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<title>Lysao - cinema</title>
<description>Lysao</description>
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<lastBuildDate>Sun, 03 Jan 2010 21:13:36 +0100</lastBuildDate>
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<title>Grain à démoudre partie 2</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/12/27/grain-a-demoudre-partie-2.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 13:42:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;Voici enfin la deuxième partie du compte-rendu sur le festival du Grain à Démoudre en Normandie.&lt;/p&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Les longs-métrages&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Hors-compétition :&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;BLACK DYNAMITE de Scott Sanders (Etats-Unis)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/1478529161.jpg&quot; id=&quot;media-2183795&quot; alt=&quot;black.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2183795&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Black Dynamite&lt;/i&gt; est probablement ce qu'il y a de mieux dans la parodie d'un genre dépassé et totalement kitsch, ce qui prête à un certain humour absurde et terre-à-terre, jouant sur les codes usuels et les poussant à leurs limites. La qualité du film provient de cette habileté à imiter tous les codes et ficelles de la «&amp;nbsp;blaxploitation&amp;nbsp;», genre né durant le mouvement des Black panthers et qui met en avant le combat de personnages noirs défendant leurs quartiers corrompus. Ici, tout est exagéré, parodié avec une jubilation et une énergie incroyable : une intrigue manichéenne et dont le dénouement s'avère d'une absurdité et stupidité aberrantes ; des personnages caricaturés, hauts en couleur et en surnoms excentriques (l'arrivée du héros dans une salle fait démarrer par exemple un slogan musical scandant «&amp;nbsp;Dynamite ! Dynamite !&amp;nbsp;») ; des dialogues complètement déjantés ; et surtout des effets techniques rendant compte de la pauvreté des moyens de l'époque (vieux effets spéciaux, faux raccords, montage ultra-saccadé lors des courses-poursuites...). &lt;i&gt;Black Dynamite&lt;/i&gt; est peut-être un peu trop long et répétitif, n'ayant à offrir que sa logique parodique, mais fonctionne habilement;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Compétition :&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;MOMMO LE CROQUE-MITAINE de Atalay Tasdiken (Turquie)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/00/20772223.jpg&quot; id=&quot;media-2183798&quot; alt=&quot;mommo.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2183798&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Projeté juste après le court-métrage jubilatoire d'Alexis Van Stratum, &lt;i&gt;Mommo&lt;/i&gt; refroidit quelque peu l'ambiance de cette première séance de compétition. Le film décrit la vie miséreuse et ennuyeuse de deux jeunes enfants, le frère et la sœur, livrés à eux-mêmes dans un petit village turc. Temps suspendu : les répétitions sont nombreuses et l'intrigue reste lente et latente, les scènes de jeu entre les enfants tombant peu à peu dans la lassitude illustrent cet ennui, cette désillusion doublée par la chaleur qui touche jusqu'à la jeune génération. Une très belle mise en scène approche ces deux jeunes acteurs, brillants (notamment la petite fille, dont la présence rayonne à l'écran), et les enveloppe dans la poussière ou une nature vaste pour montrer leur liberté inquiétante ; ou les cloisonne dans des espaces étouffants, à l'image de leur avenir limité. Si le film reste dans cette suspension, cette attente semblant vaine dans une majeure partie du film, le dénouement tragique ne surprend pas, amené peu à peu, sous-entendu de manière subtile, tel ce croque-mitaine imaginé par le père, tapi dans l'ombre du grenier. &lt;i&gt;Mommo&lt;/i&gt; nous laisse dans un déchirement terrible, où la plainte des enfants séparés trouve encore sa vérité au sein du cinéma.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;TIRADOR de Brillante Mendoza (Philippines)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/1341454682.jpg&quot; id=&quot;media-2183799&quot; alt=&quot;Tirador.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2183799&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Alors que son dernier film &lt;i&gt;Kinatay&lt;/i&gt;, prix de la mise en scène à Cannes, est prêt de sortir sur les écrans, Brillante Mendoza avait déjà divisé la critique et apposé sa marque au cinéma avec &lt;i&gt;John-John, Serbis&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;Tirador&lt;/i&gt;. Évidemment, ce film imprime une force époustouflante par ses longs plans-séquences tournés caméra à l'épaule, suivant avec frénésie le destin de divers protagonistes dans la ville surpeuplée et bruyante. Aucune intimité n'est délivrée à ces personnages, pris dans le tourbillon piaillant, criant, s'écharpant, priant, se bousculant pour se forger une place au sein de cette véritable basse-cour. Les uns sont des «&amp;nbsp;tirador&amp;nbsp;», voleurs à la tire, certains volent des ordinateurs portables dans des magasins d'occasion, les autres tentent de survivre plus ou moins. Dans ces quartiers, avoir un dentier est le plus important des trésors et le perdre la plus impardonnables des erreurs. Chaque objet, bijou de pacotille, portable, ou nourriture, a son importance et l'appât du gain, la possession de toute source matérielle et susceptible d'être vendue constitue le but de toute existence. Tirador dérange ainsi par son absence d'humanité totale : chaque protagoniste ne se définit que par ce qu'il a, et non ce qu'il est, et même la disparition d'un proche provoque plus des débats sur le prix des funérailles que sur le décès en lui-même. Mais &lt;i&gt;Tirador&lt;/i&gt;, se plaisant dans cet enfer étouffant et infernal, devient tour à tour répétitif, interminable, insupportable.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;L'AUTRE RIVE de Georges Ovashvili (Géorgie/Kazakhstan)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/00/25448166.jpg&quot; id=&quot;media-2183800&quot; alt=&quot;côté.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2183800&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Film sur l'exil se présentant comme road-movie à hauteur d'enfant, &lt;i&gt;L'autre rive&lt;/i&gt; est magnifique, tout en pudeur, douceur, dureté, où le regard des personnages délivre une force émotive intense. Tel pourrait se résumer ce très beau film de Georges Ovashvili, ayant reçu le Prix du scénario de la part du jury dont je faisais partie.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La photographie magnifique, aux couleurs des saisons chaudes ou froides, enveloppe cette frêle silhouette confrontée à ce périple difficile et incontournable. Le scénario n'est jamais démonstratif, faisant passer à travers le périple de cet enfant les guerres et les déchirements subis par les pays. Enfant lui-même très particulier, se dérobant à toute convention dans ce style de film. Atteint d'un strabisme voyant, le jeune garçon fascine par cet œil particulier, qui part vers le ciel, vers une autre terre dont il rêve, évite son quotidien fait de solitude, se détourne involontairement d'une mère se vendant. Le film tire cependant sa force de ce visage presque impassible, fermé et silencieux, observateur des événements, ce qui rend d'autant plus violentes certaines scènes (comme celle d'un viol à l'arrière d'une voiture). Cependant, le film n'est pas dénué d'optimisme car le petit garçon va peu à peu se réinsérer dans son pays, apprendre à recevoir la tendresse avec douceur et pudeur. La dernière scène est sur ce point exemplaire, où la fureur et chaleur toute contenues du jeune acteur, sidérant, éclate dans toute sa splendeur dans cette danse effrénée.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;UNIVERSALOVE de Thomas Woschitz et Naked Lunch (Allemagne/Luxembourg/Serbie)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/00/97114322.jpg&quot; id=&quot;media-2183801&quot; alt=&quot;univ.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2183801&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le plus mauvais film de la compétition. &lt;i&gt;Universalove&lt;/i&gt;, un peu à l'image de son titre, accumule tous les clichés possibles sur l'amour à travers un principe choral banalisé au possible. Les différents pays sont réduits à leurs propres stéréotypes : monde informatisé et urbanisé pour le Japon ; pauvreté et énergie au Brésil ; fonctionnaires cravatés en Allemagne.... Le grain de l'image reste peu agréable, la caméra souvent instable, malgré quelques effets de mise en scène recherchés (l'exposition finale des personnages figés, l'obsession filmique du Japonais, la danse des Allemands sous l'eau). Les histoires sont reliées par la diffusion d'un feuilleton à l'eau de rose, sorte de «&amp;nbsp;feux de l'amour&amp;nbsp;» pour jeunes brésiliennes, aux dénouements et aux enjeux extrêmement classiques. Cependant, une certaine énergie et vivacité mettaient à l'aise et reposaient l'esprit après une journée de compétition chargée. Mais comme film choral plus intelligent, autant au niveau du propos que de la structure du scénario, on préférera &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2008/06/21/babel.html&quot;&gt;&lt;i&gt;Babel&lt;/i&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;LES DOIGTS CROCHES de Ken Scott (Canada)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/00/294877748.jpg&quot; id=&quot;media-2183804&quot; alt=&quot;doigts.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2183804&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Les doigts croches&lt;/i&gt; est une étrange surprise. Si le film reste pauvre au niveau de la réalisation et fonctionne selon un scénario quelque peu lourd et embrouillé, il y réside cependant un charme surprenant, notamment en raison de l'accent québécois si peu présent à l'écran. Le film débute un peu à la manière d'un &lt;i&gt;Ocean's 11&lt;/i&gt; canadien, suivant les tribulations délurées de six braqueurs, dont le plan va vite tourner à la dérision la, plus totale. Sous l'impulsion d'un de leurs membres détenant le butin convoité, mais très fervent, les cinq gaillards doivent effectuer le long pèlerinage de St Jacques de Compostelle. La complicité des comédiens, l'humour certes un peu lourd mais ne tombant jamais dans le vulgaire, la vivacité des répliques et des gags jamais excessifs font des &lt;i&gt;Doigts croches&lt;/i&gt; un amusant périple québécois. De même, l'argument religieux reste léger et nullement utilisé à des fins caricaturales, servant surtout de toile de fond crédible aux conflits entre les membres. Mais le scénario veut multiplier les péripéties, les changements de caractère et de position des personnages : tout le monde dupe tout le monde, jusqu'à parvenir à une certaine confusion et une succession de scènes rapides et peu efficaces.