03.04.2009
Frank Capra
Tryptique FRANK CAPRA : It happened one night (New-York-Miami) / Meet John Doe (L'homme de la rue) / A hole in the head
En réalité, je découvris successivement quatre films du populaire réalisateur américain, le dernier étant le trop culte et gonflant It's a wonderful life, pourtant beaucoup représentatif du style de Capra et manquant cruellement de subtilité dans l'intrigue, finissant sur un happy end dégoulinant de bons sentiments. Mais Frank Capra ne se limite heureusement pas au film des veilles de Noël, ayant composé une oeuvre magistrale et toujours prête à s'interroger sur la condition sociale des individus, ayant lui-même vécu son enfance dans la pauvreté. Ces films reflètent cette difficulté de sortir de son statut face à une menace et des antagonistes vivant dans le luxe et le profit, tout en conservant une réalisation académique agréable.



Cette note n'était pas, bien sûr, une entière critique de ses films de Capra. Certains aspects sont encore nombreux dans son oeuvre. Mais elle s'appuie sur une maîtrise formidable d'une cohérence du scénario, du découpage et des personnages, toujours traités de manière humaine avec cependant une amertume en arrière-plan sur la difficulté sociale en Amérique.

22:12 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.03.2009
Harvey Milk
L'optimisme d'Harvey
HARVEY MILK – Gus Van Sant

Après sa trilogie sur la mort (Gerry – Elephant – Last Days), Gus Van Sant retourne à un registre plus populaire, s'entourant d'acteurs plus réputés et expérimentés et d'une production pour le moins confortable, mais s'attachant cependant à un de ses thèmes favoris, ayant traversé en filigrane toute son œuvre précédente pour finalement se cristalliser en ce film-hommage. Harvey Milk raconte évidemment la vie d'Harvey Milk, figure militante presque mythique dans le combat pour les droits des homosexuels aux États-Unis et dont le souvenir ne dem
andait qu'à être ravivé.
Harvey Milk est ainsi plus un film-hommage qu'un simple biopic, et reste évidemment très engagé. Gus Van Sant traite son sujet avec une belle sincérité, s'appuyant sur une réalisation et un montage dynamique, entouré d'acteurs excellents et complices et voulant toujours émouvoir. Ce choix de faire un film populaire, en rupture avec ses précédentes expériences plus particulières et étranges, vise à ratisser le plus large public possible et n'en fausse pas la qualité du film, le rendant plus frais et réjouissant. En effet, ce film est agréable par sa belle énergie et la prouesse de ne jamais ennuyer, caractère inépuisable et optimiste à l'image de la figure qu'il érige d'Harvey Milk.
Le processus reste néanmoins classique. Le récit est un flash-back, s'appuyant sur la confession du député, quelques instants avant sa mort, assis sereinement à sa table de cuisine, en costume, grave face au récit de son expérience. Ce début, surprenant par ce calme et ce sérieux, installe légèrement le récit, annonçant d'avance la mort du personnage. Mais Gus Van Sant ne s'intéresse pas aux faits, juste au personnage et à ses actions, lui permettant d'aborder ses thèmes habituels et d'y adapter ses propres effets cinématographiques. Dès l'évocation des premiers souvenirs, cette présence de la mort s'estompe totalement et ce, jusqu'à la fin. Du premier amant fidèle, avec lequel il a érigé le petit commerce, Castro Camera, qui allait devenir le rendez-vous des gays du coin, jusqu'à son assassinat par un rival jaloux de sa popularité, Harvey Milk relate tous les éléments qui l'ont mené aux progrès de la reconnaissance du choix de vie de sa communauté.
Le film s'appuie sur un montage d'un dynamisme époustouflant. A peine âgé de quarante ans, le futur député, accompagné de Scott vit les premières années de son projet en pleine effervescence, s'exposant en public au gré des regards, s'exerçant à l'humour qui allait le rendre populaire, recherchant des soutiens en accostant les passants au passage ou en les provoquant. Toute cette première partie décrit le vent de folie et liberté qui marque les seventies, accompagnée de musiques rock et de longs cheveux et barbes, marquée par le marché discret de la drogue et la provocation facile. La caméra virevolte d'un plan à l'autre, d'une idée à l'autre. La proposition de se présenter aux premières élections du coin arrive de manière futile, presque allusive, à l'image de cette liberté sans entraves et sans limites. Affluent peu à peu de nouveaux personnages, qui allaient constituer les alliés obstinés et optimistes d'Harvey Milk. Cette esprit de camaraderie, qui prête à sourire, rappelle celui des prostitué(e)s dans les cafés de My own private Idaho. Son efficacité et le dynamisme qu'il insuffle sont également dûs à la formidable complicité qui lie tous les acteurs professionnels, autant à l'aise dans ces rôles de marginaux que d'autres précédents plus classiques.
De même, ralliant cette idée de popularité, le film fait la part belle aux scènes de foule. Harvey Milk et ses partisans organisent de multiples manifestations à l'improviste, par exemple face à la mise en place de la Proposition 6, atteignant aux droits des homosexuels, vidant les bars dans un esprit d'agitation délirante. Gus van Sant filme ces scènes avec force, nous incluant dans ce groupe révolté et utilisant toujours un travail excellent sur les sons de foule, les slogans se mêlant les uns aux autres et d'où émerge finalement la voix passionnée de Milk. A l'inverse, le film dresse également un portrait intimiste de la vie de couple du personnage. A la fois simples et extrêmement mesurées (le départ de Scottie ; la conversation amoureuse finale au téléphone à l'aurore), ces scènes sont d'une émotion pure et sincère, grâce à la mise en scène souple, qui encadre toujours les personnages avec un regard tendre et la direction des acteurs. Emotion simple et efficace, que l'on retrouve dans la quasi-totalité des meilleurs films de Van Sant, tels le baiser futile donné à John dans un gymnase désert ou celui crispé sous la douche des deux futurs tueurs dans Elephant.

