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Festivals - Page 4

  • Compte-rendu du Festival du Film de Sarlat - 1

    COMPTE RENDU DU FESTIVAL DE SARLAT

    9 novembre au 14 novembre 2009

    Ce qui caractérise généralement un festival et le distingue d'autres manifestations, c'est son ambiance et son rythme si particuliers. Pour Sarlat, le plus grand inconvénient, mais qui finit par faire sa spécificité, consiste à nous faire vivre des attentes de deux heures debout dans des foules bondées, puis des projections dans des fauteuils confortables. Une telle fatigue due à cette alternance entre ennui et concentration fait que le compte-rendu ne reflète pas toujours notre manière d'agir et de penser habituelles face à des films. Une perte de repères et de règles de spectateur qui a permis néanmoins et heureusement de vivre les émotions plus fortement ou avec une sensibilité plus accrue.

    Ce compte-rendu se découpera en trois parties

    1 : Les films soviétiques.

    Mis à l'honneur cette année, les films soviétiques projetés étaient des documents rares, souvent difficilement trouvables sur support vidéo, voire totalement inédits. Outre la conception du montage, certains relèvent d'une légèreté inattendue pour des films soviétiques. Les années 1920 ouvrent en majeure partie à l'expérimentation et à la captation du réel (le Kino Pravda ou cinéma-vérité de Vertov), mais elles sont aussi une période où fleurissent les comédies.

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    L'homme à la caméra (1928) a été vu entièrement muet, sans accompagnement musical, ce qui présente son avantage et son inconvénient. Le film ne comporte ainsi aucun ajout personnel, donc pas d'influence d'une conception de ces images en musique et il apparaît dans toute sa nature et sa complexité. D'une très grande richesse visuelle, le film multiplie toutes les expérimentations du montage ou de la réalisation : incrustations d'images, superpositions, images inversées, effets de répétition, pixilation... A propos de Nice (1930) se rapproche beaucoup du long-métrage de Dziga Vertov dans le sens où il joue sur les rapports entre des éléments de nature entièrement différente pour poser un regard plein d'audace sur le quotidien de leur ville respective. Vigo et Vertov osent et croquent leurs personnages dans un tourbillon d'images ho2.jpgactives, allant même parfois jusqu'à une certaine crudité. Tous les mouvements et motifs du quotidien entretiennent une certaine interaction, à toutes les échelles, choc entre l'humain et la machine, entre la vie et le matériel. Les clignements des yeux s'apparentent ainsi à des stores, le travail de la monteuse à celui de la fileuse, l'énergie des hommes aux machines en plein fonctionnement. Des visages isolés aux foules, du ralenti à l'accéléré, de détails à la monstruosité, l'homme à la caméra a le pouvoir d'observer, d'utiliser tout à sa guise et ce, à ses risques et périls. François Truffaut parlait pour Vigo d'une sorte de fièvre de filmer qui le prenait durant les tournages, et je pense en dire autant de Vertov, tant son film est tout le temps en ébullition, ce qui n'a malheureusement pas empêché certains de dormir dans la salle. Kino Pravda 20 (1924) est plus modeste, suivant le quotidien d'une sorte d'armée rouge en miniature. Les comportements matures de ces enfants, évidemment dûs à la politique soviétique, sont mis en valeur : sciage de troncs, ramassage dans les champs, déambulations quasi-militaires. Mais, au final, ce sont les âmes d'enfants qui résistent lors de la sortie au jardin zoologique, ce que tente de capter Vertov par des jeux de regards.

