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Master Class et conférences - Page 3

  • Kiarostami au Louvre 1

    KIAROSTAMI AU LOUVRE

    1er Temps : le Temps du cinéma et de l'amour

    Projection de Shirin (2005) et Echange avec Alain Bergala

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    Shirin. Environ 200 femmes viennent présenter leurs visages émues face à l'histoire tragique de Shirin, femme amoureuse, amante sensuelle, victime des hommes et de la société, et dont le récit est raconté en son off à travers la bande sonore du cinéma. Le film de Kiarostami montre, comme un miroir tendu à nous-mêmes, un public presque exclusivement féminin d'actrices iraniennes en train de regarder un écran de cinéma et de vivre cette expérience de la projection. Autant de coupes au montage, de visages différents, de réactions diversifiées, de sentiments multiples, pour créer deux œuvres, toutes deux factices, à partir d'un matériau réel et quasi documentaire. Le travail de montage qu'a déployé Kiarostami dans ce film s'avère tout à fait fascinant, et plus encore, il parvient à nous captiver par son processus. L'émotion est double, amplifiée par le mystère de l'image (pas une seule fois, dans cette salle de cinéma, il n'y aura un contrechamp sur l'écran observé par les spectatrices de cette salle) et la force suggestive de la bande sonore de ce film imaginaire racontant l'histoire de Shirin, célèbre chant poétique perse. Shirinnous rappelle une fois de plus quelle est l'essence même du cinéma de Kiarostami, à savoir le montage poétique, où l'illusion crée l'émotion, où l'amour trouve une forme dans le détournement. C'est indirectement que le film nous fait partager le désir de Shirin, par le son d'une sensualité extraordinaire, et par le visage, traversé, saisi dans l'intime, de ces femmes si belles.

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    Avant et après la projection, Kiarostami était là pour agrémenter la salle de sa présence modeste et généreuse. Aussi mystérieux que son film, il détournait avec malice les questions bien théoriques du grand Alain Bergala, préférant déployer le cheminement de ses pensées et le souvenir des choses plutôt que de répondre avec emphase ou construction. Une belle séance, marquée par ces mots tendres du cinéaste-photographe-poète, dont le travail actuel était de photographier des visiteurs du Louvre, perdus dans la contemplation des œuvres, car, comme Kiarostami le dit lui-même, « nous sommes tous plus beaux quand nous nous oublions nous-mêmes ». 

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  • Paroles Nomades

    PAROLES NOMADES 

    Rencontres autour de la marionnette et des arts plastiques

    Centre Pompidou de Metz

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    Quatre organismes ont donné naissance à ce projet intelligent du 6 octobre dernier : le Théâtre Gérard Philipe de Frouard, scène conventionnée pour les arts de la marionnette et des formes animées, l'association nationale THEMAA des arts de la marionnette, Spectacle Vivant en Lorraine, et le Centre Pompidou de Metz qui offrait sa belle architecture à cette riche journée. Je n'ai pas pu assister à la première partie du matin, qui proposait une lecture historiques des croisements entre marionnette et arts plastiques, mais je pus suivre avec bonheur la rencontre de l'après-midi et le spectacle du soir, Hamlet Machine.

     

    Rencontre

    La table ronde de l'après-midi réunissait deux plasticiens et quatre marionnettistes, tous de la même tranche d'âge environ, et tous en plein essor artistique. Réunion multiple et originale, allant des décalages visuels et iconiques de Sébastien Gouju à l'hyperréalisme des marionnettes de Bérangère Vantusso (Cie Trois-Six Trente), en passant par l'étrangeté du travail de Su Mei-Tse, la multiplicité des univers des spectacles d'Alice Laloy (Cie S'appelle reviens) et bien évidemment par les rieurs et rayonnants Anges au Plafond (Camille Trouvé et Brice Berthoud). La tablée était animée avec efficacité par Anne Quentin, journaliste de La Scène, qui avait axé le débat autour de trois thèmes clés, la matière, le mouvement, l'espace. Les différentes artistes se rejoignaient sur le thème de la matière, chacun partageant sa rencontre avec des matériaux, sa recherche de la matière idéale pour incarner une idée ou un propos. Le débat sur la scène était également très intéressant, de même que le rapporta au spectateur qui s'avère extrêmement différent que l'on soit plasticien ou marionnettiste. Chacun a partagé des anecdotes, drôles ou curieuses, tels Sébastien Gouju racontant la frayeur des directeurs de musée face à ses épingles fichées dans le sol, craignant que des visiteurs ne se blessent ; Alice Laloy qui partageait ses erreurs de choix de matière avec franchise ; Brice Berthoud se remémorant l'insistance de spectateurs qui avaient cru voir les marionnettes d'Oedipe pleurer sous leurs yeux... ce fut un bel et enrichissant après-midi, où les spectateurs étaient attentifs dans les confortables fauteuils de l'auditorium.

