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Livre

  • Sangue del mio sangue

    Le ciel et la rivière

     

    SANGUE DEL MIO SANGUE – Marco Bellocchio

    LE CIEL ET LA TERRE (IL CIELO E LA TERRA) – Carlo Coccioli

     

    En admirant le très beau film de Marco Bellocchio, j'ai songé au roman que je viens de conclure quelques semaines avant. Ayant malheureusement peu de temps pour consigner toutes mes découvertes culturelles – et privilégiant généralement les articles sur le cinéma – je profite de cette critique pour y glisser le ressac des lignes du Ciel et la Terre de Carlo Coccioli, bouleversant recueil sur les confessions tourmentées d'un prêtre italien à l'aube du fascisme de son pays. Ce parallèle s'instaure par certes la culture conjointe aux deux œuvres, mais également l'ambigüe approche de la religion catholique qu'elles entretiennent, autant motivées par la démonstration du miracle que les profondes dérives fanatiques qui la creusent.

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  • Là-haut tout est calme

    LA-HAUT TOUT EST CALME (BOVEN IS HET STIL)

    Gerbrand Bakker

    Collection Du Monde Entier, Gallimard, 2009

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    Helmer van Wonderen vit depuis trente-cinq ans dans la ferme familiale, malgré lui. C'est Henk, son frère jumeau, qui aurait dû reprendre l'affaire. Mais il a disparu dans un tragique accident, à l'âge de vingt ans. Alors Helmer travaille, accomplissant les mêmes gestes, invariablement, machinalement. Un jour, il reçoit une lettre de Riet lui demandant de l'aide : Riet était la fiancée de son frère. Elle fut aussi à l'origine de son accident mortel...

    Ce second roman, troublant et étrange, de l'écrivain néerlandais Gerbrand Bakker, ébranle au fil des pages. Suivant pas à pas, chapitres après chapitre, le quotidien minutieusement réglé d'un agriculteur isolé, l'écriture précise et méticuleuse de Bakker saisit peu à peu le poids d'une solitude, révèle les failles, trébuche vers les traumatismes et le malaise creusé dans son très beau personnage. Les premières pages sont pesantes, criblées d'une précision volontaire, donnant dans une description quotidienne des tâches de paysan qui paraît d'abord superflu. Puis, l'écriture de Bakker parvient à faire surgir l'indécis dans cette banalité apparente, à nous faire saisir peu à peu le trouble qui accapare Helmer. C'est au travers de mots minutieusement placés, d'expressions soudainement inquiétantes, oniriques, au milieu du langage technique, que se déchire la carapace de l'agriculteur. Bakker s'empare à partir de là de l'enfance, de la jalousie fraternelle, du rapport au corps jumeau teinté d'attirance homosexuelle... Autant de thèmes, mais surtout d'ambiguïté humaine que l'écriture fine de Bakker ne pointe jamais, mais dont il laisse transparaître le bouleversement.

  • Compte-rendu du Festival America

    FESTIVAL AMERICA VINCENNES

    20-23 septembre 2012

    Le festival America fêtait ses dix ans d'existence à Vincennes, au moment même où je m'y installais. Grand événement, ce festival fait la part belle aux auteurs américains, qu'ils soient issus des Etats-Unis, du Canada, ou de l'Amérique du Sud (Chili, Mexique, Brésil...). Cette année, le festival offrait un hommage à Toni Morrison, prix Nobel de Littérature, que je n'ai malheureusement pas pu voir, étant donné que le succès était si fort que les salles étaient combles et qu'on ne pouvait guère se contenter des diffusions en direct sur des écrans installés dans les rues même.