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>The limits of control</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/12/19/the-limits-of-control.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sat, 19 Dec 2009 21:17:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Mécanique, non poétique&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;THE LIMITS OF CONTROL - Jim Jarmusch&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/02/1893385200.jpg&quot; id=&quot;media-2172192&quot; alt=&quot;limaff.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172192&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'attendais fortement le nouveau long-métrage de Jim Jarmusch, véritable poète de l'image, ayant un sens plastique très développé et un certain goût pour les errances oniriques et décalées. &lt;i&gt;Permanent Vacation&lt;/i&gt;, son premier film, illustrait le chemin d'un jeune homme rêveur et atypique dans les rues d'une ville américaine, bercé par des sons jazzy et une voix-off désabusée. &lt;i&gt;Dead Man&lt;/i&gt;, l'un de ses plus connus, faisait basculer le personnage introverti joué par Johnny Depp dans une étrange chasse à l'homme, alors que &lt;i&gt;Broken Flowers&lt;/i&gt;, à ce jour le plus abouti et reconnu (Prix du Jury à Cannes 2005) contait le pèlerinage d'un Dom Juan vieilli auprès de ses anciennes maîtresses, en même temps que dresser le portrait touchant d'un homme face à son passé et sa solitude.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Évidemment, &lt;i&gt;The limits of control&lt;/i&gt; est comme la somme de tous les thèmes chers à Jarmusch et une illustration honorable de son univers très plastique, visuellement impressionnant et bercé par une douce mélancolie et des personnages en décalage avec le quotidien, quasi absurdes. Cependant, le propos de ce dernier long-métrage doit être critiqué, de même que l'excès dans l'utilisation d'un univers que j'ai tant admiré. Malheureusement, &lt;i&gt;The limits of control&lt;/i&gt;, en dépit de ses qualités esthétiques et de son originalité apparente, déçoit fortement.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/181999278.jpg&quot; id=&quot;media-2172193&quot; alt=&quot;limtrajet.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172193&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le point de départ représente bien les aspirations du cinéaste : un tueur à gages est en effet le protagoniste le plus prompt à être livré à la solitude, obéissant à des organismes inconnus et agissant presque indifférent, sinon à l'écart de toute vie quotidienne. Le premier plan du film, par son inclinaison particulière, mettant en scène le reflet du tueur à l'envers dans le miroir, impose dès le départ une atmosphère vertigineuse. Vertige existentiel qui sera la clé de ce parcours, vertige qui symbolise tout d'abord le personnage à l'écart de toute société, ne vivant qu'à travers les ordres et absolument mystérieux. L'homme, sans nom, interprété par Isaach de Bankolé, suit ainsi les étranges directives de divers acteurs le rencontrant, guidant son chemin à travers un chemin de croix précis et codé. Des résonances se tissent d'une scène à l'autre et les personnages se régissent grâce à des rituels absurdes, un peu à la manière de la symbolique du rose dans &lt;i&gt;Broken Flowers&lt;/i&gt;. A chaque ville, c'est la même question «&amp;nbsp;Vous ne parlez pas espagnol, n'est-ce pas ?&amp;nbsp;», le même échange de boîtes d'allumettes, la même commande de «&amp;nbsp;deux cafés dans deux tasses séparés&amp;nbsp;», le même bavardage des commanditaires.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/01/1144582662.jpg&quot; id=&quot;media-2172195&quot; alt=&quot;limgael.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172195&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le film s'accompagne en outre d'une réflexion philosophique s'appliquant bien au flottement existentiel des personnages de Jarmusch dans leur espace. «&amp;nbsp;La vie ne vaut rien&amp;nbsp;», ou sinon que la rencontre des choses et des êtres, l'errance perpétuelle et le retour à la case départ. Le film commence dans les toilettes d'un aéroport et se finit presque au même endroit. Cette vie ne vaut rien car elle ne s'explique pas, elle reste absurde, mystérieuse, et incontrôlable. Le protagoniste joué par Gael Garcia Bernal met le point d'honneur à cette conception, déclarant que «&amp;nbsp;Le reflet est parfois plus présent que ce qui se reflète&amp;nbsp;». Seule l'imagination est l'échappatoire à cette impasse, tout comme le tueur à gages use de «&amp;nbsp;son imagination&amp;nbsp;» pour pénétrer dans la forteresse. Si cette vision est en parfaite adéquation avec les films évasifs de Jarmusch, elle donne une certaine lourdeur à &lt;i&gt;The limits of control&lt;/i&gt;, par l'utilisation de nombreux symboles (le premier plan du miroir, l'image finale face au tableau contemporain, l'écriteau sur la voiture...), perdant de cette poésie qui enveloppait les trajectoires des protagonistes. En effet, la volonté de soigner chaque réplique afin qu'elle ait sa pertinence sur l'existence, d'insister sur cette conception et sur la léthargie des êtres filmés rend le film trop lisse et prisonnier de son propre propos.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/02/1139286906.jpg&quot; id=&quot;media-2172198&quot; alt=&quot;limerre.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.7em 0pt;&quot; name=&quot;media-2172198&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Cependant, l'histoire se déroule selon une chronologie stricte, tissant une vaste toile parcourue par un homme en costume. L'importance de la composition picturale et de l'art en général sert cette défragmentation de l'existence. Tout le film répond à une logique, se composant à la manière d'un tableau aux multiples couleurs. Chaque lieu visité apporte son esthétique particulière : spirales et fonds opaques pour la première ville ; ambiance orientale pour la seconde ; lande désertique pour le dernier arrêt. De même, le récit se divise en chapitres, annoncés par l'observation d'un tableau particulier : une femme nue précède l'intrusion de l'étrange muse espagnole ; la peinture d'une ville se superpose à un panorama cinématographique ; des pétales de rose rouge préméditent sur la fameuse scène de danse flamenco ; et le dernier tableau, blanc, vide, est un écho à tout ce voyage... Évidemment, la photographie du film est absolument extraordinaire, chaque image étant visuellement impressionnante et d'une beauté renversante. Tout le travail sur les couleurs de la ville, l'architecture des bâtiments et le goût pour les rues étroites et insalubres se retrouvent dans ce long-métrage.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/01/1766181852.jpg&quot; id=&quot;media-2172199&quot; alt=&quot;limvil.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172199&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce sens très plastique et l'unité du récit ne parviennent cependant pas à accéder à la poésie si particulière qui régnait dans les précédents films de Jarmusch. Le défaut vient du récit, qui répond à une mécanique cependant huilée. Parce que le protagoniste n'est plus «&amp;nbsp;guidé par l'errance&amp;nbsp;» mais qu'il suit un trajet dicté et cohérent, le rythme devient répétitif et lassant. Certes, cette régulation d'un quotidien fait écho au «&amp;nbsp;contrôle&amp;nbsp;» de ce personnage, qui répète chaque matin la même gymnastique méditative (par ailleurs les plus scènes du film, avec un beau travail sur le mouvement et le silence à l'écran), qui garde presque la même rigueur de bout en bout. Mais ce thème s'inscrit justement dans des limites trop strictes, donnant lieu à une mécanique froide plutôt qu'à la douceur mélancolique de &lt;i&gt;Broken Flowers&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Dead man&lt;/i&gt;. De même, les interprétations manquent d'énergie et d'intensité, comme le visage impassible d'Isaach de Bankolé, malgré son beau tracé ; Gael Garcia Bernal juste convenable ; et même le merveilleux Bill Murray passant presque inaperçu. Les rencontres s'effectuent de manière fugitive, mais peinent à capter l'attention. Seule Tilda Swinton, toujours aussi efficace malgré sa perruque blanche, impose un magnifique monologue sur le cinéma. En outre, quelques scènes parviennent à offrir cette intensité émotionnelle, hors du temps et de l'espace, comme la danse vibrante dans le bar de la deuxième ville. Mais une grande partie du film se plie à la trop grande cohérence du trajet qui n'est plus hasardeux.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/01/1182546172.jpg&quot; id=&quot;media-2172201&quot; alt=&quot;limtilda.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172201&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Par opposition, &lt;i&gt;Broken Flowers&lt;/i&gt; jouait aussi sur un parcours bâtonné, le personnage joué par Bill Murray recherchant ses anciennes maîtresses, potentiels auteurs d'une lettre lui annonçant l''existence de son fils. Cependant, l'intrigue s'étoffait peu à peu, multipliant les indices roses et les sous-entendus, amenant à une confusion, un étouffement, un vertige émotionnel final grandiose. Dans &lt;i&gt;The limits of control&lt;/i&gt;, le personnage, anonyme et solitaire, se retrouve piégé par les limites de cette organisation, tout comme le film lui-même.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/00/57738168.jpg&quot; id=&quot;media-2172203&quot; alt=&quot;limjarm.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2172203&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Je suis heureux que ma mère soit vivante</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sat, 19 Dec 2009 21:03:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;b&gt;Une critique avec un peu de retard, retrouvée miraculeusement sur une clé USB perdue...&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Bleu(s)&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;JE SUIS HEUREUX QUE MA MERE SOIT VIVANTE - Claude et Nathan Miller&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/02/1660038554.jpg&quot; id=&quot;media-2172175&quot; alt=&quot;mereaff.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172175&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le bleu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le bleu de l'enfance. Le bleu des blouses de mécanicien dans les garages. Le bleu des affiches, des murs peints. Le bleu du ciel, de la mer. Le bleu des draps, le bleu des objets. Le blanc de l'hôpital. Le blanc du visage de Thomas. Le bleu des yeux de Thomas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un film presque bleu. Non, c'est un film bleu, empreint d'une douceur surprenante. Et pourtant, le malaise est là, l'amour se transforme en haine, la violence fulgurante s'installe progressivement, glissant ses racines dans les yeux ouverts de Thomas, silencieux face à sa mère.