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    Autre film soviétique, mais cette fois-ci une fiction, La grève (1925), premier long-métrage d'Eisenstein. Cette fois-ci, l'accompagnement musical était particulièrement insupportable, alourdissant le manichéisme voulu par le film, qui prend parti pour les révolutionnaires prolétaires d'une usine. Le film, découpé en parties distinctes, justifie la nécessité de la révolution par la présentation de patrons impitoyables, puis son organisation, son succès et sa chute. La simplicité et le courage des révolutionnaires , le ridicule de patrons opulents et leur méchanceté sont mis en parallèle, jouant sur l'opposition. Par contre, le film présente des idées visuelles renversantes et des plans impressionnants: sur l'architecture de l'usine, la manière de filmer les foules en ébullition, de présenter le pouvoir. Plusieurs personnages grotesques sont ainsi introduits par leur homonyme animal : la chouette, la guenon, le renard... Malheureusement, la fatigue et surtout les résonances assommantes de la bande sonore ne permettaient pas de profiter pleinement du film du cinéaste soviétique.

    vendeuse.jpgÉlargissant l'horizon du cinéma soviétique, trop souvent réduit à son contexte historique ou son témoignage social, les comédies furent de réelles surprises durant ce festival. La jeune fille au carton à chapeau de Boris Barnet (1927), malgré son rythme inégal et son intrigue classique - le trio amoureux, le couple infernal, les pauvres face aux bourgeois - dégage un certain charme de par son côté très burlesque et la vivacité de ses personnages. Tout tourne autour de la jeune fille au carton à chapeau, qui a beaucoup de prétendants, chacun la courtisant pour diverses raisons et à sa manière. Finalement, le chapeau a peu d'importance, mais le carton à chapeau semble représenter la sensualité ronde de la jeune fille. L'humour est parfois un peu lourd et les grimaces excessivement présentes, mais certains plans sont très intéressants, notamment tous ceux tournés dans les plaines enneigées. C'est La vendeuse de cigarettes du Mosselprom (1924) de Youri Jeliaboujski, premier film vu au festival, qui est le véritable coup de cœur parmi ces films soviétiques, avec le film de bac et ceux de Pelechian. Long collier de perles, plutôt qu'un véritable bijou, tant il multiplie les intrigues, protagonistes et idées, ce long-métrage croque ses figures burlesques dans une ambiance décalée, allant du quotidien des petites gens à celui de gros bonnets, les critiquant tous avec un humour décapant. L'histoire n'est pas sans rappeler étrangement Les enfants de paradis de Carné . Il y réside ce même goût pour un monde d'artistes (ici le cinéma, dans l'autre, le théâtre), cette fascination autour d'une femme charmante malgré son statut, et surtout l'ascension de cette dernière, finalement entretenue par un milliardaire américain, tout comme Garance. Les personnages secondaires rappellent même certains traits de ceux du film de Carné : le cameraman fou amoureux de la vendeuse possède ce même visage romantique que Jean-Louis Barrault ; le comptable et le réalisateur présentent des aspects de Frédérick Lemaître, sa pédanterie et sa grandiloquence... Mais, à l'inverse de Carné, l'histoire est pleine de cynisme à l'égard du milieu qu'il visite, posant un regard incroyable sur le monde du cinéma, qu'il présente comme très hiérarchique et sévère. Les scènes de tournage montrent la tyrannie exercée par le réalisateur et l'agitation infernale sur le plateau. Par ailleurs, la mise en abîme est brillamment soutenue, à travers une scène très célèbre de suicide raté d'un mannequin. Les acteurs sont charmants, les plus grimaçants et insupportables étant les meilleurs. Je tiens également à signaler la qualité de la bande-sonore qui sait respecter totalement le ton du film et même accentuer son humour, comme lors d'une scène chantée grotesquement par le comptable.

