Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Festivals - Page 3

  • Festival Geo Condé 2010

    3ème édition FESTIVAL GEO CONDE

    Rencontres internationales de la marionnette et du théâtre de l'objet

    festaff.jpg

    Bien qu'une inconditionnelle de ce festival, ayant assisté à sa naissance, à ses premiers pas encore fragiles mais confiants, je n'assistais que dans une moindre mesure à sa troisième édition. De fait, je regrette d'avoir manqué les nombreux spectacles de La Soupe, compagnie aux ingrédients épars mais aux mets toujours truculents ; le travail de danse et d'ombres d'Ich sehe was, alors que je rencontrais les membres adorables de la compagnie allemande ; les petites formes avec les marionnettes réalistes de Bérangère Vantusso ; l'humour noir dans Arms ; la soirée du Puppet's club...

    Comme pour tous festivals artistiques, il se dégage toujours un thème commun, fruit du hasard ou influence peut-être des événements du moment (quoique nombreux spectacles ont des différences dans le développement de leurs créations, certaines compagnies présentant de jeunes pièces tandis que d'autres les tournaient depuis plusieurs années). Cette troisième édition fut placée sous le sceau de la mort. Thème funèbre et peu facile, certes, mais qui acquiert une dimension fascinante par le traitement poétique ou humoristique qu'en faisaient les artistes. La marionnette est justement le médium idéal, l'objet dépassant les limites de l'impossible pour l'acteur : mourir sur scène. Parce que la marionnette prend vie grâce aux mains habiles des artistes et à leur mise en scène, elle franchit son simple statut d'objet pour acquérir une valeur humaine sidérante. Mais au-delà du corps humain, sa matière se tord, se déforme, se déboîte et se remboîte, se décompose et se recompose, se roule et se déroule, marche, cours, vole, saute, s'élève plus haut et plus loin que l'acteur usuel. C'est là le pouvoir de la marionnette, bien plus riche et magique que l'interprétation, pouvoir et dimension métaphysique malheureusement seulement en pleine reconnaissance. Chaque art a sa branche mineure, trop souvent écartée et sous-estimée du fait d'une classification élitiste s'étant imposée au fil de l'histoire des arts. Dans la littérature, le roman policier s'impose peu à peu grâce à de nombreux auteurs talentueux, démontrant la capacité de divertissement de l'intrigue policière et surtout sa possible réflexion sur le monde contemporain ; au cinéma, c'est la comédie qui souffre encore (il suffit d'observer le bilan des Césars ou des Oscars, voire même du festival de Cannes : les films recevant les plus honorables récompenses ne sont que des drames), alors qu'elle s'avère l'un des genres les plus complexes et pouvant redoubler d'intelligence et de lucidité, ce que de rares cinéastes reconnus ont prouvé, tel le grandiose Ernst Lubitsch.

    Bref, jugement ancré, hélas, dans notre monde de la culture, tout ce qui tient du divertissement passe pour populaire, mineur, terre-à-terre, sans subtilité. Il est vrai que certains spectacles de marionnettes en restent à ce niveau. Mais peu de nos médias nous font découvrir la vraie marionnette, l'aspect réellement artistique de cette pratique. Le Festival Géo Condé, à l'instar de nombreux autres festivals prestigieux (à Charleville-Mézières ou Strasbourg), apporte une nouvelle fois la preuve, et particulièrement cette année, que la marionnette peut égaler les lettres de noblesse du théâtre.

     

    Le festival mixait cette année des spectacles divertissants, originaux et dynamiques avec de véritables compositions bouleversantes, créant ainsi cet équilibre de la manifestation, où se présentaient diverses manières d'aborder la marionnette, même si ressortait sur la majorité des spectacles vus une même approche de la mort ou de la violence.

    turak.JPGDans la catégorie du divertissement habile, Nouvelles et courtes pierres de la compagnie Turak en paraît le même exemple. Partant sur le principe de l'absurde, le spectacle crée un monde fait d'associations improbables, d'objets diverses dont les utilisations sont déplacées. L'univers de la Turakie est un prétexte à ces trois histoires qui se succèdent et dont « vous ne comprendrez rien », comme nous en avertit Michel Laubu, rêveur aux yeux pétillants qui manipule ces constructions hétéroclites et si humaines sur les petites tables. Le spectacle a une allure de doux pique-nique ou goûter léger (ce n'est pas par hasard qu'il y eut un petit-déjeuner Turak le samedi matin !) où le public, dans une intimité face aux coins de table, se laisse porter par les mélodies des deux musiciens, excellents et complices, et les actions extraordinaires et burlesques de ces quelques nouvelles et courtes pierres.

    Dans une même approche chaleureuse et légère, La griffe des escargots charme par sa performance in situ. La comédienne, Claire Dancoisne, interprète une tenancière de bar typée, portant un masque grotesque et pouponné, nous accueillant dans son restaurant (qui était celui du Gambrinus, juste à la sortie de Frouard, re-décoré pour l'occasion). On s'installe, quatre par table, face aux carafes de vin ou de jus d'orange, rencontrant d'autres festivaliers avec lesquelles on trinque. Face à nous, Odette raconte l'évolution de sa collection pas ordinaire, découvrant des petits mécanismes ou machines improbables. L'ensemble est cohérent, plaisant et les escargots s'y révèlent agressifs et dangereux.

