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Théâtre - Page 3

  • Marcel Cremer

    Marcel Cremer

    Quelques jours avant les fêtes de fin d'année, j'apprends cette triste nouvelle du décès de Marcel Cremer, atteint d'un cancer du poumon. Fondateur de la compagnie Agora Théâtre en Belgique germanophone, ce dramaturge renommé a écrit de nombreuses pièces pour la jeunesse ou un public plus adulte, et participé à des mise en scènes toujours originales et de qualité. Un décès nous laisse toujours ébahi, nous surprend toujours par la violence de son annonce et le mieux que l'on puisse faire pour surmonter cette disparition est d'en parler, d'écrire sur cet homme étonnant.

    Je me souviens de quelques images fortes du dramaturge, rencontré fugitivement dans le majestueux théâtre de l'Agora, en novembre dernier. Un homme grand, porté par la beauté de son visage ridé et de son regard brillant, qui était accoudé au bar, discutant d'une voix douce avec des programmateurs. Cela peut toujours sembler ridicule de parler d' « aura » pour les personnalités renommées, mais c'est pourtant ce qui distinguait Marcel Cremer de la foule installée dans le petit et chaleureux restaurant du théâtre. Était-ce l'âge, la voix, le regard ? Ou cette silhouette un peu tendue sous cette veste noire qui gardait une humilité et une élégance surprenantes.

    De ses nombreuses pièces je n'ai vu que Les croisés, le Cheval de bleu et Wanted Hamlet, récente re-création de la pièce de Shakespeare. Trois pièces aux sujets très différents - la vie de blessés de guerre dans un hospice pour le premier ; un conte jeune public pour le second ; et un western moderne pour Hamlet - mais portés par à la fois la tendresse et la violence, où l'humour souvent acerbe révèle les plus profondes blessures ou dénonce les sujets les plus évités. Ainsi Les croisés fait réagir par le portrait de cet hospice où l'homme est écrasé, réduit à un état d'infirmité physique et mental par la puissance religieuse ; ainsi Wanted Hamlet passe du western nonchalant à une éternel destruction entre les êtres sur scène ; ainsi Le cheval de bleu glisse sous le récit joyeux d'une jeune fille la présence sournoise de la mort, entretenue par ce souvenir des contes. Mais jamais ces trois pièces ne faisaient preuve de didactisme, sauvées par une mise en scène gracieuse et magique, faite de chants et de musique, de danse et de chorégraphie.

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    http://users.skynet.be/am043746/inhalt_fr/Das_Theater.html# 

  • Festival d'Avignon 2009

    Retour du 63ème Festival International de Théâtre d'Avignon

    Autant dire que l'excitation était à son comble avant ce départ pour deux jours intenses dans les rues d'Avignon. En effet, outre une programmation du IN et du OFF extrêmement attirante (record battu sur la vente des billets, effet contradictoire avec la crise), l'artiste associé de cette année s'avère être Wajdi Mouawad, metteur en scène québécois d'origine libanaise qui avait déjà présenté le magnifique Seuls l'an dernier. Le travail effectué avec cet artiste, sûrement à l'origine du succès explosif du festival, est éloquent : représentation de sa trilogie du Sang des promesses en ouverture avec 11 heures de spectacle dans la Cour d'Honneur ; dernier volet, Ciels, également présenté ; multiplication des lectures de ses autres textes, d'interviews et de rediffusion (Arte ou France Culture) ; publication d'un recueil gratuit, Voyage...

    De plus, ce festival réaffirme son qualificatif d' « international », avec la présence imposante du Proche-Orient, de l'Afrique, de l'Amérique (Québec), d'Europe (France, Allemagne, Belgique, Espagne...), voire de Taïwan..., s'accompagnant d'une ambiance toujours aussi festive et éreintante. Rencontres riches et nombreuses, mais qui amènent plus de risques, d'audace et de polémiques, comme la grande mode de dénuder les acteurs dans de nombreux spectacles du IN.