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    Enfin, quelques uns eurent la chance de voir trois films d'Artavadz Pelechian, ciné-poète russe considéré comme l'héritier des cinéastes soviétiques. Malgré tout, ces longs « courts-métrages » (deux de trente minutes et un de cinquante) furent présentés sans interruption ou pause, ne permettant pas de savourer pleinement la beauté des images ni de se reposer de la musique, très forte. Certes influencé par Eisenstein ou Vertov, Pelechian va cependant plus loin dans l'obsession d'une image ou l'utilisation du montage. Il diffuse tout d'abord toutes les valeurs de sa culture arménienne dans ses films, transmet ses angoisses face à la rapidité de l'évolution du monde, autant au niveau créatif que destructif. Plus qu'un poème, ces images et leur montage sont des chorégraphies. Dans les deux premiers longs-métrages, Nous etpelech2.jpg Les saisons, il retranscrit une tranche de vie pure de sa culture et des visages typiques. Nous, particulièrement, est porté par une profonde spiritualité, par ces zooms sur les montagnes découpées. La foule joue aussi un rôle essentiel : mouvements fluides et multiples, notamment la scène d'embrassades la plus incroyablement vraie et chaleureuse. Dans Les saisons, c'est la chorégraphie de ce mouton et ce berger sous la violence d'une cascade d'eau, de ces tas de foin qui dévalent une pente qui fascinent et s'imposent à l'écran. La bande sonore donne un pouls, une résonance de sons de cette culture, brassant bribes de conversations ou chants religieux. Le montage n'évite pas la répétition par l'inversion des images, créant un rythme obsédant, proche de la musicalité poétique. Le dernier long-métrage diffère des deux autres : plus que les êtres humains, ce sont les machines et leurs monstrueux effets sur notre siècle qui imposent leur danse. Alors que la clarté et force des images de Nous et des Saisons relevaient d'une pureté spirituelle et profondément arménienne, elles sont ici celles de la destruction d'un horizon, rendant l'écran presque immaculé. Le montage effréné et les musiques répétitives font de ce film un constat obsessionnel de notre tendance à détruire nos propres créations, avec un éclat quasi-esthétique.

    En dépit de toutes les appréhensions et même de l'angoisse de s'endormir face à des copies muettes, les films soviétiques furent globalement les plus passionnants de ce festival, grâce à la sélection éclectique et aux conférences de qualité.

  • Festival du Film de Sarlat 2009

    Festival de Sarlat du 9 au 14 novembre

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    Rendez-vous des options cinéma de toute la France, le festival de Sarlat abondait en films soviétiques (en lien avec le nouveau film de bac qu'est L'homme à la caméra de Dziga Vertov), conférences et avant-premières diverses. rapidement, les films soviétqiues, malgré leur âge, furent les plus passionnants et originaux durant cette semaine, de même que certaines conférences (notamment celle sur le travail de Pelechian) tandis que les films sélectionnées restaient très décevants. certes, il est toujours agréable de croiser Clovis Cornillac ou Thierry Lhermitte dans la rue, d'écouter les anecdotes de Catherine Frot et Albert Dupontel ou de discuter avec Steve Suissa et Anthony Delon, mais le festival s'intéresse un peu trop à sa forme plutôt qu'à la qualité même de ses films. Furent insoutenables les foules bondées devant le cinéma Rex, allant parfois jusqu'à trois heures d'attente pour obtenir des places en pleurant devant les organisateurs à l'entrée, les bousculades et les cris d'hystérie pour voir les stars, les discours souvent pompeux de la présidente ou les ambiances peu respectueuses durant la projection (commentaires du jury, pas d'attente de la fin du générique...). Au final, les films et les rencontres les plus intéressantes se déroulèrent dans les petites salles, créant des échanges de complicité et convivialité. Par exemple, Mensch (grand prix du festival), certes film peu extraordinaire, classique dans sa manière de filmer et aborder les personnages, mais néanmoins efficace et sincère, fut suivi d'une rencontre avec le réalisateur et deux des acteurs, très disponibles et ouverts aux réflexions. A l'inverse, un réalisateur comme Albert Dupontel se crispait face aux élèves, même si son film Le Vilain reflète tout à fait un univers personnel déjà digéré et acquis dans le cinéma, inspiré de la bande dessinée et de l'absurde. Autre bonne surprise, Tengri, le bleu du ciel de Marie-Jaoul de Poncheville est un film magnifique auquel le public a donné raison pour une fois (Prix coup de coeur), sachant mêler des aspects romanesques ou la tension d'un road-movie à la vie d'un peuple aux conditions difficiles. De même, La Dame de Trèfle de Jérôme Bonnell est un film dur mais intimiste et d'un réel respect envers ses personnages fragiles. J'exclus en revanche des films tels que La sainte victoire (François Fabre) ou Loup (Nicolas Vanier), pas mauvais mais d'une banalité effrayante. Enfin, le coup de coeur, dernier film vu à Sarlat, souvenir inoubliable malgré la fatique qui m'accablait (mais ce qui faisait que l'émotion était encore plus intense), est Bright Star, le nouveau de Jane Campion : une histoire d'amour simple, romantique mais récelant d'une complexité visuelle et langagière et portée par ses personnages purs et fascinants.

