25.10.2009

En l'absence des hommes

En l’absence des hommes, Philippe Besson

Premier roman de Philippe Besson, En l’absence des hommes traite de trois personnages avec une grande sensibilité. Le thème central, comme dans beaucoup d’autres romans de Philippe Besson (son dernier, Un homme accidentel), est la découverte de l’homosexualité. Celle-ci est abordée de manière très forte, personnelle et surtout romantique. Car le roman est une histoire d’amour cachée et interdite, entre Vincent, adolescent à la recherche de sensations, et Arthur, soldat en permission. Par celui-ci est abordée la guerre, qui prend forme par les lettres envoyées du front ou encore par la détresse de la mère, unique et magnifique personnage féminin. Le titre repose sur la confrontation finale entre l’amant et le parent, deux qui ont connu l’intimité avec un même homme absent. Néanmoins, l’un des derniers thèmes qui couvre le livre est le domaine de la littérature, par le biais du personnage historique de Marcel Proust (référence de Besson qui se plaît à le citer dans ses interviews), incarnant un écrivain vieillissant et complétant le tableau des générations face au contexte de la guerre. Il s’oppose à la jeunesse spontanée et inexpérimentée de Vincent. Les deux personnalités se font face, se séduisent et échangent divers propos philosophiques, l’un restant nostalgique, l’autre s’enflammant rapidement. Cette opposition audacieuse réussit grâce à la qualité d’écriture de Besson, à la fois déchirée mais soignée, d’une forme conventionnelle et gracieuse mais pouvant brusquement partir dans un style épuré et enflammé, à l’image du dialogue entre les deux protagonistes. De plus, l’auteur mêle habilement focalisation interne, mettant de la distance vis-à-vis des autres personnages, semblant fantômes dans la vie de Vincent ; et une écriture épistolaire, qui épouse parfaitement les diverses personnalités, rééquilibrant l’ensemble. Car en l’absence des hommes, on écrit des lettres et c’est là où se livre la pensée la plus intime et la plus hésitante.

28.01.2009

Dardenne

Ouvrage sur les frères Dardenne :

L'ayant entraperçu dans une librairie avant de courir pour rattraper mon bus, je décidais de demander à Noël un magnifique ouvrage, du moins à vue d'oeil, sur les fameux frères belges cinéastes qui m'avaient bouleversée en trois films. Et je ne fus pas déçu. Conçu durant le tournage du Silence de Lorna (dont la critique ne devrait plus tarder), cet ouvrage, sous la direction de Jacqueline Aubenas, retrace tout l'itinéraire riche et passionnant des Dardenne. Des premiers cours d'art dramatique donnés par Armand Gatti aux premiers pas dans le documenatire, d'un premier long-métrage remarqué à la consécration que nous leur connaissons, le livre retrace avec précision et réflexion toutes ces années. Extrêmement documenté et agrémenté de magnifiques photographies, notamment des plateaux de tournage, il s'avère être également une oeuvre de réflexion, où se confrontent de multiples témoignages et regards passionants sur le travail des deux frères, mais aussi des analyses intéressantes sur leur cinéma ou un de leur film particulier. Il est également étonnant et enrichissant d'avoir un aperçu des premiers travaux des deux frères : vidéos documentaires, mise en scène, théâtre filmé, rencontres dans la zone industrielle de Liège..., rappelant leurs origines et l'impact d'un tel parcours sur leur manière de filmer et de concevoir le cinéma.

Concernant la mise en page, l'ouvrage est aéré, se découpant en séquences chronologiques, d'une étape fondatrice à une autre, et insérant de très belles photographies. Clair et riche, ce livre, tout simplement intitulé "Dardenne", se dévoile avec un réel plaisir, n'assouvissant jamais les pistes et restant ouvert sur la réflexion et l'interprétation.

12.11.2008

entre les murs (livre)

ENTRE LES MURS – François Bégaudeau :

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Alors que le film s'avérait être un véritable ravissement, le roman reste une grande déception. Racontant le quotidien de Bégaudeau enseignant dans un collège classé ZEP, Entre les murs s'appuie sur un style d'écriture peu travaillé. L'auteur tente de mixer le langage juvénile, oral à celui des classiques tournures françaises. Cependant, le langage courant prime tout au long du récit, s'appuyant sur quelques jeux de mots hasardeux et ne restituant pas la drôlerie des tournures de ces adolescents, la déformation que subit notre langue française (ce qui se retrouve en revanche dans la diction des élèves du film). Le style reste plat, certes facile à lire, rythmé mais manquant de force dans ses impulsions. Bégaudeau a voulu s'appuyer sur l'oral vif et scandé de ses élèves mais il n'en restitue pas le plus important, c'est à dire le dynamisme.