    Cependant, en dépit de ce programme alléchant, l'année fut moins fructueuse que la précédente, en raison justement de cette prise de risque, mais aussi de la chaleur écrasante et d'une fatigue difficile. Le bilan reste ainsi inégal et légèrement décevant, les spectacles étant moins surprenants et pertinents que ceux de l'année précédente (voir billet d'août 2008). Cette amertume résidait surtout soit dans une mise en scène incompréhensible ou incohérente, soit dans une écriture peu intéressante, mais jamais dans les performances des acteurs. Percent néanmoins des lueurs alarmistes et audacieuses, portraits abstraits d'un monde en recherche de légitimité. La nouvelle oeuvre de Wajdi Mouawad, ou encore celle de l'Allemand Christoph Marthaler, révèlent la crise mondiale sur divers plans (politique, social ou économique) à travers les incertitudes de leurs personnages et une mise en scène détonnante, mélange d'un rapport dramatique ou cynique à l'histoire et d'une grâce possible.

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    Le premier excelle avec Ciels, fin du Sang des promesses. Je n'avais pas eu la chance d'assister aux 11 heures de spectacle dans la Cour d'Honneur, mais Ciels clôture de manière saisissante la série, notamment par la mise en place d'un espace scénique incroyable, ne comprenant qu'une ouverture vers le ciel. Les spectateurs sont en quelque sorte « piégés » dans cette histoire déchirante, ancrée dans l'actualité de l'angoisse terroriste, jouant un rôle de statues à l'écoute des confessions des personnages. Comme dans toutes ses pièces, et particulièrement dans ce quatuor, les liens du « sang », justement, jouent un rôle essentiel dans les relations entre les protagonistes, et dans l'intrigue, abordant des thèmes difficiles tels la vengeance familiale, l'infanticide ou le parricide, la naissance. Relations violentes du sang qui relie tous les éléments, tissant progressivement une toile imperceptible dont le tableau final résulte à un massacre. Ciels est un spectacle extrêmement éprouvant du fait de sa mise en scène éclatée, s'immisçant au plus proche du corps et des sens du spectateur ; de la dureté d'une histoire fortement émotionnelle ; d'une interprétation extraordinaire des comédiens, saisis par une énergie bouleversante ; et enfin d'un langage poétique magnifique, réflexion sur l'art et son pouvoir de destruction ou de création furieuse.

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    Si Mouawad utilise la peur de l'attentat pour le mettre en rapport avec le rôle de l'art aujourd'hui, Christoph Marthaler transforme l'angoisse de la crise et l'obsession économique en une curieuse symphonie funèbre et décalée. Sa mise en scène soignée, se composant d'une pièce centrale avec de multiples balcons, garages et bureaux accessibles, permet de montrer le dérèglement progressif de ses personnages, malgré l'allure convenable qu'ils présentent au premier abord. La pièce se vide peu à peu de ses meubles historiques, la présentation style vitrine de magasin du début se décompose au profit d'un isolement dans les petits garages. Aux dialogues répétitifs et usés des habitants ou aux bilans prononcés par un banquier rigide répondent les cantates désespérés ou désabusés. Riesenbutzbach est un spectacle particulier du fait de la place qu'il accorde à la musique et aux gestes qui créent cette musique, créant des tableaux animés où les personnages se mouvent selon une chorégraphie de la désillusion et de la perdition : ils n'ont plus d'esprit pratique, plus de saveur de vivre, seuls un corps et une voix mécaniques et enclins à la folie. Proche de la poésie de Tati et d'un cynisme doux face à la crise, le spectacle de Marthaler est étonnant, faisant par sa douceur une critique pertinente de notre société.

    En revanche, le Casimir et Caroline (Horvarth) de Johans Simons et Paul Koek, après une première infernale dans la Cour d'Honneur, tant en raison de la déception du spectacle que du comportement de certains spectateurs (interruption d'un des comédiens en plein milieu de sa tirade par certains irrespectueux et pédants des rangées du fond), laisse un goût d'amertume et d'incompréhension. Seuls certains acteurs, à l'aise dans leurs interprétations, et le texte originel apportent du dynamisme à la mise en scène morne et peu évoluée. En plus d'être inutiles (échafaudages traversé de long en large par les comédiens, sans quelconque modification du décor), ils sont marqués par un esthétisme criard et kitsch qui aurait pu être le symbole de la consommation excessive mais qui ne devient qu'une toile de fond désagréable. Aucune gradation n'est perceptible dans la pièce, tant la mise en scène reste molle et étirée. Seuls les acteurs se mouvent sur scène, cavalent sur les échafaudages, redescendent, s'assoient, se penchent, observent, attendent... Quoi ? Un final incompréhensible et hideux, dont l'émotion se résulte à un soulagement intérieur face à la fin de ce spectacle plutôt ennuyeux.

