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Top 2016

TOP 10 2016

Finis les regrets de l'an dernier, car cette année 2016 fut magnifique au niveau de la création cinématographique. Un constat qui rassure (un peu) face à un état catastrophique du monde, entre retournements politiques accablants, persistance du scandale judiciaire, désastres écologiques... L'année fut en outre marquée par les récentes disparitions de créateurs et artistes magnifiques, avec, notamment au cinéma, Rivette, Cimino, Scola, Dupeyron, Zulawski, et l'un des plus grands pour moi, Abbas Kiarostami.

La violence du moment ne fut guère étouffée dans les réalisations en 2016. Les oeuvres éveillent les pires terreurs - The Strangers, Nocturama - dénoncent les absurdités de sociétés privilégiés - Steve Jobs, Toni Erdmann, Aquarius - se rangent du côté des plus touchés - I, Daniel Blake, Ta Ang, Money Monster - ou sont frappantes d’apocalypse - Dernier Train pour Busan, X-Men Apocalypse, la destruction de l'Enterprise dans le dernier Star Trek. Le cinéma n’a jamais été aussi proche des angoisses, des désillusions et de l’incompréhension contemporaines. De même, il a mis en scène de nombreux monstres, certains puissamment incarnés, certains métaphoriques, d’autres invisibles.

A l’inverse, il a aussi été un formidable catalyseur de distraction, comme en remède à ces catastrophes réelles. La faiblesse des blockbusters de cette année, qui se sont engourdis pour la plupart dans leurs formules recyclées, fut rattrapée par un retour du vrai divertissement à l’ancienne. On peut se réjouir du succès de Fantastic Beasts, formidable chassé-croisé magique dans les rues de New York ; ou encore de la présence de films de genre coréens singuliers et intelligents, tels The Strangers, Dernier Train pour Busan, Man On High Heels. De même, le Elle de Paul Verhoeven est un savant mélange entre plaisir du thriller et malaise des ambiguïtés folles de ses personnages. Egalement, du côté de la science-fiction, c’est la soumission des codes du genre à l’émotion intime qui l’emporte, avec deux très beaux films que sont Midnight Special et Arrival ; puis Kimi no na wa, fidèle à la tradition romantique chez Makoto Shinkai. Ces nombreux exemples préfèrent délaisser la performance technologique, ou limiter leur recherche autour de la scène d’action qui impressionnerait le public pour privilégier, par à-coups ou sur toute leur durée, un bouillonnement de souvenirs, sentiments, relations familiales ou conjugales.

 

Qualité de remède, également, dans ce que les films recherchent d’apaisant, ou de ressourçant. Il faut retourner à la simplicité d’un repas partagé (Les Délices de Tokyo, Le Fils de Joseph), ou, pour respecter ses désirs profonds, une communion intime avec son environnement naturel (Quand on a 17 ans, La Tortue rouge, Louise en hiver). Ou encore, pour le pire autant que le meilleur, à l’explosion créative sans limites (Poesia Sin Fin...)

Si les éclatements de violence ne sont jamais loin, le repos et l’harmonie veillent aussi, malgré une cellule familiale éclatée (Little Men, Juste la fin du monde, Le Fils de Jean, Toni Erdmann) malgré la perte d’un être aimé (Carol, Manchester by the Sea, Frantz, Kimi no na wa), malgré la difficulté de (re)trouver sa place (The Assassin...)

 

La richesse de cette année, autant que les nombreux liens qui s’élaboraient entre des oeuvres d’origine pourtant très différentes, ont rendu ce top extrêmement difficile à établir. Tout autant que sur l’année, les émotions ont été diverses, les incompréhension et colères présentes mais l’épreuve de l’écran de cinéma toujours stimulante, engageant émotion, réflexion, méditation. Avec les propositions Todd Haynes, Maren Ade, Jeff Nichols, Paul Verhoeven, Michael Dudok de Wit, François Ozon, Philippe Lioret, Denis Villeneuve, Bryan Singer, Naomi Kawase, Ira Sachs, Bertrand Bonello, Antonin Peredjako…, qu’on les apprécie ou pas, 2016 a signé des expériences en complétude, ouvrant le regard à d’autres possibles cinématographiques.

