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Lysao - Page 5

  • Demolition

    Une expression du deuil

     

    DEMOLITION – Jean-Marc Vallée

    Après Dallas Buyers Club, Demolition confirme le style ambigu, mais néanmoins intriguant de Jean-Marc Vallée. Celui-ci propose une cinématographie prise entre deux feux : ceux de tics hollywoodiens, notamment dans l'écriture psychologique de ses personnages, et ceux d'une singularité thématique et rythmique. Plus que les variations sur le deuil vécues par le personnage de Demolition, le véritable intérêt du film réside dans cet entredeux là, d'un équilibre parfois précaire, et parfois fascinant.

     

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  • Sunset Song

    Destin d'une Ecossaise

     

    SUNSET SONG – Terence Davies

    Après Of Time and The City et The Deep Blue Sea, Terence Davies continue son chemin britannique en s'attachant à l'héroïne patriotique traversant la Première Guerre Mondiale en Ecosse. La sensibilité du cinéaste se retrouve dans les images très inspirées de peinture et les voix qui s'accrochent aux fragments de la vie écoulée. Pour autant, Sunset Song ne porte pas le souffle mélodramatique des précédents et ne séduit guère.

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  • Février 2015 au cinéma

     FÉVRIER 2015 AU CINÉMA

     

    MERCI PATRON ! – François Ruffin

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    Il faut dire que le film de François Ruffin tombe à point nommé, sortant peu de temps avant la lancée de la loi Travail, qui bataille en ce moment même par les nuits debout, les manifestations et les occupations de milieux culturels (dont la Cinémathèque tout dernièrement). Difficile dès lors de prendre du recul face à ce documentaire, qui souffre de quelques défauts mais qui pourtant se révèle vite jubilatoire.

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    Au final, le film soulève plus d'enjeu en-delà de sa construction, au final intelligente, bien menée, mais pas nécessairement révolutionnaire. En revanche, sa présence actuelle sur les écrans français l'est, révolutionnaire. En gommant les nuances et en proposant une simplification enlevée et joyeuse de cette « arnaque » locale, Merci Patron ! réussit paradoxalement son pari de divertir en interrogeant plusieurs strates, qu'elles soient cinématographiques ou politiques. La première, c'est celle qui concerne le rapport à la comédie ; car où était-il donc passé, parmi les nombreuses réalisations nationales qui choisissent, lorsqu'elles s'emparent d'un contexte social en crise ou d'un engagement, privilégient le drame ? La carte de la naïveté de Ruffin amuse et décontracte face à l'idée d'une pratique concrète de l'engagement sur le terrain, et ce, de manière moins lourde qu'un Michael Moore. Si l'opportunisme de Ruffin charme en général, il peut parfois gagner certaines limites, par exemple dans son souci de vulgarisation appuyée, ou de comparaison avec un Robin des bois moderne. Ce sont plutôt les réactions du couple qui s'engage dans l'arnaque qui révèle tout le potentiel comique du film, et par-là un optimisme frappant, par leur réactivité et le mordant de leurs répliques.

    Ensuite, Merci Patron ! remet à jour le genre du documentaire bricolé, qui s'était un peu perdu de vue, ou alors privilégié dans les manifestations documentaires. Ce genre devient ici vecteur de réunion dans les salles mais aussi d'inscription du film dans un processus qui dépasse la projection. Le documentaire de Ruffin participe ainsi de ces éléments médiatiques viraux qui surgissent à l'heure de cette année agitée, en quête de cris de révolte. Et devient ainsi une arme à double-tranchant comme les nombreux JeSuisCharlie et Nuit Debout : tout en parvenant à réunir sous des symboles et cristalliser les angoisses en manifestations populaires, il prend ce risque de limiter le discours et de peut-être subvertir toute réflexion.

     

    STEVE JOBS – Danny Boyle

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    L'originalité de Steve Jobs tient dans l'explosion du canevas du biopic au sens traditionnel du terme. Evidemment, le brio de l'écriture d'Aaron Sorkin contribue pour beaucoup au dynamisme virevoltant du film, où le refus, au scénario, d'une chronologie complète, au profit d'une division en trois scènes rejouées à différents âges de Jobs, surprend et permet la complexité du portrait.

