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Festivals - Page 2

  • Compte-rendu du Festival America

    FESTIVAL AMERICA VINCENNES

    20-23 septembre 2012

    Le festival America fêtait ses dix ans d'existence à Vincennes, au moment même où je m'y installais. Grand événement, ce festival fait la part belle aux auteurs américains, qu'ils soient issus des Etats-Unis, du Canada, ou de l'Amérique du Sud (Chili, Mexique, Brésil...). Cette année, le festival offrait un hommage à Toni Morrison, prix Nobel de Littérature, que je n'ai malheureusement pas pu voir, étant donné que le succès était si fort que les salles étaient combles et qu'on ne pouvait guère se contenter des diffusions en direct sur des écrans installés dans les rues même.

    festaff.jpg

    En quelques jours, il était surprenant de voir la transformation du joli centre-ville de Vincennes en mini-cité américaine, affublée de grandes affiches aux couleurs du drapeau, traversée par un immense tapis rouge entre la salle des fêtes et les chapiteaux, ayant rebaptisé ses espaces des noms illustres de la littérature américaine, de Truman Capote à John Steinbeck. Là se frôlaient des journalistes survoltés aux cordons Télérama, des auteurs se délectant du marché dominical avec des yeux de touristes, des lecteurs feuilletant les brochures et le programme un crayon à la main, un air de profond intérêt sur le visage. Là on entend parler anglais, là espagnol, là des libraires papotent en riant et des auteurs tombent dans les bras de leurs compatriotes. Autant le dire, l'ambiance de ce festival est très agréable, les libraires au stand extrêmement gentils et ouverts à toutes questions, offrant souvent des petits cadeaux, marques-pages aux effigies des grands auteurs, posters des belles éditions (Zulma), et même un petit recueil de nouvelles gratuit pour les acheteurs de Luis Sepulveda.

    De plus, le festival tend à étendre le domaine littéraire par une large palette dans les autres domaines : cinéma avec rencontres autour de Ron Hanson, auteur de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (adapté par Andrew Dominik), Jacques Audiard dont le De rouille et d'os est tiré d'un roman américain, Alejandro Zambro avec Bonsaï (adapté par Cristian Jiménez) ; musiques avec divers concerts ; photographie avec de superbes expositions en extérieur des clichés de Patrick Bard ou de Daniel Mordzinski ; et même cuisine avec un stand de thés particuliers, associés à la littérature d'une nationalité...

    Les rencontres et débats étaient au rendez-vous, voire même trop nombreux. La multiplicité des auteurs et des pays représentés ouvrent à beaucoup de thématiques, et bien souvent, il était difficile de faire un choix parmi l'abondance de conférences, souvent étant de dix à quinze propositions possibles réparties sur diverses salles, se succédant ou se chevauchant. Pour ma part, j'ai pu assister à deux rencontres, diamétralement opposées, l'une avec des auteurs exclusivement des Etats-Unis, l'autre avec deux auteurs chiliens et un auteur français. Il était curieux de constater que les débats partaient dans des directions totalement différentes que l'on soit avec des personnalités des Etats-Unis que d’Amérique Latine. En effet, dans le premier, réunissant notamment Jonathan Dee et Jennifer Egan (le Prix Pullitzer de cette année), rapidement, les points de vue économique et politique, à la veille des élections américaines et toujours dans la constance du contexte de la crise, ont envahi le débat, alors que les auteurs du Sud amènent plus les sujets vers des thèmes tels que l'exil, la dictature, la résistance ou la survie des minorités. C'est ainsi que Caryl Férey, auteur de polars français, parla de son enquête éprouvante en Argentine et au Chili, sur la communauté Mapuche, peuple réprimé dont Férey dévoile les souffrances dans son dernier roman. Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski ont quant à eux fait part de leur belle complicité autour de leur dernier ouvrage, Dernières Nouvelles du Sud. 