 

Puis, il faut souligner et se réjouir de la forme exceptionnelle de l’animation. en 2016 ! Les révolutions sont à l'oeuvre dans ce monde, en pleine expansion productive et recherche explosive dans ses thématiques, constructions narratives, élaborations graphiques, nouveaux regards sur l’humain.  



Enfin, une année de cinéphile n’est jamais complète sans l’apport, toujours riche et pertinent, des points de vue d’amis, de collègues, de blogueurs et de passionnés du 7ème Art. Merci à eux, et merci en particulier à qui suivent avec attention ce blog.



Place, suite à ce petit résumé en guise de meilleurs voeux pour la nouvelle année qui entrouvre son rideau rouge, au fameux rituel du top.





1

NOCTURAMA

Bertrand Bonello

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Les numéros 1 de nos tops restent des mystères entiers pour les rédacteurs qui les choisissent, malgré les vifs rejets que l'on peut entendre sur l'un ou l'autre film, ou malgré les choix, fort heureusement différents, de collègues blogueurs. Car une expérience bouleversante au cinéma – et c'est de cela qu'il s'agit pour les numéros 1 de ces dernières années – ne peut atteindre son décryptage qu'en acceptant la part obscure des sensations qu'elle peut éveiller en nous.

Nocturama est une vertigineuse incarnation de l'angoisse, de l'incompréhension, d'une tension fracassante de puissance. J’en salue autant la réserve de son auteur, qui cherche plus à approcher un malaise indéfinissable, mais bel et bien présent, que l’audace d’un point de vue qui tente d’échapper à toute enclave. La puissance titanesque du film est contenue dans une petite poignée de personnages, leur dissémination dans quelques lieux, et dans le temps d’une tragédie grecque.


Difficile de trouver les mots, ou les évocations, de ce choc cinématographique sourd et secret, cri perdu dans la vaste nuit d’une audace élégance. Nocturama disperse l’esprit, restructure l’empathie, bouleverse la connectivité au monde ou à sa propre génération.



2

AQUARIUS

Kleber Mendonça Filho

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La seconde place de ce top est occupée par un grand film de résistance et d’intelligence. La lutte de son personnage principal, l’un des plus portraits féminins de cette année, concilie à la fois et la nostalgie d’un passé plus charnel et libertin. Cette conjugaison des temps fait des éclats étranges, des feux d’artifice d’image et de dialogue revigorants.


Après Les Bruits de Recife éclate dans ce second long-métrage tout le talent de son auteur, et sa capacité à télescoper les temps, la fiction et l’histoire de son pays, les classes aisées et émergentes. Au sein de cette ample fresque et portrait de son héroïne, le film dévoile aussi sa part de cauchemar, par ses nouveaux jeunes représentants de la société à venir, nés d’élites obstruant la sensibilité et l’écoute. Mais la liberté, l’intelligence et l’humanité ne sont, heureusement, pas loin.

 

3

NIE YIN NIANG / THE ASSASSIN

Hsiao-Hsien Hou

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Intelligence, également, dans cette troisième place de podium. Avec The Assassin, Hsiao-Hsien Hou peint une oeuvre d’une flamboyante beauté, une oeuvre qui force le regard et le fait éclore vers d’autres possibles. Oeuvre douce et rêveuse, loin du cauchemar, plus proche de l’intime et de la sensation - en dépit de sa structure à l’apparence labyrinthique et cérébrale.


La cinématographie, sublime, joue de la pureté éclatante d’un fil de couture, d’une voilure échancrée comme de celle d’une nature enchanteresse, balayée par les vents légers et la coloration des saisons. La dilution de la narration et des explications taillent un chemin pur vers l’émerveillement. Le visage impassible de l’assassin, Shu Qi, d’abord élément en harmonie avec cet environnement parfait, s’anime peu à peu, dévoile ses émotions. Un autre chemin s’ouvre, vers l’empathie. 