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    Outre les trois spectacles du In que j'ai pu découvrir cette année, le Off fut également au rendez-vous, avec des hauts et des bas. En vrac, je citerai comme palmarès la confrontation déchirante et audacieuse entre un père et son fils musulman dans Sans ailes et sans racines ; la grâce et le jeu du trio musical et dansant de Nuwa, spectacle contemporain de la troupe taïwanaise ; la poésie simple mais habile de Cailloux empreints de fraîcheur ; l'humour féroce et ravageur des belges d'Ubu à l'Elysée...

    Tableau incomplet mais aperçu tout de même du festival vécu cette année. J'oublie tout de même un fait essentiel pour l'accompagnement de ces spectacles, à savoir les repas. En effet, festival signifie aussi rencontres culinaires dans de multiples restaurants aux saveurs fraîches et délicieuses. Je ne citerai qu'un endroit, petit mais accueillant, original et savoureux, dont le simple nom rappelle toutes les sensations douces et palpitantes du festival d'Avignon : L'Epice and Love. 

  • La Bonne Ame du Se-Tchouan

    Les travestis

    LA BONNE ÂME DU SE-TCHOUAN - Bertold Brecht

    Mise en scène d'Anne-Margrit Leclerc.

    Compagnie Théâtre du Jarnisy

     

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    Après l'émouvant Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce (cf critique), Anne-Margrit Leclerc met en scène une pièce de Bertold Brecht, passant à un registre plus comique et léger, s'entourant de la même pléiade de comédiens. La Bonne Ame du Se-Tchouan, derrière l'ambiance décalée des faubourgs chinois et l'apparence fabuliste, pose un regard lucide sur l'hypocrisie de chacun, s'avérant être une réflexion sur le fondement d'une identité, sur la part dévoilée ou au contraire masquée de chacun.

    Dynamisé par une mise en scène fluide et une confiance entre la même troupe de comédiens, La Bonne Ame du Se-Tchouan, malgré sa longueur, est absolument réjouissant. Les scènes s'enchainent avec rapidité et efficacité, aérées par des intermèdes musicaux joyeux (principe déjà utilisé dans Juste la fin du monde, ce qui permettait de souffler entre les monologues difficiles et intenses des personnages de Lagarce) et un système d'étagères ingénieux. Ces sortes d'étagères à roulettes glissent avec légèreté sur le plateau, s'emboîtant, se séparant, changeant l'angle, se déplaçant pour présenter une nouvelle disposition propice au ton de chaque scène. Entretemps, les comédiens s'amusent avec leur rôle décalé, tous un peu détestables, ce qui fait leur réjouissance.

    Outre la mise en scène agréable et intelligente, la réussite de cette pièce doit beaucoup aux excellentes interprétations et à l'admirable complicité qui règne entre ces comédiens, diffusant leur plaisir de jouer et d'interpréter de telles personnages réjouissants. Tout le monde, dans ce quartier du Se-Tchouan, comporte un défaut détestable, cache son jeu ou paraît excessif, simplement naïf (le porteur d'eau Wang) ou extrêmement calculateur (l'aviateur), excepté cette bonne âme qu'est Shen Té, une prostituée au cœur d'or. Shen Té qui, suite aux compliments de trois Dieux à la recherche de bonnes âmes, trouve l'occasion de recommencer une nouvelle vie en ouvrant une boutique de tabac grâce au financement de ses hôtes. La jeune fille devient rapidement convoitée, s'attirant tous les regards avides d'argent pour diverses raisons, et manipulée pour sa générosité naturelle. Derrière cette histoire ancrée dans une ambiance asiatique se glisse évidemment une forte satire sociale, où l'argent et le statut règnent et où l'honnêteté ne mène qu'à l'échec. Voyant l'hypocrisie ou la mauvaise foi constantes autour d'elle, Shen Té décide de se libérer et régler ses problèmes par l'art du travestissement, créent un cousin imaginaire qu'elle interprète.