Mais ce sont les séquences, rares mais intenses, de menace qui rappellent le mieux le style du réalisateur. Certes, Gus Van Sant a privilégié une atmosphère légère, dynamique et optimiste pour Harvey Milk, mais la présence obsédante de la mort et de la violence reste présente. Discrète, elle apparaît progressivement et contraste avec un effet de mise en scène plus audacieux et expérimental que le reste, ample et classique, du film. Le quartier créé par Harvey n'est par exemple pas à l'abri des répressions sanglantes des forces de l'ordre. Si les premières scènes de cette violence restent relativement prudentes, la tension autour du danger que représente l'élection du personnage s'accroît. Peu à peu, le film glisse des sous-entendus angoissants, préférant illustrer par des indices plutôt que par la violence concrète l'homophobie anonyme. Un verre de lunettes brisées (clin d'oeil à Strangers on a train d'Hitchcock, d'autant plus que Van Sant a réalisé le remake de Psycho) où se reflète la conversation crispée d'Harvey avec un policier ; un dessin grossier et sanguinaire à l'encontre de la sexualité du député ; les post-it angoissés de son second amant avant le suicide..., ces indices, tout en s'effaçant derrière la bonne humeur générale, mènent finalement au drame, l'assassinat de Milk.

Cette scène clé du film est traitée avec brio. Évitant le manichéisme, Van Sant nous dresse un portrait saisissant et tout en nuances de ce rival Dan White qui assassina son héros par jalousie. Tout comme celui porté sur les jeunes lycéens d'Elephant ou sur le skateur dans Paranoïd Park, son regard est sans jugement, cherchant à comprendre et nous dressant seulement les faits, ne condamnant pas le personnage. La séquence de l'assassinat est le pendant d'Elephant, suivant au millimètre près, mais sans parvenir à percer sa surface, la nuque de White dans les couloirs inquiétants du Sénat tandis qu'il effectue calmement son plan. Néanmoins, le film se clôt sur un message d'espoir que certains pourraient juger excessif mais que je trouve personnellement bien réconfortant parmi tous les drames et histoires noires qui envahissent nos écrans.