De plus, le plus déplaisant reste le portrait dressé de ce collège. Alors que le film respirait d'optimisme, le roman s'enlise dans les plaintes de ces professeurs, qui semblent n'éprouver aucun sentiment, aucun plaisir d'enseigner. De même, Bégaudeau dépeint en permanence son agacement intérieur face aux questions compromettantes posées par ses élèves. Ceux-ci sont systématiquement décrits par le biais de leur physique ou leur accoutrement (boucles d'oreille, slogans des Tee-shirts...) , comme s'ils n'étaient que des « figures caricaturées » de la jeunesse actuelle. Ces élèves, pour résumer grotesquement mon impression, semblent peu vivre sous la plume distante de Bégaudeau. Cette différence flagrante face au film prouve bien que ce dernier résulte de la vision de Laurent Cantet, et non celle de ce professeur, vision nettement plus audacieuse, optimiste, chaleureuse.

Autre critique : Entre les murs de Laurent Cantet

25.10.2008

Une nuit à Pompéi

Un ennui(t) sous les ruines

Alain Jaubert tente de reconstituer une atmosphère antique qui tombe rapidement en poussières.


UNE NUIT A POMPEI – Alain Jaubert :

Ancré aux alentours du Vésuve, le roman d’Alain Jaubert alterne souvenirs historiques et culturels d’Italie et une fiction érotique au cœur de Pompéi. Celle-ci regroupe trois personnages (un narrateur sexagénaire, une actrice britannique et une archéologue italienne spécialisée dans l’érotisme antique) qui, au cours d’une fête, se prêtent à de multiples « jeux » au travers des rues de la ville antique. Ce sujet semble a priori fidèle au créateur de la série de la série Palettes et de multiples documentaires sur les divers héritages artistiques de l’Histoire. Mais Une nuit à Pompéi s’avère être une mauvaise surprise littéraire.

L’un des rares points positifs du livre est la connaissance culturelle et historique dont fait preuve Alain Jaubert au travers de ses souvenirs ou de ses lectures sur Pompéi. Cependant, les faits sont souvent exposés dans un style d’écriture classique, tenant plus du documentaire et partageant rarement un point de vue personnel. De même, les nombreuses descriptions visuelles des paysages d’Italie se succèdent telles des photographies, figées dans l’espace et dont la seule animation reste l’afflux de touristes. Alain Jaubert dénonce par ailleurs cette dégradation de l’héritage antique par toute forme de corruption (tourisme, pollution due notamment aux substances illicites). Ce parti pris, pourtant intéressant, reste néanmoins peu exploré (la présence de la Camorra, par exemple, aurait pu se manifester davantage dans les quartiers aussi mouvementés de Naples). Si certains chapitres impressionnent, comme l’épisode des seringues, second revêtement de sol semblant naturel malgré sa dangerosité, l’écrivain capte néanmoins peu d’ambiance dans cette Italie, pourtant chargée de mystères. Il n’insuffle pas ou peu de vie à son tableau et se répand en de longues descriptions répétitives. La dimension informative et culturelle trouve ainsi rapidement ses limites, notamment en raison d’un style d’écriture n’apportant aucune émotion au lecteur, restant banal et froid.

A l’inverse, le narrateur jouit d’une palette de sensations découvertes durant cette « nuit ». En effet, tout un pan du livre est consacré aux péripéties sexuelles du personnage principal. Dès le chapitre concernant la visite du musée, le lecteur est immergé par un univers au premier abord surprenant, se caractérisant par la prédominance du sexe et ses dérivés sur toute forme d’art (sculptures, gravures, bas-reliefs…). Cependant, cette visite s’avère rapidement agaçante en raison du voyeurisme désagréable du narrateur vis-à-vis de l’archéologue, situant le spectateur à une place qui ne lui procure que le malaise. De plus, ce chapitre, de même que les scènes ultérieures, devient lassant et répétitif, multipliant les synonymes et les positions lascifs.