  • Avant le Festival de Cannes 2012

     PROGRAMMATION OFFICIELLE DU FESTIVAL DE CANNES 2012 


    festival-de-cannes-2012-affiche-marilyn.jpg
    Là où le Figaro vante les mérites d'une programmation « alléchante et excitante », le Nouvel Obs ou Slate en dénonce le conformisme décevant. Après passage sur le site du festival et l'excellent blog In the mood for Cannes (véritable référence dans le suivi au jour le jour du festival par une journaliste-scénariste), je rejoints mes deux revues habituelles sur le plan de la déception. En effet, après avoir imposé en Présidents de Jury de nombreuses personnalités américaines (Quentin Tarantino, Tim Burton, Sean Penn, Robert de Niro, personnalités certes attachantes et fortes intéressantes), le Festival 2012 présente maintenant une sélection à la fois très proches de ses pairs américains, mais aussi sans aucune prise de risque, là où le cinéma indépendant et des petits pays a besoin plus que tout d'être mis en avant. Ainsi, à l'heure où émergent d'admirables cinémas étrangers, par exemple en Iran, mais aussi en Israël, en Palestine, en Chine, en Turquie, en Afrique, en Corée du Sud, dans les pays nordiques..., le Festival de Cannes, qui se veut ouvert et diplomate, se replie durant cette année sur des valeurs sures ou des noms attendus. Certes, quelques noms se démarquent  : le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah avec Après la Bataille, film en forte résonance avec les événements de son pays, ou encore Jeff Nichols, jeune réalisateur de Shotgun Stories et Take Shelter.

      

    Par la suite, sur les 22 films en compétition, 6 sont signés de réalisateurs ayant déjà obtenu la Palme d'Or ou le Grand Prix du Jury : Michael Haneke, Abbas Kiarostami, Cristian Mungiu, Ken Loach, Jacques Audiard et Matteo Garrone. Ces cinéastes sont certes exemplaires (Kiarostami en premier lieu) mais la lourde présence de ces poids lourds ne rehaussent pas la réputation de la sélection Officielle du Festival, qui s'empâte dans ce fâcheux automatisme qui est d'afficher les nouveaux films des « habitués ». On retrouve également Alain Resnais (qui, s'il est honoré à chaque Festival, n'a jamais reçu de véritable prix pour son cinéma original), David Cronenberg, Carlos Reygadas, Walter Salles, Wes Andersen, et surtout Claude Miller, qui recevra, je l'espère de tout cœur, un hommage digne de sa sincérité et humanité. Le nom de John Hillcoat semble peu justifié, La Route s'étant avéré un film convenable, mais sans grande personnalité. Quelques surprises rehaussent le ton, avec notamment la présence d'Andrew Dominik, réalisateur de l'impressionnant Assassinat de Jesse James... Il reste cependant dommage que James Gray, l'un des nouveaux cinéastes américains les plus talentueux des nouvelles générations, après deux passages bredouilles avec We own the night et Two Lovers, soit absent, alors qu'il aurait peut-être contribué à honorer le cinéma de son pays, si présent dans cette programmation.

      

    Enfin, deux grandes « injustices » cinématographiques me révoltent au plus haut point dans le sélection officielle d'un des plus célèbres Festivals de Cinéma du monde. Tout d'abord, les choix des films asiatiques, auxquels je suis particulièrement sensibles, ne mettent pas du tout en valeur la formidable créativité des productions d'Asie : deux films sud-coréens, avec le nouveau Im Sang-soo (The President's last bang, The Housemaid), cinéaste plutôt penaud auprès de ses pairs sud-coréens ; et Hong Sang-soo, réalisateur très inspiré d'Eric Rohmer dont les films ne m'ont jamais transcendé ni justifié de leur intérêt...

     

    Et constatons la cruelle et désespérante absence de femmes cinéastes dans cette programmation ! 

  • Scènes d'Hiver sur un coin de table

    FESTIVAL SCENES D’HIVER SUR UN COIN DE TABLE – Vic-Sur Seille

    scèneaff.jpg

    Organisé par la Cie La Valise, le festival de petites formes donnait sa seconde édition à Vic-Sur–Seille du 25 au 27 février dernier. Chaleureux, plaisant, intime, ce festival fut un véritable succès pour la compagnie et les comédiens invités, notamment grâce à cette ambiance qui s’en dégageait. Les séances du soir étaient portées par un enthousiasme effréné, et la bonne humeur régnait. La salle principale avait été joliment décorée, créant des espaces de détente agréables et chaleureux, entourés de petites installations diverses et poétiques, telles qu’ont toujours su mettre en place la Cie La Valise.