    Petite forme très intime, au sens littéral du terme, Sous le jupon eut un franc succès le dernier soir du festival. Je l'avais vu le jour de l'ouverture du théâtre, sen septembre dernier, mais n'avait pas eu l'occasion d'en parler. Cependant, difficile de délivrer les secrets des dessous de Delphine Bardot, marionnettiste dynamique et ingénieuse de La Soupe. Sous son Jupon, la comédienne joue de son corps et de figurines érotiques, nous faisant suivre au plus près ces expériences sans tomber dans la vulgarité, toujours avec un humour braquage.jpgcharmant.

    Toutes ces compagnies s'approchent plus du théâtre d'objet, ou agissent entre ce théâtre et la marionnette, où tous s'assemble, se mélange, se construit, se déconstruit. Braquage ! en est enfin l'exemple le plus probant. Sorte d'Ocean's Eleven en miniature, le casse de la Cie Bakélite suit les codes du genre et réussit son coup à partir de simples bouts de ficelle. Les trucages affluent sur scène, reconvertissant les armoires métalliques en un ensemble de buildings new-yorkais, en une architecture complexe où le comédien se cache et se contorsionne, enclenchant mécanismes sur mécanisme dans un rythme jouissif et totalement explosif !

     

    Loin de ces spectacles et petites formes alléchantes, Les seaux, de La Valise, est le premier spectacle à avoir ouvert le festival sur le thème de la mort. Comme toujours avec les spectacles de la compagnie, autant j'apprécie leur univers et leurs marionnettes, autant je suis réticente au récit. La très belle manipulation lente du décor et de la petite figurine de petite fille par le comédien est malheureusement brisée par une bande sonore décrivant la douleur de l'enfant face à la mort et son entreprise dans les enfers. Les larmes énormes de cette marionnette miniature et fragile se concrétisent par ces seaux en toile qui se vident sur le sol, se ente.jpgdéversent devant les spectateurs. Autre variation sur la mort pour les enfants, Ente, Tod und Tulpe (Le canard, la mort et la tulipe) est plus intriguant et intelligent. Entre ce canard éclatant de santé et de vitalité, joué par un comédien à l'image de la marionnette, tout aussi farceur et optimiste, et cette mort figée, grise, triste et douce, se joue une amitié hors du commun, une certaine tendresse qui va peu à peu aboutir à la mort du canard. La mise en scène est très « allemande », si on peut réduire le talent de la compagnie allemande à cette très grande rigueur et précision sur un espace scénique dépouillé. Des élastiques rouges divisent la scène, délimitant la frontière entre terre et mer, entre l'univers du canard et l'univers de la mort, entre vie et mort. Il y a quelques moments ratés, comme le passage de l'arbre, mais néanmoins beaucoup de tendresse envers ce petit conte philosophique et quelques idées surprenantes, telle la projection des diapositives des photos de vacances de ces deux marionnettes !

     

    Mais la partie la plus fulgurante et bouleversante du festival fut assurée en début et en fin de festival. Je veux parler des compagnies morning.jpghollandaises Duda Païva et du Stuffed Puppet Theatre et de la jeune compagnie des Anges au plafond. Avec leurs spectacles, l'art de la marionnette atteignait un véritable point d'achèvement, démontrant son langage poétique, sa portée visuelle et narrative.

    Les hollandais étaient très présents cette année au festival 2010. Alors que l'édition 2008 était marquée par la présence belge et flamande (néanmoins toujours aussi importante cette année), l'année 2010 est placée sous le sceau de la langue anglaise. Morningstar est un étrange ballet visuel entre le quotidien et l'enfer, un réparateur de chaudière et le Diable, le danseur et sa marionnette, l'humain et la créature. Des formes charnelles et étranges sont dispersées sur le plateau, et peu à peu, le comédien s'y glisse, s'y moule, formant un ensemble hybride dont il ne peut se débarrasser. Un certain processus de vampirisation se met en place, sorte de mise en abîme de la relation de l'artiste à son œuvre : l'étrange marionnette ne peut vivre sans l'humain qui la manipule, de même que l'homme est irrésistiblement attiré par cette créature obsédante. Des formes difformes et boursouflées qui se mêlent à la musculature gracile du danseur, s'ébattant dans un ballet effréné et diabolique, non sans humour, sur la scène.