Le narrateur, un certain Alain, s’éprend ensuite pour deux jeunes femmes aux attraits semblant le satisfaire. Le trio se lie tout d’abord par les noms, Alain, Marina, Anna Maria, proches de l’anagramme par les nombreuses similitudes dans le choix des lettres. La lettre « a » unifie les trois, pouvant se relier au terme « antique ». L’ambition d’Alain Jaubert est d’ainsi communier ces quatre termes le temps d’une nuit. De même, la durée induit la notion d’un moment éphémère, où toutes les limites sont repoussées. Les trois personnages s‘ébattent en conséquent dans de multiples jeux sexuels pendant plus du tiers du récit. Les personnages féminins sont étrangement sous le charme de l’homme, n’hésitant pas à exhiber leurs attraits et à se dénuder, répondant à ses fantasmes inassouvis. Par leur obéissance joyeuse, les personnalités de ces deux femmes s’avèrent creuses et incompréhensibles. Quant au personnage principal, par son obsession constante des formes féminines, et non des caractères ou sentiments, peut fortement inquiéter et rend la lecture plus pénible, le lecteur n’ayant peu ou pas d’attache au travers des personnages.

La recherche permanente de sensations sexuelles, en dépit des émotions humaines, se manifeste également par un amalgame de descriptions et d’observations de plus en plus grotesques et scrupuleusement détaillées. Ces scènes dénuées d’intérêt manquent cruellement de sensualité. L’érotisme antique que Jaubert prétend reconstituer se transforme, par son style morne et obsessionnel, en une démonstration uniquement pornographique. Jean-Baptiste Del Amo avait su, avec Une éducation libertine, donner à ses rares scènes sexuelles une atmosphère âcre et fascinante dans les bas-fonds de Paris. Une nuit à Pompéi est loin de la cruauté sexuelle de l’Antiquité, où l’ambiguïté des rapports entre les individus se manifestait, certes par la sexualité, mais aussi par le rang social, la position politique ou les richesses.

Ce livre pose évidemment la question de la place du lecteur dans une œuvre littéraire. Doit-il se reconnaître, s’identifier afin d’adhérer à l’œuvre ? L’écriture d’Alain Jaubert peut maintenir à distance le lecteur, voire le repousser au vu de sa position vis-à-vis des actions de ses personnages. Mais son parti pris est défavorisé par un style d’écriture ne traduisant aucune émotion, loin de l’effet éphémère et saisissant que cherche à obtenir Jaubert dans ce court laps de temps qu’est « une nuit à Pompéi ». Celle-ci tombe en ruines dont le souvenir ne subsistera pas.


15.10.2008

Rencontre fnac

RENCONTRE FNAC:

Jean-Louis Fournier, Valentine Goby, Patrice Pluyette, Salim Bachi, Atiq Rahimi, Karin Tuil, Alain Jaubert

Aimablement organisée par la Fnac de Nancy (et notamment notre « tuteur » personnel, grand bonhomme au costume soigné et au sourire toujours éclatant), une rencontre réunissant 7 auteurs du Prix Goncourt se déroula ce lundi 13 octobre 2008 dans la salle de l’hôtel de ville. Etouffant et suant sous la chaleur écrasante, les auteurs ont tout de même répondu avec une enthousiasme parfois léger et méfiant aux questions de la centaine de lycéens qui lui faisait face. En effet, la disposition, similaire à celle d’une conférence de presse cannoise, n’avantageait pas un échange actif, de même que le trafic de micros qui s’opérait incessamment. Mais, grâce à ces petits détails anodins et d’autres maladresses, l’humour fut au rendez-vous.

goby.jpgCertains auteurs se démarquaient, n’hésitant pas à défendre leur parti pris avec passion, justifiant et expliquant leurs choix avec clarté et sincérité ; Ainsi, Valentine Goby, auteur du très beau Qui touche à mon corps, je le tue, rayonnait par sa présence et sa faculté de communication. Insistant sur le fait que son livre ne portait pas sur l’avortement, elle a démontré l’importance de la liberté de notre corps, ses limites et ses droits, corps qui s’apparente à notre identité. De même, la jeune femme a fortement défendu son style empreint de dureté (mais pas de noirceur comme certains l’affirment), en se basant sur une majestueuse citation de Louis Aragon : « Il n’y a pas de lumière sans ombre ».

