Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Master Class et conférences - Page 2

  • Pasolini Roma

    EXPOSITION PASOLINI ROMA

    pasoliniexpo.jpg 

    Après la décevante exposition sur Jacques Demy – belle dans la forme mais un peu vaine sur le fond – La Cinémathèque présente actuellement un ensemble complet sur Pier Paolo Pasolini. Souffrant toujours de quelques handicaps – un parcours construit parfois dans des couloirs étroits, le chevauchement de plusieurs sources sonores dans une même pièce, certaines indications éparpillées à des endroits peu visibles – l'exposition offre tout de même un beau parcours parmi la vie du cinéaste-poète-écrivain et homme de lettres italien.

    pasoliniexpo2.jpg

    Photo de Tournage de "Mamma Roma"

    Partant de la ville-phare, Rome, le parcours relie le parcours du cinéaste à certains lieux emblématiques de la capitale italienne, passant des lieux d'habitations à ceux de rencontre, et ceux, bien évidemment, de tournage. Ce parcours très cartographié installe l'histoire de Pasolini dans une certaine singularité et rend l'ensemble fluide, d'autant plus que la masse d'information se révèle très dense. La plume du cinéaste se trouve ainsi largement privilégiée, choix appréciable car ouvrant l'exposition non plus seulement aux amateurs du cinéma, mais également à ceux de littérature, de poésie, de politique... On y découvre les engouements communistes de Pasolini, ses nombreux scandales ou réactions face à la société, ses écrits passionnés ou brisés... De nombreuses surprises font découvrir la proximité partagée avec certains grands noms, comme Giorgio Bassani, Alberto Moravia, Federico Fellini, Orson Welles, Anna Magnani, Maria Callas...

    Cette exposition sur Pasolini se révèle l'exact contraire de celle sur Jacques Demy qui eut lieu durant l'été 2013 : beaucoup plus dense, elle ne se contente pas de simples illustrations, mais offre aux visiteurs les réflexions du cinéaste et la richesse de son œuvre et de ses facettes.

    Le lien vers le site de l'exposition :

    http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/pasolini-roma.html

  • Soirée Images documentaires

    SOIREE IMAGES DOCUMENTAIRES

    CECI N'EST PAS UN FILM (2011) – Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb

    LA BATAILLE DU CHILI 2ème PARTIE (1977) – Patricio Guzman

    le 12 février 2012 au Forum des Images

     

    A l'occasion des 20 ans de la revue Images documentaires, revue très présente dans les bibliothèques et réunissant de nombreux articles très complets sur ce type de cinéma, l'équipe (modeste et affable) de cette revue avait sélectionné deux forts films de résistance pour célébrer leur passion.

     

    Ceci n'est pas un film

    pasunfilm.jpg 

    Le film de Jafar Panahi et de Mojtaba Mirtahmasb confirme une fois de plus l’extraordinaire volonté et intelligence du cinéma iranien face à la censure. Partageant une journée avec le cinéaste, en attente de son funeste procès durant l'époque de réalisation du film et enfermé dans sa maison, le réalisateur documentaire Mojtaba Mirtahmasb filme son appréhension et sa passion à la fois. L'angoisse, le questionnement et l'incompréhension cohabitent le formidable désir de filmer et de pratiquer son art dans Ceci n'est pas un film. Tout au long de la mise en place de la lecture, de la mise en scène, de la description, voire presque de l'interprétation du scénario du film que Panahi s'apprêtait à tourner avant de se voir opprimé par les terribles décisions du gouvernement, interagissent les événements extérieurs, la balade de son iguane en animal de compagnie (si si!), les coups de téléphone des amis ou de l'avocate, la visite de la voisine venant faire garder son chien, l'agitation de la Fête du Feu dans les rues de Téhéran. Le montage offre à la fois les angoisses du réalisateur et à la fois la retenue nécessaire pour ne pas aller dans l'apitoiement ou la victimisation, notamment grâce à une certaine forme d'humour du quotidien. Bien que derrière l'ironie de Panahi ou la tranquillité apparente de son va-et-vient dans les pièces finissent par émerger l'incompréhension et l'injustice.

    La dernière partie du film subit un formidable retournement de situation, tout comme dans le Miroir, le très beau film de Panahi réalisé en 1997, où les deux amis se placent face à face et se filment l'un l'autre. Dans cet émouvant changement de situation, le réalisateur, auparavant filmé, devient le filmeur, rendosse pour un instant son rôle de réalisateur, et parvient à s'échapper de sa situation lors d'un amusant et vibrant plan-séquence de 10 minutes.

     

    La Bataille du Chili 2ème partie

    bataille.gif

    Patricio Guzman vint présenter son film, très ému, et renouveler son hommage à Chris Marker, sans qui La Bataille du Chili n'aurait jamais pu se réaliser, et également au défunt cadreur du film, par la suite arrêté et torturé lors de la dictature.

