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14ème édition du Carrefour du cinéma d'animation

14ème EDITION DU CARREFOUR DU CINEMA D'ANIMATION

Invité d’honneur : Michael Dudok de Wit

 

Entre le Festival du Film Coréen et le Kinotayo, j’eus peu de temps pour m’organiser cette 14ème édition du Carrefour du cinéma d’animation. Mais le plaisir est toujours autant le même, avec cette agitation des jeunes étudiants dans le Forum des Images, et cette attention des amateurs et spécialistes venus découvrir de nouvelles oeuvres.

LA VENGERESSE (REVENGEANCE) - Jim Lujan et Bill Plympton

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Oui, paradoxalement, ce compte-rendu s’ouvre sur le film de clôture du festival. Car La Vengeresse fut fort décevant, film non inspiré, sans rythme, achevant le festival sur une note un peu fatiguée. Or il serait dommage de conclure cet article sur la déception du festival... La Vengeresse ne présente en effet guère d’intérêt, autant dans son propos que dans ses choix graphiques. La collaboration entre Bill Plympton et le jeune scénariste Jim Lujan n’a malheureusement pas créé beaucoup d’étincelles ou d’éclats nouveaux. Notamment parce que le récit de fond ne pousse guère loin sa folie, plus proche du classique polar américain entre corruption, luttes de clans, clubs de drogue et strip-tease ; mais hélas pas aussi efficace et cinglant qu’une oeuvre de Carl Hiaasen.

Les inspirations auprès des frères Coen ou de Quentin Tarantino sont évidentes. Pourtant le film est très loin des qualités d’ambiance que pouvaient proposer ces cinéastes, ou de l’ambiguïté des aspects dépeints. Il y a presque une timidité à l’égard de l’humour noir, et cette timidité ne fait pas décoller les personnages qui restent fidèles à eux-mêmes du début à la fin. Dès lors, les divers dénouements au scénario ne peuvent pas surprendre. Seule l’apparition d’une curieuse secte au sein du désert soulève quelques joyeux moments hallucinatoires. Mais le cynisme politique n’égratigne dans le fond pas beaucoup le système et les dérives de l’Amérique - même si l’on pourrait rétorquer que la réalité dépasse maintenant les pires cauchemars de la fiction…

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De fait, le style graphique de Lujan - à l’origine des personnages - ne se dévoile jamais jusqu’au bout : la folie, la cocasserie et l’exagération sont inscrits dès les premiers plans dans les looks et les grimaces des protagonistes. De même, le décor, tout de suite chargé d’une californienne excessivité, est planté sans subir aucune altération. Là se sentent les limites entre le travail d’un graphiste-illustrateur et celui d’un animateur : l’intérêt du mouvement dans l’image, ou entre chaque image, ne s’éprouve pas, n’évolue pas.  

La déception est grande car la présence de Bill Plympton aurait pu insuffler cette créativité in-motion inexistante. Le vétéran américain se caractérise tout de même par l’extraordinaire violence qui se construit dans son animation décapante, ouvrant les mâchoires jusqu’à faire craquer les visages, ou montrant des baisers engloutissant les corps. Le talent de Plympton ne trouve guère son envol avec ce récit plat et ces personnages limités.




JUN LA VOIX DU COEUR (KOKORO GA SAKEBITAGATTERUNDA) - Tatsuyuki Nagai

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Le seul film d’animation japonais de la sélection ne pouvait évidemment pas échapper à mes radars. Bien que modeste dans ses ambitions, car plus proche du shojo quotidien que d’un récit psychologique plus profond et expérimental, Jun la voix du coeur reste un touchant portrait de jeune fille. L’optimisme du film et sa réelle capacité à éclairer les conflits plutôt qu’à les résoudre définitivement, plut beaucoup à la salle, très réactive lors de cette projection unique.

Petite, Jun a malencontreusement raconté ce qu’il ne fallait pas à sa mère, et en résulte le divorce de ses parents. Quelques reproches cruels de la part de son père suffisent pour angoisser l’enfant, qui s’imagine au centre de l’effondrement de sa famille. Depuis, la jeune Jun reste les lèvres closes. Le thème de la timidité et du manque de confiance en soi est dévié de manière intelligente, avec des pointes d’humour, quelques visions fantastiques et métaphoriques. Encore une fois, la parade, symptomatique du style japonais, permet de traiter dans une apparente légèreté des thèmes plus complexes de l’exclusion, de la difficulté d’être adolescent, de l’effet de groupe, des premiers émois… Cette parade c’est la mise en place d’une comédie musicale par la classe de lycéens, en particulier quatre élèves. Dont évidemment Jun, qui va trouver dans le fait d’écrire et de chanter une temporaire solution à sa peur de parler.