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Outre cette forte présence féminine, un autre auteur a surpris les élèves, Jean-Louis Fournier avec son court roman Où on va papa ? . Restant fidèle à l’esprit de son livre, l’homme n’a pas lésiné sur les sous-entendus pleins d’humour amer, passant par une moquerie farouche pour mieux se tourner en dérision lui-même. Car son livre, s’il semble à première lecture cruel et cynique envers la société, n’est en réalité qu’une large démonstration d’autodérision, où Jean-Louis Fournier dévoile subtilement ses erreurs et ses doutes, utilisant cet humour comme « carapace ».

pluyette.jpgCes deux auteurs se démarquaient le plus, mais ne faisaient néanmoins pas d’ombre sur les autres, tout aussi questionnés avec curiosité. Ces auteurs définissaient mieux, par leur présence, l’esprit plus complexe ou subtil de leurs œuvres. Des élèves furent donc surpris par cette apparition en chair et en os d’un individu qui ne leur avait fait impression auparavant qu’avec des mots. Patrice Pluyette, ou La traversée du Mozambique par temps calme, semblait légèrement en décalage par rapport à la tripotée d’auteurs. Par exemple, il était le seul à oser se servir dans les coupoles atiqrahimi.jpgremplies de chamallows, au lieu d’écouter les propos de ses collègues, ou alors fixer le plafond d’un air vague, sursautant lors d’une question posée. Mais son esprit ludique et rêveur s’enflammait devant les lycéens. Autre personnalité surprenante : Atiq Rahimi, auteur afghan de Pierre de patience, incarnant une figure orientale inoubliable (cheveux longs mordorés, lunettes rectangulaires et traits tranchés), répondant d’une manière extrêmement belle et poétique, tout comme son écriture.

 

bachi.jpgSalim Bachi, ayant signé Le silence de Mahomet, représentait moins cet vision orientale, car il tenait des propos très tranchés sur son personnage, prouvant finalement que les 4 témoins qui dressent successivement son portrait prennent plus d’importance que la légende elle-même. Près de Rahimi se trouvait la seconde présence féminine de la rencontre, Karin Tuil. Celle-ci prenait également un ton très tuil.jpgaffirmé pour défendre La domination, mais ses propos sont restés très convaincue, définissant les thèmes lui étant chers, comme brouiller les pistes ou les identités. Enfin, Alain Jaubert dit quelques mots pour défendre sa nuit à Pompéi, mais l’ayant personnellement détesté, je ne m’y attarderais pas…

Bref, une rencontre sans tensions, mais malgré tout trop courte. On peut toutefois déplorer l’impressionnante politesse du cameraman de France 3, se plaçant juste devant les auteurs de manière à empêcher toute communication à visage découvert…Heureusement, il restait la séance de dédicaces…

11.10.2008

la ou les tigres sont chez eux

Trafic(s) à l’amazonienne

LA OU LES TIGRES SONT CHEZ EUX – Jean-Marie Blas de Roblès – éd Zulma

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Enfin, je suis venue à bout de l’un des deux pavés de la sélection, mais non sans plaisir. Là où les tigres sont chez eux brasse les destins plus ou moins reliés de plusieurs protagonistes, s’échelonnant sur toutes les classes sociales et nationalités. Reliant tous ces destins de manière philosophique, un manuscrit du XVIIème siècle de Caspar Schott à propos de son maître, l’érudit Athanase Kircher, est le point central du roman, dont la traduction est décryptée au fil des chapitres par le personnage d’Eléazard. Une vision du XVIIème, à travers la personnalité impressionnante de Kircher, où progressent à grands pas les recherches scientifiques, mais aussi la dévotion religieuse, s’oppose au contexte social alarmant du Brésil, terre noyée entre les favelas, la forêt amazonienne, les demeures luxueuses et les plages paradisiaques.