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film de Claude Miller et son fils Nathan s'intéresse de près à la relation familiale, plus précisément celle d'un fils à sa mère qui l'a abandonné lorsqu'il avait cinq ans. Par un style sec, ces rapports ambigus, se calquant de près à un complexe d'Œdipe mal refoulé, sont décrits sans détours ni pathétisme. La rencontre tant attendue et tant crainte de Thomas adolescent avec sa génitrice, dont il conserve des souvenirs frappants, pouvant autant être malsains que tendres, est portée pourtant par la banalité et une décontraction inattendue. Seule la légère hésitation de la mère au moment de fermer la porte traduit son trouble. Derrière le maintien de chacun, encadrés par une photographie sublime aux couleurs lumineuses et aux contours lisses, réside en effet une folie, une frustration non comblée, un désir de violence.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/1962908052.jpg&quot; id=&quot;media-2172176&quot; alt=&quot;meremere.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172176&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Voilà en quoi le film est fortement dérangeant tout en étant porté par la grâce. Les pulsions de Thomas passent tout le temps par le non-dit, l'illustration fugitive par photographies ou souvenirs, quelques regards en coin ou les déclarations sur un ton innocent du petit demi-frère. Chaque dialogue ou réplique a son importance&amp;nbsp;: un mot suffit pour tout faire vaciller, pour briser une certaine sérénité apparente. Cette tension prendra place tout d'abord avec le personnage du père dans la première séquence. Le film débute par une image classique d'une famille en vacances à la mer, où chacun coopère pour le groupe, joue son rôle. Mais rapidement, cette image se fissure, collage fragile qui se décompose, s'effrite peu à peu. Dès le départ, la distance s'instaure entre le père, boiteux au niveau physique mais aussi au niveau familial (son défaut semble symboliser cette fissure dans l'équilibre familial, ce manque que ressent le petit Thomas), et le fils. Question simple sur la mère, qui traduit déjà un désir de l'enfant.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/62569480.jpg&quot; id=&quot;media-2172177&quot; alt=&quot;meretension.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172177&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le complexe d'Œdipe est sous-entendu tout au long du film. Désir sexuel sans cesse effleuré, jamais avoué, permettant d'aborder de manière jamais exagérée la thèse freudienne. De courtes images, fugitives, émettent le doute sur ce traumatisme. Les corps nus de deux amants se baladant sans gêne dans un petit appartement vétuste, frôlant les têtes de deux enfants&amp;nbsp;; le regard sous la jupe courte ou le Tee-shirt qui bâille de la mère&amp;nbsp;; les déclarations fanfaronnes du demi-frère... L'accumulation de petits détails malaisés au fil du film arrive cependant à l'acte fatal, à la fois inévitable et inattendu. La tension dramatique monte de manière très subtile et efficace, à travers de courtes scènes où quelques répliques et gestes brisent ou tissent le lien ténu entre les personnages. La couleur bleu, à la fois glaciale et enfantine, est le tableau de toutes ces souffrances étouffées, de cette ardeur contenue.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/1872694931.jpg&quot; id=&quot;media-2172178&quot; alt=&quot;merethomas.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172178&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis heureux que ma mère soit vivante&lt;/i&gt; doit enfin une grande partie de sa force à l'excellente direction des acteurs. Vincent Rottiers (également à l'affiche d'&lt;i&gt;A l'origine&lt;/i&gt;, très beau film de Xavier Giannoli et de &lt;i&gt;Qu'un seul tienne et les autres suivront&lt;/i&gt; de Léa Fehner, le Jeune Prix Louis-Delluc de cette année) est sublime à l'écran, incarnant cette frustration douce et brutale de Thomas avec une grâce magnifique. Les deux actrices interprétant les deux mères sont d'une justesse impressionnante, surtout Sophie Cattani, affichant cette fierté directe et simple d'une femme à la fois brisée et rendue forte par sa misère. Le père, Yves Verhoeven est également très juste. Et les enfants sont surtout extrêmement bien dirigés, montrant cette dureté sans pudeur ni excessivité.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/02/901368499.jpg&quot; id=&quot;media-2172179&quot; alt=&quot;meretournage.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2172179&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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<title>Grain à démoudre partie 1</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/12/06/76ebfe460ed3e8367394a09edb57ea99.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sun, 06 Dec 2009 14:12:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;LE GRAIN A DEMOUDRE - EDITION 2009&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;(Partie 1)&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'étais tombée par hasard, par le biais de la miraculeuse Internet, sur le site du Grain à démoudre. Deux éléments frappent lorsqu'on découvre ce festival de cinéma : tout d'abord son nom, très original, visant à avoir une approche jeune et vivifiante du cinéma, organisée par de jeunes graines de cinéphiles en &lt;i&gt;dé&lt;/i&gt;calage, considérant le 7ème art comme une matière à démoudre, source d'expérimentations, de découverte, d'ouverture. Ensuite, le plus surprenant est l'âge de ces jeunes organisateurs «&amp;nbsp;de 12 à 25 ans&amp;nbsp;». parrainé par Claude Duty et Patrice Leconte, le «&amp;nbsp;Grain&amp;nbsp;», comme disent les habitués, s'est considérablement développé en dix ans. De multiples activités s'y sont mises en place, ces jeunes Normands cherchant toujours à imaginer de nouvelles attractions sources de débats et de purs bonheurs artistiques.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Quand je suis arrivée, j'étais l'une des premières des jurés - car il y a en effet au moins cinq jurys différents comprenant une cinquantaine de personnes - débarquant au milieu de ce festival. Tout de suite, une ambiance chaleureuse et sympathique s'impose, exacerbée par cette passion du cinéma que chacun partage à sa façon. Loin d'une atmosphère tapageuse et de plus en plus conventionnelle d'une festival comme Sarlat, chaque conversation ou discours apporte sa sincérité passionnée, sa pertinence personnelle. Je ne saurais dire le nombre de personnalités intéressantes que j'ai rencontrées, avec qui l'on peut entamer des conversations sérieuses, loin des compétitions habituelles dans les foules comme à Sarlat : jeunes organisateurs, bénévoles, photographes, cuisiniers ou barmans (hé oui, même eux !), autres jurés et réalisateurs de diverses nationalités... Tant de monde virevoltant, se croisant, échangeant à propos des films en compétition...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Voici, de manière concise, malheureusement, quelques critiques de tous les films vus à Gonfreville L'Orcher, sélection d'une grande qualité, surtout au niveau des courts-métrages.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Étant donné que je me trouvais dans le jury scénario, la critique de la plupart des films prennent en compte ce critère.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Les courts-métrages&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;LES AMIES QUI T'AIMENT de Alexis Van Stratum (France/Belgique)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/01/1269288531.jpg&quot; id=&quot;media-2145724&quot; alt=&quot;LES_AMIES-qui_t_aiment1.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145724&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Alors que tous les autres courts-métrages de la compétition reçurent au moins un prix au festival, celui d'Alexis Van Stratum, jeune cinéaste belge issu de l'INSAS, méritait pourtant une distinction. &lt;i&gt;Les amies qui t'aiment&lt;/i&gt; s'appuie sur une unité de temps et de lieu efficaces, tendant à faire éclater les tensions entre ces personnages cloisonnés dans leur société. Le réalisateur explique être parti d'une génération aristocratique en voie de disparation dans la société de son pays, où les femmes, particulièrement, sont conditionnées dans un souci du paraître et des convenances pleines de préciosité. Le début du film, en effet, présente avec un humour acide ces personnages «&amp;nbsp;coincées&amp;nbsp;» et aigries, aux conversations convenues et au jeu outré. La mise en scène semble se plier à cette rigidité, restant sobre, jouant sur des champs/contrechamps classiques dans un décor soigné et ordonné, luxe des teintures bleu roi et des pâtisseries crémeuses. Le dialogue révèle l'hypocrisie de chacune, recélant de sous-entendus cyniques. Cette tendance un peu caricaturale qui peut agacer au début est curieusement détournée par l'éclatement soudain de toutes les valeurs. Ces femmes, interprétées par d'excellentes comédiennes de tous âges, retrouvent une forme d'humanité par leur plaidoyer chanté et dansé, tandis que la caméra retrouve une légèreté folle, embrassant ces «&amp;nbsp;amies&amp;nbsp;», réunies pour un court moment de révolte.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;L'AUTRE MONDE de Romain Delange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/02/1431388823.jpg&quot; id=&quot;media-2145725&quot; alt=&quot;l_autre_monde-photo_nico.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145725&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Coup de cœur personnel du festival, le court-métrage de Romain Delange réussit à distiller des émotions incroyables à travers un procédé narratif original et maîtrisé. Le film fonctionne sur une dualité, opposant les deux parcours de deux amis entrant dans l'âge adulte en 1995. Tandis que l'un découvre le monde du cinéma et ses excentricités, l'autre s'habitue au quotidien répétitif de l'armée des Casques Bleus en Bosnie-Herzégovine. Le récit du premier et ses impressions sont restitués par ses lettres lues en voix-off, tandis que se déroule à l'écran, à travers de courtes scènes illustratrices, les activités de l'autre. A l'excitation de l'un s'oppose la solitude et rêverie de l'autre, où l'écriture fébrile et riche en événements contraste avec l'ambiance bleutée et froide de la Bosnie-Herzégovine. Le film est de plus, extrêmement bien écrit, car tout le récit est porté par le rythme de la lecture des lettres de l'ami. Mais la fin du film est, plus que tout, un hommage vibrant au cinéma, une offrande incroyable à l'ami éloigné. Romain Delange parvient non seulement à installer une cohérence esthétique et narrative parfaites dans ce format, mais aussi à atteindre une émotion d'une force sidérante pour un court-métrage.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;L'ANNEE DE L'ALGERIE de May Bouhada&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/02/225357271.jpg&quot; id=&quot;media-2145726&quot; alt=&quot;L_annee_de_l_Algerie.