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Choix fort louable, ce n’est pas tant l’avancée du travail créatif qui va être au coeur des séquences, mais bien plus les réactions face au projet, entre ceux qui entraînent les autres, ceux qui refusent d’y participer, ceux qui doutent et évoluent… Jun la voix du coeur est en cela très proche de ces productions shojo contemporaines réussies, où l’entrée dans l’adolescence s’éprouve par des projets communs, mais aussi de complexes moments d’introspection, d’hésitation, de dilemmes conduisant au drame. Les tensions personnelles et affectives de chacun dessinent des cercles complices et amoureux, qui ne cessent d’évoluer depuis la naissance de la comédie musicale jusqu’à sa représentation.

Plus que Jun, c’est le personnage du garçon qui force la carapace de la jeune fille qui intrigue. La gentillesse débordante, la patience presque trop appuyée pour un garçon de son âge finissent par dessiner une certaine cruauté, puisque le jeune homme finit par briser des coeurs en n’assumant pas son comportement attentionné. Il y a là un renversement de la figure du “prince charmant” qui aurait pu prêter à un développement plus soutenu. De même, l’animation du film, sage, posée, sans fioriture aucune, déçoit un petit peu.




PSICONAUTAS (PSICONAUTAS LOS NINOS OLVIDADOS) - Pedro Rivero et Alberto Vázquez

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Le grand coup de coeur de cette édition fut le noir et émouvant Psiconautas, fable cauchemardesque à la croisée de Lewis Carroll et Guillermo del Toro. Ce travail puissant d’évocation s’appuie sur un imaginaire doux et enfantin, mais ne joue heureusement pas sur des effets controversés ou de contrastes éprouvants. Au contraire, la forme permet de soutenir de lourds enjeux et de faire croiser  allégrement les différentes figures, souvent métaphoriques, du film.

 

Au coeur d’un univers fantastique, sur une île qui survit en marge d’une grande catastrophe écologique, une poignée d’enfants se lance dans des quêtes personnelles. Chacun veut s’affranchir de sa famille et quitter l’île pour se construire un futur meilleur. Et l’obsession est la même, fuir loin de ces rivages inondés de déchets, de cette société où l’école n’a plus de raison d’être et où les trafics semblent les seuls moyens d’exister. La trame de base est d’emblée poignante : malgré le décalage institué par la forte stylisation des décors et des personnages, le propos d’ensemble et les comportements de chacun rappellent  une réalité plus amère. Car les jeunes protagonistes sont clairement les représentants d’une génération à venir, celle qui subit de plein fouet le désastre écologique et arrive trop tard pour l’empêcher.

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Le message, jamais asséné comme un dicton universel, filtre à travers les péripéties des enfants et les micro-histoires de chacun. En outre, dans ce monde rongé par la cupidité et l’égoïsme, les objets eux-mêmes deviennent des victimes. L’on se surprend à développer de la tendresse envers un robot jeté de la maisonnée, ou un canard gonflable recherchant des propriétaires aimants. Seuls les adultes n’échappent pas à la condamnation : en cela, c’est l’imbrication du fantastique et de la métaphore qui permettent de dénoncer les comportements. Le chien, substitut grossier du fils disparu, est préféré à l’enfant encore vivant dans une des familles ; une mère s’accroche à son rejeton, littéralement comme une araignée sur son fil… Les ombres de Tim Burton et de Guillermo del Toro planent incontestablement.

 

Mais l’aspect le plus déchirant de Psiconautas réside dans Birdboy, le héros mélancolique et muet atteint d’un mal étrange. Birdboy avait déjà été au centre d’un court-métrage prequel à Psiconautas en 2012. Le character design lui-même est empli de poésie, par cette contraction entre la morphologie mignonne de l’oiseau et la noirceur vertigineuse de ces yeux vides. Le mal dont souffre Birdboy se fait l’écho d’un impressionnant sentiment de terreur, que l'animation, depuis le court-métrage, parvient à puissamment incarner dans de purs trips cauchemardesques. Heureusement, et c’est là le plus louable, le merveilleux existe aussi dans cet univers décharné.