    Le meilleur atout de ce festival reste la formule des parcours, qui nous fait déambuler d’une maison à l’autre dans le patrimoine de ce qui fut la ville du peintre Georges Delatour. En groupe, nous sommes guidés par des membres de la STIB (Société des Transports Intérieurs Bruts – en réalité des jeunes issus d’atelier théâtre), qui égayent le voyage d’une petite forme à l’autre avec quelques pas de tango ou la dégustation d’une « liqueur de mirabelle » bien peu alcoolisée. Il est toujours agréable de se sentir attendu à la sortie d’un spectacle, et ces parcours furent pour beaucoup dans la réussite du festival.

    macaodavidsiebert.jpgAu-delà de l’ambiance, les nombreux spectacles furent tour-à-tour riches, originaux, drôles, inégaux, parfois décevants. Parmi toute la foule de petites formes, certains se distinguèrent par leur sincérité, notamment Macao et Cosmage de la Cie La Soupe. Eric Domenicone, le metteur en scène, a choisi de s'attaquer à un vieil album de Edy Legrand, expliquant la colonisation aux enfants à travers le récit de Macao et Cosmage, couple vivant sur une île paradisiaque. Le spectacle est empreint d'un rythme très serein, à l'image de la manipulation claire et douce de ce théâtre de papier par Yseult Welschinger. Macao et Cosmage est un émerveillement pour les yeux et les oreilles, les illustrations réutilisées intelligemment dans tout un jeu de superpositions, déploiements, projections, et étant accompagnées par la magnifique musique de Pierre Boespflug. Un spectacle aux allures de conte ou de fable, distillant une vision amère du colonialisme et une recherche d'un bonheur harmonieux. ((c)David Siebert)

    Dans une même ambiance sereine et merveilleuse, la petite forme Lettres d'amour aux fleurslettres.jpg (Cie Songes) et au vent se distingue par son travail sur l'implication du spectateur. Chacun est choisi et dirigé dans un petit baraquement aux multiples secrets et surprises, distillant un parfum d'enfance et des sensations délicieuses. Très onirique, cette forme est une belle preuve d'amour vis à vis du spectateur, tout en respect et découverte de l'autre. S'adressant cette fois-ci à un public d'enfants, mais effectuant cette même recherche autour des cinq sens, Kusha Kushakusha-kusha.jpg (La Valise Cie) reste un premier spectacle ravissant et contemplatif, peut-être avec quelques éléments inachevés, mais donnant une belle approche de la musique et du travail d'objet. Travail avec les objets et les ambiances tel qu'il se retrouve dans le très beau Dériverie (Cie En verre et contre tout, qui présentait aussi Miche et Drate, un spectacle à la manipulation originale, mais au récit assez inégal, malheureusement). Sophie Ottinger et Benoît Faivre nous font partager, le temps d'un repas ennuyeux dans un restaurant, un extraordinaire voyage échappant au quotidien des couverts qui s'entrechoquent. 

    Au-delà de l'onirisme, d'autres spectacles nous emmenait dans une optique plus burlesque, par un rapport à la manipulation inattendue d'objets divers, utilisant de tout pour créer le décalage, l'histoire, les personnages échappés d'un récit oubarbebleue.jpg d'un conte. Ainsi, la Cie Scopitone présentait ses excellentes parodies des contes de Perrault, tels Le Chat Botté, le Petit Chaperon Rouge ou encore Barbe-bleue (l'un de mes préférés). Le principe est simple : chaque comédien raconte le conte à la manière d'un scopitone, sorte de jukebox des années 60 associant le son à l'image, enfermé derrière un petit écran et suivant à la lettre le récit dicté par un disque vinyle. Au ton plein d'emphase et de condescendance déployé par le récitant, les comédiens répondent par un jeu volontiers outré et un sens de la manipulation décapant : le chat botté ressemble plus à un vulgaire matou de gouttière passé à la lessiveuse qu'à un vrai seigneur, la mère-grand du chaperon invite des poupées Ken dans son lit, les victimes de Barbe-bleue ont les visages de certaines célébrités bien connues du public français… Le tout déployé dans un rythme effréné, créant une vraie complicité avec le public. 

    adam.jpgEnfin, conclusion du festival face à une salle comble, Adam le Polichineur de laboratoire doit beaucoup à son interprète survolté, qui dynamise cette réflexion absurde sur la science et les origines du monde, qu'il revisite à l'aide d'éléments culinaires, tels… un chou-fleur, des théières, des légumes, des yaourts et autres végétaux reconvertis en scientifiques servant la cause du monde. Un propos totalement absurde et qui échappe à la lourdeur grâce à l'interprétation de Stéphane Georis. 

     

    Pour en savoir plus : le blog de la Valise : http://scenesdhiver.blogspot.com/

  • Festival d'Avignon 2010 : Spectacles du Off

    Retour du festival d'Avignon et de Châlon dans la rue

    C'est la troisième fois que je me rends au festival d'Avignon et à celui de Chalon-Sur-Saône. Les autres années, j'avais été éblouie par Wajdi Mouawad, Thomas Ostermeier ou Christoph Marthaler. Cette année, les spectacles du In furent très décevants (sachant que je n'en ai vu qu'une infirme partie) et les réussites se situent plus du côté du festival Off ou encore au niveau des formes de la rue comme il s'en produit beaucoup à Chalon.