     

    vampyr2.jpgJe ne sais pourquoi, mais lorsqu'on entend le nom du « plus grand marionnettiste des Pays-Bas », on imagine une mise en scène ample et riche, un décor somptueux, une foule sur le plateau. Mais, là, le substantif « grand » » ne s'applique pas à ces moyens, loin de là et heureusement, car Neville Tranter nous prouve le pouvoir de la marionnette à travers ses spectacles clairs et structurés, son sens d'une intimité dans la manipulation et d'une admirable simplicité. Ses marionnettes proviennent du « Muppet », une première dans le festival, où des visages aux traits caricaturés et excessifs (larges bouches dentées, yeux exorbités, joues saillantes) diffusent concrètement une diversité étonnante d'expressions et d'émotions. De même, ses histoires ont une portée très « cinématographique », extrêmement construite et aux dialogues travaillés, emplis de sous-entendus et de jeux de mots pertinents. Cet aspect se retrouve dans Punch et Judy in Afghanistan, spectacle pour le première fois représenté en France et aux allures de road-movie truculent autant qu'inquiétant. Neville se met en scène, dans la peau d'un marionnettiste à la recherche de son assistant disparu Emil, malheureusement « A meal » pour les mains de la famille vampyr4.jpgterroriste dans lesquelles il va bientôt tomber... Car c'est bien là la caractéristique de Neville Tranter, à savoir sa manipulation à vue avec la marionnette et le jeu souvent fait d'auto-dérision qu'il entretient avec elle. Dans Vampyr, il interprète Gabriel, l'ange déchu devenu serviteur d'un vampire terrifiant et le tuteur de son fils Romero, jeune adolescent s'éveillant à la chair des jeunes filles. Dans ce spectacle, celui que je préfère pour l'instant du festival (avec Au fil d'Oedipe), Neville joue habilement avec les codes du genre - la sensualité du grand vampire,  en gestes raffinées et vêtements somptueux, bien plus efficace que pour le personnage du Dracula de Coppola, que je trouve très mauvais ;  les incisives à l'avant, comme celles du Nosferatu de Murnau ; le jeu de lumières proche de l'expressionnisme ; le travail de sons très évocateurs, tels ceux de la nuit ou des festins du vampire ; l'aire de camping typique et banal, en contraste avec la terrifiante menace. Neville suit le destin de ses protagonistes avec un humour tendre sans rien perdre de la force des thèmes exploités, notamment la relation du père à son enfant. Les deux pères, humain ou vampire, sont tous deux aveugles aux désirs de leurs fils et filles respectives, se rendant compte trop tard de leurs erreurs et incompréhension.  Le texte et le jeu confèrent aux personnages une forte humanité, contrastant, tout en s'y mariant admirablement, avec leurs visages très prononcés, tel l'attendrissant Kierkegaard ou les jeunes enfants. La mise en scène est visuellement impressionnante, du fait du mélange efficace de lumières et de son effrayant, de la grâce des marionnettes, et surtout de la capacité de jeu de Neville, attribuant une voix différente à chaque personnage, les maniant avec une précision telle que la figurine s'impose comme véritablement vivante. La mort du grand vampire, par exemple, avec ses évocations lyriques et la lumière claire qui absorbait le vert de sa robe lorsqu'il s'avançait le long de la scène, atteignait un niveau d'émotion incroyable.

     

    oedipe1.jpgQuant aux Anges, il y a longtemps que je voulais parler d'eux dans ce blog. Ils nous avaient déjà époustouflés lors du premier festival avec Les nuits polaires, unique succès étant parti d'un bouche-à-oreille actif, puis avec Une Antigone de papier l'an dernier. De fait, Au fil d'Oedipe, second volet du mythe, était peu de temps après l'ouverture de la billetterie complet à toutes les représentations ! Car ces anges sont de vrais anges, autant au niveau relationnel que professionnel. Leurs marionnettes courent, sautent, tournent, volent, s'envolent, emportant leurs créateurs dans une danse effrénée et poétique ! La compagnie a rejoué avec le mythe de manière lucide et efficace, n'en perdant pas la force ni ne se boroedipe2.jpgnant à une simple illustration d'une histoire tant racontée. Tout d'abord, la chronologie est éclatée, faisant du mythe une sorte d'enquête, de puzzle qu'il faut reconstruire peu à peu, un peu à la manière d'Oedipe roi de Sophocle. Les différents protagonistes montent et descendent du plafond au fil des scènes, pendant que les trois musiciens sur le plateau rythment cette progression dramatique avec de belles compositions. En effet, la beauté incroyable du spectacle provient de cette structure qui nous encercle, faite en papier, bois et peaux, répondant à un système complexe de cordages et de fils. De fils, il s'agit bien là du fil du destin qui guide insensiblement Oedipe vers la révélation, cette malédiction dont les fils, propres à ceux d'une araignée, le piègent. Si cette dimension est le topos du mythe, elle est exploitée habilement par les Anges, qui font de cette expression une représentation concrète, sur scène, par le biais de ces fils qui maintiennent le personnage en vie. Dans la mise en scène par Camille Trouvé (qui jouait le pendant féminin du diptyque dans Antigone), Brice Berthoud bondit d'une marionnette à l'autre, tandis que s'accélère le compte à rebours, passant de l'humour au tragique, du burlesque à la poésie. Et lorsque Jocaste s'effondre, le fil qui la maintenait à un brin de vie se détendant soudainement, le dernier souffle coupé, Jocaste que le manipulateur tente vainement de ressaisir, c'est la vraie mort d'une marionnette, d'un être, qui se joue sous nos yeux.