De la jeunesse insouciante aux générations dominant économiquement et politiquement le pays, toutes les situations sont décrites par le biais de personnages hauts en couleur, plus ou moins attachants, plus ou moins riches d’émotions. Les aventures dépeintes ne sont pas embellies par la qualité de l’écriture, tirant le personnage jusqu’à être dépouillé de toute apparence, de tout contrôle, dévoilant progressivement es faiblesses et ses désirs. Ceux-ci sont souvent entravés, corrompues par le pouvoir de l’argent, la misère, la drogue, le sexe, la violence ou la religion. Seul Eléazard échappe à tous ces vices, entravé qu’il est à la traduction d’Athanase Kircher (ou encore le docteur Euclides, mais ce personnage représente une sorte de supériorité par rapport aux autres, une sagesse dans l’expérience).

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Loredana ne vit qu’aux dépens de sa maladie, Moreira à celui de sa puissance, Carlotta à celui de son fils, Moéma à la drogue, Nelson à celui de son assassinat… Chacun s’enfonce un peu plus dans sa misère, son destin, entraîné irrémédiablement face aux épreuves. De même, le paysage joue un rôle moteur dans cette mise à nu : forêt féroce de mystères, d’humidité et d’insectes voraces affaiblissant les 5 chercheurs, favelas pauvres et colorés parcourus par Nelson, demeure luxueuse où se jouent le déchirement du couple Moreira, appartement farfelu inspirant ou agaçant Eléazard…

De plus, le choc des cultures présent au Brésil fait écho aux découvertes d’Athanase face aux nationalités ethniques qu’il rencontre. Le récit d’aventure se mêle à une philosophie précise et parfois trop complexe. Le récit d’Athanase Kircher mêle habilement fiction et réalité, mais nécessite une forte concentration et de nombreuses références, sans pour autant être pompeux ou inaccessible. Aux multiples hypothèses ethnologiques, scientifiques, historiques, archéologiques ou linguistiques du savant se répondent les épreuves imposées aux personnages, rencontres, errances, peines d’amour, chutes financières, violences…

En résulte une grande fresque, tendue d’un chapitre à l’autre, mais nécessitant du temps à dépenser en lecture. Le style reste irréprochable, philosophique et acerbe à souhait.

Collura

LES ENQUETES DU COMMMISSAIRE COLLURA – Andrea Camilleri

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Parcouru en vingt minutes avant d’attaquer le prix Goncourt, ces nouvelles se déroulent selon le principe du huis clos sur un bateau de plaisance. Certes, nous sommes loin des aventures truculentes du ronchon Dottore Montalbano. L’écriture s’avère moins drôle et acerbe que les enquêtes du commissaire Montalbano, mais celles de Collura n’en sont pas moins charmantes et agréables, d’une accessibilité sympathique. Pour des enfants trop jeunes pour découvrir les cadavres crûment décrits et les méthodes pas très catholiques de Montalbana, c’est préférable.

09.10.2008

Prix goncourt lycéens

Prix Goncourt des Lycéens

Alors que certains se perdent dans les méandres mathématiques ou physiques, alors que d’autres dissertent aux petits oignons, certains (plus rares) sont débordés par les livres de la rentrée littéraire. Ma classe faisant partie cette année du prix Goncourt des Lycéens, commencé depuis un bon petit mois intensif, il serait temps que j’y fasse un peu allusion, entre mes nombreux articles de cinéma. J’en préviens les surfeurs et les (quelques) fidèles : la cadence des critiques cinématographiques du mois risque de fortement chuter… Au profit de critiques littéraires, voire analyses d’un coup de cœur.

Ayant gagné le jackpot (15 livres en deux mois, dont deux pavés de 800 pages), une classe du lycée Henri Poincaré s’amuse ainsi à s’écharper sur certains livres, en conseiller d’autres, à tournant les pages de l’un avec un profond agacement ou à en brandir un autre les yeux pétillants ; bref, toute cette ribambelle de lycéennes (et lycéens, ils restent présents en L) organisant des rendez-vous quotidiens au CDI du lycée, transformé en salle de débat, parfois un peu trop bruyant pour les documentalistes.

Cependant, il est parfois dur, difficile de finir certains livres, parfois très exécrables, arrachant le plaisir pour imposer brutalement la corvée. Mais l’expérience est de taille et le défi se doit d’être relevé, chacun à sa cadence, selon ses envies, à son rythme de digestion, sans pour autant s’abstenir de repas.