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145726&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;L'année de l'Algérie&lt;/i&gt; est un court-métrage assez curieux et inégal. Partant de bonnes intentions et d'une mise en abîme originale, le film peine cependant à maintenir un rythme efficace, ou à diffuser ses idées avec suffisamment d'émotion et de force. Un réalisateur cherche le couple idéal pour interpréter ses deux héros algériens, mais il n'est pas à l'abri de la caricature ou de l'exagération. Les candidats (parmi lesquels se trouve l'excellente Sabrina Ouazani, à qui l'on donne malheureusement trop de seconds rôles) restent peu convaincants, causant le désespoir du réalisateur, Algérien de pur souche. Le film donne une certaine sincérité à travers son personnage, voulant défendre une vision juste et pure de l'Algérie. Mais il manque à &lt;i&gt;L'année de l'Algérie&lt;/i&gt; une certaine maîtrise narrative qui aurait pu mieux cerner le discours et moins le servir en éléments et anecdotes disparates.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;PARADIS PERDU de Oded Binnun et Mihal Brezis (Israël)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/01/508281260.jpg&quot; id=&quot;media-2145727&quot; alt=&quot;Paradis_2.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145727&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Paradis perdu&lt;/i&gt; est un court-métrage très charnel, filmant les corps entrelacés et dorés d'un homme et d'une femme israéliens dans une chambre d'hôtel. Si la photographie est très belle, peaux lisses et ocres se frottant avec grâce, une grande partie du film se perd dans la description d'un rapport amoureux plutôt banal. La chanson du générique, par exemple, brise la beauté fragile installée par seulement quelques plans, de même que les dialogues assez lourds et convenus. Cependant, il faut reconnaître au court-métrage un parti pris de plus en plus présent dans le cinéma israélien, dénonçant la lourde répression sur l'amour interdit. Dès que ces jeunes gens se sont rhabillés, une distance s'établit entre eux, les vêtements imposés par la religion, tel le voile, agissent comme des barrières à tout contact. Cette pudeur extrême rappelle le magnifique film &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/09/09/eyes-wide-open.html&quot;&gt;&lt;i&gt;Eyes Wide Open&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;DE SI PRES de Rémi Durin&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/02/99723286.jpg&quot; id=&quot;media-2145728&quot; alt=&quot;DeSiPres.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145728&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Film d'animation au procédé classique, &lt;i&gt;De si près&lt;/i&gt; reste cependant efficace et émouvant. Il s'appuie sur l'alternance entre la promenade sereine d'un grand-père au parc, où il retrouve par flashs des bribes de sa vie terrifiante de soldat pendant la guerre. Si d'autres films d'animation ont innové avec plus d'originalité le jeu passé/présent comme &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2007/08/18/persepolis.html&quot;&gt;Persépolis&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ou &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2008/07/17/valse-avec-bashir.html&quot;&gt;&lt;i&gt;Valse avec Bashir&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;De si près&lt;/i&gt;, peut-être parce qu'il se tourne vers un public plus jeune, reste dans une certaine sobriété et douceur. Le trait est léger, franc et l'animation assez lente, substituant aux enjambées dans la neige les trébuchements dans la crasse et le sang des victimes. Mais très peu de scènes, comme celle du souvenir de la femme aimée, réussissent à utiliser l'animation comme une transformation fantaisiste et terrifiante de la réalité, métaphores du sentiment. Le film est un peu trop narratif et s'appuie sur des codes déjà vus telle la promenade au parc, motif de la relation grand-père/petite-fille grandement utilisé dans de nombreux albums, lieu de méditation inévitable pour se souvenir. Mais pour un court-métrage, cette histoire reste soignée et d'une jolie sincérité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;La deuxième partie du compte-rendu accordée aux longs-métrages. : &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/12/27/grain-a-demoudre-partie-2.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Les herbes folles</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/12/06/les-herbes-folles.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sun, 06 Dec 2009 11:25:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Une histoire de haine et d'amour :&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Le chaud et le froid&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;LES HERBES FOLLES - Alain Resnais&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/00/895173094.jpg&quot; id=&quot;media-2145454&quot; alt=&quot;herbsaff.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145454&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Alain Resnais est un cinéaste inclassable, tant il déroute les critiques et tant il s'engage dans des projets totalement différents d'une année à l'autre. Après le loufoque &lt;i&gt;On connaît la chanson&lt;/i&gt;, l'étrange &lt;i&gt;Muriel&lt;/i&gt;, le difficile &lt;i&gt;La guerre est finie&lt;/i&gt; et l'incontournable &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt;, je découvrais ainsi pour la 5ème fois Alain Resnais dans &lt;i&gt;Les herbes folles&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt; étant cette année un des films de bac, de nombreux motifs dans ce premier long-métrage se retrouvent curieusement dans ce qui ne sera pas, je l'espère, le dernier. En effet, si le réalisateur peut dérouter par ces choix diversifiés et son goût de l'expérience, ses films n'en gardent pas moins une certaine constante dans ses motifs et sa mise en scène.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La première séquence, par exemple, fait immédiatement songer au premier plan d'&lt;i&gt;Hiroshima&lt;/i&gt;. Dans son interview à Positif, Resnais dément avoir cependant pensé à son premier long-métrage. Pourtant, cette pousse d'herbes vertes au milieu d'un sol bétonné, résistant à la normalisation des choses, s'impose comme un écho au négatif de la ronce d'&lt;i&gt;Hiroshima&lt;/i&gt;. Mais celui-ci symbolisait la cicatrice, l'image du passé ressurgissant sur le présent, alors que les herbes folles représentent nos jambes folles qui s'entremêlent dans les rues. Le film marche sur deux trajectoires : la verticalité des pousses qui «&amp;nbsp;poussent&amp;nbsp;» littéralement hors du sol, hors du monde commun, à l'image de cet incipit «&amp;nbsp;Elle avait des pieds... pas ordinaires&amp;nbsp;» ; et le mouvement hasardeux et excité, tenant de la folie, allant dans tous les sens, propres au destin extraordinaire de ces personnages.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De plus, comme dans nombreux de ses films, Resnais a fait appel à la littérature pour utiliser cet art comme moyen de narration. Le texte de Christian Gailly a été retravaillé pour donner une œuvre particulière, entre l'absurde et le drame quotidien, ne virant pas au grotesque grâce à la retenue des personnages. On peut certes parler de folie à leur égard, mais ils gardent toujours une certaine contenance qui fait leur charme et assurent une certaine proximité avec le spectateur. Ainsi, les menaces intérieures de Georges ne se mettront jamais en pratique, le tutoiement envers son beau-fils restera du vouvoiement, il n'arrivera finalement aucun accident grave dans le cabinet de Marguerite, et sa tignasse rousse ne s'enflammera pas. Le film joue avec l'imagination avec le spectateur, lui laissant le soin, par la suggestion de l'image ou de l'interprétation, d'aller lui-même au bout de ses folies et fantasmes. La voix-off d'Edouard Baer ne commente pas, elle suggère, et doit souvent se retenir pour ne pas tout expliquer. Là réside l'absurde, par la volonté d'éviter toute explication, tout exposé théorique ou démonstration pouvant enfermer l'esprit du spectateur dans une conception erronée du personnage et de l'intrigue. Ce fol aspect de l'imagination atteint son apogée avec la séquence finale, réplique hors du temps d'une petite fille, éclatant comme une bulle au bout de cette histoire.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/02/383783613.jpg&quot; id=&quot;media-2145460&quot; alt=&quot;herbsgeorg.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145460&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Néanmoins, il ne faut pas réduire les &lt;i&gt;Herbes folles&lt;/i&gt; à un film expérimental, mais qui s'autoriserait surtout une certaine liberté, éclatant les normes, s'écartant du récit traditionnel, levant les limites cinématographiques. Même si le récit fonctionne sur des effets de hasard, ou des rencontres improbables, il réside un code entre eux, une sorte de langage qui les unirait comme les racines des herbes folles. Tous sont introduits de manière indirecte, annoncé par un objet, un élément qui les écarte dès le départ du classique chemin d'introduction. Georges apparaît par sa montre déréglée ; il est lui-même déréglé, déboussolé face au monde qui l'entoure, incapable de se concentrer sur une pensée ou une décision. Sa compagne est généralement introduite par la conversation téléphonique ou l'appel, étant elle-même une femme se confiant et écoutant les autres. Mais Marguerite est la plus intéressante : sa première apparition est celle de l'imagination de Georges. Le personnage est totalement fascinant, avec cette tignasse rousse qui illumine l'écran, et se définit d'abord par tous les renseignements fournis par le porte-feuille. La pensée de Georges enveloppe ce personnage, réduisant sa complexité et amenant le spectateur à désirer la connaître. Michel Ciment a dit quelque chose de très juste connaissant ces protagonistes si décalés : «&amp;nbsp;les gens normaux de Resnais deviennent des personnages fantaisistes&amp;nbsp;» ; «&amp;nbsp;Sous l'apparence convenable, il y a les herbes qui poussent&amp;nbsp;» Il souligne aussi le choix d'une base dans les interprétations (Sabine Azéma, André Dussolier) auxquels se rattachent de jeunes acteurs (Matthieu Amalric, Anne Consigny, Emmanuelle Devos...), créant des oppositions d'âge et de jeu réjouissantes (notamment Amalric très amusant en policier un peu rustre). En effet, chaque film de Resnais est marqué par ce mixage entre rupture et continuité, rapport au passé carriériste et à l'air du temps.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/00/1371896630.jpg&quot; id=&quot;media-2145465&quot; alt=&quot;herbsrenco.