     

    st 1 Photo Stéphane Mohamed.jpg(c) Stephane Mohamed

    Entre Shen Té douce et docile et Shui Ta exigeant et méfiant, entre Dr Jekyll et Mr Hide, deux manières d'aborder les autres vont se définir et se lier, devenant progressivement plus dangereuses. Réflexion sur l'identité, La bonne âme du Se-Tchouan s'interroge sur la capacité d'un être humain de se dévoiler ou de cacher ses intentions, de se diviser entre franchise et mensonges, à travers l'emploi de la légèreté et d'une vivacité comique. Sortes de caricatures, les personnages s'interrogent, se répondent, se trompent, s'amusent ou s'opposent, formant cette comédie humaine que regardent avec nonchalance les trois Dieux, finalement pas si cléments que cela. Derrière cette manière de précipiter les événements et de tromper et détromper le spectateur sur la vrais face des personnages, Brecht dépeint une certaine cruauté humaine, incitant le spectateur à trouver sa propre conclusion face à une chute finale surprenante.

    Tout comme je le signalais plus haut, l'intérêt de cette pièce s'impose notamment en raison d'interprétations excellentes. En utilisant huit comédiens pour incarner une vingtaine de rôles, Anne-Margrit  Leclerc leur fait appliquer directement l'art du travestissement et chacun y excelle à sa manière. Evidemment, Stéphanie Farison, Shen Té-Shui Ta, est la plus impressionnante, se travestissant avec efficacité. Peu attractive en Shen Té, elle trouve une forme de classe virile avec Shui Ta, adoptant des postures dégageant un charme fou, le chapeau vissé sur sa tête, le regard fuyant, la main dans la bouche de son costume tandis que l'autre triture habilement un mouchoir sur son front ou ses lèvres. La prosodie de ses répliques s'en trouve également modifiée, langage vif et populaire de Shen Té contre mots choisis avec soin et scandé avec l'allure d'un conférencier.

    Autour d'elle excellent Sylvie Amato, Nadine Ledru, Laetitia Pitz, Laurent Fraunié, Hervé Lang, Valéry Plancke, et Yves Thouvenel. La liste est nécessaire en raison de la qualité de chacun. Sylvie Amato, déjà pimpante en sœur de Louis dans Juste la fin du monde, est d'une drôlerie irrésistible en propriétaire chic et avare ou au contraire en Déesse légèrement sénile. Avec elle, Hervé Lang et Yves Thouvenel forment un trio de Dieux délirant, nonchalant et hagard, à la fois extrêmement malins ou d'une naïveté déconcertante. Laurent Fraunié, qui incarnait un Louis troublé et émouvant, est ici un porteur d'eau peu intelligent, personnage très sympathique mais incapable de discerner le vrai du faux, formant une passerelle entre les Dieux et les vivants. Ce comédien est par ailleurs le seul à ne pas "se travestir" en interprétant cet unique rôle, peut-être parce qu'il est le plus honnête face aux autres. Durant la noce, apogée dramatique de la pièce, il traverse l'espace vêtu de multiples costumes, s'exerçant soudain au maximum à cette pratique du travestissement, errant parmi les autres invités dévoilant au contraire leur vrai visage au fil de l'ivresse générale. Valéry Plancke, également dans Juste la fin du monde, compose de nouveau un rôle d'aviateur avec une force incroyable, notamment lors de son ivresse au cours d'un mariage raté (ce comédien incarne également avec brio l'un des deux rôles principaux dans l'adaptation théâtrale de La joueuse de Go, très récemment créée en Lorraine). Enfin, Nadine Ledru est d'un dynamisme réjouissant et Laeticia Pitz, agréable.

    Une mise en scène remarquable viennent porter ces comédiens tout au long de la pièce. Agréable, énergique, ouvert à tous, La Bonne Ame du Se-Tchouan est remarquable. 