    Ici : *le compte-rendu complet et détaillé du festival de Sarlat : Partie 1 ; Partie 2 ; Partie 3

  • Festival d'Avignon 2009

    Retour du 63ème Festival International de Théâtre d'Avignon

    Autant dire que l'excitation était à son comble avant ce départ pour deux jours intenses dans les rues d'Avignon. En effet, outre une programmation du IN et du OFF extrêmement attirante (record battu sur la vente des billets, effet contradictoire avec la crise), l'artiste associé de cette année s'avère être Wajdi Mouawad, metteur en scène québécois d'origine libanaise qui avait déjà présenté le magnifique Seuls l'an dernier. Le travail effectué avec cet artiste, sûrement à l'origine du succès explosif du festival, est éloquent : représentation de sa trilogie du Sang des promesses en ouverture avec 11 heures de spectacle dans la Cour d'Honneur ; dernier volet, Ciels, également présenté ; multiplication des lectures de ses autres textes, d'interviews et de rediffusion (Arte ou France Culture) ; publication d'un recueil gratuit, Voyage...

    De plus, ce festival réaffirme son qualificatif d' « international », avec la présence imposante du Proche-Orient, de l'Afrique, de l'Amérique (Québec), d'Europe (France, Allemagne, Belgique, Espagne...), voire de Taïwan..., s'accompagnant d'une ambiance toujours aussi festive et éreintante. Rencontres riches et nombreuses, mais qui amènent plus de risques, d'audace et de polémiques, comme la grande mode de dénuder les acteurs dans de nombreux spectacles du IN.

    Cependant, en dépit de ce programme alléchant, l'année fut moins fructueuse que la précédente, en raison justement de cette prise de risque, mais aussi de la chaleur écrasante et d'une fatigue difficile. Le bilan reste ainsi inégal et légèrement décevant, les spectacles étant moins surprenants et pertinents que ceux de l'année précédente (voir billet d'août 2008). Cette amertume résidait surtout soit dans une mise en scène incompréhensible ou incohérente, soit dans une écriture peu intéressante, mais jamais dans les performances des acteurs. Percent néanmoins des lueurs alarmistes et audacieuses, portraits abstraits d'un monde en recherche de légitimité. La nouvelle oeuvre de Wajdi Mouawad, ou encore celle de l'Allemand Christoph Marthaler, révèlent la crise mondiale sur divers plans (politique, social ou économique) à travers les incertitudes de leurs personnages et une mise en scène détonnante, mélange d'un rapport dramatique ou cynique à l'histoire et d'une grâce possible.

