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3 films d'animation en 2016

3 FILMS D’ANIMATION EN HIVER 2016...

 

MA VIE DE COURGETTE - Claude Barras

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Ma Vie de courgette est charmant, et pédagogue en tous points. Le film parfait pour les programmations scolaires. Mais au-delà… Ma Vie de courgette ne soulève guère d’émotion particulière, guère de bouleversement profond dans le rapport à l’enfance. Parce qu’il s'équilibre en tableaux à thèmes, le film de Claude Barras demeure scolaire, et survole les grandes questions enfantines.  Ici la première rivalité, là la première amitié, le premier crush, les vacances à la montagne, la découverte de la sexualité…

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Cette construction et cet aspect pédagogique permettent certes d’approcher plus aisément des thématiques plus difficiles, comme la maltraitance. Mais, très vite, ils limitent le film à des lectures uniques, voire presque caricaturales. Les camarades de Courgette ont peu de relief, la mère de Camille est un condensé relativement ridicule des pires défauts. Alors évidemment le point de vue uniquement enfantin peut supposer cette exacerbation des traits de caractère ; mais le film écarte tout de même entièrement l’étrangeté propre à cette période, la naïveté cruelle de certaines situations… L’humour est léger, l’animation simple et douce afin de servir ces tableaux proprets, sans aspérités aucune, presque sans imaginaire.

 

LOUISE EN HIVER - François Laguionie

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Ainsi, face au scolaire Ma Vie de courgette, j’ai amplement plus préféré Louise en hivers. Pour son dernier film, François Laguionie est revenu à un style plus intime, plus brut aussi, et plus proche de la beauté de son premier moyen métrage, Gwen ou le château de sable. Éclipsé entre Ma Vie de Courgette et Vaiana lors de sa sortie, Louise en hiver est pourtant l’une des plus belles réussites d’animation de cette année.

Ratant bêtement son train, la vieille Louise se retrouve seule à passer l’hiver dans un village breton en bord de mer. Le récit de survie devient plus un récit de solitude car la grand-mère a plus d’un tour dans son sac. L’angoisse primaire disparaît assez vite, pour laisser la place à une forme de seconde jeunesse, de renaissance parmi la nature. Dans le minimalisme de ses plans, Laguionie parvient à insuffler des traces poétiques, un peu de suspense, quelques surprises. Parce qu’il n’y a pas d’enjeu, ou de noeud à résoudre, la place est laissée autant aux souvenirs qu’aux découvertes de tous les jours. Le rythme de Louise en hiver est en cela à l’image de sa mer bretonne, agité par quelques troubles, quelques retours en arrière poignants, puis planant, et enfin profondément réflexif.

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Le cinéaste a notamment abandonné le style aventurier, épique ou fantastique qui avait forgé ses derniers films - styles qui au final ne lui apportaient pas sa plus sincère inspiration. Ici, le retour à la simplicité discrète laisse émerger une émotion réelle, par le portrait dressé de Louise, femme dépassé par les habitudes de ses contemporains, mais dompté par un farouche entêtement - et rien de tel que la pétillante Dominique Frot pour lui offrir cette voix gutturale, mais aussi tendre. A travers les petites réflexions de la vieille dame, mais aussi ses instincts de survie, sa curiosité, le cinéaste offre son petit regard sur le monde à la dérive - là des vestiges de la consommation, ici le luxe touristique indifférent, par-là une nature qui s’estompe - ceci dans une parade douce et subtile, jamais condamnatrice.



VAIANA, LA LEGENDE DU BOUT DU MONDE - Ron Clements et John Musker

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Difficile, après Ponyo sur la falaise, Le Chant de la mer puis La Tortue Rouge et Louise en hiver, de ne pas constater la formidable vitalité du cinéma d'animation en ce qui concerne la représentation de l'eau. Par ses rivages exotiques, son souhait de partager les cultures des îles, Vaiana est un rafraîchissant spectacle au coeur des projections d’hiver. Le film approfondit ce tournant Disney / Pixar à l'oeuvre depuis La Princesse et la grenouille. Un tournant qui se veut sortir du carcan du conte pour aller vers l'aventure épique, et des aspects plus ludiques, mais aussi plus psychologiques. Le film est en cela fort intéressant pour montrer autant les atouts que les limites de ces nouvelles productions.

D’une part, le film s’appuie sur un personnage féminin plus développé, loin des princesses, plus proche de la guerrière. Ce changement de regard sur les héroïnes, ainsi que l’exotisme du film, rappellent néanmoins les années 1990, avec des propositions comme Mulan ou Pocahontas. Le cas de Vaiana est fort intéressant au début du film, car la jeune fille est traversée de sentiments contradictoires, consciente de son bonheur sur l’île, divisée par son désir de partir. La succession de thèmes musicaux soulignent ces sentiments chaotiques, et l’effort de développement féminin fait plaisir à voir.

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Mais, une fois lancée la quête et l’aventure, la formule commence à montrer ses quelques défauts. Déjà, au niveau du scénario, le film n’est pas à l’abri de raccourcis faciles, notamment dans le développement de sa quête. Des baisses de rythme sont à noter vers la fin du film, et la relation entre Maui et Vaiana ne convainc qu’à moitié. Les gags sont plaisants, mais souvent redondants, tels cette maladresse d’un coq abruti (à la place mal définie) ou ces aller-retours incessants entre la mer et le radeau pour Vaiana. Ensuite, le duo fonctionne par à-coups, proche de ce qui avait déjà été acheminé dans Zootopie. Maui comme Nick tente d’abord d’escroquer le personnage féminin avant d’engager une amitié complice parfois surgir de nulle part. La brusque reconversion de Maui à la fin du film, qui revient secourir Vaiana, est ainsi totalement improbable, plus là pour soutenir la volonté épique et baroque dégagée sur la dernière séquence… Quant à celle-ci… Elle porte l’influence évidente de Ghibli, entre Ponyo et Mononoke mais n’y atteint pas l’émotion, ni la grâce. Reste néanmoins que la scène découvre la volonté plus humaniste que manichéenne de voir dans les affrontements un moyen de découvrir l’autre, plutôt que de l’annihiler.

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