La liste est, brièvement :

Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard)

Le Silence de Mahomet de Salim Bachi (Gallimard)

Le Rêve de Machiavel de Christophe Bataille (Grasset)

C'était notre terre de Mathieu Belezi (Albin Michel)

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès (éd. Zulma)

Un brillant avenir de Catherine Cusset (Gallimard)

Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier (Stock)

Qui touche à mon corps je le tue de Valentine Goby (Gallimard)

Une nuit à Pompéi d'Alain Jaubert (Gallimard)

La beauté du monde de Michel Le Bris (Grasset)

Jour de souffrance de Catherine Millet (Flammarion)

La Traversée du Mozambique par temps calme de Patrice Pluyette (Seuil)

Syngué Sabour d'Atiq Rahimi (POL)

Un chasseur de lions d'Olivier Rolin (Seuil)

La domination , de Karine Tuil (Grasset)

 

Voici l'adresse du blog du Goncourt du lycée : http://lewebpedagogique.com/cdipoinca

29.09.2007

Enfance

ENFANCE. de Nathalie Sarraute :

Racontant son enfance, Nathalie Sarraute évite avec brio l'autobiographie classique, celle qui décrit laconiquement les joies et les traumatismes de cette période si explorée.

En effet, l'écrivain a choisi tout d'abord une narration à deux voix, donc sous forme de dialogue,comme si elle se parlais à elle-même. La voix principale raconte différents moments forts de cette enfance déchirée et, au fur et à mesure du récit, se laisse emporter dans le passé, dans les souvenirs, dans les détails et finit par ressentir l'émotion de l'enfant qu'elle était. Cette projection en arrière, comme le visionnage d'un film, est à la fois identique et différente de la vraie scène.

La retombée en enfance est telle que Nathalie en vient à porter le même jugement qu'autrefois, à accentuer ses colères et ses joies qui, stoppées par une réfutation de la deuxième voix, s'évanouissent ou plutôt se développent, se transforment en le jugement adulte de Nathalie.

Si la deuxième brise souvent, trop souvent,l'émotion ressentie par la narration nostalgique de la première, elle permet la réflexion face aux événements et la compréhension beaucoup plus humaine des caractères des différentes relations de cette enfance.

Les deux voix se parlent, se contredisent, se calment, se complètent et finissent par se mêler. De nombreux doutes et interrogations jaillissent entre les phrases, des hésitations aussi, des troubles, telle une photographie un peu floue.

Le style magnifique de Nathalie Sarraute, parfois proche de la poésie, rend enfin ce livre incontournable.

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image -source -www.lelitteraire.com   

  

08.09.2007

Le pianiste

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Quoi de plus fort et percutant, tel un coup de fouet en pleine figure, que cette autobiographie au coeur du ghetto de Varsovie, écrite par un homme qui a connu l'horreur sur Terre : Wladyslaw Szpilman.

En effet, il est très difficile de critiquer un livre autobiographique, surtout si l'auteur relate sans s'apitoyer sur son sort l'un des crimes contre l'humanité.

Au début, l'asdpect narratif a du mal à décoller : Szpilman vit la paisibilité d'une famille cultivée, à Varsovie et mène une existence convenable malgré les premières mesures antisémites. Mais à chaque chapitre, il nous rappelle avec froideur ou ironie que tout ceci n'est rien, que les nombreuses patrouilles circulant dans les rues le soir ou les tabassages en direct ne sont qu'un grain de poussière dans l'immensité de la folie et de la violence humaines. Très vite, les premiers Juifs sont arrêtés, torturés ou abbatus, leurs cadavres étant abandonnés sur les trottoirs, tandis qu'autour, les varsoviens s'organisaient égoïstement pour trouver de la nourriture ou des vaccins.

 Au fil du récit, l'auteur décrit nettement l'ascension de l'horreur et ressent des émotions de plus en plus fortes, de plus en plus personnelles. L'histoire devient à la fois personnelle et universelle. De plus, Szpilman accorde une confiance immense au lecteur en le respectant, d'où le message légèrement pacifique délivré à la fin.

 Néanmoins, il est difficile d'en dire plus pour ne pas dévoiler toute cette histoire invraisemblable par l'immensité de ses horreurs.

 Un livre à lire absolument.

  Petite précision : le livre, écrit en 1946, a été interdit sous le régime communiste. C'est seulement en 1998 que son fils, l'ayant découvert,réclame une nouvelle publication. Encore un nouvel exemple de la censure d'oeuvres relatant pourtant la vérité.