Harvey Milk, comme je l'entendais tout du long de la critique, comporte une pléiade d'acteurs au plus haut niveau. Autour du personnage s'agitent Emile Hirsch (bien plus convaincant que dans Into the wild) survolté et enthousiaste, Alison Pill énergique et agréable, Lucas Grabeel toujours à l'affût d'une photographie, Kelvin Yu mathématicien, Diego Luna fou à lier. Mais les trois plus impressionnants restent Josh Brolin, très nuancé et délicat dans ce rôle difficile ; James Franco qui trouve, après avoir été la classique figure du meilleur ami jaloux mais au bon coeur dans les Spiderman, enfin un rôle à sa mesure. Tout en douceur et rudesse, il interprète un Scott plein de charme. Enfin, le plus beau rôle du film est évidemment l'oscarisé Sean Penn pour son interprétation d'Harvey Milk, irrésistible en un homme dévoué et tendre.

Harvey Milk, a priori tourné vers des fins plus populaires, reste néanmoins un nouvel exemple du style efficace de Gus Van Sant. Totalement réjouissant, le film nous détaille l'histoire de cette figure marquante avec brio, fraîcheur et dynamisme, emporté par la musique légère de Danny Elfman. Un grand film à l'émotion subtile et sincère.
Autres films de Gus Van Sant : Mala Noche, My own private Idaho, Gerry, Elephant, Paranoïd Park
Autres films avec ou de Sean Penn : Into the wild, 21 Gramms, La ligne rouge

20:46 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15.03.2009
Of time and the city
Le poème
OF TIME AND THE CITY -Terence Davies

Après Les plages d'Agnès (cf critique), Of time and the city pose lui aussi la question de l'autobiographie, certes de manière moins évidente mais s'appuyant sur un principe singulier. A partir d'une importante base d'archives photos et vidéos, Terence Davies retrace le parcours de Liverpool des années 1940 à 1973, à travers les première années de sa jeunesse. Outre une expérience cinématographique impressionnante, Of time and the city est également une réflexion sur la vie de Liverpool, et en filigrane celle du cinéaste, avec peut-être quelques longueurs.
S'appuyant presque entièrement sur un montage massif de photographies, mais aussi de vidéos, le film réussit la prouesse de captiver durant une heure vingt grâce à la force de ce montage et de la composition des images choisies. Il oscille entre le simple témoignage documentaire et commun (vision du quotidien de l'époque, images d'une population ouvrière) et une force personnelle émanant de ces scènes figées. Chaque photographie comporte une force mystérieuse, renforcée par la bande sonore, dans leur composition, image du passé, de l'intime, du sentiment caché derrière les visages et les corps.

Alors que Varda faisait revivre le passé à partir de ce qu'il restait,retournant sur les lieux et recomposant avec le présent, Davies, à partir de documents iconographiques et vidéos, raconte certains souvenirs de sa jeunesse. Ces photographies et rares vidéos d'anonymes, ces enregistrements de voix inconnues ou d'actualité de l'époque, tout en nous plongeant dans une ambiance particulière, servent d'illustration aux événements vécus par Davies enfant. A partir de l'univers journalier, livrant un témoignage sur les transformations culturelles et démographiques de Liverpool, le cinéaste livre quelques aspects de son adolescence intime et difficile. Elevé selon une doctrine religieuse obscurantiste et sévère, le garçon se trouve fortement troublé et accablé face aux émois homosexuels, contraire à la loi de Dieu, qui l'agitent. Ce dilemme et la violence intérieur qui se produit chez le jeune adolescent est évoqué de manière subtile et forte.
Souvenirs d'une main chaleureusement posé et trop vite enlevée, fascination face aux combats de catcheurs, bouleversement face au film Victim avec Dirk Bogarde, les sentiments intimes se manifestent de manière furtive et lancinantes, ce qui fait leur violence sournoise. La domination de la religion est toujours présente, absorbant l'adolescent dans un déluge de prières, regrets, excuses face à la puissance des autels et statues de Saints, tous filmés en contre-plongée signifiant l'écrasement. Le choix de la musique est également importante dans l'évocation de ces souvenirs, profonde et déchirante, tout comme la voix grave et pénétrante de Davies.