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    D'une présentation à l'autre, Steve vieillit, ses collègues et adversaires aussi, et l'écart des années révèle des erreurs, des dérapages et des disputes dans cette carrière. Entretemps, le montage intercale quelques flashbacks nécessaires à la compréhension, mais pas forcément à la construction du film. Car ce qui fonctionne dans cette approche elliptique du personnage, c'est bel et bien les zones absentes, qui font jaillir cette question : que s'est-il donc passé, entre ces années, pour que Steve Jobs devienne tour-à-tour un opportuniste colérique, un angoissé névrotique, et un machiavélique calculateur ? Ce glissement mystérieux du personnage fait pertinemment son obscurité, d'où ressortent une folie et une mégalomanie moteurs. Les seconds rôles – notamment Kate Winslet, toujours aussi subtile – font ressortir les saillies qui craquent, ou ce qui se passe en coulisses alors que les foules accourent pour applaudir le génie technologique. Quant à la réalisation de Danny Boyle, ce qui constituait les défauts grinçants et voyants d'un Slumdog Millionnaire devient ici un formidable tremplin aux changements caractériels de Jobs.

    Dans ce cas, pourquoi Danny Boyle, sur les dernières secondes de son film, décide-t-il de rattraper un personnage aussi brillamment nimbé de controverses ? Le final passe du côté de ceux qui acclament Steve Jobs dans les grandes salles, alors qu'il s'attardait dans les coulisses auparavant, se confrontant à des enjeux bien plus grands que la célébration du génie.

     

    SPOTLIGHT – Tom MacCarthy

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    Cousin contemporain des Hommes du Président, Spotlight manque néanmoins d'un peu d'étoffe. Si le scénario est brillant, le suspense mené avec élégance et le parti pris évidemment fort louable, convainc moins une réalisation très lisse, jouant dans la sobriété et ces fameuses teintes grises qui accompagnent chaque fait divers porté à l'écran aux États-Unis.

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    Ce qui déçoit dans Spotlight est cette construction attendue d'un film qui se veut efficace, capable d'égrener peu à peu ses révélations et de conforter dans sa dénonciation. Est remarquable dans un premier temps la rigueur de la recherche, qui n'épargne pas l'Eglise Catholique ; mais le fait avec suffisamment de subtilité pour que le portrait laisse place autant l'effroi qu'à la volonté de comprendre ce qu'il s'est réellement passé. En cela contraste la liberté de parole de nombreux témoins, qui racontent les pires sévices subis ; face à des pouvoirs de la société indifférents, ne percutant (ou ne voulant pas percuter ?) pas de la gravité de ces témoignages. Le non-dit est en ce sens un non-dit ne correspondant pas au tabou caché : les agissements sont là, les témoignages persistent mais la révélation de tels abus ne trouve pas d'écho. Le rôle de la presse apparaît ainsi comme celui qui alerte et rend justice.

    L'équipe du journal est cependant parfois définie par des stéréotypes et des tics d'écriture propres à ce type de personnage. Le point féminin unique qu'est Rachel MacAdams est certes attachant, mais révèle peu de personnalité. Michael Keaton est bon, mais non surprenant, de même que John Slattery et Stanley Tucci qui apportent leurs partitions de jeu classiques. Le personnage de l'avocat joué par Tucci ne paraît en outre guère étoffé, comme si tout son potentiel ne devait pas surgir. Au final, les protagonistes les plus surprenants sont ceux qui amènent les saillies les plus émotionnelles du film : Liev Schreiber comme rédacteur en chef enflammé sous sa discrétion, hésitant dans son engagement ; et Mark Ruffalo en sensible journaliste, dérouté par la puissance de l'Eglise.

     

     

    LA TOUR DE CONTROLE INFERNALE – Eric Judor

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    On ne saisit guère l'intérêt d'une « suite » - ou exactement d'un prequel – à la Tour Montparnasse Infernale de 2001. Si ce dernier réalisait l'hilarité, c'était bel et bien parce qu'il était porté par un humour de l'époque, où l'absurdité jusqu'au-boutisme parachevait les succès des Robin des Bois, Jamel et autres. La création de Seuls Two et de Steak étaient ensuite des paris plus ambitieux pour duo de comiques, leur permettant d'affiner le tandem tout en jouant avec des propositions cinématographiques particulières.