     

    PARTIE 2 : 64ème édition du festival d'Avignon (Off)

    Le In : ici

    Le OFF : Il faut fouiller :

    Inutile de revenir sur la monstruosité que représente la programmation du Off, immense et extravagante, allant du pire au meilleur, posant toujours le problème du choix. En conclusion, il faut fouiller et prendre son mal en patience pour trouver les petites perles.

     

    Fragments du désir

    Cie Dos à deux.

    img_0029_2.jpgLa grande surprise du Off est la nouvelle création de la compagnie Dos à Deux, qui avait déjà présenté Saudade trois ans auparavant à Frouard, une merveille visuelle et d'émotions. Le talent de cette compagnie provient surtout de la qualité d'un travail de mime et de chorégraphe, sachant exprimer beaucoup à travers les compositions du corps et du décor, sans avoir recours aux mots. Fragments du désir s'inspire fortement d'Almodovar, suivant le destin d'un jeune homme travesti en conflit avec son père. De nombreux passsages font écho à Talons aiguilles, tel la performance vocale déchirante du travesti dans un cabaret, ou à Tout sur ma mère, comme l'enterrement, où chacun porte d'énormes lunettes noires et des gants soyeux. Mais ce spectacle tient plus de la performance visuelle, l'histoire étant assez classique et moins originale que celle de Saudade. Il surprend et impressionne par sa scénographie somptueuse et habile, qui retranscrit dans l'espace les relations tissées ou brisées entre les personnages, qui incarne visuellement et auditivement les émotions de chacun. Le début du spectacle, notamment, réussit à évoquer l'acte incestueux avec une subtilité et une douceur incroyables, sans avoir recours aux mots, juste par une série de gestes entre un comédien et une marionnette. Le décor, composé d'une immense armoire à plusieurs ouvertures, se déploie et tourne dans l'espace, ouvrant sur les confrontations du père et du fils, sur la scène du cabaret ou encore sur une salle de cinéma à la hauteur de l'amour du IMG_0184_def_internet.jpgpersonnage de l'aveugle. Les plus beaux moments restent ceux qui concernent le père, enfoncé dans son fauteuil et abrité derrière un masque de rides. Autour de lui s'agite la gouvernante, avec qui se met peu à peu en place une proximité corporelle émouvante, tandis que la mort s'insuffle dans le corps avachi de l'homme. Ou encore, autre moment intense, la performance vocale du travesti, dont les tourments sont protégés par d'immenses plumes rouges qui forment un cocon réconfortant, seule sa voix cassée transcrivant la tristesse qui le porte.

     

    Leks (mating area)  

    Cie Dorina Fauer.

    leks.jpgCe spectacle de danse contemporaine belge est une proposition totalement absurde et d'une belle originalité. Il se distingue tout d'abord par la performance d'un des danseurs, un nain qui joue beaucoup de sa différence de taille. Dans une jungle kitsch reconstituée par des toiles cirées aux motifs floraux, trois personnages se séduisent et s'évitent, s'éveillant à une sexualité sauvage loin de toute vulgarité. Le nain est ainsi, ironiquement, trop petit pour effectuer la même chorégraphie sensuelle que son rival avec la seule femme du lieu. Dans cet espace aux couleurs vifs et aux bruits étranges (rugissement d'une bête féroce au lointain, cris d'oiseaux), l'animal en l'homme se réveille tout doucement, sans jamais tomber dans l'excessif ou le vulgaire. Des idées absurdes et étranges, telle cette ouverture mémorable, où le nain vivant sauvagement, à défaut de ne plus trouver d'animaux vivants, traque un sachet de chips dans les hautes herbes. C'est frais, vif, impressionnant par moments (lorsque la danseuse marche à la verticale), reposant par d'autres, et on ressort avec la mélodie nonchalante du ukulélé dans la tête;

     

    Les Reliquats + L'Aurore 

    Cie La Valise.