4

GOKSUNG / THE STRANGERS

Hong-jin Na

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Film pur sur la terreur, The Strangers répond cette année à Nocturama. Même désir, malgré les profondes différences esthétiques, narratives et même morales des deux films, de s’emparer de la terreur engluée dans les esprits, de la monstruosité grouillante entre les murs. Hong-jin Na a réalisé un subtil tour de force dans son écriture et sa mise en scène, et fusionne les genres avec un malin plaisir de chef d’orchestre. Dans sa folie pur et ses scènes d’hallucination, The Strangers embrasse tout le malaise des sociétés actuelles : paranoïa, cloisonnement, peur de l’étrangeté et de l’étranger. 

 

5

LITTLE MEN / BROOKLYN VILLAGE

Ira Sachs

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Avec celui de Patrick Wang, le cinéma d'Ira Sachs n'en finit plus de nous attendrir, de convier à l'émotion autant qu'à l'intelligence. En quelques plans, quelques dialogues au coin de la maison, quelques balades au sein du quartier, ce microcosme familial en dit tant sur la richesse humaine. Les conflits intérieurs s’imbriquent avec douceur, et l’enfance se fraye un chemin vers l’adolescence brusquée par les premiers désirs. Dans ce cinéma, chaque instant de trouble, ou chaque moment de faiblesse, apparaît comme une offrande, et en dit long sur notre humanité. 



6

ZOOTOPIA / ZOOTOPIE

Byron Howard, Rich Moore

 

LA TORTUE ROUGE

Michael Dudok de Wit

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Deux révolutions animées pour cette sixième place.

 

Après Frozen, puis avec Vaiana en décembre, Zootopie achève de démontrer la réjouissante métamorphose du studio Disney et de sa fusion avec Pixar. Métamorphose qui, il faut bien le préciser, passe par un changement de représentation de la figure féminine, moins coquette, plus héroïque, moins princesse, plus miyazakienne. Mais Zootopie, c’est aussi la fable moderne et joyeuse, l’habileté de l’enseignement sous des allures de film de genre.

 

Quant à La Tortue rouge, si j‘ai pu me montrer extrêmement sévère sur les conclusions et l’évolution du film, je n’en dénis pas l’importance, ni l’humanisme évident. Le film de Michael Dudok de Wit est la porte ouverte à la suite du parcours de son créateur, mais aussi à une remodélisation du paysage animé. Les environnements étonnamment vivants du film sont des espaces transmuants, à la beauté immanente, où se joue une petite portion de l’aventure humaine et animale.


Au-delà de leurs aspects “révolutionnaires”, l’un pour sa place au sein d’un système de production en mutation, l’autre pour son esthétique nouvelle, Zootopie comme La Tortue rouge sont aussi de formidables films sur l’altérité.

 

 

7

TONI ERDMANN

Maren Ade

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Ce Toni dont nous avons tant entendu parler, il faut bien avouer qu’il contient sa bonne dose d’humour, de réflexion et d’audace. Plus que les efforts du Papa blagueur et costumé, c’est le portrait de sa fille qui interroge et émeut. Nouvelle figure d’un siècle évinçant la spontanéité pour atteindre le calcul, l’efficacité et le cynisme nonchalant, Inès est une tragédie ambulante, avec laquelle Maren Ade ose tout entreprendre. Mais la jeune cinéaste allemande dose savamment l’équilibre entre l’embarras et le touchant, entre l’irrévérence et le respect. 

 

8

FANTASTIC BEASTS AND WHERE TO FIND THEM / LES ANIMAUX FANTASTIQUES

David Yates

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Après The Assassin, c’est l’un des plus grands films émerveillés de 2016. Au-delà du plaisir (personnel) nostalgique, le film de David Yates est un pétillant condensé d’aventures magiques, loin des canons hollywoodiens. Car Fantastic Beasts prône, plutôt que le spectaculaire sobre, les éclats de malice, les rebondissements coquins, les performances hallucinées de ses acteurs. Les aventures de Newt Scamander - avec un Eddie Redmayne plus qu’étrange et parfait que jamais - et de sa petite troupe attachante sont en outre l’occasion de déployer de fines critiques politiques et environnementales. 