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145465&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le film dégage aussi un amour très particulier du cinéma, lui aussi, où s'entremêlent différents genres, expérimentations, et clins d'œil. Outre les similitudes avec &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt; et le prolongement du travail avec ses deux acteurs fétiches, Les herbes folles s'amuse avec le principe de la salle de cinéma : ainsi une fausse fin du récit est précipitée par la convention du «&amp;nbsp;The end&amp;nbsp;» lors du baiser final d'un couple improbable. Habile moyen de bouleverser l'utilisation des codes hollywoodiens, qui produisent toujours son effet (certains spectateurs ont commencé à se lever dans la salle, croyant le film fini). De plus, le film multiplie les effets de mise en scène virtuoses, comme la séquence de la visite des enfants de Georges. En un plan-séquence impressionnant, l'ambiance du dîner de famille chaleureux sur une demie-journée est restituée de manière aérienne et virevoltante, faisant succéder les changements de lumières et de places des personnages. Autre originalité cinématographique, la fameuse première rencontre entre Georges et Marguerite, source de romantisme avec l'attente fébrile de la femme en face de la sortie du cinéma, se transforme en une discussion creuse et vaine. Mais une fois de plus, le film &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; expérimental, il &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; des actions une expérience nouvelle et surprenante, visant à embraser ces personnages jusqu'à la folie jouissive qu'est l'aventure aérienne finale.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/00/1716827763.jpg&quot; id=&quot;media-2145464&quot; alt=&quot;herbschdfrd.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145464&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Enfin, je soulignerais le très beau et impressionnant travail sur les couleurs. Certes le film est très riche en recherche de mise en scène et narrative, mais il semble qu'il constitue une unité autour d'un code couleur, ce qui l'éloigne une fois de plus de l'étiquette du film expérimental. Tout d'abord, la tignasse rousse de Marguerite, qui enflamme l'écran dès le début du film, s'oppose aux teintes bleues qui entourent Georges. &lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/00/310078599.jpg&quot; id=&quot;media-2145469&quot; alt=&quot;herbsfrd.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2145469&quot; /&gt;Cette histoire d'amour pas ordinaire pourrait trouver sa source d'explication dans le contraste entre chaud et froid, où la figure glacée s'éprendrait de celle embrasée, et inversement. En effet, Marguerite est plus portée par les couleurs chaudes, portant des chaussures jaunes ou rouges, mais l'avion qu'elle admire et chérit plus que tout est bleu ciel. Georges, quant à lui, est cerné par le bleu porté par Suzanne, bleu qu'il doit apposer sur la bordure du toit lors de la visite des policiers. Ces personnages se haïssent autant qu'ils s'aiment. Suzanne devrait être jalouse de Marguerite, mais ne peut s'empêcher de l'accueillir et éprouve le besoin de lui parler, comme pour se réchauffer, de même que le tempérament fébrile et violent de la dentiste ne se calme qu'en présence de son exact opposé. Tout le film exacerbe ce contraste entre deux couleurs qui se frôlent, s'évitent, se mélangent.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/02/590098126.jpg&quot; id=&quot;media-2145468&quot; alt=&quot;herbstourn.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2145468&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Du grain à démoudre 2009</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/11/30/du-grain-a-demoudre-2009.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Mon, 30 Nov 2009 20:24:00 +0100</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;DU GRAIN A DEMOUDRE 2009&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parfois les grandes aventures partent de presque rien, un détail pris au hasard dans le courant du quotidien et qui nous amène vers un résultat extraordinaire. c'est par le plus grand des hasards que je me suis retrouvée à participer au concours d'écriture de scénario du festival du Grain à démoudre à Gonfreville L'Orcher en Normandie. Deux éléments nous frappent face à ce festival : son nom pétillant et prometteur de surprises, et l'âge de ses organisateurs, de 12 à 25 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle énergie dégage ce festival ! Accueil chaleureux, sourires à chaque regard, recherche sontante de nouvelles idées et débats, personnalités fascinantes, et mille et autres surprises.... Le Grain, comme disent les usagers du coin, fêtait ses dix ans du 20 au 29 novembre. Ce fut une belle édition (même si je n'en vus que la fin), très intéressant cinématographiquement, mais aussi une rencontre humaine magnifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien moins tapageur que Sarlat, le Grain présentait en outre une sélection passionnante de courts et longs métrages, accompagnée de discussions pertinentes avec certains réalisateurs très ouverts aux remarques du public. le Grand prix fut remis à &lt;i&gt;Tirador&lt;/i&gt; de Brillante Mendoza (qui a eu cette année le prix de la mise en scène à Cannes avec Kinatay). Notre prix, celui du scénario, à &lt;i&gt;L'autre rive&lt;/i&gt;, film georgien de Georges Ovashvsili, qui suit la parcours d'un jeune réfugié à la recherche de son père. Tous les films furent passionnants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;Vivement l'édition n°11 !!&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le site du Grain à démoudre : http://dugrainademoudre.net&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;A venir :&lt;/span&gt; le compte-rendu complet et détaillé du Grain : &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/12/27/grain-a-demoudre-partie-2.html&quot;&gt;Partie 1 ; Partie 2&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;La critique des &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/12/06/les-herbes-folles.html&quot;&gt;&lt;i&gt;Herbes folles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; d'Alain Resnais&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Mlle Chambon</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/11/23/d363bb8153d7d68ed5506b2becf69449.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Mon, 23 Nov 2009 20:16:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;La femme - musique&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;MADEMOISELLE CHAMBON - Stéphane Brizé&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/01/1665982260.jpg&quot; id=&quot;media-2121409&quot; alt=&quot;chaff.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2121409&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le cinéma français retourne en ce moment à des histoires d'amour les plus bruts et réalistes, forme à la fois sociale et tragique, avec plus ou moins de brio. &lt;i&gt;Les regrets&lt;/i&gt; de Cédric Kahn s'appuyait par exemple sur des idées de mise en scène intéressantes, tel le jeu sur la distance entre les êtres, mais s'enfonçait vite dans la répétition et la mollesse du récit. &lt;i&gt;Mademoiselle Chambon&lt;/i&gt; de Stéphane Brizé répond au même désir de dépeindre une passion impossible entre deux êtres simples, mais fait preuve de plus de douceur et authenticité.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/00/214856024.jpg&quot; id=&quot;media-2121410&quot; alt=&quot;chdist.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2121410&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le film s'appuie sur une grande simplicité. Les corps des personnages s'imposent à l'écran, à l'état brut, à l'instar des matières à travailler sur le chantier. Tout est réduit à la plus extrême simplicité, allant du motif narratif (l'unité de temps et de lieu, jusqu'aux prénoms classiques, comme Chambon ou Jean) au principe dramatique (une passion classique, entre deux êtres que tout semble opposer). Le choix d'un quotidien paisible et propre à une classe sociale moyenne, sans dramaturgie ni effets grandiloquents permet une mise à nu plus facile des sentiments. En dépit de la lenteur progression des sentiments et des relations entre les êtres, une certaine légèreté est atteinte, par cette simplicité caractérielle et scénaristique, et par la mise en scène. L'image comporte en effet des nuances douces, s'attachant à la pureté des contours et des teints, notamment grâce à la saison conservée, été aux rayons dorés qui éclaire les appartements et révèle la grâce de l'autre. La mise en scène se veut également réductrice et minimaliste, souvent proche du tableau familial harmonieux ou de l'hésitation des amants. Chaque geste est scruté, prenant tout son sens dans un cadre réduit, et les dialogues très travaillés.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/00/1499449831.jpg&quot; id=&quot;media-2121411&quot; alt=&quot;chviolon.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2121411&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce travail sur le mouvement des personnages, cerné à chaque plan pour en signifier l'importance, agit comme un indicateur de l'évolution de la passion, et reste ancré dans une constante pudeur. L'émotion est d'une telle discrétion qu'elle se faufile avec plus de sincérité et d'intensité à l'image. La scène la plus représentative reste la première performance de Mlle Chambon au violon, si bouleversante que la jeune femme disparaît de l'image. La force accordée à ce morceau, par justement cette distance imposée par la mise en scène (elle tourne le dos à Jean), permet d'associer tout de suite cette femme à la musique. La simple écoute du morceau permet de matérialiser l'objet d'attachement. Ce pouvoir de suggestion fait la plus grande qualité du film de Stéphane Brizé et en constitue la sincérité. Le plan-séquence dans la voiture, également, où elle doit partir après sa prestation à l'anniversaire de son père, fait preuve de la même délicatesse efficace, où chaque silence et regard veulent tout signifier, tout dévoiler et tout donner. Les interprétations retenues de Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon, décidément en route vers son César après son magnifique dans &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/04/16/welcome.html&quot;&gt;&lt;i&gt;Welcome&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, rajoutent à ce travail émotionnel.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/01/592967526.jpg&quot; id=&quot;media-2121412&quot; alt=&quot;chfami.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2121412&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L'ensemble est certes épuré, mais sans être trop simpliste. Les nuances et les hésitations sont présentes dans cette relation qui évolue avec une lenteur contenue ; mais cette langueur amoureuse gagne sa force grâce à la simplicité du style. En outre, le film maîtrise la balance familiale et passionnelle, dualité classique du personnage pris dans son tourment, que l'on retrouve chez un autre réalisateur merveilleux tel que James Gray avec &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2008/12/06/two-lovers.html&quot;&gt;&lt;i&gt;Two lovers&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Dans le film de Stéphane Brizé, Jean s'écarte peu à peu de la table de son fils et sa femme, par cette habilité de la mise en scène à l'inclure plus ou moins dans le cercle formé dans les deux. La scène d'ouverture témoigne d'une union harmonieuse, par l'utilisation d'un pique-nique chaleureux dans la forêt où s'annonce cependant la fin d'un équilibre avec le cours sur les compléments d'objets directs, écho à l'institutrice. Par la suite, Jean reste à l'écart de ce quotidien, jusque sur le chantier où il finit par s'isoler. L'anniversaire final peut être vu comme une reconquête familiale, où cette fois-ci Mlle Chambon apparaît réellement inaccessible. Elle est et restera l'institutrice de son fils, une violoniste séduisante. Par ailleurs, le film comporte une parabole sur la passion désirée mais jamais assouvie : le seul moment de réel union reste celui des étreintes silencieuses sous la musique, comme si cette dernière les dispensait enfin des mots et les tirait hors du temps. Jean est par ailleurs plus amoureux de la femme au violon que de la femme en elle-même. et les retrouve à la fin. Tout comme dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2008/12/06/two-lovers.html&quot;&gt;Two Lovers&lt;/a&gt;, Mlle Chambon&lt;/i&gt; fait de cette passion une expérience unique qui ramène le personnage principal vers celle qu'il aime vraiment.&lt;/p&gt;