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    (c) http://tgp-frouard.over-blog.com

  • Festival d'Avignon 2008


    FESTIVAL D'AVIGNON 2008

    C'est la première fois que j'écris un article sur le Festival de Théâtre d'Avignon. En effet, après le cinéma, le théâtre est aussi un art auquel je m'intéresse beaucoup, mais je n'ai pas souvent le temps de décliner tous les spectacles que je vois, préférant favoriser la critique cinématographique...

    Cependant, le festival d'Avignon, un des plus importants en Europe, bénéficie d'une atmosphère très particulière et ludique, totalement hors du temps et de la vie active. Cette ambiance déphasée, où chacun se promène mollement dans les rues pavées, entre salles de spectacles, bars et restaurants, est également favorisée par le climat lourd et fatiguant d'une chaleur dévastatrice. La présence envahissante de la climatisation dans les salles est pour beaucoup dans le déclenchement des grippes du public...Outre ce petit problème climatique, ce festival d'Avignon, premier arpenté pour ma part, offre un "crû" (comme disent les gens du Sud) particulièrement intéressant cette année (comme disent les critiques du Masque et la Plume), autant dans le In que dans le Off. Voici donc une petite rétrospective de mes coups de coeur du festival.

    Hamlet

    Thomas Ostermeier

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    Autant dire que je commençais cette édition très fort, avec la représentation dans l'impressionnante Cour d'Honneur de l'adaptation germanique du shakespearien Hamlet, spectacle du In et à l'image du lieu dans lequel il se jouait. Quel choc, cet Hamlet riche d'émotions, véritable leçon de mise en scène et d'interprétation. Thomas Ostermeier a su trouver le juste équilibre en proposant une version volontiers trash et provocante, portée par un Hamlet survolté et obsédé, tout en gardant la puissance du texte et la noirceur du récit. Tandis que le ridicule des fêtes et enterrements sont décrits avec un comique gestuelle rappelant Karl Valentin (notamment la scène d'ouverture, époustouflante - et sans oublier les références à la politique française...), la présence de la mort et de la folie planent à travers les personnages et le procédé visuel utilisé (personnages filmés en gros plan par Hamlet et projetés sur grand écran), permettant de s'immiscer au plus près des personnages et de leur folie, prévoyant leur déchéance proche. Quant à la langue, elle n'est en rien hachurée par l'accent allemand, bien au contraire. La truculence de la prononciation et son aggressivité apportent rage et haine aux propos d'Hamlet. L'interprète de celui-ci porte admirablement la pièce, d'abord sobre au tout début, mais se transformant rapidement en une véritable bête de scène enragée, n'hésitant pas à détruire le décor, se rouler dans la terre, se travestir ou chanter le rap... Néanmoins, le comédien, par cette rage déjantée, confère de l'énergie à la pièce (pendant 2 heures 30) et aux répliques. Les autres comédiens restent également à la hauteur, notamment l'interprète de la mère d'Hamlet/Ophélie, en charge des deux uniques rôles féminins, merveilleusement vampirique ou innocente.
    De plus, le soir où j'assistais à cette pièce magistrale, dernière représentation du festival, le mistral s'était levé, soufflant sur les décors, nappes blanches du banquet et immense rideau se soulevant, telle une puissance magique venant souligner la force d'Hamlet.