 

9

45 YEARS / 45 ANS

Andrew Haigh

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Récit intime, étalonné sur une semaine, 45 ans est passé inaperçu dans les salles. Le film d’Andrew Haigh tend pourtant vers une perfection rare, troublant de détails dans sa forme maîtrisée. La tension du couple marié depuis longtemps ne transparaît comme une simple distance, elle se charge d’histoires secrètes et de nuances psychologiques. Le cinéaste britannique réussit un portrait fin et profond de l’amour et ses ruptures. 

 

10

HAI-HIL / MAN ON HIGH HEELS

Jin Jang

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Plan d’un baiser pour clôturer ce top mais quel baiser, l’un des plus beaux de cette année ! Baiser qui ajuste le grand écart fabuleux entrepris par Jang Jin dans ce thriller atypique, entre violence ultra et romantisme ultra. Baiser qui culmine la reconnaissance d’un désir intime pour son héros, et laisse exploser la délicatesse féminine écrasée par des masses de machisme et de virilité copiées de-ci de-là. Baiser transgenre dans tous les sens du terme, qui incarne l’aspect caméléonesque de Man on High Heels, et sa capacité à autant faire rire que pleurer.

 

MENTION SPÉCIALE

AN / LES DÉLICES DE TOKYO

Naomi Kawase

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Les films se lient parfois trop fortement aux expériences personnelles. Ce qui peut les envelopper d'une aura singulière, composant une place à part parmi de nombreuses autres découvertes. J'ai décidé de placer le dernier film de Naomi Kawase en dehors de ce top précisément parce qu'il revêt une fonction extrêmement symbolique dans le cheminement de cette dernière année passée.

Les Délices de Tokyo passait en tant que clôture du festival un Etat du monde et du cinéma en 2015, 10 jours après les attentats du 13 novembre. Respiration totale, mais aussi sensation de vie succédant à celle de la survie pour ce premier retour au cinéma depuis les événements…

 

Cette naïveté, cette croyance pure en la simplicité d’une pâtisserie préparée avec attention, puis partagée à plusieurs, a de quoi adoucir les esprits et réveiller les sens.




PAS LOIN DERRIÈRE…

11 : Poesia sin fin

12 : Louise en hiver

13 : Elle

14 : Carol

15 : Moi, Daniel Blake



MAIS AUSSI...

X-Men Apocalypse, Midnight Special, Court, en instance, Mekong Stories, Steve Jobs, L'effet aquatique, Dernier Train pour Busan, Quand on a 17 ans, Frantz, Sunset Song, Le Fils de Jean, Baccalauréat, Demolition, Ta-Ang, Ma Vie de courgette, Ghostbusters, Tout en haut du monde, Vaiana, Le Garçon et la bête, Relève, histoire d'une création, Gaz de France, Le Fils de Joseph, Hana et Alice mènent l'enquête, Money Monster, Manchester By The Sea, Danish Girl, Un Petit Boulot, Kung-fu Panda 3, Kubo, Insaississables 2, Genius, Merci Patron, Spotlight...



LES DÉCEPTIONS...

La Loi de la jungle, Star Trek Beyond, Ma Loute, Miss Peregrine et les enfants particuliers

 

LE FLOP !

1 : Juste la fin du monde

2 : Kaili Blues

3 : Le Disciple



LES FESTIVALS DE L'ANNÉE

Les Etats Généraux du Film Documentaire de Lussas

Le Festival du Film Coréen de Paris

Le P-Noise Film Festival, Festival du Film Philippin

Carrefour des cinémas d'animation

 

LES SÉANCES LOUPÉES (POUR L'INSTANT) DE L'ANNÉE

John From

Julieta

Mademoiselle

Rester Vertical

The Neon Demon

Paterson

La Jeune Fille sans mains

Sully

 

LES MENTIONS SPÉCIALES RÉTROSPECTIVES ET FESTIVALS

La Deuxième nuit

La Permanence

Maurice

Inside Men

Le Sorgho rouge

et

Je ne regrette rien de ma jeunesse

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