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<title>Sarlat Partie 3 (fin)</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/11/21/sarlat-partie-3-fin.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sat, 21 Nov 2009 17:16:23 +0100</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;&lt;b&gt;Compte-rendu Sarlat (suite et fin)&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;4 : Les petites perles.&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Trois longs-métrages s'imposèrent sur la fin de semaine, permettant de terminer le festival en beauté.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/02/12503350.jpg&quot; id=&quot;media-2114744&quot; alt=&quot;dame.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; width=&quot;101&quot; height=&quot;156&quot; name=&quot;media-2114744&quot; /&gt;Après la projection de &lt;i&gt;La dame de trèfle&lt;/i&gt;, je ne pus m'empêcher de penser que je voyais enfin un film maîtrisé, cohérent, fort. Avec &lt;i&gt;J'attends quelqu'un&lt;/i&gt;, son troisième film, Jérôme Bonnell avait mis en place son style intimiste et dépouillé, d'une véritable franchise et retenue envers ses personnages simples et usés par leur vie. Sans dramatisation ni distance, Bonnell observe au plus près la relation ambigüe malgré sa tendresse entre un frère et une sœur orphelins et vivant ensemble. Les personnages sont beaux car ils sont sans cesse illuminés par la photographie douce et la sincérité des dialogues et ce, malgré la noirceur du récit et la misère de leur vie. Florence Loiret-Caille, en particulier, interprète Argine, véritable princesse alcoolique et fragile, d'une sensibilité à fleur de peau. Le physique émacié de l'actrice et sa voix pointue rajoutent à son charme. La mise en scène est soignée, embrassant les acteurs dans une atmosphère brumeuse et froide, avec de très belles prises de vue d'un paysage peu à peu éclairci par l'espoir. Les derniers plans révèlent la maturité du cinéaste, plus posé dans sa construction du récit et du plan, mais aussi plus torturé et encore plus sensible face à l'humain et sa part de violence et de désir.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/02/1440683107.jpg&quot; id=&quot;media-2114746&quot; alt=&quot;tengri.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2114746&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;A l'inverse, &lt;i&gt;Tengri, le bleu du ciel&lt;/i&gt; part du conflit au sein d'une communauté, de rapports de forces s'effectuant par la brutalité, pour y trouver le possible amour et l'espoir porté par les relations entre des êtres. Le film est magnifique, remarquable par sa justesse, son équilibre harmonieux entre sa fraîcheur spontanée et un engagement féministe pertinent. A l'inverse de &lt;i&gt;Loup&lt;/i&gt;, le récit ne dramatise en rien le quotidien rude de ces femmes au Kirghizstan, dont les élans poétiques sont réprimés par leurs maris qui les assujettissent par la violence. Évitant le pathétisme, le film aborde de manière frontale le problème, faisant de ces femmes des figures fortes et belles, trouvant leur grâce dans les chants qu'elles dédient à leurs maris tyranniques. De la critique sociale, le film passe cependant de manière surprenante à un road-movie amoureux dans les montagnes douces et complices du pays. La réalisatrice du film était présente, revenue exprès du Chili pour rencontrer le public enthousiaste. Marie-Jaoul Poncheville a partagé l'expérience vécue dans ce pays, sa rencontre avec ces femmes opprimées mais si vaillantes, et surtout l'importance donnée au jeu théâtral (il y a un théâtre dans chaque village et le récit oral ou chanté tient une grande importance dans les familles), ce qui justifie les interprétations pleines de spontanéité, simplicité et émotion.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/00/338925429.jpg&quot; id=&quot;media-2114747&quot; alt=&quot;brig1.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114747&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Mais plus que tout, c'est le sublime dernier film de Jane Campion qui mérite sa distinction durant cette semaine. Malheureusement, il fut projeté une seule fois, le dernier soir, et c'est pleine de fatigue que je me jetai, éblouie, dans cette histoire d'amour romantique entre le poète anglais Keats et sa muse Fanny. Le film est porté par une grâce et pureté infinies, visant toujours à décrire la sensation de préciosité perceptible dans la société anglaise de l'époque, mais également son extrême pudeur et sa retenue oppressante. Chaque plan déborde de beauté, évaluant les distances relationnelles, suspendant ses personnages par un mince fil fragile au milieu des bois et au creux des fleurs et des feuilles. &lt;i&gt;Bright Star&lt;/i&gt; respecte le romantisme profond de la poésie de John Keats, à laquelle sont rendus un hommage et une force vibrant. Sa poésie berce le récit par sa musicalité douce et touchant au sublime. Mais plus qu'un duo, le film met en place un trio amoureux grâce à un dernier protagoniste fascinant, ce qui fait là toute son originalité et subtilité. Il s'agit du poète accompagnant Keats, Brown, joué par Paul Schneider, qui jouait déjà dans &lt;a href=&quot;http://lysao.hautetfort.com/archive/2007/11/01/l-assassinat.html&quot;&gt;&lt;i&gt;L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Andrew Dominik). L'acteur reprend en quelque sorte son rôle d'entremetteur gai et frivole, mais avec plus de nuances et une profondeur émotionnelle toute nouvelle face au poète et sa jeune fiancée. Les deux acteurs principaux, Abbie Cornish et Ben Wishaw, sont eux aussi empreints de cette même retenue, mais avec plus de fragilité et délicatesse. Certes moins fort que &lt;i&gt;La leçon de piano&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bright Star&lt;/i&gt; tire justement sa beauté de sa simplicité toute romantique, et par sa constante pudeur atteint des sommets d'émotion vibrante.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/00/1402203557.jpg&quot; id=&quot;media-2114748&quot; alt=&quot;brig2.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114748&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;span id=&quot;__caret&quot;&gt;&lt;/span&gt;
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<title>Sarlat Partie 2</title>
<link>http://lysao.hautetfort.com/archive/2009/11/21/sarlat-partie-2.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sat, 21 Nov 2009 17:06:15 +0100</pubDate>
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&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;&lt;b&gt;Compte-rendu de Sarlat (suite)&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;2 : Films et rencontres.&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dès le début, les films vus en salle furent décevants, déjà par leur qualité moindre et l'attente lassante devant les salles de cinéma. Cependant, de nombreux débats avec une équipe à disposition rehaussaient le niveau et compensaient cette déception, même si leurs films étaient peu réussis.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/02/1782935109.jpg&quot; id=&quot;media-2114717&quot; alt=&quot;vict.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114717&quot; /&gt;La première journée commençait mal. Après trois heures d'attente dans les rues fraîches de Sarlat, tous les élèves se ruèrent vers &lt;i&gt;La sainte victoire&lt;/i&gt; de François Favre, en présence de l'équipe du film et des huées de filles face à Clovis Cornillac. Il faut dire que ce dernier, prix d'interprétation masculine, porte la majorité du récit, incompréhensible dans le sens où il ne révèle aucun point de vue personnel et pertinent sur notre société, en dépit des thèmes d'actualité choisis. Au final, c'est toute une succession de personnages mal esquissés qui se débattent dans une intrigue peu tendue, filmés de manière classique et tapageuse : gros plans cherchant à grossir les émotions, fortes musiques rythmiques, décors soignés et impersonnels... Film incompréhensible tant il est difficile de comprendre les motivations de ces personnages, à la fois caricatures et représentants de figures de la politique d'aujourd'hui. Car le plus grand problème du film subsiste dans sa peinture risquée de la politique et du statut social de ses personnages. Il est presque gênant d'observer Clovic Cornillac en costard impeccable parler d'une enfance d'immigré miséreuse, protagoniste tourné en victime alors qu'il porte lui-même un côté très malsain et avare ; ou Christian Clavier, au répertoire de rôles grotesques, soudain reconverti en petit député sérieux et sensible. Le gros problème du film réside donc dans le choix du casting, et toujours dans une absence d'originalité sur le fond et la forme d'un récit.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Autre film français raté, malgré ses bonnes intentions, &lt;i&gt;Loup&lt;/i&gt; aurait mieux dû rester à l'état de documentaire plutôt que d'être cette fiction au &lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/01/991874598.jpg&quot; id=&quot;media-2114718&quot; alt=&quot;loup.