    Seuls

    Wajdi Mouawad

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    Assurément le coup de coeur du festival. Seuls, de Wajdi Mouawad, auteur québecois d'origine libanaise (reconnu et par ailleurs invité de la prochaine édition du festival d'Avignon) est littéralement une fresque sur la vie et la folie, absolument renversante, telle une caresse dont la violence serait celle d'une gifle. Je ne trouve que cette image pour qualifier ce revirement incroyable lors de la dernière demie-heure de la pièce, bouleversement sous-entendu tout au long mais totalement inattendu et formidable. En effet, Seuls suit une gradation dans l'intrigue et la mise en scène : progressivement viennent s'ajouter des effets vidéos du personnage, tels des fantômes hantant le comédien, mais en réalité symbolisant le coup de théâtre final. Seuls, propre au titre, met en scène Wadji Mouawad, dans un rôle inspiré de sa vie, où, jeune étudiant à Montréal, il prépare une thèse sur l'oeuvre de Robert Lepage (grand dramaturge, notamment de La face cachée de la Lune). La pièce reste essentiellement un huis-clos dans la chambre du personnage, où il travaille, s'entretient avec son professeur ou reçoit des nouvelles de son père et de sa soeur. Autobiographie (des conversations téléphoniques de sa famille sont utilisées) fictive et surréelle où est amenée petit à petit un final époustouflant, ancré dans le fantastique, le rêve, résultant du coma.  Une première partie traite des relations humaines, des petits tracas de la vie quotidienne, subtilement décrits, d'où va émerger la singularité d'un univers a priori banal, mais beaucoup plus complexe. Le coma est le thème cher à Mouawad, celui d'une solitude décrochée de la vie quotidienne, paralysée sur un lit d'hôpital d'un côté, immortalisée d'un autre côté, tandis que résonnent les échos de ceux qui lui parlent devant son lit. Devant ce spectacle magnifique, nous restons ébahis, subjugués, seuls.

    Bash, latterday plays

    D'après Neil Labute

    Mise en scène et adaptation de René Georges

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    Trois histoires sur l'Amérique derrière le rêve américain, trois monologues, presque sans présence de mise en scène, d'une intensité noire et émotive, démantelant les clichés d'une vie sociale réussie. Bash (cogner, frapper en argot) laisse entrevoir par son titre la violence qu'il procure par ces récits, auxquels ils faut s'accrocher pour ne pas sombrer dans la dépression. Le premier, grâce au comédien, sidérant, est une confession intime, sans action, juste les aveux, longs et difficiles, d'un employé de bureau ambitieux, vous transperçant les yeux, le coeur, et invitant le public au malaise. Rien que cette première scène, d'environ vingt minutes, suffit pour vous abattre : faible éclairage, angoisse du personnage, manie de manipuler son verre d'eau ; tout en vous captivant par sa force et sa cruauté. Ce qui pourrait être reproché à Bash, c'est la mise bout à bout des trois histoires, radicalement différents mais toutes aussi noires, fatiguant le spectateur. Certes, la deuxième scène commence sur fond de danse disco, animée par un jeune couple propre et parfait. Strass, shopping, virées à plusieurs dans les bars et boutiques de Los Angeles, chic et religion rythment leur voyage de fiançailles, où va s'immiscer les thèmes sombres que le couple s'évertue à repousser, malgré leur fascination. Derrière le rêve teinté sonne le glas des désirs et des pulsions. Quant à la dernière histoire, la comédienne teinte de mélancolie et de fragilité la discrète histoire d'amour entre une élève et son professeur, mettant de côté le "qu'en dira-t-on", ne tombant jamais dans le mélodrame, telle cette poigne qui nous étreint avec violence et émotion.


    Larguez les amours !

    Elsa Gelly chante Vincent Roca

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    Le dernier jour passé à Avignon se caractérisait par l'atmosphère étouffante qui y régnait, sous un soleil aggressif et des rues bondées, accentuant une mauvaise humeur que le trio d'Elsa Gelly allégea. La jeune chanteuse, en robe estivale àpois blancs, vous remet le sourire avec les jeux de mots pétillants écrits par Vincent Roca, et accompagnés par David Richard (accordéonniste) et Pierre-Marie Braye-Weppe (violoniste et guitariste). Le trio fonctionne sur l'énergie qu'il procure et les multiples expériences musicales qu'il amène : vocalises de la voix, ondulations des cordes du violon, briquet utilisé pour le rythme, onomatopées sonores... Le tout avec complicité, fraîcheur et une ironie subtile en faveur des jeux de mots de Vincent Roca (multiples et compliqués). Les chansons d'humour, témoignant d'un engagement imparable sont interprétées avec autant d'hargne que d'énergie, tandis que d'autres, plus sensibles, témoignent d'une force et d'une complicité avec le public sincères.