CARTE BLANCHE MICHAEL DUDOK DE WIT

 

L’Apprenti Sorcier (Fantasia) de James Algar

L’Immigrant de Charlie Chaplin

Les Sept samouraïs d'Akira Kurosawa

Le Héron et la Cigogne de Youri Norstein

Laurence d’Arabie de David Lean

Revolver de Stig Bergqvist, Marti Ekstrand, Lars Ohlson & Jonas Odell

Mes voisins les Yamada d'Isao Takahata

Creature Comforts de Nick Park

Peripheria de David Coquard-dassault

L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back

Ashes and Snow de Gregory Colbert

 

En cinéphile éclairé et cultivé, Michael Dudok de Wit a proposé un parcours entre extraits de long-métrages, classique d’animation et trouvailles méconnues. S’ils pouvaient surprendre le présentateur de la Carte Blanche, Alexis Hunot, les choix élaborent néanmoins de puissants parallèle avec le travail du créateur, ou encore sa vision du monde. Ainsi, le langage mimétique universel de Charlie Chaplin renvoie à cette volonté de transmettre les émotions plus par les postures et les réactions corporelles que par la parole. Puis, le travail plastique de Gregory Colbert avait clairement inspiré les visions aquatiques de La Tortue rouge, notamment dans le traitement d’une apesanteur silencieuse de l’eau.

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De même, la douceur romantique d’un très beau court de Iouri Norstein est un fondement évident dans le travail du cinéaste. Le Héron et la Cigogne, sous sa forme de fable légère, est poignant par la patience tendre de ses plans, la place accordée aux changements de saison, aux petits mouvements de nature. Le décor et le style dégagent une sensualité vaporeuse et délicate qui dit les aléas du couple d’oiseaux. La tranquillité du rythme et du ton, qui cache une profondeur plus tourmentée autant que l’effet de ritournelle du “je t’aime, moi non plus” rappellent le temps circulaire de Father and Daughter. Dans la même logique, nulle surprise de découvrir le classique de Frederic Back, L’homme qui plantait les arbres, débordant d’une grâce bucolique et de cet attachement à la nature prégnant aussi à l’oeuvre de Dudok de Wit.

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Le cinéaste est également sensible à l’animation contemporaine récente, puisqu’il mit à l’honneur l’amusant Creature Comforts (Nick Park - certes un peu vieux mais ce génial travail est typique de la créativité en vogue du stop-motion) ou encore l’étonnante expérimentation Revolver (Stig Bergqvist, Marti Ekstrand, Lars Ohlson & Jonas Odell, un court-métrage dérangeant sur le thème de la boucle en animation. Certes un peu long, Revolver vaut le coup d’oeil pour certains de ses plans en particulier où l’effet de boucle permet d’affirmer un puissant humour noir. Mais l’éclatement des indices et des résonances d’un endroit à l’autre manque de cohérence et ne fait pas toujours honneur à l’originalité du travail.

Enfin, Peripheria (David Cocquard-Jay) fut aussi une très belle découverte, puissante par son articulation entre minimalisme et expressionnisme. L’animation des chiens est par ailleurs de toute beauté, novatrice dans la précision graphique et l’impression de finesse accordée aux grandes pattes noires, ce qui fait de ces animaux de banlieues les cousins plus réalistes et inquiétants des dalmatiens de Disney.  

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Un extrait de Mes Voisins les Yamada d’Isao Takahata était également au programme. Se connaît l’admiration du cinéaste pour le maître japonais, mais aussi le dialogue tissé entre eux à l’issue de la production de La Tortue Rouge. Dialogue qui, espérons-le, pourrait continuer et apporter de nouvelles pistes fort enrichissantes pour l’animation. La récente rencontre entre les deux au Forum des Images, un mois avant ce festival, l’a bien démontré : le regard de chacun d’entre eux sur le travail de l’autre apporte des enrichissements nouveaux. L’haïku de Mes Voisins les Yamada est, selon Michael Dudok de Wit, une prouesse quasi-impossible en animation et que seul le cinéaste japonais est parvenu à accomplir pour l’instant. Il est vrai que le mystère Takahata s’incarne puissamment dans ces menus détails, qui paraissent à la fois insignifiants, et à la fois énormes de sens. La banalité du couple explose certes dans des coups d’oeil et des gestes languissants ; mais la tendresse résiste, le bonheur est à deux pas, entre une télévision, un futon et une fenêtre ouverte sur le ciel.

Très éloigné de Takahata, la grande référence Disney eut aussi sa place en la présence de “L’Apprenti-sorcier”, segment célèbre de Fantasia où Mickey se prend pour un magicien. Pourtant, un peu comme avec Takahata, les inspirations se ressentent mais les cinémas sont forts différents. Avec le cinéaste japonais, Dudok de Wit partage l’idée de la contemplation, du bonheur quotidien, bucolique et épicurien ; avec Disney, il tire peut-être ce côté valse rythmée qui se retrouve dans ses courts-métrages. “L’Apprenti-sorcier” permettait de revenir en effet sur cette importance du musical propre à Disney, qui ne réside pas uniquement dans les choeurs, les chansons et la partition, mais également dans la rythmique de l’animation. La gestuelle des balais et leurs ombres qui s’étendent scandent en cela une violence presque wagnérienne.