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    Le premier excelle avec Ciels, fin du Sang des promesses. Je n'avais pas eu la chance d'assister aux 11 heures de spectacle dans la Cour d'Honneur, mais Ciels clôture de manière saisissante la série, notamment par la mise en place d'un espace scénique incroyable, ne comprenant qu'une ouverture vers le ciel. Les spectateurs sont en quelque sorte « piégés » dans cette histoire déchirante, ancrée dans l'actualité de l'angoisse terroriste, jouant un rôle de statues à l'écoute des confessions des personnages. Comme dans toutes ses pièces, et particulièrement dans ce quatuor, les liens du « sang », justement, jouent un rôle essentiel dans les relations entre les protagonistes, et dans l'intrigue, abordant des thèmes difficiles tels la vengeance familiale, l'infanticide ou le parricide, la naissance. Relations violentes du sang qui relie tous les éléments, tissant progressivement une toile imperceptible dont le tableau final résulte à un massacre. Ciels est un spectacle extrêmement éprouvant du fait de sa mise en scène éclatée, s'immisçant au plus proche du corps et des sens du spectateur ; de la dureté d'une histoire fortement émotionnelle ; d'une interprétation extraordinaire des comédiens, saisis par une énergie bouleversante ; et enfin d'un langage poétique magnifique, réflexion sur l'art et son pouvoir de destruction ou de création furieuse.

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    Si Mouawad utilise la peur de l'attentat pour le mettre en rapport avec le rôle de l'art aujourd'hui, Christoph Marthaler transforme l'angoisse de la crise et l'obsession économique en une curieuse symphonie funèbre et décalée. Sa mise en scène soignée, se composant d'une pièce centrale avec de multiples balcons, garages et bureaux accessibles, permet de montrer le dérèglement progressif de ses personnages, malgré l'allure convenable qu'ils présentent au premier abord. La pièce se vide peu à peu de ses meubles historiques, la présentation style vitrine de magasin du début se décompose au profit d'un isolement dans les petits garages. Aux dialogues répétitifs et usés des habitants ou aux bilans prononcés par un banquier rigide répondent les cantates désespérés ou désabusés. Riesenbutzbach est un spectacle particulier du fait de la place qu'il accorde à la musique et aux gestes qui créent cette musique, créant des tableaux animés où les personnages se mouvent selon une chorégraphie de la désillusion et de la perdition : ils n'ont plus d'esprit pratique, plus de saveur de vivre, seuls un corps et une voix mécaniques et enclins à la folie. Proche de la poésie de Tati et d'un cynisme doux face à la crise, le spectacle de Marthaler est étonnant, faisant par sa douceur une critique pertinente de notre société.

    En revanche, le Casimir et Caroline (Horvarth) de Johans Simons et Paul Koek, après une première infernale dans la Cour d'Honneur, tant en raison de la déception du spectacle que du comportement de certains spectateurs (interruption d'un des comédiens en plein milieu de sa tirade par certains irrespectueux et pédants des rangées du fond), laisse un goût d'amertume et d'incompréhension. Seuls certains acteurs, à l'aise dans leurs interprétations, et le texte originel apportent du dynamisme à la mise en scène morne et peu évoluée. En plus d'être inutiles (échafaudages traversé de long en large par les comédiens, sans quelconque modification du décor), ils sont marqués par un esthétisme criard et kitsch qui aurait pu être le symbole de la consommation excessive mais qui ne devient qu'une toile de fond désagréable. Aucune gradation n'est perceptible dans la pièce, tant la mise en scène reste molle et étirée. Seuls les acteurs se mouvent sur scène, cavalent sur les échafaudages, redescendent, s'assoient, se penchent, observent, attendent... Quoi ? Un final incompréhensible et hideux, dont l'émotion se résulte à un soulagement intérieur face à la fin de ce spectacle plutôt ennuyeux.

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    Outre les trois spectacles du In que j'ai pu découvrir cette année, le Off fut également au rendez-vous, avec des hauts et des bas. En vrac, je citerai comme palmarès la confrontation déchirante et audacieuse entre un père et son fils musulman dans Sans ailes et sans racines ; la grâce et le jeu du trio musical et dansant de Nuwa, spectacle contemporain de la troupe taïwanaise ; la poésie simple mais habile de Cailloux empreints de fraîcheur ; l'humour féroce et ravageur des belges d'Ubu à l'Elysée...