Le film critique aussi la société anglaise et ses mutations. A travers des événements marquants, telle le couronnement luxueux et démesuré de la Reine, il dresse un portrait de l'Angleterre même dans son évolution. Mais Liverpool reste au centre de ses préoccupations. De manière toujours subtile, en passant par le montage photographie et la prédominance de la musique, Davies présente la dégradation du quartier, où les maisons, déjà miséreuses, se transforment en immeubles hideux et insalubres. Les enfants ne sortent plus dans les rues, désormais envahies par des jeunes gens errants et les communications de porte à porte se font plus rares. Le film exprime sans exagérer ou ressasser des clichés les effets de la société de consommation sur le quartier et la disparition d'une fraternité simple dans le quartier.
Of time and the city consacre une grande place aux enfants, de toutes générations. Héritiers de ce Liverpool et de son évolution, ils y évoluent, jouant insouciants dans les rues ou cours de récréation. Le film glorifie ces figures du passé et ce Liverpool ouvrier ayant insensiblement évolué vers un design plus moderne et terne. Si la première partie est passionnante par la force des images et l'austérité du récit, le défaut d'Of time and the city est peut-être cet éblouissement de Davies pour les images explorées. Le cinéaste semble se perdre dans les méandres de cette force visuelle et sonore, par cet afflux de souvenirs et en trouvant plus les mots pour raconter, préférant s'étendre en citations multiples correspondant à son sentiment. Oeuvre délicate, Of time and the city reste un beau poème cinématographique.

21:43 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23.02.2009
La bonne âme du se-tchouan
Les travestis
La bonne âme du Se-Tchouan
Une pièce de Bertold Brecht. Mise en scène d'Anne-Margrit Leclerc. Compagnie Théâtre du Jarnisy

Après l'émouvant Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce (cf critique), Anne-Margrit Leclerc met en scène une pièce de Bertold Brecht, passant à un registre plus comique et léger, s'entourant de la même pléiade de comédiens. La bonne âme du Se-Tchouan, derrière l'ambiance décalée des faubourgs chinois et l'apparence fabuliste, pose un regard lucide sur l'hypocrisie de chacun, s'avérant être une réflexion sur le fondement d'une identité, sur la part dévoilée ou au contraire masquée de chacun.
Dynamisé par une mise en scène fluide et une confiance entre la même troupe de comédiens, La bonne âme du Se-Tchouan, malgré sa longueur, est absolument réjouissant. Les scènes s'enchainent avec rapidité et efficacité, aérées par des intermèdes musicaux joyeux (principe déjà utilisé dans Juste la fin du monde, ce qui permettait de souffler entre les monologues difficiles et intenses des personnages de Lagarce) et un système d'étagères ingénieux. Ces sortes d'étagères à roulettes glissent avec légèreté sur le plateau, s'emboîtant, se séparant, changeant l'angle, se déplaçant pour présenter une nouvelle disposition propice au ton de chaque scène. Entretemps, les comédiens s'amusent avec leur rôle décalé, tous un peu détestables, ce qui fait leur réjouissance.
Outre la mise en scène agréable et intelligente, la réussite de cette pièce doit beaucoup aux excellentes interprétations et à l'admirable complicité qui règne entre ces comédiens, diffusant leur plaisir de jouer et d'interpréter de telles personnages réjouissants. Tout le monde, dans ce quartier du Se-Tchouan, comporte un défaut détestable, cache son jeu ou paraît excessif, simplement naïf (le porteur d'eau Wang) ou extrêmement calculateur (l'aviateur), excepté cette bonne âme qu'est Shen Té, une prostituée au cœur d'or. Shen Té qui, suite aux compliments de trois Dieux à la recherche de bonnes âmes, trouve l'occasion de recommencer une nouvelle vie en ouvrant une boutique de tabac grâce au financement de ses hôtes. La jeune fille devient rapidement convoitée, s'attirant tous les regards avides d'argent pour diverses raisons, et manipulée pour sa générosité naturelle. Derrière cette histoire ancrée dans une ambiance asiatique se glisse évidemment une forte satire sociale, où l'argent et le statut règnent et où l'honnêteté ne mène qu'à l'échec. Voyant l'hypocrisie ou la mauvaise foi constantes autour d'elle, Shen Té décide de se libérer et régler ses problèmes par l'art du travestissement, créent un cousin imaginaire qu'elle interprète.