  • Compte-rendu Du Grain à Démoudre - 1

    LE GRAIN A DEMOUDRE - EDITION 2009

    (Partie 1)

    J'étais tombée par hasard, par le biais de la miraculeuse Internet, sur le site du Grain à démoudre. Deux éléments frappent lorsqu'on découvre ce festival de cinéma : tout d'abord son nom, très original, visant à avoir une approche jeune et vivifiante du cinéma, organisée par de jeunes graines de cinéphiles en calage, considérant le 7ème art comme une matière à démoudre, source d'expérimentations, de découverte, d'ouverture. Ensuite, le plus surprenant est l'âge de ces jeunes organisateurs « de 12 à 25 ans ». parrainé par Claude Duty et Patrice Leconte, le « Grain », comme disent les habitués, s'est considérablement développé en dix ans. De multiples activités s'y sont mises en place, ces jeunes Normands cherchant toujours à imaginer de nouvelles attractions sources de débats et de purs bonheurs artistiques.

    Quand je suis arrivée, j'étais l'une des premières des jurés - car il y a en effet au moins cinq jurys différents comprenant une cinquantaine de personnes - débarquant au milieu de ce festival. Tout de suite, une ambiance chaleureuse et sympathique s'impose, exacerbée par cette passion du cinéma que chacun partage à sa façon. Loin d'une atmosphère tapageuse et de plus en plus conventionnelle d'une festival comme Sarlat, chaque conversation ou discours apporte sa sincérité passionnée, sa pertinence personnelle. Je ne saurais dire le nombre de personnalités intéressantes que j'ai rencontrées, avec qui l'on peut entamer des conversations sérieuses, loin des compétitions habituelles dans les foules comme à Sarlat : jeunes organisateurs, bénévoles, photographes, cuisiniers ou barmans (hé oui, même eux !), autres jurés et réalisateurs de diverses nationalités... Tant de monde virevoltant, se croisant, échangeant à propos des films en compétition...

    Voici, de manière concise, malheureusement, quelques critiques de tous les films vus à Gonfreville L'Orcher, sélection d'une grande qualité, surtout au niveau des courts-métrages.

    Étant donné que je me trouvais dans le jury scénario, la critique de la plupart des films prennent en compte ce critère.

     

    • Les courts-métrages

     

    Les Amies qui t'aiment

    Alexis Van Stratum (France/Belgique)

    LES_AMIES-qui_t_aiment1.jpg

    Alors que tous les autres courts-métrages de la compétition reçurent au moins un prix au festival, celui d'Alexis Van Stratum, jeune cinéaste belge issu de l'INSAS, méritait pourtant une distinction. Les Amies qui t'aiment s'appuie sur une unité de temps et de lieu efficaces, tendant à faire éclater les tensions entre ces personnages cloisonnés dans leur société. Le réalisateur explique être parti d'une génération aristocratique en voie de disparation dans la société de son pays, où les femmes, particulièrement, sont conditionnées dans un souci du paraître et des convenances pleines de préciosité. Le début du film, en effet, présente avec un humour acide ces personnages « coincées » et aigries, aux conversations convenues et au jeu outré. La mise en scène semble se plier à cette rigidité, restant sobre, jouant sur des champs/contrechamps classiques dans un décor soigné et ordonné, luxe des teintures bleu roi et des pâtisseries crémeuses. Le dialogue révèle l'hypocrisie de chacune, recélant de sous-entendus cyniques. Cette tendance un peu caricaturale qui peut agacer au début est curieusement détournée par l'éclatement soudain de toutes les valeurs. Ces femmes, interprétées par d'excellentes comédiennes de tous âges, retrouvent une forme d'humanité par leur plaidoyer chanté et dansé, tandis que la caméra retrouve une légèreté folle, embrassant ces « amies », réunies pour un court moment de révolte.

     

    L'Autre Monde

    Romain Delange

    l_autre_monde-photo_nico.jpg

    Coup de cœur personnel du festival, le court-métrage de Romain Delange réussit à distiller des émotions incroyables à travers un procédé narratif original et maîtrisé. Le film fonctionne sur une dualité, opposant les deux parcours de deux amis entrant dans l'âge adulte en 1995. Tandis que l'un découvre le monde du cinéma et ses excentricités, l'autre s'habitue au quotidien répétitif de l'armée des Casques Bleus en Bosnie-Herzégovine. Le récit du premier et ses impressions sont restitués par ses lettres lues en voix-off, tandis que se déroule à l'écran, à travers de courtes scènes illustratrices, les activités de l'autre. A l'excitation de l'un s'oppose la solitude et rêverie de l'autre, où l'écriture fébrile et riche en événements contraste avec l'ambiance bleutée et froide de la Bosnie-Herzégovine. Le film est de plus, extrêmement bien écrit, car tout le récit est porté par le rythme de la lecture des lettres de l'ami. Mais la fin du film est, plus que tout, un hommage vibrant au cinéma, une offrande incroyable à l'ami éloigné. Romain Delange parvient non seulement à installer une cohérence esthétique et narrative parfaites dans ce format, mais aussi à atteindre une émotion d'une force sidérante pour un court-métrage.