    Tableau incomplet mais aperçu tout de même du festival vécu cette année. J'oublie tout de même un fait essentiel pour l'accompagnement de ces spectacles, à savoir les repas. En effet, festival signifie aussi rencontres culinaires dans de multiples restaurants aux saveurs fraîches et délicieuses. Je ne citerai qu'un endroit, petit mais accueillant, original et savoureux, dont le simple nom rappelle toutes les sensations douces et palpitantes du festival d'Avignon : L'Epice and Love. 

  • Festival du Film Italien de Villerupt 2008

     31ème EDITION DU FESTIVAL DU FILM ITALIEN DE VILLERUPT :

    Nous étions 13 jeunes un peu surexcités à faire parti du jury jeune du festival de Villerupt 2008. Et quelle aventure ! Quatre jours passés à courir d'un bout à l'autre des salles de cinéma, confortables ou inconfortables, à tuer le temps en écrivant, lisant, bavardant ou téléphonant, à organiser des débats à l'improviste à deux heures du matin dans les chambres d'hôtels, à danser au rythme de l'accordéon tenu fièrement par un petit monsieur au milieu de la foule, à chanter des karaokés allemands, à croiser et entendre des Italiens partout, à manger des pâtes, des pâtes, des pâtes... Bref, une ambiance excellente, brassant des Français sachant ou non parler italien et des Luxembourgeois beaucoup plus doués en langue que nous...

    Quant aux films projetés, la remise des prix aura lieu le 14 novembre 2008... Jusqu'à cette date, nous sommes tenus de garder le secret... Néanmoins, la qualité des films en compétition reste satisfaisante mais étrangement, c'est hors compétition que nous avons découvert nos favoris. Le dernier matin, nous avons eu la chance d'assister à la projection de Biutiful Cauntri d' Esmeralda Calabria, Andrea D'ambrosio et Peppe Ruggiero et de rencontrer Esmeralda Calabria, également une monteuse renommée, s'étant occupée de la Chambre du fils de Nanni Moretti ou encore de Romanzo Criminale de Michele Placido. Le documentaire dépeint avec force la vie quotidienne d'italiens vivant près des décharges sauvages dans les environs de Naples, et remet subtilement en cause les politiciens en charge de ces traitements de déchets. Les personnes suivies sont saisissants, tous extrêmement documentés sur la question, quelque soit leur statut social, argumentant leurs propos et poussant un véritable cri de colère, tout en continuant à vivre, à se débattre fièrement.

    Bref, un grand merci à toute l'organisation du festival pour nous avoir accueillis et rendez-vous le 14 novembre pour remettre ce premier prix attendu...

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  • Festival d'Avignon 2008


    FESTIVAL D'AVIGNON 2008

    C'est la première fois que j'écris un article sur le Festival de Théâtre d'Avignon. En effet, après le cinéma, le théâtre est aussi un art auquel je m'intéresse beaucoup, mais je n'ai pas souvent le temps de décliner tous les spectacles que je vois, préférant favoriser la critique cinématographique...

    Cependant, le festival d'Avignon, un des plus importants en Europe, bénéficie d'une atmosphère très particulière et ludique, totalement hors du temps et de la vie active. Cette ambiance déphasée, où chacun se promène mollement dans les rues pavées, entre salles de spectacles, bars et restaurants, est également favorisée par le climat lourd et fatiguant d'une chaleur dévastatrice. La présence envahissante de la climatisation dans les salles est pour beaucoup dans le déclenchement des grippes du public...Outre ce petit problème climatique, ce festival d'Avignon, premier arpenté pour ma part, offre un "crû" (comme disent les gens du Sud) particulièrement intéressant cette année (comme disent les critiques du Masque et la Plume), autant dans le In que dans le Off. Voici donc une petite rétrospective de mes coups de coeur du festival.