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    En quelques jours, il était surprenant de voir la transformation du joli centre-ville de Vincennes en mini-cité américaine, affublée de grandes affiches aux couleurs du drapeau, traversée par un immense tapis rouge entre la salle des fêtes et les chapiteaux, ayant rebaptisé ses espaces des noms illustres de la littérature américaine, de Truman Capote à John Steinbeck. Là se frôlaient des journalistes survoltés aux cordons Télérama, des auteurs se délectant du marché dominical avec des yeux de touristes, des lecteurs feuilletant les brochures et le programme un crayon à la main, un air de profond intérêt sur le visage. Là on entend parler anglais, là espagnol, là des libraires papotent en riant et des auteurs tombent dans les bras de leurs compatriotes. Autant le dire, l'ambiance de ce festival est très agréable, les libraires au stand extrêmement gentils et ouverts à toutes questions, offrant souvent des petits cadeaux, marques-pages aux effigies des grands auteurs, posters des belles éditions (Zulma), et même un petit recueil de nouvelles gratuit pour les acheteurs de Luis Sepulveda.

    De plus, le festival tend à étendre le domaine littéraire par une large palette dans les autres domaines : cinéma avec rencontres autour de Ron Hanson, auteur de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (adapté par Andrew Dominik), Jacques Audiard dont le De rouille et d'os est tiré d'un roman américain, Alejandro Zambro avec Bonsaï (adapté par Cristian Jiménez) ; musiques avec divers concerts ; photographie avec de superbes expositions en extérieur des clichés de Patrick Bard ou de Daniel Mordzinski ; et même cuisine avec un stand de thés particuliers, associés à la littérature d'une nationalité...

    Les rencontres et débats étaient au rendez-vous, voire même trop nombreux. La multiplicité des auteurs et des pays représentés ouvrent à beaucoup de thématiques, et bien souvent, il était difficile de faire un choix parmi l'abondance de conférences, souvent étant de dix à quinze propositions possibles réparties sur diverses salles, se succédant ou se chevauchant. Pour ma part, j'ai pu assister à deux rencontres, diamétralement opposées, l'une avec des auteurs exclusivement des Etats-Unis, l'autre avec deux auteurs chiliens et un auteur français. Il était curieux de constater que les débats partaient dans des directions totalement différentes que l'on soit avec des personnalités des Etats-Unis que d’Amérique Latine. En effet, dans le premier, réunissant notamment Jonathan Dee et Jennifer Egan (le Prix Pullitzer de cette année), rapidement, les points de vue économique et politique, à la veille des élections américaines et toujours dans la constance du contexte de la crise, ont envahi le débat, alors que les auteurs du Sud amènent plus les sujets vers des thèmes tels que l'exil, la dictature, la résistance ou la survie des minorités. C'est ainsi que Caryl Férey, auteur de polars français, parla de son enquête éprouvante en Argentine et au Chili, sur la communauté Mapuche, peuple réprimé dont Férey dévoile les souffrances dans son dernier roman. Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski ont quant à eux fait part de leur belle complicité autour de leur dernier ouvrage, Dernières Nouvelles du Sud. 

  • L'Armée Furieuse

    L'ARMEE FURIEUSE – Fred Vargas

    Editions Viviane Hamy

    armee.jpgJ'aurais du consacrer depuis longtemps un article à Fred Vargas, qui fait partie de mes auteurs contemporains préférés, l'une des personnages ayant contribué au succès actuel de ce genre qu'est le polar. L'Armée Furieuse, après plus de deux ans d'attente (l'auteur se fixant la régularité de 24 mois entre chaque enquête de son héros Adamsberg, faisant généralement bouillonner les fans durant ce laps de temps), n'est pas, il faut le préciser tout de suite, la meilleure intrigue dans l'oeuvre de l'auteur. Il reste difficile d'égaler la force dramatique et l'ampleur de Pars vite et reviens tard, des Vents de Neptune et surtout du très beau Dans les Bois éternels. Néanmoins, L'Armée Furieuse, contrairement à Un lieu incertain, son précédent ouvrage, ne déçoit pas. On y retrouve toute la quintessence de l'univers de Vargas, et son style s'y trouve encore plus délicieux et original.

    Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est ainsi une nouvelle fois au cœur de l'histoire. Si le pelleteur de nuages est devenu maintenant une figure policière bien ancrée dans l'imaginaire du lectorat, Vargas se plaît toujours autant – et pour notre plaisir – à décrire la complexité rêveuse et poétique de son fonctionnement anti-rationnel. Proche d'un Maigret par sa sensibilité et sa nonchalance, Adamsberg dirige l'écriture si poétique et absurde du roman, ses pensées flottantes s'incarnant à travers les phrases bien souvent homériques du récit. Pourtant, parmi ce fatras de références, comparaisons fourmillantes, sensations et effets de style divers, la cohérence et la logique n'ont jamais été aussi évidentes. Dès les premières lignes, Vargas saisit toujours autant le spectateur dans son filet, dans cet « agglomérat confus, ondoyant et protéiforme, toujours prêt à s'altérer ou s'effondrer, voire repartir en mer » auquel elle compare l'esprit de son personnage.

    Mais, bien heureusement, Adamsberg n'est pas la seule figure excentrique de cet univers. On retrouve les collègues si attachants : l'impressionnante Retancourt, assurément l'un des plus beauc personnages de femme-flic qu'il nous soit donné dans le domaine du polar ; le jeune et naïvement discret Estalère ; le nouveau venu Veyrenc qui continue de se forger une place ; et bien évidemment Danglard, ficèle adjoint dont le rôle se retrouve remis en question dans ce volume. Une foule d'autres protagonistes viennent compléter le tableau : un beau doublé avec Mo-Mèche-Courte et Zerk, fils miraculé d'Un Lieu Incertain, qui trouve ici une meilleure place que dans le précédent opus (à tel point que l'on peut se demander, en voyant combien la personnalité d'Adamsberg se déteint sur celle de son fils, si Zerk ne viendrait pas remplacer son père comme Mankell l'avait fait avec son héros Wallander et sa fille Linda) ; ainsi que toute la quintessence de la Normandie. Seul regret : la quasi-absence frustrante de fortes figures féminines, Camille ne faisant aucune apparition dans ce volume.

    Comme toujours avec Vargas se retrouve le goût pour les vieilles légendes et la superstition régionale, l'enquête s'appuyant toujours sur une documentation précise. La Normandie est mise en valeur avec cette croyance de l'Armée Furieuse (longtemps nommée par l'inattentif Adamsberg comme « l'Armée curieuse »), armée dirigée par le Seigneur Hellequin embrassant les mauvaises personnes sur son passage, sorte d'incarnation d'un Enfer chevauchant les bois à la recherche de ceux qui ont péché. Les lieux sordides et rustiques fournissent un cadre étrange en parfaite osmose avec le détachement du commissaire qui y rencontre de nombreuses figures truculentes, dont la violence confine parfois à un extrême dérangeant (les récits de la fratrie Vendermot...). Le plus réussi, dans ce récit, reste cependant l'habileté de Vargas à mêler plusieurs enquêtes en même temps, chacune finissant par se retrancher avec habileté.

    L'Armée Furieuse confirme ainsi le talent de Fred Vargas et la charme de ses personnages, qui se dépêtrent dans un univers fait d'entrelacs indescriptibles, d'événements à la fois terrifiants, scabreux, poétiques, décapants, drôles ou tragiques, tout cela dans un récit amplement maîtrisé. 

  • Eté du Livre de Metz 2011

    COMPTE-RENDU SUR LE SALON D'ETE DU LIVRE à METZ :