     

    L'Année de l'Algérie

    May Bouhada

    L_annee_de_l_Algerie.jpg

    L'Année de l'Algérie est un court-métrage assez curieux et inégal. Partant de bonnes intentions et d'une mise en abîme originale, le film peine cependant à maintenir un rythme efficace, ou à diffuser ses idées avec suffisamment d'émotion et de force. Un réalisateur cherche le couple idéal pour interpréter ses deux héros algériens, mais il n'est pas à l'abri de la caricature ou de l'exagération. Les candidats (parmi lesquels se trouve l'excellente Sabrina Ouazani, à qui l'on donne malheureusement trop de seconds rôles) restent peu convaincants, causant le désespoir du réalisateur, Algérien de pur souche. Le film donne une certaine sincérité à travers son personnage, voulant défendre une vision juste et pure de l'Algérie. Mais il manque à L'Année de l'Algérie une certaine maîtrise narrative qui aurait pu mieux cerner le discours et moins le servir en éléments et anecdotes disparates.

     

    Paradis perdu

    Oded Binnun et Mihal Brezis (Israël)

    Paradis_2.jpg

    Paradis perdu est un court-métrage très charnel, filmant les corps entrelacés et dorés d'un homme et d'une femme israéliens dans une chambre d'hôtel. Si la photographie est très belle, peaux lisses et ocres se frottant avec grâce, une grande partie du film se perd dans la description d'un rapport amoureux plutôt banal. La chanson du générique, par exemple, brise la beauté fragile installée par seulement quelques plans, de même que les dialogues assez lourds et convenus. Cependant, il faut reconnaître au court-métrage un parti pris de plus en plus présent dans le cinéma israélien, dénonçant la lourde répression sur l'amour interdit. Dès que ces jeunes gens se sont rhabillés, une distance s'établit entre eux, les vêtements imposés par la religion, tel le voile, agissent comme des barrières à tout contact. Cette pudeur extrême rappelle le magnifique film Eyes Wide Open.

     

    De si près

    Rémi Durin

    DeSiPres.jpg

    Film d'animation au procédé classique, De si près reste cependant efficace et émouvant. Il s'appuie sur l'alternance entre la promenade sereine d'un grand-père au parc, où il retrouve par flashs des bribes de sa vie terrifiante de soldat pendant la guerre. Si d'autres films d'animation ont innové avec plus d'originalité le jeu passé/présent comme Persépolis ou Valse avec Bashir, De si près, peut-être parce qu'il se tourne vers un public plus jeune, reste dans une certaine sobriété et douceur. Le trait est léger, franc et l'animation assez lente, substituant aux enjambées dans la neige les trébuchements dans la crasse et le sang des victimes. Mais très peu de scènes, comme celle du souvenir de la femme aimée, réussissent à utiliser l'animation comme une transformation fantaisiste et terrifiante de la réalité, métaphores du sentiment. Le film est un peu trop narratif et s'appuie sur des codes déjà vus telle la promenade au parc, motif de la relation grand-père/petite-fille grandement utilisé dans de nombreux albums, lieu de méditation inévitable pour se souvenir. Mais pour un court-métrage, cette histoire reste soignée et d'une jolie sincérité.

    La deuxième partie du compte-rendu accordée aux longs-métrages. : ici

  • Festival Du Grain à démoudre 2009

    FESTIVAL DU FILM DU GRAIN A DEMOUDRE 2009

    Parfois les grandes aventures partent de presque rien, un détail pris au hasard dans le courant du quotidien et qui nous amène vers un résultat extraordinaire. c'est par le plus grand des hasards que je me suis retrouvée à participer au concours d'écriture de scénario du festival du Grain à démoudre à Gonfreville L'Orcher en Normandie. Deux éléments nous frappent face à ce festival : son nom pétillant et prometteur de surprises, et l'âge de ses organisateurs, de 12 à 25 ans.

    Quelle énergie dégage ce festival ! Accueil chaleureux, sourires à chaque regard, recherche sontante de nouvelles idées et débats, personnalités fascinantes, et mille et autres surprises.... Le Grain, comme disent les usagers du coin, fêtait ses dix ans du 20 au 29 novembre. Ce fut une belle édition (même si je n'en vus que la fin), très intéressant cinématographiquement, mais aussi une rencontre humaine magnifique.

    Bien moins tapageur que Sarlat, le Grain présentait en outre une sélection passionnante de courts et longs métrages, accompagnée de discussions pertinentes avec certains réalisateurs très ouverts aux remarques du public. le Grand prix fut remis à Tirador de Brillante Mendoza (qui a eu cette année le prix de la mise en scène à Cannes avec Kinatay). Notre prix, celui du scénario, à L'autre rive, film georgien de Georges Ovashvsili, qui suit la parcours d'un jeune réfugié à la recherche de son père. Tous les films furent passionnants.

    Vivement l'édition n°11 !!

