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alfred hitchcock

  • Enfances

    ENFANCES - Collectif

    Les collectifs de court-métrages sont toujours difficiles à analyser, en raison de leur inégalité, favorisant une comparaison injuste. Néanmoins, l'ensemble se doit d'être analysé, sans pour autant favoriser la critique de l'un ou de l'autre.

    Le projet de Yann Le Gal, intéressant et singulier, vise à dépeindre un souvenir d'enfance d'un cinéaste culte et renommé, à travers six courts-métrages de réalisateurs différents. Tout d'abord, le choix des cinéastes reste très classique, voulant s'étendre à une vision européenne : Fritz Lang, Orson Welles, Jacques Tati, Jean Renoir, Alfred Hitchcock et Ingmar Bergman. Néanmoins, l'idée est séduisante car chaque réalisateur cherche à définir un personnage d'enfant très personnel et particulier, ayant peu de rapport avec les personnalités connues des cinéastes choisis, tout en esssayant de retranscrire une partie de leur univers et des principes qui ont fait leur renommée. De mêm, le but ne reste pas un simple hommage, mais un pur exercice de style, respectant les quelques éléments autobiographiques incontournables mais « trichant » en général par une représentation modeste.

    Néanmoins, Enfances se révèle décevant dans son ensemble. Le fait que certains essaient de multiplier les clins d'oeil, ou alors de s'ancrer dans une vision torop personnelle, rend l'ensemble inabouti, ne tendant pas vers une recherche plus profonde des « chocs » qui ont marqué ces cinéastes. De même, les interprétations restent correctes, mais très sages et scolaires dans l'ensemble. Seuls les procédés cinématographiques et des détails techniques et visuels tentés valent vraiment une certaine considération.

     

    Fritz Lang

    Yann Le Gal

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    Le film commençait mal avec un court-métrage auquel je n'ai pas du tout accroché, surtout à cause de mon estime pour ce troublant cinéaste allemand. Yann Le Gal, en voulant trop s'intéresser à la relation entre Fritz Lang et sa mère, a passé outre de l'esprit du cinéaste. Le résultat est ennuyeux, l'intrigue évidente et la relation centrale sagement développée. Malgré le physique sec du jeune acteur, le petit Fritz Lang reste un rôle faible, aux intentions difficiles à cerner et à l'ambigüeté schématisée. L'ensemble n'est pas déplaisant, mais trop conventionnel et ne donnant aucun point de vue sur la personnalité de Fritz Lang à l'époque, ou ce qu'elle aurait pu être. Le cinéaste choisi n'est qu'un prétexte et ne sert qu'à prêter son nom au film.

     

    Orson Welles

    Isild Le Besco

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    Ce court-métrage passe quasiment inaperçu vis à vis des autres, notamment en raison de sa modestie et de sa courte durée. Néanmoins, le segment d'Orson Welles n'est pas inintéressant. Contrairement à l'éducation stricte délivrée par des parents convenables des autres, l'enfant est encadré par un père charismatique et prestidigitateur. Le court-métrage d'Isild Le Besco tient plus de la magie, de la fable fluette plutôt que de l'analyse enfantine psychologique. Ainsi, l'apparition du jeune garçon en Macbeth, grossièrement maquillé et au monologue débité par coeur, face à une assemblée admirative d'adultes, relève d'une enfance solitaire, encadrée à la fois par les parents et l'imaginaire particulier du jeune garçon. Il est cependant dommage que la durée, trop brève, ne permette pas au film de développer plus la joliesse qui l'enveloppe.

     

    Jacques Tati

    Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

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    Voici l'un des meilleurs segments (il est difficile d'éviter la comparaison). Ce court-métrage, tout en étant une pause, une sorte de « récréation », restitue avec poésie et un esthétisme aux couleurs délavées et pures l'univers de Jacques Tati, multipliant les clins d'oeil au cinéaste et ses procédés, tout en jouant avec la personnalité du cinéaste. Dès le premier plan, admirable de drôlerie, Jacques Tati est tout de suite décalé de l'univers scolaire, par sa grande taille l'empêchant de poser correctement pour la photographie de classe. L'acteur, surprenant, Maxime Juravliov se contorsionne maladroitement pour tenter de s'intégrer dans le cadre, mais ne faisant qu'affirmer sa différence et définir sa particularité. La fugue se prête au jeu ludique, retrouvant la propreté maniaque du cinéaste ou le travail sonore parsemé. Mais l'esthétisme amène une profonde candeur et étrangeté au film et au personnage, notamment une magnifique prise de vue derrière des vitres troubles devant lesquelles la grande silhouette glisse gracieusement avec maladresse.

     

    Jean Renoir

    Ismaël Ferroukhi

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    Ce segment le plus long s'attache beaucoup plus à l'authenticité des faits, définissant une certaine conventionnalité néanmoins plaisante. Le jeune Jean Renoir, très propre et convenable dans ses habits élégants, se démarque par sa silhouette étonnamment féminine. Le cadre forestier dans lequel il évolue fait écho à l'aspect bucolique des derniers films de Renoir, cette légèreté sage et enfantine. De même, sa relation avec Godefer se base sur une admiration banale, qui réussit à tirer vers une fin convenable que l'on pourrait craindre, à cause de ce motif agaçant qu'est la rencontre entre enfant pauvre et enfant riche. La beauté des décors et le rythme régulier amènent le charme à ce segment reposant.

     

    Alfred Hitchcock

    Corinne Garfin

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    Alors que de nombreux camarades avaient préféré ce segment, je reste divisée sur les intentions de la réalisatrice. Certes, le court-métrage possède des qualités esthétiques indéniables, grâce à une photographie noir et blanc et un intelligent travail sur les ombres et l'architecture de la demeure. Mais le choix de présenter une enfance sinistre, dominé par une figure de mère terrifiante (le parfait sosie de la gouvernante de Rébecca) est beaucoup trop facile. Alfred Hitchcock est le cinéaste le plus renommé du collectif, et l'assimilation immédiate aux angoisses et au suspense est d'une évidence banale. Le scénario et les personnages plutôt caricaturés sont effacés par la beauté et fascination visuelles, qui s'en donnent à pleine joie pour effacer ces défauts.

     

    Ingmar Bergman

    Safy Nebbou

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    Probablement le plus acclamé, le dernier segment comporte une intrigue captivante, une ambiance clinique et inquiétante, mais également poétique, rappelant fortement le cinéaste, et des interprétations soignées et retenues. L'anecdote est l'une des plus intéressantes, et le film réussit à retranscrire cette angoisse du petit nouveau brisant l'équilibre familiale. Celui-ci pointe avec subtilité derrière la propreté et la blancheur, notamment lors des scènes tendues des repas. Le jeune acteur prête ses yeux fascinés par cette famille l'encadrant, limité par un frère farouche et des parents froids. Sans oublier la lanterne magique, unique indice de son destin, consolation et refuge dans une chaleur que ne lui fournit pas sa famille.

     

    En conclusion, Enfances, comme tous les films à sketchs, reste irrégulier, multipliant les points de vue et s'ancrant dans une délicatesse soignée et parfois trop retenue. Remarquons tout de même la forte présence de films consacrés à l'enfance ces temps-ci sur les écrans, apportant une richesse au cinéma, notamment par des cinéastes audacieux provenant de pays difficiles (Le Cahier d'Hana Makhmalbaf, My father, my lord de David Volach...)