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    Hamlet Machine

    D'après le texte de Heiner Müller. Cie Sans-Soucis. Mise en scène de Max Legoubé. Hamlet Machine est un spectacle atypique et très impressionnant. La compagnie a mis en images la force du texte de Müller, texte complexe et torturé, triturant les mots les plus évocateurs quant à la tragédie d'Hamlet. Le rapport à la chair, à l'inceste, au désir interdit, aux pulsions de meurtre et aux questionnement existentiel s'impriment dans les lignes poétiques et herméneutiques de Müller. Le spectacle n'illustre pas, mais répond comme en écho à cette langue par une imagerie poétique et glauque, fascinante par le jeu de lumière et la précision de la manipulation. Le décor de la scène restitue une sorte de salle de bains peu éclairée et sobre, insufflant une atmosphère glaciale, comme si la salle de bains était finalement le meilleur lieu pour mettre à nu les obsessions d'Hamlet, qui est une métaphore de la complexité humaine dans tout ce qu'elle a de plus trouble. Trouble qui trouve sa place dans l'élément aquatique, régulièrement utilisé avec une baignoire remplie d'eau, des projections de texte au sol délavé, ou une magnifique projection sur bruine. Les comédiens, tout en noir drapés, jouent avec la déformation de leurs costumes et les masques qu'ils portent. Ainsi, avec sa veste noire, un des marionnettistes crée une masse difforme et monstrueuse dont le seul visage reste un masque blanchâtre, personnage faisant songer par ailleurs au Sans-visage du Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki), lien peut-être peu anodin puisque que le rapport au « sans-visage » se retrouve à travers les interrogations d'Hamlet sur son identité. La deuxième partie du spectacle, qui s'axe sur des confrontations politiques, paraît un peu en dehors du sujet et amuse plus qu'elle n'interpelle. Mais Hamlet Machinereste un spectacle surprenant et fascinant, illustrant la dualité de la journée, entre essais plastiques et visuels et récits marionnettiques abstraits.

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  • Evénement Duras - India Song

     COMPTE RENDU DE L'EVENEMENT DURAS (Partie 1)

    India Song (1975)

    Marguerite Duras

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    Entre les épreuves intensives de ma semaine de bac blanc, je trouvais le temps et la force de me concentrer sur le troisième  temps de l'événement Duras, consacré à son œuvre cinématographique pour le moins atypique comme son écriture, qui se déroulait au Centre culturel André Malraux à Vandoeuvre.

    Tout d'abord, je suis légèrement mécontente, non pas envers la qualité des films choisis ou les divers intervenants, mais envers l'organisation d'un événement pour le moins important et intéressant. Or, il se trouve que le public était peu présent pour les conférences, la salle souvent à moitié, voire aux trois quarts vides, et j'en ressentais une certaine gêne pour des intervenants qui étaient venus de très loin pour parler de l'écrivain. Je me pose du fait des questions sur le travail de diffusion qui semble très superficiel, car il est dommage que ces projections soient passées inaperçues (a contrario d'un spectacle comme La maladie de la mort qui eut un certain succès).

    Néanmoins, c'est essoufflée après avoir couru en sortant du tram pour arriver à l'heure que je m'asseyais dans la petite salle du bar, au milieu d'un public attentif à la lecture de M. Lonsdale. Le comédien venait juste de présenter le texte dont il faisait la lecture, L'Ete 80, assis en face du micro. Mais, trop petite pour hisser mes yeux au-dessus des têtes, trop gênée pour déplacer ma chaise de plusieurs centimètres, je n'eus pas la chance de saisir le visage du magistral acteur dans sa lecture, concentré, saisissant les mots de son livre sans lunettes. Mais sa voix, mêlée au texte de Duras, transcende les esprits, pousse les paupières à se fermer et à se laisser bercer par le timbre chaud, légèrement feutré, grave et lent de Michael Lonsdale. Quel contraste plus saisissant entre cette silhouette courbe, corpulente, se déplaçant avec précaution, alourdie par la vieillesse ; et cette voix emplie d'émotion et d'assurance, cette manière d'exprimer les idées et les mots dans un seul et solide souffle.