    Le site du Grain à démoudre : http://dugrainademoudre.net

    A venir : le compte-rendu complet et détaillé du Grain : Partie 1 ; Partie 2

  • Compte-rendu du Festival du Film de Sarlat - 3

    COMPTE-RENDU SARLAT (SUITE ET FIN)

    4 : Les petites perles.

    Trois longs-métrages s'imposèrent sur la fin de semaine, permettant de terminer le festival en beauté.

    dame.jpgAprès la projection de La Dame de trèfle, je ne pus m'empêcher de penser que je voyais enfin un film maîtrisé, cohérent, fort. Avec J'attends quelqu'un, son troisième film, Jérôme Bonnell avait mis en place son style intimiste et dépouillé, d'une véritable franchise et retenue envers ses personnages simples et usés par leur vie. Sans dramatisation ni distance, Bonnell observe au plus près la relation ambigüe malgré sa tendresse entre un frère et une sœur orphelins et vivant ensemble. Les personnages sont beaux car ils sont sans cesse illuminés par la photographie douce et la sincérité des dialogues et ce, malgré la noirceur du récit et la misère de leur vie. Florence Loiret-Caille, en particulier, interprète Argine, véritable princesse alcoolique et fragile, d'une sensibilité à fleur de peau. Le physique émacié de l'actrice et sa voix pointue rajoutent à son charme. La mise en scène est soignée, embrassant les acteurs dans une atmosphère brumeuse et froide, avec de très belles prises de vue d'un paysage peu à peu éclairci par l'espoir. Les derniers plans révèlent la maturité du cinéaste, plus posé dans sa construction du récit et du plan, mais aussi plus torturé et encore plus sensible face à l'humain et sa part de violence et de désir.

    tengri.jpg

    A l'inverse, Tengri, le bleu du ciel part du conflit au sein d'une communauté, de rapports de forces s'effectuant par la brutalité, pour y trouver le possible amour et l'espoir porté par les relations entre des êtres. Le film est magnifique, remarquable par sa justesse, son équilibre harmonieux entre sa fraîcheur spontanée et un engagement féministe pertinent. A l'inverse de Loup, le récit ne dramatise en rien le quotidien rude de ces femmes au Kirghizstan, dont les élans poétiques sont réprimés par leurs maris qui les assujettissent par la violence. Évitant le pathétisme, le film aborde de manière frontale le problème, faisant de ces femmes des figures fortes et belles, trouvant leur grâce dans les chants qu'elles dédient à leurs maris tyranniques. De la critique sociale, le film passe cependant de manière surprenante à un road-movie amoureux dans les montagnes douces et complices du pays. La réalisatrice du film était présente, revenue exprès du Chili pour rencontrer le public enthousiaste. Marie-Jaoul Poncheville a partagé l'expérience vécue dans ce pays, sa rencontre avec ces femmes opprimées mais si vaillantes, et surtout l'importance donnée au jeu théâtral (il y a un théâtre dans chaque village et le récit oral ou chanté tient une grande importance dans les familles), ce qui justifie les interprétations pleines de spontanéité, simplicité et émotion.

    brig1.jpg

    Mais plus que tout, c'est le sublime dernier film de Jane Campion qui mérite sa distinction durant cette semaine. Malheureusement, il fut projeté une seule fois, le dernier soir, et c'est pleine de fatigue que je me jetai, éblouie, dans cette histoire d'amour romantique entre le poète anglais Keats et sa muse Fanny. Le film est porté par une grâce et pureté infinies, visant toujours à décrire la sensation de préciosité perceptible dans la société anglaise de l'époque, mais également son extrême pudeur et sa retenue oppressante. Chaque plan déborde de beauté, évaluant les distances relationnelles, suspendant ses personnages par un mince fil fragile au milieu des bois et au creux des fleurs et des feuilles. Bright Star respecte le romantisme profond de la poésie de John Keats, à laquelle sont rendus un hommage et une force vibrant. Sa poésie berce le récit par sa musicalité douce et touchant au sublime. Mais plus qu'un duo, le film met en place un trio amoureux grâce à un dernier protagoniste fascinant, ce qui fait là toute son originalité et subtilité. Il s'agit du poète accompagnant Keats, Brown, joué par Paul Schneider, qui jouait déjà dans L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik). L'acteur reprend en quelque sorte son rôle d'entremetteur gai et frivole, mais avec plus de nuances et une profondeur émotionnelle toute nouvelle face au poète et sa jeune fiancée. Les deux acteurs principaux, Abbie Cornish et Ben Wishaw, sont eux aussi empreints de cette même retenue, mais avec plus de fragilité et délicatesse. Certes moins fort que La leçon de piano, Bright Star tire justement sa beauté de sa simplicité toute romantique, et par sa constante pudeur atteint des sommets d'émotion vibrante.

    brig2.jpg
  • Compte-rendu du Festival du Film de Sarlat - 2

    COMPTE-RENDU DE SARLAT (SUITE)

    2 : Films et rencontres.