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Enfin, deux extraits de films en prise de vue réelle méritent un éclairage plus appuyé. Tout d’abord, la célèbre scène de l’arrivée d’Omar Sharif dans Lawrence d’Arabie révélait une inspiration tout autre de l’animation ou de la peinture chez Michael Dudok de Wit. Oui, le sens de sa composition des images, et de son rythme apaisé est peut-être plus à chercher du côté du cinéma. A l’instar d’un Satoshi Kon qui se nourrit de Kubrick, Hitchcock ou Lynch, Dudok de Wit fonde une partie de sa créativité sur de grands cinéastes classiques comme David Lean. La qualité de profondeur dans les plans rappelle en effet les paysages de La Tortue rouge, de même que l’inscription des silhouettes entières dans le décor.  

Avec cette fabuleuse scène, Lean est en outre parvenu à créer un suspense nouveau, qui fait en outre écho à l’avion dans North By Northwest d’Hitchcock. Ce sont plus le silence, la dilatation du temps, la constance d’une ligne d’horizon qui construisent la tension et transforment les deux arrivées en moments de pur surgissement fantastique.

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Enfin, l’extrait des Sept Samourais fut assez surprenant. On aurait pu s’attendre, pour l’amoureux de la nature qu’est Michael Dudok de Wit, aux scènes de retrouvailles des deux jeunes amants dans la forêt, ou encore de la fameuse bataille finale battue par les vents et la boue. Mais là, c’est un passage moins commenté du film qui fut mis à l’honneur : celui où l’un des samourais se rase la tête afin de sauver un enfant pris en otage par un brigand. L’étonnante qualité dans le traitement sonore de la scène, et son rythme très calme, sont à souligner. En dépit de la violence qui se joue, et de la tension qui devrait s’établir, Kurosawa choisit une progression ralentie dans le sauvetage de l’enfant. le rasage est long, accompli dans la contemplation la plus totale, une contemplation sereine où ne résonne que le bruit de l’eau. Avec cet exemple, le cinéaste d’animation rappelle la puissance de la mise en scène de Kurosawa, et sa capacité à nous captiver sans nous aliéner, sans nous manipuler par force effets de suspense ou de codes pré-existants.

 

SOIREE DE CLOTURE

 

Quelques mots sur la soirée de clôture et l’exercice rituel du cadavre exquis. Comme chaque année, le jury a primé le meilleur court-métrage d’animation étudiant. il fut cette année accompagné d’une mention spéciale, plus intéressante que le grand prix lui-même ! Celui-ci, délivré à Children de Paul Mas, rappelait un peu cette tendance à offrir d’abord des palmarès engagés… Le court-métrage récompensé a en cela une lourde portée sociale, puisque centré sur un dialogue entre un homme emprisonné et une psychologue. Si les répliques demeurent suffisamment subtiles pour appuyer l’intensité du drame qui se joue en si peu de temps, les choix d’animation convainquent à moitié. Le stop-motion n’est poignant qu’à un seul plan, le tout premier, où l’homme gratte ses mains meurtries. La texture de la marionnette et son bruitage donnent une amplification nouvelle à ces mystérieuses blessures. Mais la puissance de la figurine n’agit plus par la suite. l’usage du stop-motion devrait opérer un décalage par rapport à la situation très réaliste. Or, il agit plus comme un substitut commun, notamment parce que se ressentent l’absence d’une mise en scène véritablement singulière.

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La mention spéciale, Des résidus analytiques de Jon Boutin, présentait des aspects ludiques intéressants. Le court-métrage renvoyait à des inspirations claires comme les Shadoks et des auteurs de BD indépendante, avec ce sens d’un style simple et pur, et d’un humour noir qui s’amuse de la vanité du monde. Des résidus analytiques aurait pu, dans cette optique, ressembler à un défilé de courtes scènes anecdotiques, tel un comic strip façon court-métrage. Mais le film fait patiemment sens, construisant son petit malin bonhomme de chemin par des jeux de répétition, des raccords entre des scènes a priori éloignées, et de discrètes transformations.

 

Enfin, le cadavre exquis réalisé par les écoles et formations d’animation invitées était aussi à l’honneur en ce dimanche soir. Le dessin d’origine, à partir duquel les étudiants créent chacun des mini-séquences de quelques secondes, reflétait bien les obsessions de Michael Dudok de Wit. La minuscule silhouette penchée au-dessus de l’eau était cousine du moine cherchant son poisson, de la fille tendue pleine d’espoir au bord du lac, et du naufragé penché au-dessus d’une source en forêt. La famille des reflets dans l’eau s’agrandit donc encore avec ces multiples fillettes qui tombent dans l’eau, tourbillonnent dans des mondes fantaisistes et rencontrent d’impressionnants habitants aquatiques.


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