     India Song : en dépit de la qualité déplorable de la copie projetée (bien que notre ciné-club en fournisse souvent de piètre qualité), le film imprime une force et une émotion sidérantes. J'avais déjà lu le texte, porté par un complexe de voix déstabilisant et empli d'indications précises, minutieuses. Il s'attache au portrait d'une femme, Anne-Marie Stretter, femme de l'ambassadeur de France en Inde. Femme belle, ensorcelante, étrange, divisée entre ses multiples amants que décrivent, commentent les diverses voix-off, non sans cruauté et fascination. Tout le film repose sur cet audacieux parti prix de supprimer toutes les voix diégétiques, et d'enregistrer les conversations entre les personnages en voix-off sur l'image. Ainsi, tandis qu'Anne-Marie Stretter danse avec chacun des hommes, Michael Richardson, le jeune invité, l'attaché d'Ambassade allemande ou le vice-consul de Lahore, muet, silencieusement tendus et accrochés l'un à l'autre au rythme lancinant de l'orchestre qui joue India Song, résonne au-delà de ces pas leur échange.

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    Des films de Duras, tout comme ses films, se dégagent aussi une cohérence parfaite, une unicité dans ce drame qui se joue, dans sa mise en scène et sa progression. Outre le principe des voix, les images du film se limitent à quelques espaces extérieurs, et surtout un salon comportant un vaste miroir dupliquant les silhouettes. Cette pièce, comme la cuisine dans Les enfants, est à la source de tout le drame, exploitée au maximum : chaque protagoniste y passe, y danse avec Anne-Marie, y devient le sujet de toutes les conversations. L'espace et le temps semblent les tenir captifs dans l'image, les immobiliser pour mieux les juger et les décrire (ce que font non sans cruauté les « voix »), étouffer leur angoisse et les réduire à de pâles silhouettes fantomatiques. La musique, d'India Song ou d'airs classiques, accompagne les déplacements calculés, les gestes silencieux mais significatifs, cette mouvance corporelle qui crée cette atmosphère si envoutante. Cependant, hors de l'image, en hors-champ, éclatent tous les non-dits, telle celle du vice-consul de Lahore, voix noyée de larmes et écrasée par la douleur, qui taille cette fissure dans l'image glacée des personnages à l'écran, transcende cet espace, figent les regards et provoque l'hésitation et le trouble.

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    Dans India Song se retrouve aussi une préciosité, cette contenance due à la fois au luxe qui caractérise ce « clan » loin des misères du pays, voulant se donnant l'illusion d'en échapper, sorte d'ivresse passionnée dans laquelle les personnages se plongent ; et le sentiment de la mort qui s'immisce, la lassitude qui gagne chacun. Cette dualité, où la passion luxueuse et précieuse se mêle au sentiment de décrépitude et de fin rappelle le magnifique Guépard de Visconti, où le Prince Salina, derrière son élégance et son assurance, laissait peu à peu entrevoir son désespoir et sa désillusion.

    Enfin, la force d'India Song se trouve également dans le choix des acteurs. Duras choisissait en effet scrupuleusement ses interprètes afin d'exprimer le mieux possible le souffle de son phrasé et son rythme complexe et poétique. Ainsi Lonsdale et la magnifique Delphine Seyrig incarnent ces personnages torturés avec une subtilité sidérante : chaque geste, chaque regard, chaque ondulation du corps et chaque mot est pesé, souligne quelque chose, esquisse une douleur à la fois terriblement présente et totalement indescriptible. Par exemple, chaque valse de Seyrig est différente selon l'homme avec qui elle danse : sa sensualité avec Richardson évoque leur complicité, sa raideur avec le vice-consul montre au contraire sa distance.