    De la Compagnie lorraine La Valise, j'avais déjà vu le moyen Les seaux, petite déambulation au reliquats photopierre acobas.jpgthème courageux mais aux nombreux problèmes, et participé à une randonnée nocturne originale mais inégale. Ces deux petites formes, Les Reliquats (photo : Pierre Acobas) et L'Aurore, sont extrêmement différentes, l'une dans la continuité du travail de la compagnie, l'autre bien plus en rupture. Les reliquats est une sorte de conte pour enfants assez poétique. Le jeu des deux comédiens retse un peu lourd et excessif, mais les décors sont toujours aussi beaux et surprenants, de même que la manipulation   délicate de ces personnages déchirés. Le spectacle installe une jolie ambiance, très intime, et sa narration passe toujours par une voix préenregistrée, ce qui permet aurore2.jpgd'avoir un certain rythme. LAaurore, qui est la deuxième partie de la séance, brise totalement cette ambiance et s'avère une jolie variation mécanique et simple sur le film muet de Murnau. Pas de voix préenregistrée, mais la projection sur un petit écran comme des intertitres, des différents moments de l'intrigue. Le manipulateur installe dans le décor les différents protagonistes, un homme et deux femmes, simples boules de ping-pong sur ressorts, au milieu d'une ville de carton qui se plie, se déplie, s'anime ou se noie dans la machine à fumée. Bricolage minimaliste, sans paroles, avec de nombreux bruitages et trucages savoureux L'aurore rend hommage avec simplicité, très franc, très efficace.

     

    Au Pays des rondeurs

    Les Souricieuses

    Les souricieuses sont trois chanteuses souriantes, vives et énergiques, en un mot plaisantes et Souricieuses.jpgcharmantes le temps d'une petite soirée chantée dans la chaleur d'Avignon. Dans leurs magnifiques robes colorées, chacune exprime sa personnalité au fil des chansons prenant généralement comme thèmes la dégustation, le rapport homme/femme, la maternité. Certains chants sont très amusants, comme celui où une des chanteuses vient séduire chaque homme de la salle vace un trombone, d'autres émouvants, tels les chants des Balkans, une bonne partie malheureusement un peu simpliste. Néanmoins, les perfomances vocales et musicales sont de qualité (notamment les impressionnants bruits de bouche que crée l'une d'entre elles) et le tout s'avère rafrachissant, peut-être l'une des sensations les plus recherchées au cours du festival.

     

    Le Fruit

    Cie Flex, Francis Albiero

    Le dernier spectacle de Francis Albiero, que j'avais vu beaucoup jouer lorsque j'étais petite, reste du francis Albiero. Parfois lourd, parfois très drôle, très bancal, simple à saisir, minimaliste, esquissant les choses sans trop les approfondir. Le jeu avec le public est ce qui fonctionne le mieux avec lui, notamment ce passage, l'unqiue vraiment dérisoire, où il effectue des échanges de cadeaux avec les différentes affaires des spectateurs.

     

    Knut

    Cie Le nom du titre

    Fred Tousch.jpgKnut, tout comme son titre l'indique, est un one-man show complétement absurde et burlesque. Fred Tousch, arrivant avec sa coiffe d'indien, délire et nous emmène dans son trip sans queue ni tête pendant une heure et demie. Néanmoins, Knut charme par cet absence de sens et l'énergie de son comédien, dont les propos entre révolution et inutilité, sens et non-sens, font rire aux larmes. De plus, Fred Tousch a cette force de persuasion et ce respect du public, qu'il ne force jamais, qui permettent de créer une forte complicité et convivialité. Ainsi, il nous amène à adhérer à son projet d'attentat sanglant à la mitrailette, obus et grenades, sensé amener définitivement la paix dans le monde, ou à faire remémorer à quelques spectateurs l'expérience orgiaque qu'ils auraient vécu la veille avec lui. Jamais vulgaire, ni trop facile, l'humour de Fred Tousch est décapant et met de bonne humeur pour une journée intensive à Avignon.

     

    Du Vent dans les voix

    Evasion.

    Du vent dans les voix est le nouveau concert de la compagnie Evasion, constituée uniquement de evasion1.jpgfemmes. Le côté cosmopolite marque ce groupe aux voix diverses mais harmonieuses, qui chante des textes venus d'Europe, d'Afrique ou d'Océanie. De ces cinq femmes, j'avais déjà vu le superbe concert Femmes de plein-vent, rafraîchissant et pertinent par le choix des différents chants. Du vent dans les voix déçoit un peu. Certes, la qualité des prestations est toujours impeccable et ces chanteuses toujours d'une vibrante énergie, mais l'aspect cosmopolite qui faisait la spécificité du groupe s'est perdu. Les chants en français sont bien plus nombreux et il y a peu de propositions d'ailleurs. De plus, les chants se sont simplifiés dans les messages qu'ils proposent, généralement féministes, mais peu originaux en comparaison d'avec les compositions édulcorées et pertinentes du Quartet Buccal, un autre ensemble de femmes a capella (qui jouait par ailleurs à Châlon dans la Rue).

     

    Monsieur et madame O. 