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    Ici, La Tour de contrôle infernale n'est qu'une pâle ombre de La Tour Montparnasse infernale. Le principe est le même, traîner les deux gaillards au beau milieu d'un complot de gangsters, et dont la maladresse finira par les sauver du désastre. En outre est repris le jeu de chat et souris dans un même lieu, entre les différents étages, du plafond à la terre ferme. Mais cette répétition s'essouffle vite, et mise même sur un humour plus voyant et physique (Katerine qui bute ses hommes sans prévenir, les mains de Ramzy qui se dégonflent). Les dialogues absurdes entre les deux comédiens existent peu, notamment parce que l'un des deux, Ramzy, semble d'emblée fatiguée par la parade...

    L'élément extérieur convoqué, celui de notre époque contemporaine, devrait vivre en la présence de Philippe Katerine, qui joue un antagoniste grinçant et entêté. Faire vivre sa caricature de personnage des années 1980 avec ses grimaces typiques de 2010, autant que confronter Katerine à un duo représentant la quintessence comique de la télévision de 1990, a de quoi tenir du périlleux exercice entre les époques et les esprits. L'échafaudage, s'il ne s'effondre pas par terre, ne comporte pas d'escaliers entre ses différents intervenants. La magie du contraste entre Katerine et Eric & Ramzy, que l'on aurait pu rêver, n'existe donc pas.

     

    TOUT EN HAUT DU MONDE – Rémi Chayé

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    Beau pari, Tout en haut du monde maintient le spectaculaire du voyage épique allié à une réalisation sage mais maîtrisé de l'animation. Moins expérimental que Phantom Boy, le film de Rémi Chayé y ressemble dans cette ambition de l'aventure adaptée au grand public. Y manque cependant une touche plus profonde pour atteindre l'émerveillement.

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    Tout en haut du monde joue sur un imaginaire précis, celui des voyages en Antarctique, des grands explorateurs d'un siècle passé, aux instruments de mesure brillants et aux navires majestueux mais fragiles. L'esthétique du film se construit par-là, préférant des teintes épurées, des lignes fines et des formes simples pour laisser l'imagination l'emporter sur des aplats neigeux et des coques fendant la glace. Elle confirme le style graphique d'une majeure partie de la production française, à l'opposé du style américain, qui s'inspire des illustrations jeunesse actuelle. La simplicité est donnée, afin de gagner sur des enjeux moraux plus importants et d'accéder plus directement aux émotions de l'histoire. Là est principalement le défaut de Tout en haut du monde, valable aussi pour nombreuses autres créations des studios français comme Folimage, à savoir que cette esthétique rabat parfois aussi le propos à la simplicité. Si l'émotion est directe et le mouvement du voyage et de ses drames légers, à peine trempés dans la gravité, le film n'emporte guère plus loin que ce qu'il promet. Manque à Tout en haut du monde un soupçon de risque, ou de trouble dans ses personnages – tout de même fort stéréotypés, entre la jeune fille aventureuse, son compagnon naïf mais pimpant, les deux frères aux caractères opposés en conflit, l'aubergiste matronne bonne vivante, des choix à l'influence miyazakienne fort trop évidente... Quand l'animation française, derrière ses planches douces et ses recherches de fluidité lisse, affrontera-t-elle réellement, avec plus de personnalité et loin du souci de convenir à un large public familial, ce qu'elle souhaite porter à l'écran ?

     

  • Zootopie

    L'entrée dans la modernité

     

    ZOOTOPIE (ZOOTOPIA) – Byron Howard et Rich Moore

    Quelques jours avant de découvrir ce Metropolis pour jeune public, une connaissance, fine chercheuse en animation, m'avait souligné combien il était inutile de réaffirmer, à l'heure des productions actuelles, la distinction entre les studios Pixar et Disney. Zootopie confirma ses propos, par son intelligence déployée prouvant que la distinction ne valait plus.

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  • 45 ans

    Une femme et ses années

     

    45 ANS – Andrew Haigh

    Avec grande subtilité, Andrew Haigh dresse un saisissant portrait de femme qui n'exclut pas les spectateurs dans une lecture unifiée du couple. En quelques jours et quelques scènes, le cinéaste approche la complexe situation qui se dresse entre un homme et une femme sensés se connaître depuis longtemps. Et la sobriété de la mise en scène et de l'écriture n'empêchent pas l'émotion d'émerger, notamment parce qu'elle est soutenue par l'interprétation bouleversante de Charlotte Rampling.

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