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Critique des Animaux Fantastiques

L'obscurité pleine de lumières

 

LES ANIMAUX FANTASTIQUES (FANTASTIC BEASTS AND WHERE TO FIND THEM) – David Ayer

 

Nostalgie, nostalgie, quand tu nous tiens... vraiment ? Les Animaux fantastiques est-il, au fond, si nostalgique que cela ? Au contraire d'une franchise culte de science-fiction qui cartonne en s'appuyant sur les ressentis et retours en arrière de ses plus fidèles spectateurs, Fantastic Beasts choisit lui de trancher avec l'univers d'Harry Potter. Nous sommes loin du fonctionnement d'un film par année scolaire, et plus proche de l'aventure ponctuelle ; nous sommes déracinés, loin du château de Poudlard sur la colline, et précipités dans les rues new-yorkaises ; nous sommes téléportés à une époque ancienne, où la magie vit ses derniers de liberté, voire de libertinage. Fantastic Beasts, par les nombreuses allusions à la prohibition, se fait contrepied d'Harry Potter par ce qu'il autorise de nouveau, par ce qu'il transgresse des règles, encore inexistantes, du monde de la magie.

 

Ce détournement permet au film, et à sa scénariste-auteure J.K. Rowling, d'approcher son univers par un biais décalé, bien plus burlesque que le fonctionnement de Poudlard. La première nouveauté réside dans une pratique autre de la la magie. Les protagonistes se révèlent vite plus doués que nos apprentis sorciers d’il y a quinze ans, et la période elle-même cerne un moment-charnière, où la magie est encore libre, où les lois commencent seulement à se mettre en place.

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A la suite de ces jeunes adultes précipités dans l’aventure, il n’y a donc plus de sorts enseignés, ou perfectionnés miraculeusement au détour d'une menace ou d'un rebondissement ; mais au contraire une pratique quotidienne, élégante et dynamique. Le sort de téléportation, rarement à l'oeuvre dans la saga Harry Potter, devient ici motif iconique du film. Il pourrait sembler anodin de s’y concentrer, mais, dans l'évolution d'une franchise comme celle d'Harry Potter, la pratique magique propose des enjeux visuels forts intrigants, et participe au rythme du film. Fantastic Beasts confirme, voire peaufine cela par de purs moments de délectation visuelle, fidèles à cette fantaisie britannique comprise dans le style de J.K. Rowling. La téléportation s'en fait le plus bel exemple, puisqu'elle rythme littéralement les coupes au montage, les changements de séquences, malicieuse virgule qui tourbillonne dans le plan. Mais au-delà, c’est tout le délice du détail qui se réinvente, de manière encore plus élégante, dans ce nouvel opus : sursauts du cadenas d’une valise magique abritant bien des secrets ; dîner du soir préparé à la cadence d’un ballet d’argenterie ; robes de soirée déshabillant les personnages ; affiches en trompe l’oeil, eau miroitante aux hallucinations intimes...

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Le quatuor charme par les désaccords présents au coeur des personnages : chacun est traversé de tics, chacun est obsédé par un désir propre (faire accepter la place des animaux rares - retrouver son titre d’Auror - ouvrir une boulangerie - connaître le monde des Moldus). Ces volontés qui contrastent prolongent la tradition de la quête en fantasy, où le voyage est d’abord l’union de désirs différents, souvent contradictoires, qui vont peu à peu se confondre.

Le choix d'Eddie Redmayne pour incarner Newt Scamander est tout simplement fort judicieux. L'étrangeté de l'acteur, dans son phrasé et sa grande silhouette dégingandé, s’accordent à merveille avec la rêvasserie de son personnage, tantôt attachant, tantôt insupportable. Comme beaucoup d’acteurs britanniques de sa génération et dans la logique traditionnelle du pays, Redmayne joue de ce grand écart entre le grotesque débordant et la retenue élégante. le film fait de Scamander non pas un aventurier charmeur et débrouillard, mais plus un baroudeur scientifique fou de ses animaux. L’acteur grogne, se trémousse, imite les cris d’une parade amoureuse et porte au passage un discours fort écologique - l’adage des films pour enfants aujourd’hui mais qui n’est pas pour déplaire dans ces temps d’indifférence face à la planète. Katherine Waterston confirme de son côté son talent caméléonesque. A mille lieux de la mystérieuse muse sensuelle d’Inherent Vice, elle est ici une magicienne en perte de vitesse, désabusée par les virages de sa vie. Alison Sudol et Dan Fogler sont charmants, parfait couple attendrissant.

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Le film est suffisamment malin pour ne pas trancher entre les nouvelles autorités qui veillent à limiter les libertés et instaurer des codes ; et ceux qui tentent d’y échapper et de profiter des avantages d’une baguette magique au sein d’une ville qui bouge. Les portraits sont nombreux et les facettes multiples, avec des degrés divers dans la transgression. Bas-fonds d’une valisette, tripot caché derrière de vieilles affiches, ruelles à l’ombre du trafic, tels sont les nombreux nouveaux recoins que nous propose le film, dans un plaisir subtil de l’illégalité magique.

L’optimisme pimpant des scènes de poursuite des animaux permet ensuite au film de glisser vers un propos plus “obscur”, pour jouer avec les mots. Le phénomène de l’Obscurial, d’abord une sous-intrigue, approfondit certains thèmes chers à Rowling, et plutôt gommés dans la saga des films Harry Potter. L’idée de l’enfant maudit, de l’orphelin maléfique et de son basculement dans la violence était déjà présent dans le second volet des aventures du sorcier. Il trouve ici un développement à sa mesure, et des résonances certaines avec l’idée de la maltraitance enfantine, mais aussi le thème de l’autisme. Pourrait-on reprocher en ce sens une certaine idée du manichéisme dans ce traitement des “ténèbres” enclavés dans un personnage a priori innocent ? Le traitement esthétique et narratif du film permet pourtant d’écarter cela en renvoyant plus à la tonalité d’un conte de Dickens. Sans douter, la solitude des enfants d’Harlem renvoie aux mauvais traitements subis par Oliver Twist. En outre, le maintien, d’un bout à l’autre du film, de ce rythme fantaisiste et bondissant, même durant les moments les plus graves, permet de faire admettre le symbolisme un peu trop appuyé de l’obscurité.

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Le grand défaut du film réside dans sa résolution un peu bancale. Mais plus que la maladresse dans le traitement au scénario, c’est le changement de visage de Colin Farrell qui choque. Car l’acteur avait construit une personnalité fort intrigante, ainsi qu’un jeu subtil, au malaise insidieux. S’y noue l’apparente douceur et la cruauté réelle, dans  l’héritage du grand Alan Rickman. La densité du protagoniste de Farrell ouvre un chemin, dans le film, beaucoup plus intéressant que celui de Newt Scamander. Sa transformation finale gâche un peu les potentialités de Graves et de son interprétation par Farrell. Peut-on espérer un retour du personnage sous ses mêmes traits, et non sous ceux d’un autre, dans la suite envisagée ? En tout cas, ces créatures fantastiques ont encore de nombreuses passionnantes pistes à faire découvrir.

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