    Françoise Purnode et Laurent Clairet

    mro.jpgMonsieur et madame O est un spectacle de Françoise Purnode et Laurent Clairet, deux mimes provenant de l'école de Marcel Marceau, variation sur une soirée au sein d'un couple qui s'aime violemment, se déchire tendrement et illustre bien l'insociable sociabilité de Kant. Excellents, les deux comédiens utilisent peu à peu la petite cuisine installée sur scène comme leur champ de bataille, détruisant au fur et à mesure tout sur leur passage. Derrière la maniaquerie de Madame O, derrière les airs renfrognés de Monsieur O, se cachent la cruauté et l'égoïsme, mais surtout le désir de l'un et de l'autre. Le vernis craque progressivement, les gestes deviennent plus saccadés, plus violents, vifs, les objets se déplacent, les corps se montent, se battent, se heurtent, et ce, de manière millimétrée et minutieusement chorégraphiée. Un superbe passage avec la pelote de laine qui s'accroche partout est par ailleurs fortement impressionnant. Le spectacle devient par moments quelque peu répétitif et reste un peu long, mais il y réside beaucoup d'humour, de burlesque du quotidien, et de tendresse à travers ce portrait généreux et croquant d'un couple ordinaire.

  • Festival d'Avignon 2010 : Spectacles du In

    Retour du festival d'Avignon et de Châlon dans la rue

    C'est la troisième fois que je me rends au festival d'Avignon et à celui de Chalon-Sur-Saône. Les autres années, j'avais été éblouie par Wajdi Mouawad, Thomas Ostermeier ou Christoph Marthaler. Cette année, les spectacles du In furent très décevants (sachant que je n'en ai vu qu'une infirme partie) et les réussites se situent plus du côté du festival Off ou encore au niveau des formes de la rue comme il s'en produit beaucoup à Châlon.

     

    PARTIE 1 : 64ème édition du festival d'Avignon (In)

     

    Le Off : lien ici

    Le IN : Déception, déception... :

    Je n'eus pas la chance d'aller dans le Palais des papes cette année, dont les spectacles ont par ailleurs provoqué de vives polméqiues, tel celui de Christoph Marthaler (génial metteur en scène qui avait signé le merveilleux Riesenbutzbach), Paperlapapp, ou le Richard II de Jean-Baptiste Sastre qui n'aurait apparemment été intéressant que pour l'interprétation de son comédien principal, Denis Podalydès. Les spectacles du In de cette année furent pour ma part d'immenses déceptions, souvent prétentieux ou incohérents, en particulier le premier critqiué, soulevant de nombreuses interrogations quant au rôle que devrait remplir le In. Il restait heureusement la musique du grand Dusapin.

     

    L'Orchestre perdu

    Christophe Huysman.

    Orchestre.jpgTout d'abord, après un voyage en train à côté d'un couple au massif pique-nique composé de charcuterie et de fromage, puis à l'arrière d'une colonie de vacances particulièrement tonitruante, il me fut bien difficile de supporter ce spectacle incroyablement prétentieux et agaçant. Sur scène, Huysman dirige, dans son rôle de meneur à la baguette, les différents protagonistes dans des rapports de lutte de pouvoir et à travers des histoires diverses : voilà a priori l'intrigue dramatique qui constitue le propos de l'Orchestre perdu. Orchestre perdu qui perd surtout son public dans son fil décousu, son accumulation agressive et nullement maîtrisée de pseudo-réflexions sur le monde et l'homme, son enchaînement de situations incompréhensibles. De ces situations ennuyeuses et bavardes ressort quoi ? Une sorte de mise en abîme de départ, où les acteurs se préparent pour leurs rôles, échangent leurs vêtements, lancent leurs peu subtiles répliques intellectuelles (du moins en apparence) tout en laçant les nouettes des pendrions. Ceux-ci, de plus, ne servent à rien, tout au plus à afficher un effet esthétique hideux lors de la transition entre les deux « histoires ». Il en est de même pour l'audacieux système de contrebalancement qui soutient ces pendrions, nullement utilisé alors qu'il offre de multiples possibilités. La mise en scène reste elle aussi plate et paresseuse. La pièce se divise en deux parties, deux histoires incompréhensibles et surtout ennuyeuses. Les comédiens se déplacent sur la scène, apparaissent, disparaissent, tout ceci de manière mécanique et plate, leurs rares actions se limitant à déblatérer mollement leurs répliques, se monter les uns sur les autres, ou se dénuder. Par moments surgissent de curieux effets de style inappropriés, tels ce virement vers le récit d'un mauvais feuilleton télévisuel français et bourgeois, l'installation de ces lampes de marins en suspension, ou encore cette fin avec les lits pendus en l'air. L'Orchestre perdu agace vite, par ces effets de style balancés à tout hasard au milieu d'un propos indigeste, ne répondant qu'à certaines tendances des mises en scène actuelles. Une fausse poésie visuelle, une installation « plastique » bâclée, et surtout un lourd texte misant en vain sur l'absurde et d'intensifs dialogues soi-disant réflexifs. On ne s'improvise pas auteur. Huysman ne donne que dans un bavardage bourgeois, à la fois piètre philosophe, poète, opportuniste de par son manque de maîtrise, son absence de sincérité et surtout une prétention insupportable. Sur scène, il s'improvise comme le « chef d'orchestre » de cet immonde amalgame tissé par les préjugés et les effets de style, sorte de sophiste superficiel qui soumet les autres comédiens, dont le pâle jeu reste peu appréciable. Après avoir supporté la pièce et lutté contre l'envie de partir (et de dormir), par respect, il ressort plus l'incompréhension face au rôle du In dans ce festival que mon propre agacement. En effet, comment des spectateurs communs, habitués plus à la programmation du Off, peuvent-ils apprécier et plus que tout comprendre l'intérêt de la programmation In, bien plus onéreuse, face à ce genre de spectacles ? C'est à cause de ce genre de spectacles que le In, dont l'objectif est d'apporter des pièces de forte qualité et grandeur, continue d'apparaître fermé et inaccessible, voire méprisant, creusant le fossé entre deux publics et perdant de son intérêt populaire.