    La Bataille du Chili est bien évidemment un film d'une émotion bouleversante et d'une rareté précieuse dans le monde du cinéma. Plus que tout, sa vision s'avère nécessaire non seulement pour le témoignage ; mais également pour son engagement, sa justesse, et sa qualité d'expression quant aux événements s'étant déroulés dans ce pays d'Amérique du Sud. Bien qu'il s'agisse de la 2ème partie, nous détaillant la mise en place du Coup d'Etat des généraux et de Pinochet et la résistance d'Allende face à la dissolution de son gouvernement, le film, du fait de sa qualité de « cinéma direct » nous projette en plein cœur des événements, fait revivre cette actualité au présent de manière vibrante et sidérante. On est saisi par la force des images prises au cœur des manifestations, ou lors des assemblées du gouvernement, et qui donnent au film sa couleur intemporel et bouillonnante. L'habileté du montage et le travail titanesque de condensation des événements tracent une histoire intelligemment écrite et d'un engagement réellement pertinent. 

  • Master Class Lambert Wilson

    MASTER CLASS LAMBERT WILSON AU FORUM DES IMAGES

    mastercl.jpg

    Menée par Pascal Mérigeau, journaliste attentif et patient, la Master Class du Forum des Images revenait sur le parcours de Lambert Wilson, doublement à l'écran avec Ernest et Célestine et Alceste à Bicyclette. L'unique regret de cette agréable master class reste l'omission totale du formidable travail de voix effectué par Wilson sur le film d'animation de Muteau, Patar et Renner. Un oubli peut-être dû au temps limité, mais qui donne l'image d'écarter à tort le travail de doublage, pourtant essentiel et révélateur du talent d'un comédien.

    bouche.jpg

    Au-delà de ce manquement, le reste de la master class revenait sur le parcours de Lambert Wilson qui, chose amusante, ne se cacha pas que son désir d'acteur fut déclenché avant tout par un désir de reconnaissance narcissique. La sincérité de l'acteur fut en effet ce qui porta les propos délivrés à un public nombreux, car Wilson ne se déroba jamais des questions parfois très dirigées de Pascal Mérigeau. Nombreux thèmes furent abordés, comme le rapport à son père, Georges Wilson, le rapport au théâtre, à ce que supposait la vie d'acteur comme l'acceptation d'être dans des rencontres passionnantes, mais toujours fugitives, la relation avec des grands metteurs en scène comme Resnais ou Tavernier... Les extraits choisis par Mérigeau reflétaient la diversité physique et vocale de Lambert Wilson – des accents exagérément frenchy de Matrix au langage posé et grave des Hommes et des Dieux, en passant par le français du 16ème siècle de la Princesse de Montpensier, ou encore les vocalises de Pas sur la Bouche – et aboutissaient toujours à des anecdotes croustillantes.

    hommes.jpg

    Le choix de Lambert Wilson pour une master class au Forum des Images s'est ainsi révélé fort intéressant, puisque la carrière de l'acteur s'est toujours constamment déplacée d'un cinéma classique à un cinéma commercial, ou du drame à la comédie, de productions américaines à françaises, des planches aux plateaux, donnant un panorama original d'un singulier parcours d'acteur.  

  • Kiarostami au Louvre 3

    KIAROSTAMI AU LOUVRE

    3ème Temps : le Temps des courts et des cris

    Projection de « Yalda », un programme de courts-métrages, et Echange avec le public

    Pour la clôture de cet événement autour du cinéaste iranien et profitant des Journées du Film Court, la Louvre a programmé pour cette fin du monde une série de courts-métrages, certains très anciens (Le Pain et la Rue, tout premier film réalisé par Kiarostami pour l'Institut du Développement Intellectuel des Enfants et des Jeunes adultes), d'autres bien plus récents et expérimentaux (Sea Eggs, long plan fixe qui aurait pu figurer dans Five).

    le pain et la rue.jpg

    Une programmation assez éclectique, donnant plusieurs facettes du cinéaste et de son parcours. Certains films répondaient par exemple à un souci de pédagogie dans le cadre de l'Institut, comme avec l'amusant et démonstratif Deux solutions pour un problème, ou encore le didactique Rage de dents, court-métrage interminable où il est exposé l'intérêt de bien se brosser les dents. Le Pain et la Rue ou La Récréation cristallisaient quant à eux les débuts de Kiarostami cinéaste, à travers le rapport à l'enfant, mais aussi une certaine cruauté mêlée d'humour. Dans chacun, un enfant se retrouve effrayé et brisé dans son désir par l'environnement alentour : un chien hargneux qui interrompt la course folle de l'un dans les rues, ou une altercation avec une bande de garçons jouant au football pour l'autre. En outre, le cinéaste avait apporté deux récents courts-métrages expérimentaux, tous deux présentés à l'occasion d'installation vidéo, No et Sea Eggs, forts novateurs et intéressants. Enfin, cette soirée était l'occasion de revoir le très amusant et touchant Le Choeur, un très beau court-métrage sur un vieil homme ayant la manie d'éteindre son appareil auditif.

