. C'est ainsi avec mépris qu'il réclame à Raven de reprendre son apparence humaine face à lui et n'écoute guère son mal-être. Ce comportement est poussé à l'extrême dans Days of Future Past, où le personnage se morfond, cynique et épuisé, enchaînant les échecs jusqu'à la fin du film. Le désir de compréhension et d'empathie ne cesse de se heurter à l'impossibilité de rassembler – visible d'emblée avec Erik, mais aussi, de manière plus discrète, avec Raven. La tragédie de Charles-Xavier devient plus visible, puisqu'il n'est pas uniquement un guide en arrière-plan, en soutien accompagnateur, mais se trouve précipité au cœur de relations et d'événements houleux. Le périlleux chemin de croix dans lequel s'engage le scientifique pour devenir un leader respectable devient, au sein de la grande histoire des X-Men, intensément poignant.

 

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