    Pour concurrencer le Livre sur la Place de Nancy, grande manifestation littéraire qui a eu lieu en septembre, il existe l'Eté du Livre à Metz, une appellation par ailleurs curieux puisque le salon a lieu en avril, donc au printemps… Proche de Nancy par son organisation, l'Eté du livre réunit de multiples auteurs, conférenciers, journalistes (mis à l'honneur pour le thème de cette édition), et propose, outre les fameuses dédicaces fétichistes sous le chapiteau, des conférences, lectures, expositions…. Je ne vais pas faire un comparatif entre Metz et Nancy, ne voulant pas adhérer à la rivalité pénible entre les deux grandes villes de Lorraine, d'autant plus que les deux salons comportent leurs mêmes défauts et qualités. Seul différence, qui fait de l'Eté du Livre un lieu plus plaisant : les organisateurs ont eu la riche idée de laisser un large espace entre chaque stand de libraire, désengorgeant un peu la circulation étouffante, notamment pour les poussettes et les personnes âgées, tandis que le Livre sur la Place reste bien trop concentré, les espaces entre les stands y étant très réduits…

    Bref, les rencontres étaient riches et nombreuses : Jean d'Ormesson en tant que président de l'édition 2011, des échanges avec des journalistes (Laure Adler), un hommage rendu au génial Joseph Kessel…et puis, la guest star du très beau stand jeunesse, Claude Ponti ! L'illustrateur, déjà assez âgé, s'est taillé une réputation sans failles auprès des familles et de jeunes enfants. J'ai moi-même été bercée par ce ses albums délirants, emplis de poésie, d'originalité, riches en idées farfelues et rêves chaleureux. La file d'attente était impressionnante pour Claude Ponti, réunissant à la fois des jeunes enfants, des grands-parents, ainsi que des étudiants venus voir l'idole de leur enfance ! L'illustrateur signait avec des tampons "poussins", ces derniers ayant fait sa renommée, le personnage symbolique de Blaise le poussin masqué ayant une popularité à l'égal de celle de Totoro en France. L'oeil malicieux, l'écoute attentive, et la patience généreuse à l'égard de la foule de fans campait la personne de Ponti, belle présence à l'Eté du Livre. 

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    En outre, j'eus la possibilité d'obtenir une calligraphie-dédicace de Frédéric Clément, illustrateur-auteur qui travaille avec un univers floral, végétal et poétique, aux émanations poétique et érotiques, une dédicace de Denis Grozdanovitch avec La secrète mélancolie des marionnettes, roman dédié à Eric Rohmer. Côté cinéma, il y avait aussi le comédien Bruno Putzulu (L'appât, Un conte de Noël) pour des entretiens avec Philippe Noiret, et Patrice Leconte. D'autres auteurs que je n'ai malheureusement pas pu voir comme Amélie Nothomb, Yves Simon, Jean Teulé, Pierre Christin, Didier Daeninckx (entraperçu au milieu de la foule)… 

    Le stand de bande dessinée (généralement le plus riche avec le stand jeunesse, pique c'est là qu'il s'effectue les plus belles dédicaces illustrées !) était aussi très intéressant : beaucoup de jeunes auteurs plus ou moins confirmés avec une star, Enki Bilal. Une bonne place laissée à une nouvelle génération originale, qui privilégie plus la rapidité du trait les formats novateurs aux conventions du genre. J'ai pu obtenir une très jolie illustration d'un jeune auteur cambodgien, Tian, sur son premier album, L'année du lièvre, qui rappelle l'histoire de ses parents qui ont connu la prise du pouvoir des Khmers rouges à Phnom Penh en 1975. Tandis qu'il aquarellait paisiblement son dessin issu de ses "souvenirs du Cambodge", il était fascinant de regarder tous ces auteurs absorbés dans la même tâche de dédicaces, partagés entre la rapidité et la volonté d'offrir une belle illustration pour les lecteurs qui patientent debout ! Christian Peultier, à droite, auteur de Mirabelle, série pour la jeunesse, crayonnait son héroïne pour une jeune fillette fascinée, tandis qu'à gauche, Chetville, auteur pour adulte, traçait les traits d'un personnage dans un registre plus américain. 

    Bref, une belle édition que cet Eté du Livre, du moins à mes yeux qui n'ont pu tout survoler de la manifestation, faute de temps. A retenir, la très belle ambiance autour du stand jeunesse, où, dans file d'attente pour Claude Ponti, la complicité se nouait entre les fans anonymes de l'illustrateur…

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