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2114718&quot; /&gt;scénario lourd, accumulant les clichés. Le film impose évidemment des images splendides de nature et vie des Evènes, par une photographie lumineuse et des mouvements aériens et gracieux de caméra. Nicolas Vanier, présent après la projection, est pourtant un explorateur passionné par ce peuple qu'il a rencontré, mais aussi par le loup, et en parle avec justesse et un réel enthousiasme. Cependant, il n'est pas un cinéaste : il ne sait pas créer des personnages ou réussir à construire un scénario sensé. Ces rapports ambigus de l'homme au loup auraient mieux mérité un documentaire beau et radical, plutôt que ce foisonnement de bons sentiments, surenchéri par un doublage français insupportable.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La première sélection de courts-métrages permet de faire la transition entre les films les plus mauvais et ceux comportant un certain intérêt. En effet, cette sélection comportait presque autant de bonnes idées que de mauvaises. Globalement, la projection reste décevante et enrichissante dans le sens où elle donnait un cours sur tous les défauts à éviter dans le cadre d'un tournage de film de bac. La plupart ne réussissent pas à garder une cohérence visuelle et/ou narrative, souvent trop irréguliers et mous, tandis que d'autres présentaient des propos banals, voire malsains.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Poste restante&lt;/i&gt; fut le pire. Proche d'un mauvais film de bac, il est mal maîtrisé, mal filmé (un grain de l'image particulièrement affreux, caméra qui tremble, effets de flous désagréables) et mal joué. Les personnages sont mal exploités, comme celui d'un taximan au rôle inutile, et restent creux. De même, &lt;i&gt;Trompe l'œil, Vendetta&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Slowburn&lt;/i&gt; souffrent d'une absence de rigueur dans leur mise en scène ou la construction du scénario. Le premier ne comporte que deux génériques de début et fin originaux, numéros dansés et chantés dans des rues nocturnes, malheureusement sans rapport avec un drame classique. &lt;i&gt;Vendetta&lt;/i&gt;, malgré son scénario faible et sa réalisation convenable, charme cependant par son énergie amusante grâce à l'interprétation délirante de ses acteurs. Le dernier est particulier, expérience filmique néanmoins peu intéressante car nullement mise en scène. Il s'agit en effet d'une scène filmée à l'insu du protagoniste concerné, lente, laide et incompréhensible.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;A l'inverse, &lt;i&gt;Wu&lt;/i&gt; installe une unité de temps et de lieu et un univers cohérent, jouant sur le vu et le pensé. Mais le court-métrage est malsain et &lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/01/1049681028.JPEG&quot; id=&quot;media-2114720&quot; alt=&quot;veine.JPEG&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114720&quot; /&gt;nauséeux sur le fond, d'un humour irrespectueux et à la conclusion agaçante. Enfin, &lt;i&gt;Dans nos veines&lt;/i&gt;, déjà vu à Aye-Aye festival, reste toujours aussi bancal et inadapté au format du court-métrage. Malgré son sujet risqué (la paternité d'un adolescent), le film réussit à conserver une certaine pudeur et justesse, notamment grâce à une mise en scène rappelant les frères Dardenne, et une interprétation remarquable. Cependant une telle histoire et des personnages si complexes n'ont pas leur place dans ce format.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Le serrurier&lt;/i&gt; part d'une idée originale, pouvant paraître exagérée, mais bien utilisée. Les cœurs se subst&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/01/492865996.jpg&quot; id=&quot;media-2114721&quot; alt=&quot;la-clef-du-probleme.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2114721&quot; /&gt;ituent à des serrures brisées ou bloquées en fonction de l'état des vies de couple. Court et efficace, l'analogie du serrurier avec un médecin est bien maîtrisée. &lt;i&gt;Toute ma vie&lt;/i&gt; profite d'acteurs professionnels (Caterina Murino par exemple) et d'une réalisation très parisienne, proche d'une publicité sur les boulevards de la capitale, pour raconter une histoire trop prévisible et facile.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Enfin, outre le pudique &lt;i&gt;Dans nos veines&lt;/i&gt;, les deux seuls courts-métrages vraiment efficaces restent un film d'animation, &lt;i&gt;Fard&lt;/i&gt;, prouvant une fois de plus l'aisance de ce genre dans ce format, et un film avantagé par le nom de son réalisateur, mais néanmoins de bonne qualité, &lt;i&gt;La clef du problème&lt;/i&gt;. Le premier effectue une mise en abîme judicieuse de l'effet de création et ses conséquences, où le dessin maquille cruellement les hommes et masque leur véritable nature. Le court-métrage de Guillaume Cotillard s'appuie quant à lui sur un point de départ extrêmement banal (un homme qui a oublié ses clefs) et utilise cette banalité pour amener progressivement à la confusion, grâce à des dialogues bien écrits et un montage alterné efficace.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Même si les premiers films vus s'avéraient peu intéressants, d'autres révélaient un certain charme et originalité. &lt;i&gt;Paranormal Activity&lt;/i&gt;, fort attendu par les lycéens, était ainsi une étrange surprise. Cependant, j'avoue avoir vu le film à moitié, étant placée au premier rang, sans voisin et à côté du son, restant les yeux à demi-clos ou les oreilles bouchées. L'efficacité du film est prouvée, alors que le scénario s'inspire de superstitions classiques (une jeune femme possédée par un démon). Mais ces histoires de fantômes et de phénomènes paranormaux la nuit sont toujours aussi épro&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/11542423.jpg&quot; id=&quot;media-2114723&quot; alt=&quot;para.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114723&quot; /&gt;uvantes, d'autant plus que certains ne se gênaient pas pour crier dans la salle. Si l'aspect réaliste (caméra à l'épaule, donnant un point de vue subjectif du mari, insistances sur la véracité de l'histoire par l'absence de génériques), justifiée par le manque de budget et nouvel exemple d'une différente conception du film d'horreur qui se retrouvait déjà dans &lt;i&gt;Blair Witch&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;REC&lt;/i&gt;, gêne un peu par la mauvaise qualité de l'image, il faut reconnaître à &lt;i&gt;Paranormal Activity&lt;/i&gt; une constante maîtrisée dans sa mise en scène des phénomènes. La journée, le jeune couple s'interroge, filmé hideusement par une caméra tremblante, mais la nuit, un plan fixe et récurrent s'impose, créant une angoisse par différents degrés. Ces phénomènes paranormaux troublent ce plan obsédant et semblant emprisonner ses personnages, envahissant peu à peu la chambre : coups au rez-de-chaussée, porte qui bouge, traces sur le parquet, etc. Les bruitages sont particulièrement réalistes et les effets spéciaux minimalistes, gardant l'immatérialité du fantôme et recentrant sur la psychologie du couple. Enfin, même le procédé est quelque peu pervers : la jeune femme réclame sans cesse au mari d'éteindre sa caméra, affirmant que c'est cela qui provoque les phénomènes, mais sans cette obsession de filmer, il n'y aurait pas de film du tout. Maîtrisé et ingénieux.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Autre film original et imposant son univers, &lt;i&gt;Le vilain&lt;/i&gt; est toujours fidèle à l'esprit déjanté de son créateur Albert Dupontel. Agréable, le film est &lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/02/1306143557.jpg&quot; id=&quot;media-2114725&quot; alt=&quot;vilain.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2114725&quot; /&gt;riche en gags d'une méchante absurdité et violence matérielle ou animale, en personnages effroyables (notamment celui de Bouli Lanners, malheureusement trop peu présent), en détails et décors excentriques. Cependant, le scénario reste sans grande construction et &lt;i&gt;Le vilain&lt;/i&gt; ne fait qu'aligner les péripéties burlesques ou des dialogues un peu lourds, manquant toujours d'une certaine subtilité. Catherine Frot est évidemment craquante en vieille mère redoutable. Curieusement, la rencontre avec l'équipe fut bien plus enrichissante que le long-métrage. En effet, Dupontel surprend par sa retenue et son sérieux. Il reconnaît honnêtement la «&amp;nbsp;déjanterie&amp;nbsp;» de ses propos, préférant à la réflexion son intuition et le profit maximum de ses idées. Si au début il reste tendu face aux questions posées, cette méfiance éclate soudain pour révéler un grand gosse rêveur, passionné, citant Terry Gilliam ou Ken Loach. Mais c'est Catherine Frot la plus merveilleuse : d'une élégance naturelle extraordinaire, elle répond avec malice aux questions, généreuse et pétillante. La discussion fut surtout très drôle, révélant la complicité d'une équipe.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/01/2104826238.jpg&quot; id=&quot;media-2114726&quot; alt=&quot;mens.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114726&quot; /&gt;Il en fut de même pour &lt;i&gt;Mensch&lt;/i&gt;, film prisé du jury de Sarlat (Commentaires élogieux au début de la séance, Grand prix et Prix du scénario), qui, malgré sa qualité moindre, était accompagné d'une discussion intéressante. Le gros problème du long-métrage de Steve Suissa est sa réalisation extrêmement classique, qui, s'il elle avait été plus personnelle et originale, aurait pu donner un charme à son intrigue et à ses personnages convenables. Présenté comme un «&amp;nbsp;choc&amp;nbsp;» par la Présidente du festival, &lt;i&gt;Mensch&lt;/i&gt; reste cependant au bord de l'esprit tourmenté de ses protagonistes, n'allant pas très loin dans leur approfondissement et leur ambivalence. Mais il garde une certaine cohérence dans son esthétique nocturne, dans sa retenue dramatique et surtout dans sa sincérité vis-à-vis des milieux explorés. Encore une fois, l'équipe s'est révélée d'une générosité et franchise rares à l'égard du public. Très ouvert, Steve Suissa acceptait tous commentaires tout en affirmant sans détours sa position, disant de ses personnages qu'ils cherchent à incarner un «&amp;nbsp;mensch&amp;nbsp;» selon différents principes personnels;&lt;/p&gt;
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<title>Sarlat Partie 1</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Oya SIDRE)</author>
<category>Cinéma</category>