     

    Le Concert de Pascal Dusapin.

    Voilà l'unique spectacle du In que j'appréciais pleinement, curieusement un concert, donné en ce dusapin.jpglieu magnifique qu'est le Cloître des Carmes. En-dehors des nombreux problèmes technique sur le plateau (câbles traînant au sol, techniciens peu actifs, pupitres pas réglés à la bonne taille pour les interprètes), l'unique concerte de musique contemporaine de Pascal Dusapin était un délice, une expérience intense, résonnant dans la nuit avignonnaise. C'était ma première connaissance avec la musique de Pascal Dusapin, cette grande silhouette aux cheveux électriques entraperçue à l'entrée du Cloître des Carmes, en train de finir son verre à la terrasse du restaurant d'à côté. Et quel concert ! Le choix du cloître des Carmes était par ailleurs magique, ces belles arches s'alliant avec grâce à la douceur du violoncelle et du piano, au timbre chaud et torturé de la clarinette basse, ou à la voix magnifique de fragilité et de force de la soprane présente. Ce qui fait la particularité de la musique de Dusapin, c'est à la fois son extrême douceur et les sensations effrayantes qu'elle nous procure. L'archet glisse et s'accroche soudainement aux cordes, créant des sons stridents ; la main sur le piano accélère sa cadence et précipite les notes dans un abîme hurlant ; les doigts se mouvant avec une rapidité incroyable sur la clarinette ; le souffle gracieux mais empli d'une tension brûlante de la soprane ; tout ceci créant une oeuvre belle de par l'angoisse qu'elle apporte.

    Quant à la lecture du livret, elle resta néanmoins un fort moment. Le problème que je lui reproche est d'avoir été longue, le concert se finissant à 1 heure moins le quart du matin et la plupart des spectateurs s'assoupissant dans le gradin, l'incroyable voix de Dusapin s'assimilant à une berceuse. Par ailleurs, le compositeur parlait vite, se rendant compte peut-être de la longueur du texte d'Olivier Cadiot, accrochant en effet parfois sur les mots. Néanmoins, sa lecture réussit à rendre compte de la force du texte, évoquant l'ambiance adéquate à ce Roméo et Juliette,car sa voix imitait le bruit du vent et des feuilles, son timbre grave et chaud décrivant la gravité des Adieux interminables. Après, il aurait peut-être fallu que cette lecture intervienne à un autre moment, un moment où le public aurait été plus attentif et moins fatigué par les intensives journées du festival, pour apprécier pleinement la mélodie de tout un texte.