    Hamlet

    Thomas Ostermeier

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    Autant dire que je commençais cette édition très fort, avec la représentation dans l'impressionnante Cour d'Honneur de l'adaptation germanique du shakespearien Hamlet, spectacle du In et à l'image du lieu dans lequel il se jouait. Quel choc, cet Hamlet riche d'émotions, véritable leçon de mise en scène et d'interprétation. Thomas Ostermeier a su trouver le juste équilibre en proposant une version volontiers trash et provocante, portée par un Hamlet survolté et obsédé, tout en gardant la puissance du texte et la noirceur du récit. Tandis que le ridicule des fêtes et enterrements sont décrits avec un comique gestuelle rappelant Karl Valentin (notamment la scène d'ouverture, époustouflante - et sans oublier les références à la politique française...), la présence de la mort et de la folie planent à travers les personnages et le procédé visuel utilisé (personnages filmés en gros plan par Hamlet et projetés sur grand écran), permettant de s'immiscer au plus près des personnages et de leur folie, prévoyant leur déchéance proche. Quant à la langue, elle n'est en rien hachurée par l'accent allemand, bien au contraire. La truculence de la prononciation et son aggressivité apportent rage et haine aux propos d'Hamlet. L'interprète de celui-ci porte admirablement la pièce, d'abord sobre au tout début, mais se transformant rapidement en une véritable bête de scène enragée, n'hésitant pas à détruire le décor, se rouler dans la terre, se travestir ou chanter le rap... Néanmoins, le comédien, par cette rage déjantée, confère de l'énergie à la pièce (pendant 2 heures 30) et aux répliques. Les autres comédiens restent également à la hauteur, notamment l'interprète de la mère d'Hamlet/Ophélie, en charge des deux uniques rôles féminins, merveilleusement vampirique ou innocente.
    De plus, le soir où j'assistais à cette pièce magistrale, dernière représentation du festival, le mistral s'était levé, soufflant sur les décors, nappes blanches du banquet et immense rideau se soulevant, telle une puissance magique venant souligner la force d'Hamlet.

    Seuls

    Wajdi Mouawad

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    Assurément le coup de coeur du festival. Seuls, de Wajdi Mouawad, auteur québecois d'origine libanaise (reconnu et par ailleurs invité de la prochaine édition du festival d'Avignon) est littéralement une fresque sur la vie et la folie, absolument renversante, telle une caresse dont la violence serait celle d'une gifle. Je ne trouve que cette image pour qualifier ce revirement incroyable lors de la dernière demie-heure de la pièce, bouleversement sous-entendu tout au long mais totalement inattendu et formidable. En effet, Seuls suit une gradation dans l'intrigue et la mise en scène : progressivement viennent s'ajouter des effets vidéos du personnage, tels des fantômes hantant le comédien, mais en réalité symbolisant le coup de théâtre final. Seuls, propre au titre, met en scène Wadji Mouawad, dans un rôle inspiré de sa vie, où, jeune étudiant à Montréal, il prépare une thèse sur l'oeuvre de Robert Lepage (grand dramaturge, notamment de La face cachée de la Lune). La pièce reste essentiellement un huis-clos dans la chambre du personnage, où il travaille, s'entretient avec son professeur ou reçoit des nouvelles de son père et de sa soeur. Autobiographie (des conversations téléphoniques de sa famille sont utilisées) fictive et surréelle où est amenée petit à petit un final époustouflant, ancré dans le fantastique, le rêve, résultant du coma.  Une première partie traite des relations humaines, des petits tracas de la vie quotidienne, subtilement décrits, d'où va émerger la singularité d'un univers a priori banal, mais beaucoup plus complexe. Le coma est le thème cher à Mouawad, celui d'une solitude décrochée de la vie quotidienne, paralysée sur un lit d'hôpital d'un côté, immortalisée d'un autre côté, tandis que résonnent les échos de ceux qui lui parlent devant son lit. Devant ce spectacle magnifique, nous restons ébahis, subjugués, seuls.