    Dès le début, les films vus en salle furent décevants, déjà par leur qualité moindre et l'attente lassante devant les salles de cinéma. Cependant, de nombreux débats avec une équipe à disposition rehaussaient le niveau et compensaient cette déception, même si leurs films étaient peu réussis.

    vict.jpgLa première journée commençait mal. Après trois heures d'attente dans les rues fraîches de Sarlat, tous les élèves se ruèrent vers La sainte victoire de François Favre, en présence de l'équipe du film et des huées de filles face à Clovis Cornillac. Il faut dire que ce dernier, prix d'interprétation masculine, porte la majorité du récit, incompréhensible dans le sens où il ne révèle aucun point de vue personnel et pertinent sur notre société, en dépit des thèmes d'actualité choisis. Au final, c'est toute une succession de personnages mal esquissés qui se débattent dans une intrigue peu tendue, filmés de manière classique et tapageuse : gros plans cherchant à grossir les émotions, fortes musiques rythmiques, décors soignés et impersonnels... Film incompréhensible tant il est difficile de comprendre les motivations de ces personnages, à la fois caricatures et représentants de figures de la politique d'aujourd'hui. Car le plus grand problème du film subsiste dans sa peinture risquée de la politique et du statut social de ses personnages. Il est presque gênant d'observer Clovic Cornillac en costard impeccable parler d'une enfance d'immigré miséreuse, protagoniste tourné en victime alors qu'il porte lui-même un côté très malsain et avare ; ou Christian Clavier, au répertoire de rôles grotesques, soudain reconverti en petit député sérieux et sensible. Le gros problème du film réside donc dans le choix du casting, et toujours dans une absence d'originalité sur le fond et la forme d'un récit.

    Autre film français raté, malgré ses bonnes intentions, Loup aurait mieux dû rester à l'état de documentaire plutôt que d'être cette fiction au loup.jpgscénario lourd, accumulant les clichés. Le film impose évidemment des images splendides de nature et vie des Evènes, par une photographie lumineuse et des mouvements aériens et gracieux de caméra. Nicolas Vanier, présent après la projection, est pourtant un explorateur passionné par ce peuple qu'il a rencontré, mais aussi par le loup, et en parle avec justesse et un réel enthousiasme. Cependant, il n'est pas un cinéaste : il ne sait pas créer des personnages ou réussir à construire un scénario sensé. Ces rapports ambigus de l'homme au loup auraient mieux mérité un documentaire beau et radical, plutôt que ce foisonnement de bons sentiments, surenchéri par un doublage français insupportable.

     

    La première sélection de courts-métrages permet de faire la transition entre les films les plus mauvais et ceux comportant un certain intérêt. En effet, cette sélection comportait presque autant de bonnes idées que de mauvaises. Globalement, la projection reste décevante et enrichissante dans le sens où elle donnait un cours sur tous les défauts à éviter dans le cadre d'un tournage de film de bac. La plupart ne réussissent pas à garder une cohérence visuelle et/ou narrative, souvent trop irréguliers et mous, tandis que d'autres présentaient des propos banals, voire malsains.

    Poste restante fut le pire. Proche d'un mauvais film de bac, il est mal maîtrisé, mal filmé (un grain de l'image particulièrement affreux, caméra qui tremble, effets de flous désagréables) et mal joué. Les personnages sont mal exploités, comme celui d'un taximan au rôle inutile, et restent creux. De même, Trompe l'œil, Vendetta ou Slowburn souffrent d'une absence de rigueur dans leur mise en scène ou la construction du scénario. Le premier ne comporte que deux génériques de début et fin originaux, numéros dansés et chantés dans des rues nocturnes, malheureusement sans rapport avec un drame classique. Vendetta, malgré son scénario faible et sa réalisation convenable, charme cependant par son énergie amusante grâce à l'interprétation délirante de ses acteurs. Le dernier est particulier, expérience filmique néanmoins peu intéressante car nullement mise en scène. Il s'agit en effet d'une scène filmée à l'insu du protagoniste concerné, lente, laide et incompréhensible.

    A l'inverse, Wu installe une unité de temps et de lieu et un univers cohérent, jouant sur le vu et le pensé. Mais le court-métrage est malsain et veine.JPEGnauséeux sur le fond, d'un humour irrespectueux et à la conclusion agaçante. Enfin, Dans nos veines, déjà vu à Aye-Aye festival, reste toujours aussi bancal et inadapté au format du court-métrage. Malgré son sujet risqué (la paternité d'un adolescent), le film réussit à conserver une certaine pudeur et justesse, notamment grâce à une mise en scène rappelant les frères Dardenne, et une interprétation remarquable. Cependant une telle histoire et des personnages si complexes n'ont pas leur place dans ce format.

    Le serrurier part d'une idée originale, pouvant paraître exagérée, mais bien utilisée. Les cœurs se substla-clef-du-probleme.jpgituent à des serrures brisées ou bloquées en fonction de l'état des vies de couple. Court et efficace, l'analogie du serrurier avec un médecin est bien maîtrisée. Toute ma vie profite d'acteurs professionnels (Caterina Murino par exemple) et d'une réalisation très parisienne, proche d'une publicité sur les boulevards de la capitale, pour raconter une histoire trop prévisible et facile.