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    Peu après cette projection, Michael Lonsdale nous parla avec émotion, tendresse et humour des premières expériences de Duras avec le tournage, mais aussi du théâtre et de sa formation hésitante. Que dire face à la sagesse discrète et belle de cet homme altruiste, parlant avec générosité de ses riches rencontres ?

  • Rencontre Fnac avec les auteurs du Prix Goncourt

    RENCONTRE LITTERAIRE A LA FNAC DE NANCY

    Jean-Louis Fournier, Valentine Goby, Patrice Pluyette, Salim Bachi, Atiq Rahimi, Karin Tuil, Alain Jaubert

    Aimablement organisée par la Fnac de Nancy (et notamment notre « tuteur » personnel, grand bonhomme au costume soigné et au sourire toujours éclatant), une rencontre réunissant 7 auteurs du Prix Goncourt se déroula ce lundi 13 octobre 2008 dans la salle de l’hôtel de ville. Etouffant et suant sous la chaleur écrasante, les auteurs ont tout de même répondu avec une enthousiasme parfois léger et méfiant aux questions de la centaine de lycéens qui lui faisait face. En effet, la disposition, similaire à celle d’une conférence de presse cannoise, n’avantageait pas un échange actif, de même que le trafic de micros qui s’opérait incessamment. Mais, grâce à ces petits détails anodins et d’autres maladresses, l’humour fut au rendez-vous.

    goby.jpgCertains auteurs se démarquaient, n’hésitant pas à défendre leur parti pris avec passion, justifiant et expliquant leurs choix avec clarté et sincérité ; Ainsi, Valentine Goby, auteur du très beau Qui touche à mon corps, je le tue, rayonnait par sa présence et sa faculté de communication. Insistant sur le fait que son livre ne portait pas sur l’avortement, elle a démontré l’importance de la liberté de notre corps, ses limites et ses droits, corps qui s’apparente à notre identité. De même, la jeune femme a fortement défendu son style empreint de dureté (mais pas de noirceur comme certains l’affirment), en se basant sur une majestueuse citation de Louis Aragon : « Il n’y a pas de lumière sans ombre ».

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    Outre cette forte présence féminine, un autre auteur a surpris les élèves, Jean-Louis Fournier avec son court roman Où on va papa ? . Restant fidèle à l’esprit de son livre, l’homme n’a pas lésiné sur les sous-entendus pleins d’humour amer, passant par une moquerie farouche pour mieux se tourner en dérision lui-même. Car son livre, s’il semble à première lecture cruel et cynique envers la société, n’est en réalité qu’une large démonstration d’autodérision, où Jean-Louis Fournier dévoile subtilement ses erreurs et ses doutes, utilisant cet humour comme « carapace ».

    pluyette.jpgCes deux auteurs se démarquaient le plus, mais ne faisaient néanmoins pas d’ombre sur les autres, tout aussi questionnés avec curiosité. Ces auteurs définissaient mieux, par leur présence, l’esprit plus complexe ou subtil de leurs œuvres. Des élèves furent donc surpris par cette apparition en chair et en os d’un individu qui ne leur avait fait impression auparavant qu’avec des mots. Patrice Pluyette, ou La traversée du Mozambique par temps calme, semblait légèrement en décalage par rapport à la tripotée d’auteurs. Par exemple, il était le seul à oser se servir dans les coupoles atiqrahimi.jpgremplies de chamallows, au lieu d’écouter les propos de ses collègues, ou alors fixer le plafond d’un air vague, sursautant lors d’une question posée. Mais son esprit ludique et rêveur s’enflammait devant les lycéens. Autre personnalité surprenante : Atiq Rahimi, auteur afghan de Pierre de patience, incarnant une figure orientale inoubliable (cheveux longs mordorés, lunettes rectangulaires et traits tranchés), répondant d’une manière extrêmement belle et poétique, tout comme son écriture.