    Gérard Morel et toute sa clique

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    Dernière soirée finie dans la bonne humeur avec Gérard Morel, silhouette bedonnante au sourire étalé sur son corps, génie des mots et des calembours. Gérard Morel était accompagné sur scène d'une fanfare brillante (tel le chrome des instruments), composée de trois femmes et trois hommes, tous aussi excellents et complices les uns que les autres. Le chanteur, ironique et souriant, ne perd pas un instant pour les présenter. Ses jeux de mots inattendus, chutes dramatiques et humoristiques des petites chansons, sont mis en valeur par la vitalité de tel ou tel instrument, permettant un double effet comique. La clique apporte un autre souffle que celui de la guitare habituelle (utilisée généralement par Morel seul sur scène), beaucoup plus énergique et pas moins appréciable. De plus, les chansons de Gérard Morel respirent "la bonne bouffe et les belles femmes", permettant d'aérer notre esprit sans nous abrutir.

  • Juste la fin du monde

    JUSTE LA FIN DU MONDE

    D'après Jean-Luc Lagarce
    Mise en scène d' Anne-Margrit Leclerc

    Un spectacle de la compagnie Théâtre du Jarnisy, présenté au Théâtre Gérard Philipe de Frouard le samedi 19 janvier 2008 

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    Ecrit durant les années 1990 par le regretté Jean-Luc Lagarce, auteur peu connu mais au style étonnant, cette pièce a été merveilleusement interprétée hier, portant l'émotion à son comble dans une salle modestement remplie.

    L e texte de Lagarce traite du retour d'un homme discret de 34 ans, Louis, dans sa famille, pour leur annoncer sa mort prochaine dû à une maladie. Mais la peur de blesser l'autre et l'extrême pudeur de chacun des personnages dominent parmi cette famille.

    Le texte de Jean-Luc Lagarce est d'une extrême complexité et nécessite une écoute attentive et concentrée. Par de nombreux détours, il définit, voire dénonce, une société humaine fragile et trop ancrée dans une théorie du "paraître", du "faire semblant" face aux autres. Les répétitions volontaires, les longues périphrases ou soucis de grammaire des dialogues s'avèrent très difficiles à écouter ou à lire. Cependant, cette écriture exprime avec une forte émotion l'incapacité de communiquer, d'exprimer ces sentiments.

    De plus, les comédiens de cette adaptation y sont tous doués et imprégnés dans leur personnage. Que ce soit la mère, (malheureusement interprétée par une comédienne trop jeune pour le rôle) effacée mais très digne ; la belle-soeur fragile et bien élevée ; mais surtout (et ce sont les plus touchants) la soeur, Suzanne, vieille fille au caractère bien trempé ; le frère Antoine, maladroit et bourru et enfin Louis, fantôme blanc silencieux.

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    La mise en scène d'Anne-Margrit Leclerc vient accentuer cette pudeur et cette retenue, sans pour autant rendre le jeu trop nostalgique. Tous les personnages restent sur scène, immobiles dans l'ombre, tandis que chacun d'entre eux vient avoir sa part d'expression auprès de Louis silencieux. Parfois un sourire, parfois un haussement de sourcils, toujours les mains dans les poches, habillé de blanc, le crâne chauve et totalement immobile, Louis (Laurent Fraunié) impressionne pourtant par sa présence. Ses monologues, tous adressés au public, sont d'une extrême émotion, et l'on sent l'esprit autobiographique de Lagarce derrière ses paroles.

    Certains déplacements de meubles, danses légères et une musique rappelant Comelade viennent alléger le tout, en guise de pauses entre chaque scène.

    Les relations familiales dépeintes éveillent de nombreux échos, de nombreuses reconnaissances dans le spectateur. Il y a cette unité que représentent cette famille ou pourtant les spectateurs se reconnaissent parfois.

    Bref, un magnifique spectacle, au texte peu évident à mettre en scène et pourtant d'une justesse rare. Par exemple, l'avant-dernière scène concerne le monologue du frère de Louis, qui lui parle avant son départ, et est la plus émouvante partie, notamment grâce à l'interprétation des deux comédiens.

    Le spectacle, que je conseille vivement, nécessite une grande concentration. Cependant, cette écoute est sûrement "un besoin du public " pour reprendre les mots de Philippe Sidre (directeur du TGP).

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    Jean-Luc Lagarce (source inconnu)
    autres photos provenant du spectacle décrit (source : www.lagarce.net)