(c) Stephane Mohamed
Entre Shen Té douce et docile et Shui Ta exigeant et méfiant, entre Dr Jekyll et Mr Hide, deux manières d'aborder les autres vont se définir et se lier, devenant progressivement plus dangereuses. Réflexion sur l'identité, La bonne âme du Se-Tchouan s'interroge sur la capacité d'un être humain de se dévoiler ou de cacher ses intentions, de se diviser entre franchise et mensonges, à travers l'emploi de la légèreté et d'une vivacité comique. Sortes de caricatures, les personnages s'interrogent, se répondent, se trompent, s'amusent ou s'opposent, formant cette comédie humaine que regardent avec nonchalance les trois Dieux, finalement pas si cléments que cela. Derrière cette manière de précipiter les événements et de tromper et détromper le spectateur sur la vrais face des personnages, Brecht dépeint une certaine cruauté humaine, incitant le spectateur à trouver sa propre conclusion face à une chute finale surprenante.
Tout comme je le signalais plus haut, l'intérêt de cette pièce s'impose notamment en raison d'interprétations excellentes. En utilisant huit comédiens pour incarner une vingtaine de rôles, Anne-Margrit Leclerc leur fait appliquer directement l'art du travestissement et chacun y excelle à sa manière. Evidemment, Stéphanie Farison, Shen Té-Shui Ta, est la plus impressionnante, se travestissant avec efficacité. Peu attractive en Shen Té, elle trouve une forme de classe virile avec Shui Ta, adoptant des postures dégageant un charme fou, le chapeau vissé sur sa tête, le regard fuyant, la main dans la bouche de son costume tandis que l'autre triture habilement un mouchoir sur son front ou ses lèvres. La prosodie de ses répliques s'en trouve également modifiée, langage vif et populaire de Shen Té contre mots choisis avec soin et scandé avec l'allure d'un conférencier.
Autour d'elle excellent Sylvie Amato, Nadine Ledru, Laetitia Pitz, Laurent Fraunié, Hervé Lang, Valéry Plancke, et Yves Thouvenel. La liste est nécessaire en raison de la qualité de chacun. Sylvie Amato, déjà pimpante en sœur de Louis dans Juste la fin du monde, est d'une drôlerie irrésistible en propriétaire chic et avare ou au contraire en Déesse légèrement sénile. Avec elle, Hervé Lang et Yves Thouvenel forment un trio de Dieux délirant, nonchalant et hagard, à la fois extrêmement malins ou d'une naïveté déconcertante. Laurent Fraunié, qui incarnait un Louis troublé et émouvant, est ici un porteur d'eau peu intelligent, personnage très sympathique mais incapable de discerner le vrai du faux, formant une passerelle entre les Dieux et les vivants. Ce comédien est par ailleurs le seul à ne pas "se travestir" en interprétant cet unique rôle, peut-être parce qu'il est le plus honnête face aux autres. Durant la noce, apogée dramatique de la pièce, il traverse l'espace vêtu de multiples costumes, s'exerçant soudain au maximum à cette pratique du travestissement, errant parmi les autres invités dévoilant au contraire leur vrai visage au fil de l'ivresse générale. Valéry Plancke, également dans Juste la fin du monde, compose de nouveau un rôle d'aviateur avec une force incroyable, notamment lors de son ivresse au cours d'un mariage raté (ce comédien incarne également avec brio l'un des deux rôles principaux dans l'adaptation théâtrale de La joueuse de Go, très récemment créée en Lorraine). Enfin, Nadine Ledru est d'un dynamisme réjouissant et Laeticia Pitz, agréable.
Une mise en scène remarquable viennent porter ces comédiens tout au long de la pièce. Agréable, énergique, ouvert à tous, La bonne âme du Se-Tchouan est remarquable.