<pubDate>Sat, 21 Nov 2009 16:53:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;&lt;b&gt;COMPTE RENDU DU FESTIVAL DE SARLAT&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;(9 novembre au 14 novembre 2009)&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce qui caractérise généralement un festival et le distingue d'autres manifestations, c'est son ambiance et son rythme si particuliers. Pour Sarlat, le plus grand inconvénient, mais qui finit par faire sa spécificité, consiste à nous faire vivre des attentes de deux heures debout dans des foules bondées, puis des projections dans des fauteuils confortables. Une telle fatigue due à cette alternance entre ennui et concentration fait que le compte-rendu ne reflète pas toujours notre manière d'agir et de penser habituelles face à des films. Une perte de repères et de règles de spectateur qui a permis néanmoins et heureusement de vivre les émotions plus fortement ou avec une sensibilité plus accrue.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce compte-rendu se découpera en trois parties&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;1 : Les films soviétiques.&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Mis à l'honneur cette année, les films soviétiques projetés étaient des documents rares, souvent difficilement trouvables sur support vidéo, voire totalement inédits. Outre la conception du montage, certains relèvent d'une légèreté inattendue pour des films soviétiques. Les années 1920 ouvrent en majeure partie à l'expérimentation et à la captation du réel (le Kino Pravda ou cinéma-vérité de Vertov), mais elles sont aussi une période où fleurissent les comédies.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/01/1181553997.jpg&quot; id=&quot;media-2114692&quot; alt=&quot;ho1.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114692&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;L'homme à la caméra&lt;/i&gt; (1928) a été vu entièrement muet, sans accompagnement musical, ce qui présente son avantage et son inconvénient. Le film ne comporte ainsi aucun ajout personnel, donc pas d'influence d'une conception de ces images en musique et il apparaît dans toute sa nature et sa complexité. D'une très grande richesse visuelle, le film multiplie toutes les expérimentations du montage ou de la réalisation : incrustations d'images, superpositions, images inversées, effets de répétition, pixilation... &lt;i&gt;A propos de Nice&lt;/i&gt; (1930) se rapproche beaucoup du long-métrage de Dziga Vertov dans le sens où il joue sur les rapports entre des éléments de nature entièrement différente pour poser un regard plein d'audace sur le quotidien de leur ville respective. Vigo et Vertov osent et croquent leurs personnages dans un tourbillon d'images &lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/01/30240669.jpg&quot; id=&quot;media-2114693&quot; alt=&quot;ho2.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114693&quot; /&gt;actives, allant même parfois jusqu'à une certaine crudité. Tous les mouvements et motifs du quotidien entretiennent une certaine interaction, à toutes les échelles, choc entre l'humain et la machine, entre la vie et le matériel. Les clignements des yeux s'apparentent ainsi à des stores, le travail de la monteuse à celui de la fileuse, l'énergie des hommes aux machines en plein fonctionnement. Des visages isolés aux foules, du ralenti à l'accéléré, de détails à la monstruosité, l'homme à la caméra a le pouvoir d'observer, d'utiliser tout à sa guise et ce, à ses risques et périls. François Truffaut parlait pour Vigo d'une sorte de fièvre de filmer qui le prenait durant les tournages, et je pense en dire autant de Vertov, tant son film est tout le temps en ébullition, ce qui n'a malheureusement pas empêché certains de dormir dans la salle. &lt;i&gt;Kino Pravda 20&lt;/i&gt; (1924) est plus modeste, suivant le quotidien d'une sorte d'armée rouge en miniature. Les comportements matures de ces enfants, évidemment dûs à la politique soviétique, sont mis en valeur : sciage de troncs, ramassage dans les champs, déambulations quasi-militaires. Mais, au final, ce sont les âmes d'enfants qui résistent lors de la sortie au jardin zoologique, ce que tente de capter Vertov par des jeux de regards.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/02/01/794687647.jpg&quot; id=&quot;media-2114694&quot; alt=&quot;La-greve-9.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2114694&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Autre film soviétique, mais cette fois-ci une fiction, &lt;i&gt;La grève&lt;/i&gt; (1925), premier long-métrage d'Eisenstein. Cette fois-ci, l'accompagnement musical était particulièrement insupportable, alourdissant le manichéisme voulu par le film, qui prend parti pour les révolutionnaires prolétaires d'une usine. Le film, découpé en parties distinctes, justifie la nécessité de la révolution par la présentation de patrons impitoyables, puis son organisation, son succès et sa chute. La simplicité et le courage des révolutionnaires , le ridicule de patrons opulents et leur méchanceté sont mis en parallèle, jouant sur l'opposition. Par contre, le film présente des idées visuelles renversantes et des plans impressionnants: sur l'architecture de l'usine, la manière de filmer les foules en ébullition, de présenter le pouvoir. Plusieurs personnages grotesques sont ainsi introduits par leur homonyme animal : la chouette, la guenon, le renard... Malheureusement, la fatigue et surtout les résonances assommantes de la bande sonore ne permettaient pas de profiter pleinement du film du cinéaste soviétique.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/02/1560015261.jpg&quot; id=&quot;media-2114696&quot; alt=&quot;vendeuse.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114696&quot; width=&quot;132&quot; height=&quot;205&quot; /&gt;Élargissant l'horizon du cinéma soviétique, trop souvent réduit à son contexte historique ou son témoignage social, les comédies furent de réelles surprises durant ce festival. &lt;i&gt;La jeune fille au carton à chapeau&lt;/i&gt; de Boris Barnet (1927), malgré son rythme inégal et son intrigue classique - le trio amoureux, le couple infernal, les pauvres face aux bourgeois - dégage un certain charme de par son côté très burlesque et la vivacité de ses personnages. Tout tourne autour de la jeune fille au carton à chapeau, qui a beaucoup de prétendants, chacun la courtisant pour diverses raisons et à sa manière. Finalement, le chapeau a peu d'importance, mais le carton à chapeau semble représenter la sensualité ronde de la jeune fille. L'humour est parfois un peu lourd et les grimaces excessivement présentes, mais certains plans sont très intéressants, notamment tous ceux tournés dans les plaines enneigées. C'est &lt;i&gt;La vendeuse de cigarettes du Mosselprom&lt;/i&gt; (1924) de Youri Jeliaboujski, premier film vu au festival, qui est le véritable coup de cœur parmi ces films soviétiques, avec le film de bac et ceux de Pelechian. Long collier de perles, plutôt qu'un véritable bijou, tant il multiplie les intrigues, protagonistes et idées, ce long-métrage croque ses figures burlesques dans une ambiance décalée, allant du quotidien des petites gens à celui de gros bonnets, les critiquant tous avec un humour décapant. L'histoire n'est pas sans rappeler étrangement &lt;i&gt;Les enfants de paradis de&lt;/i&gt; Carné . Il y réside ce même goût pour un monde d'artistes (ici le cinéma, dans l'autre, le théâtre), cette fascination autour d'une femme charmante malgré son statut, et surtout l'ascension de cette dernière, finalement entretenue par un milliardaire américain, tout comme Garance. Les personnages secondaires rappellent même certains traits de ceux du film de Carné : le cameraman fou amoureux de la vendeuse possède ce même visage romantique que Jean-Louis Barrault ; le comptable et le réalisateur présentent des aspects de Frédérick Lemaître, sa pédanterie et sa grandiloquence... Mais, à l'inverse de Carné, l'histoire est pleine de cynisme à l'égard du milieu qu'il visite, posant un regard incroyable sur le monde du cinéma, qu'il présente comme très hiérarchique et sévère. Les scènes de tournage montrent la tyrannie exercée par le réalisateur et l'agitation infernale sur le plateau. Par ailleurs, la mise en abîme est brillamment soutenue, à travers une scène très célèbre de suicide raté d'un mannequin. Les acteurs sont charmants, les plus grimaçants et insupportables étant les meilleurs. Je tiens également à signaler la qualité de la bande-sonore qui sait respecter totalement le ton du film et même accentuer son humour, comme lors d'une scène chantée grotesquement par le comptable.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/01/00/1144282677.jpg&quot; id=&quot;media-2114697&quot; alt=&quot;pelech1.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-2114697&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Enfin, quelques uns eurent la chance de voir trois films d'Artavadz Pelechian, ciné-poète russe considéré comme l'héritier des cinéastes soviétiques. Malgré tout, ces longs «&amp;nbsp;courts-métrages&amp;nbsp;» (deux de trente minutes et un de cinquante) furent présentés sans interruption ou pause, ne permettant pas de savourer pleinement la beauté des images ni de se reposer de la musique, très forte. Certes influencé par Eisenstein ou Vertov, Pelechian va cependant plus loin dans l'obsession d'une image ou l'utilisation du montage. Il diffuse tout d'abord toutes les valeurs de sa culture arménienne dans ses films, transmet ses angoisses face à la rapidité de l'évolution du monde, autant au niveau créatif que destructif. Plus qu'un poème, ces images et leur montage sont des chorégraphies. Dans les deux premiers longs-métrages, &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; et&lt;img src=&quot;http://lysao.hautetfort.com/media/00/02/60040421.jpg&quot; id=&quot;media-2114698&quot; alt=&quot;pelech2.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; name=&quot;media-2114698&quot; /&gt; &lt;i&gt;Les saisons,&lt;/i&gt; il retranscrit une tranche de vie pure de sa culture et des visages typiques. &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt;, particulièrement, est porté par une profonde spiritualité, par ces zooms sur les montagnes découpées. La foule joue aussi un rôle essentiel : mouvements fluides et multiples, notamment la scène d'embrassades la plus incroyablement vraie et chaleureuse. Dans &lt;i&gt;Les saisons&lt;/i&gt;, c'est la chorégraphie de ce mouton et ce berger sous la violence d'une cascade d'eau, de ces tas de foin qui dévalent une pente qui fascinent et s'imposent à l'écran. La bande sonore donne un pouls, une résonance de sons de cette culture, brassant bribes de conversations ou chants religieux. Le montage n'évite pas la répétition par l'inversion des images, créant un rythme obsédant, proche de la musicalité poétique. Le dernier long-métrage diffère des deux autres : plus que les êtres humains, ce sont les machines et leurs monstrueux effets sur notre siècle qui imposent leur danse. Alors que la clarté et force des images de &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Saisons&lt;/i&gt; relevaient d'une pureté spirituelle et profondément arménienne, elles sont ici celles de la destruction d'un horizon, rendant l'écran presque immaculé. Le montage effréné et les musiques répétitives font de ce film un constat obsessionnel de notre tendance à détruire nos propres créations, avec un éclat quasi-esthétique.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En dépit de toutes les appréhensions et même de l'angoisse de s'endormir face à des copies muettes, les films soviétiques furent globalement les plus passionnants de ce festival, grâce à la sélection éclectique et aux conférences de qualité.&lt;/p&gt;
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