     

    bachi.jpgSalim Bachi, ayant signé Le silence de Mahomet, représentait moins cet vision orientale, car il tenait des propos très tranchés sur son personnage, prouvant finalement que les 4 témoins qui dressent successivement son portrait prennent plus d’importance que la légende elle-même. Près de Rahimi se trouvait la seconde présence féminine de la rencontre, Karin Tuil. Celle-ci prenait également un ton très tuil.jpgaffirmé pour défendre La domination, mais ses propos sont restés très convaincue, définissant les thèmes lui étant chers, comme brouiller les pistes ou les identités. Enfin, Alain Jaubert dit quelques mots pour défendre sa nuit à Pompéi, mais l’ayant personnellement détesté, je ne m’y attarderais pas…

    Bref, une rencontre sans tensions, mais malgré tout trop courte. On peut toutefois déplorer l’impressionnante politesse du cameraman de France 3, se plaçant juste devant les auteurs de manière à empêcher toute communication à visage découvert…Heureusement, il restait la séance de dédicaces…

  • Emissions radiophoniques sur François Truffaut

    FRANÇOIS TRUFFAUT
     
    Aujourd'hui vient de s'achever, sur France Culture et présenté par Serge Toubiana (rédacteur aux Cahiers du Cinéma), une grande traversée de cinq matinées consacrées à François Truffaut. Grande admiratrice de ce cinéaste regretté, je ne manquais pas l'occasion d'écouter cette compilation riche et passionnante de divers archives radiophoniques, où Truffaut parlait du cinéma avec cet amour et cet clarté qui le définissent, mais aussi de débats entre proches du réalisateur, spécialistes (notamment Carole Le Berre, auteur de l'imposant ouvrage Truffaut au travail) ou simples critiques. Ceux-ci décortiquaient avec passion les films et propos de Truffaut, s'interrogeant sur leur impact et leur efficacité. Outre ces entretiens, Serge Toubiana enregistra également différents documentaires, comme le travail effectué dans une classe de quatrième à propos des 400 Coups, réalisé en 1959 (formidable leçon de pédagogie et nous prouvant qu'un travail sur un film, une pièce, une chanson...est toujours possible et efficace), ou les réactions de spectateurs ou professionnels croisés lors du dernier festival de Cannes (Wim Wenders nous y livre notamment un hommage très émouvant de Truffaut).

    Les dernières émissions étaient consacrées à L'après-Truffaut, ou son héritage, son influence, le fait qu'il passionnne toujours aujourd'hui. En effet, depuis sa mort, et surtout l'anniversaire des 20 ans de sa mort en 2004, François Truffaut apparaît de plus en plus comme une référence d'un cinéma français à la fois sur la pente "auteur et commerciale", comme le déchiffraient si bien les intervenants du débat de ce matin. De même, ses films bénéficient d'un traitement de plus en plus passionné et interéssé, aujourd'hui présent dans les programmes scolaires et faisant l'objet de nombreuses études. Grâce à cet emportement grandissant, je découvris Truffaut, d'abord par hasard avec sa performance d'acteur dans Rencontres du 3ème type (Steven Spielberg - 1977) et ensuite le visionnement du Dernier Métro (1980), me plongeant dans ses écrits et documentaires, alors tous étalés en librairie à ce moment précis. Je ne compris pas tout de suite que Truffaut était déjà mort et que ces étalages de livres "fêtaient" les 20 ans de sa mort. Je croyais que Truffaut était un pionnier incontournable dans l'histoire du cinéma et que c'était pour cette raison que tout le monde en parlait.
    En réalité, sa disparition soudaine en 1984 (et extrêmement regrettée) est pour beaucoup dans sa renommée actuelle, et dans les questionnements qu'il suscite. Dans certaines interviews de ses collaborateurs sur France Culture, la plupart affirmaient qu'il n'avait pas bénéficié de la reconnaissance actuelle de son oeuvre lorsqu'il était encore vivant. Cet intérêt posthume peut donc susciter quelques inquiétudes...

    Cependant, François Truffaut reste un homme ancré au cinéma, à la passion du cinéma, à son intensité. Wim Wenders disait que "tous ses films se reflétaient dans ses yeux" et le premier sentiment provenant de Truffaut et de chacun de ses films est cet amour pour les personnages, leurs personnalités et leurs malheurs. Cette sincérité et cette générosité, tout en restant très claires et fermes, définissent peut-être la fascination actuelle du cinéaste, dans un contexte d'un cinéma français, voire d'une société française, industriel et critiqué. Un homme aussi ouvert et précis que Truffaut ne peut que nous marquer et l'on peut espérer que cette chaleur humaine continuera à fasciner et faire réagir.
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    François Truffaut et Alfred Hitchcok, sur lequel il a publié un ouvrage d'entretiens passionnants


    Lien vers France Culture : ici