    Bash, latterday plays

    D'après Neil Labute

    Mise en scène et adaptation de René Georges

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    Trois histoires sur l'Amérique derrière le rêve américain, trois monologues, presque sans présence de mise en scène, d'une intensité noire et émotive, démantelant les clichés d'une vie sociale réussie. Bash (cogner, frapper en argot) laisse entrevoir par son titre la violence qu'il procure par ces récits, auxquels ils faut s'accrocher pour ne pas sombrer dans la dépression. Le premier, grâce au comédien, sidérant, est une confession intime, sans action, juste les aveux, longs et difficiles, d'un employé de bureau ambitieux, vous transperçant les yeux, le coeur, et invitant le public au malaise. Rien que cette première scène, d'environ vingt minutes, suffit pour vous abattre : faible éclairage, angoisse du personnage, manie de manipuler son verre d'eau ; tout en vous captivant par sa force et sa cruauté. Ce qui pourrait être reproché à Bash, c'est la mise bout à bout des trois histoires, radicalement différents mais toutes aussi noires, fatiguant le spectateur. Certes, la deuxième scène commence sur fond de danse disco, animée par un jeune couple propre et parfait. Strass, shopping, virées à plusieurs dans les bars et boutiques de Los Angeles, chic et religion rythment leur voyage de fiançailles, où va s'immiscer les thèmes sombres que le couple s'évertue à repousser, malgré leur fascination. Derrière le rêve teinté sonne le glas des désirs et des pulsions. Quant à la dernière histoire, la comédienne teinte de mélancolie et de fragilité la discrète histoire d'amour entre une élève et son professeur, mettant de côté le "qu'en dira-t-on", ne tombant jamais dans le mélodrame, telle cette poigne qui nous étreint avec violence et émotion.


    Larguez les amours !

    Elsa Gelly chante Vincent Roca

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    Le dernier jour passé à Avignon se caractérisait par l'atmosphère étouffante qui y régnait, sous un soleil aggressif et des rues bondées, accentuant une mauvaise humeur que le trio d'Elsa Gelly allégea. La jeune chanteuse, en robe estivale àpois blancs, vous remet le sourire avec les jeux de mots pétillants écrits par Vincent Roca, et accompagnés par David Richard (accordéonniste) et Pierre-Marie Braye-Weppe (violoniste et guitariste). Le trio fonctionne sur l'énergie qu'il procure et les multiples expériences musicales qu'il amène : vocalises de la voix, ondulations des cordes du violon, briquet utilisé pour le rythme, onomatopées sonores... Le tout avec complicité, fraîcheur et une ironie subtile en faveur des jeux de mots de Vincent Roca (multiples et compliqués). Les chansons d'humour, témoignant d'un engagement imparable sont interprétées avec autant d'hargne que d'énergie, tandis que d'autres, plus sensibles, témoignent d'une force et d'une complicité avec le public sincères.

    Gérard Morel et toute sa clique

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    Dernière soirée finie dans la bonne humeur avec Gérard Morel, silhouette bedonnante au sourire étalé sur son corps, génie des mots et des calembours. Gérard Morel était accompagné sur scène d'une fanfare brillante (tel le chrome des instruments), composée de trois femmes et trois hommes, tous aussi excellents et complices les uns que les autres. Le chanteur, ironique et souriant, ne perd pas un instant pour les présenter. Ses jeux de mots inattendus, chutes dramatiques et humoristiques des petites chansons, sont mis en valeur par la vitalité de tel ou tel instrument, permettant un double effet comique. La clique apporte un autre souffle que celui de la guitare habituelle (utilisée généralement par Morel seul sur scène), beaucoup plus énergique et pas moins appréciable. De plus, les chansons de Gérard Morel respirent "la bonne bouffe et les belles femmes", permettant d'aérer notre esprit sans nous abrutir.