     

    Baal

    Une pièce de Bertold Brecht

    Mise en scène de François Orsoni.

    baal.jpgLa mise en scène de François Orsoni divise le public. J'avoue ne pas y avoir adhéré du tout. Baal suit sans trop d'originalité ni de partis pris cette grande tendance à moderniser les pièces classiques, ici en l'occurrence l'une des premières pièces du grand Brecht, pourtant moins pertinente que d'autres. La mise en scène se limite à une grande table dressée en l'honneur du poète Baal, portant un magnifique grand cube de glace défini par son inutilité, de même que deux ballons kitsch gonflés pour enfants, flottant dans la nuit de ces deux heures. Une telle paresse rappelle le lamentable Casimir et Caroline dans la Cour d'honneur, l'an dernier, qui utilisait des décors modernes, notamment une BMW sur scène ou un énorme "ENJOY" illuminé contre l'échafaudage, éléments qui ne servaient à rien et donnaient dette impression d'immobilité et d'inachevé. Impression qui se retrouve dans Baal, mais de manière moins forte, car le spectacle reste très inégal. Certains passages restent relativement réussis, notamment ceux qui jouent le plus sur l'architecture du lieu : les comédiens se déplacent derrière les arcades, se logent au creux des arbres, se roulent sur le sol… François Orsoni réussit à donner le ton acide et cruel qui convient à l'ambiance mortellement satirique des pièces de Brecht, notamment grâce à sa direction des comédiens, vraiment excellents et comblant les nombreuses lacunes de la mise en scène. les transitions entre les différentes étapes du parcours du poète restent par exemple incompréhensibles, brouillant la chronologie et expliquant le manque de clarté du spectacle. Le rythme est ainsi difficile à suivre, d'autant plus que la langue de Brecht reste complexe, et de nombreux moments creux se font sentir. En revanche, alors que la mise en scène est plate et baal2.jpgsuffisante, les comédiens redoublent d'une énergie furieuse, créant justement ce curieux décalage dans ce spectacle inégal. Clothilde Hesme, dans ce rôle de jeune poète fougueux, correspond parfaitement au rôle du fait de son physique de garçonne et de son jeu détonnant. Elle déploie une force nouvelle, bien plus intéressante et riche que dans ses apparitions sages dans les films de Christophe Honoré, telle Les chansons d'amour, qu'elle était l'une des rares à illuminer par ailleurs. Dans ce travail, ressortent les interprétations et aussi les chansons de Brecht, transposées de manière réussie en des performances rock'n roll.

     

    Big Bang

    Philippe Quesne.

    bigbg.jpgTout comme Baal, le travail de Philippe Quesne divise beaucoup les spectateurs. Ce n'est tout d'abord pas un metteur en scène qui a crée ce spectacle, mais un plasticien. Parfois, ce parti pris peut se révéler bénéfique, d'autres fois, cela ne mène à rien, comme pour Big Bang, fausse explosion latente et variation ennuyeuse et facile sur la théorie de l'évolution. Le début est plutôt agréable, installant une ambiance décalée où les protagonistes, aux allures de simples figurants, essaient de reconstituer l'évolution de la Terre et de l'espèce à grands renforts de bâches blanches, de canots jaunes vifs ou d'une carcasse de voiture, créant un curieux constraste entre bricolage archaïque et modernsime criard. Mais, au bout d'une demie-heure, le “spectacle” continue sur cette voie. Aucune intrigue n'est présente, les dialogues sont plats et vides, les comédiens flottent dans l'espace avec une lenteur terrifiante. Le problème de Big Bang est qu'il n'est pas un spectacle, mais juste une installation plastique qui s'effectue peu à peu sous nos yeux, installation par ailleurs peu impressionnante. Tout comme pour L'orchestre perdu, je me suis demandée pourquoi un essai bancal et inachevé comme celui-ci se trouvait dans le In.

     

    Histoire du vent

    Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

    Histoire du vent est une installation effectuée par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, plasticiens w_100713_rdl_0860.jpget cinéastes qui avaient apr ailleurs signés le meilleur fragment du collectif Enfances il y a trois ans. Il s'agit de la projection d'un documentaire sur la perception qu'ont les metteurs en scène, comédiens, techniciens et responsables du festival du fameux vent qui anime les pièces jouées dans la Cour d'Honneur, à la fois contraignant et exceptionnel. Ce film est projeté sur une grande photographie de la cour. Le montage alterne interviews des différentes figures et projection des pièces filmées en direct dans la Cour d'Honneur. Sur cette grande photographie se superposent ainsi les visages de grands noms, nous délivrant des anecdotes croustillantes sur l'effet du vent, par exemple lors d'une performance de Pina Bausch, où une montagne de roses s'était déversée sur le public ; ou des corps en plein jeu, minuscules dans l'espace, créant une étrange sensatioon fantômatique. Le plus marquant reste la mort du prince de hombourg, incarnée en Gérard Philipe, petite silhouette qui s'effondre au fond de l'immense scène.

     

    Territoires cinématographiques d'Avignon : Dieu seul me voit de Bruno Podalydès : critique ici.