(c) http://tgp-frouard.over-blog.com
20:29 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre du jarnisy, bonne âme du se tchouan, bertold brecht
18.02.2009
L'étrange histoire de Benjamin Button
Piégé par le temps
THE CURIOUS CASE OF BENJAMIN BUTTON – David Fincher

Après l'enquête Zodiac, David Fincher revient à un registre plus fantastique, s'inspirant d'une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald. The curious case of Benjamin Button s'attache à une vie unique en son genre, celle d'un homme naissant âgé et rajeunissant au fur et à mesure qu'il vieillit. Destin particulier, d'autant plus que l'homme tombe amoureux d'une femme, amie d'enfance, qui, elle, vieillit... un contraste intéressant s'ébauchait donc entre les deux amants, contraste bouleversé par le temps qui avance et recule à la fois, pouvant briser à tout moment l'idylle vécue. Malheureusement, The curious case of Benjamin Button ne répond pas à cette attente, se basant sur une histoire et des symboles basiques, en dépit d'une atmosphère des plus originales.


The curious case... est empli de décors oniriques aux ambiances spécifiques. Le lieu d'enfance de Benjamin, par exemple, est un curieux manoir, vieillissant à l'inverse de son locataire qui s'épanouit comme neuf. Lieu de passages, où se concrétise la marque de la mort, cette sorte de maison de retraite recueille des vies usées et en attente de la fin, que le jeune Benjamin observe tout en grandissant. A partir de là commence la morale du film, qui va s'étirer tout du long, contaminant la forme. Fincher, troublé par ses détails et ses effets spécieux impressionnants, en a oublié de travailler sur le fond, restant basé sur une banale et longue histoire d'amour aux rebondissements les moins surprenants. Tandis que les décors et la photographie s'avèrent somptueux, teintés de mystère et de charme, l'histoire reste figée dans la neutralité, appliquant des morales pompeuses dans les dialogues des personnages « Rien ne dure » ou « Des gens meurent et d 'autres prennent leur place », visant à traduire la conclusion épicurienne que retiennent les deux amants et appuyant cette idée du temps avec un symbolisme lourd. En effet, cette histoire de l'horloge, fabriqué par Mr Gateau lors de la première Guerre Mondiale, mesurant le temps à reculons ne fait qu'alourdir le propos.

L'un des problèmes du film réside dans le fait que l'idée de départ est trop exploitée. Le rajeunissement de cet homme, dès qu'il est admis par le spectateur, ne surprend plus par la suite. De même, la mort de chaque personnage rencontrée devient comme une évidence, un cycle qui se répèterait. Le film lui-même est pris dans cette idée du cycle formé par le temps, de la naissance à la vie, et ne laisse aucun échappatoire à ses personnages.
Certains sont par ailleurs plus traités que d'autres. Là réside un des autres problèmes du film. L'ensemble est trop riche, présentant une pléiade d'ambiances et d'aspects spécifiques à certains personnages : le pensionnat pour personnes âgées apaisant et sage pour Queenie, les bars enfumés et vulgaires et les tumultes des mers sombres pour le capitaine Mike, l'hôtel prestigieux et nocturne pour Elizabeth, les lieux mystiques et flamboyants pour les interprétations de Daisy... Le spectateur est submergé par de multiples univers auxquels il est difficile de s'habituer. Par exemple, la fabrique de boutons du père de Benjamin, sorte d'usine textile à la Willy Wonka, est à peine esquissée. En revanche, l'idée de commencer par un flash-back est totalement inutile car les retours au présent n'apportent généralement aucune information à l'histoire et brisent totalement la magie du passé.

Les interprétations sont convenables car les acteurs ne manquent évidemment pas de charme ni de talent. Fincher s'est entouré d'une pléiade d'acteurs américains renommés : Brad Pitt en Benjamin Button naïf et détaché ; Cate Blanchett en Daisy sensible et flamboyante ; Tilda Swinton toujours excellente dans ce discret mais efficace rôle d'amante passagère ; Elias Koteas mystérieux mais à l'apparition hélas trop succincte ; Taraji P. Henson dynamique...
Malheureusement, The curious case of Benjamin Button est, d'une part étouffé par la qualité de ses effets spéciaux et des décors splendides et vertigineux, d'autre part par son symbolisme du temps, au point de piéger les personnages et le film lui-même dans ce cycle logique.
19:12 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : l'étrange histoire de benjamin button, david fincher, brad pitt