    kiarochoeur.jpg

    Ce qui se démarquait justement de cette sélection de courts-métrages, c'était l'extraordinaire travail sur le son et le mixage sonore, fondamental chez Kiarostami. Tout comme l'image, le son est bien souvent manipulé, détourné, mais aussi rendu à un espace de liberté et de pureté essentiels dans la conception du cinéma de l'artiste. Le Choeur joue ainsi habilement sur l'opposition entre le silence lent et contemplatif du vieil homme, pris dans sa « cérémonie du thé » (l'influence d'Ozu se fait sentir dans ces plans) tandis que les petites filles scandent en choeur un vigoureux « Grand-père, ouvre la porte ! ». Même jeu d'opposition dans Le Pain et la Rue, où les aboiements agressifs du chien viennent briser la paisibilité de la rue, ou dans Rage de Dents, où l'interview du médecin est sans cesse couverte par les gémissements de l'enfant soigné. Le travail sonore trouve toute sa force dans les deux derniers films présentés : dans No, le « non » délivré timidement, mais fermement, par une petite fille lors d'un casting, devient incarné, à l'image, par une série de plans muets où d'autres filles affichent la même négation. Le mot, la parole prononcée devient paradoxalement plus forte avec son absence même dans le sonore. En contrepoint, Sea Eggsexplosait de cris et de texture sonore. Dans un montage donnant l'illusion d'un plan-séquence, le mixage sonore rend le plan d'une terrible cruauté, où le mouvement d'oeufs en bord de mer balayés par les vagues trouvent leur incarnation dans des cris d'oiseaux, transformant un petit événement invisible en un déchirant appel au secours.

    no.png

    Cette dernière projection était suivie d'une rencontre (rencontre qui avait manqué après Five), toujours soutenue par l'excellente traductrice habituelle du cinéaste. Pour cette soirée d'hiver, Kiarostami était toujours aussi modeste et empli d'humour comme de mystère, expliquant « à l'attention des étudiants de cinéma » comment il avait conçu le montage habile de Sea Eggs, mais se refusant à donner une symbolique ou une définition à sa vision du cinéma. 

  • Kiarostami au Louvre 2

    KIAROSTAMI AU LOUVRE

    2ème Temps : le Temps de la poésie

    Echange avec Jean-Claude Carrière et Projection de Five (2008)

    fiveaff.jpg

    Avant la projection de Five, film-hommage au grand Ozu, Kiarostami prévient, ou plutôt rassure, ses spectateurs : en aucun cas il ne se vexera si certains d'entre nous, confortablement installés dans les fauteuils de l'auditorium de Louvre, s'endorment face à son film ! Curieux et chaleureux mot attentionné à travers lequel le cinéaste iranien donne une bonne vision de son film, ou plutôt de l'état dans lequel ce film, particulier, doit nous amener. Non pas que Five soit une oeuvre ennuyeuse ou lassante, mais elle tient purement de la contemplation, dans le bon sens du terme, ou d'absorption latente de l'action dans le cadre lui-même. Five pourrait en ce sens être presque un film expérimental, ou se trouver projeté dans un dispositif différent de celui de la salle de cinéma.

    Le film se compose de cinq plans, dont les trois du milieu s'avèrent fixes et entourés par le premier, très mobile, en caméra portée, et le dernier, totalement nocturne. Ces cinq plans pourraient correspondre à cinq moments dans la journée, à des heures différentes, captés aux abords d'une plage, où est présent à chaque fois le mouvement des vagues de la mer.

    fivemer.jpg

    Cette présence de la mer porte tout le film, et ce, dès le générique d'ouverture, où le bruit des vagues vient tout de suite envahir la salle. Présence fascinante, à laquelle le film fait toute sa place, présence hypnotisante que les plans fixes, la texture sonore, ou encore des effets discrets de montage, incarnent avec une véritable force poétique. Poésie, en effet, à la fois par l'élément naturel, fort de signification dans la poésie classique, mais rejoignant surtout de fait l'activité méconnue (du moins en France) du cinéaste en tant que poète. Beaucoup d'Iraniens présents à l'événement étaient par exemple venus non pas pour Kiarostami en tant que cinéaste, mais pour Kiarostami en tant qu'écrivain.

    fivefin.jpg

    En ce sens, la belle rencontre avec Jean-Claude Carrière, traducteur avec sa femme des œuvres de Kiarostami en France, et la lecture de quelques uns des poèmes de Avec le Vent allait tout à fait de pair avec la projection de Five, peut-être l'une des oeuvres audiovisuelles les plus empreintes de poésie chez le cinéaste. Ces longs plans ressemblent aux courts poèmes, ou « haïkus », du recueil, ceux-ci ayant cette particularité de s'emparer des petits détails fugitifs, discrets, et admirablement fascinants de la vie, et que l'écriture de Kiarostami jette sur le papier en quelques phrases envoûtantes. Les plans de Five, cependant, vont plus loin que les poèmes écrits : ils imposent une image et, par leur choix de cadre, de montage, de mixage sonore, font durer ce qui relève du fugitif, s'accaparent un élément visuel jusqu’à l'user, entièrement. Le plus beau plan reste le troisième, où la lumière se lève sur l'horizon d'une plage où se détachent des silhouettes de chiens allongés sur le sable. Avec la durée du plan, le changement imperceptible, mais progressif, de la lumière finit par transformer une vue banale en superbe et mystérieuse aurore boréale.