    Enfin, outre le pudique Dans nos veines, les deux seuls courts-métrages vraiment efficaces restent un film d'animation, Fard, prouvant une fois de plus l'aisance de ce genre dans ce format, et un film avantagé par le nom de son réalisateur, mais néanmoins de bonne qualité, La clef du problème. Le premier effectue une mise en abîme judicieuse de l'effet de création et ses conséquences, où le dessin maquille cruellement les hommes et masque leur véritable nature. Le court-métrage de Guillaume Cotillard s'appuie quant à lui sur un point de départ extrêmement banal (un homme qui a oublié ses clefs) et utilise cette banalité pour amener progressivement à la confusion, grâce à des dialogues bien écrits et un montage alterné efficace.

     

    Même si les premiers films vus s'avéraient peu intéressants, d'autres révélaient un certain charme et originalité. Paranormal Activity, fort attendu par les lycéens, était ainsi une étrange surprise. Cependant, j'avoue avoir vu le film à moitié, étant placée au premier rang, sans voisin et à côté du son, restant les yeux à demi-clos ou les oreilles bouchées. L'efficacité du film est prouvée, alors que le scénario s'inspire de superstitions classiques (une jeune femme possédée par un démon). Mais ces histoires de fantômes et de phénomènes paranormaux la nuit sont toujours aussi épropara.jpguvantes, d'autant plus que certains ne se gênaient pas pour crier dans la salle. Si l'aspect réaliste (caméra à l'épaule, donnant un point de vue subjectif du mari, insistances sur la véracité de l'histoire par l'absence de génériques), justifiée par le manque de budget et nouvel exemple d'une différente conception du film d'horreur qui se retrouvait déjà dans Blair Witch ou REC, gêne un peu par la mauvaise qualité de l'image, il faut reconnaître à Paranormal Activity une constante maîtrisée dans sa mise en scène des phénomènes. La journée, le jeune couple s'interroge, filmé hideusement par une caméra tremblante, mais la nuit, un plan fixe et récurrent s'impose, créant une angoisse par différents degrés. Ces phénomènes paranormaux troublent ce plan obsédant et semblant emprisonner ses personnages, envahissant peu à peu la chambre : coups au rez-de-chaussée, porte qui bouge, traces sur le parquet, etc. Les bruitages sont particulièrement réalistes et les effets spéciaux minimalistes, gardant l'immatérialité du fantôme et recentrant sur la psychologie du couple. Enfin, même le procédé est quelque peu pervers : la jeune femme réclame sans cesse au mari d'éteindre sa caméra, affirmant que c'est cela qui provoque les phénomènes, mais sans cette obsession de filmer, il n'y aurait pas de film du tout. Maîtrisé et ingénieux.

    Autre film original et imposant son univers, Le vilain est toujours fidèle à l'esprit déjanté de son créateur Albert Dupontel. Agréable, le film est vilain.jpgriche en gags d'une méchante absurdité et violence matérielle ou animale, en personnages effroyables (notamment celui de Bouli Lanners, malheureusement trop peu présent), en détails et décors excentriques. Cependant, le scénario reste sans grande construction et Le vilain ne fait qu'aligner les péripéties burlesques ou des dialogues un peu lourds, manquant toujours d'une certaine subtilité. Catherine Frot est évidemment craquante en vieille mère redoutable. Curieusement, la rencontre avec l'équipe fut bien plus enrichissante que le long-métrage. En effet, Dupontel surprend par sa retenue et son sérieux. Il reconnaît honnêtement la « déjanterie » de ses propos, préférant à la réflexion son intuition et le profit maximum de ses idées. Si au début il reste tendu face aux questions posées, cette méfiance éclate soudain pour révéler un grand gosse rêveur, passionné, citant Terry Gilliam ou Ken Loach. Mais c'est Catherine Frot la plus merveilleuse : d'une élégance naturelle extraordinaire, elle répond avec malice aux questions, généreuse et pétillante. La discussion fut surtout très drôle, révélant la complicité d'une équipe.

    mens.jpgIl en fut de même pour Mensch, film prisé du jury de Sarlat (Commentaires élogieux au début de la séance, Grand prix et Prix du scénario), qui, malgré sa qualité moindre, était accompagné d'une discussion intéressante. Le gros problème du long-métrage de Steve Suissa est sa réalisation extrêmement classique, qui, s'il elle avait été plus personnelle et originale, aurait pu donner un charme à son intrigue et à ses personnages convenables. Présenté comme un « choc » par la Présidente du festival, Mensch reste cependant au bord de l'esprit tourmenté de ses protagonistes, n'allant pas très loin dans leur approfondissement et leur ambivalence. Mais il garde une certaine cohérence dans son esthétique nocturne, dans sa retenue dramatique et surtout dans sa sincérité vis-à-vis des milieux explorés. Encore une fois, l'équipe s'est révélée d'une générosité et franchise rares à l'égard du public. Très ouvert, Steve Suissa acceptait tous commentaires tout en affirmant sans détours sa position, disant de ses personnages qu'ils cherchent à incarner un « mensch » selon différents principes personnels;