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ari folman

  • Valse avec Bachir

    Valse avec la mémoire, le rêve et la mort

    VALSE AVEC BACHIR - Ari Folman
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     Difficile de commencer une critique sur ce film si éprouvant et impressionnant qu'est le dessin animé quasi autobiographique Valse avec Bachir.  En effet, le sujet, en premier lieu, s'avère fort et prometteur : un ancien soldat ayant participé à la première guerre du Liban, notamment au massacre de Beyrouth, tente de reconstituer son passé, vingt ans après. Le film est à la fois un portrait de guerre de la vie des soldats, une quête de la mémoire et un parcours surréaliste parmi la violence et la mort. Le long-métrage d'Ari Folman, en plus de poser des questions essentielles et pertinentes sur la responsabilité de chacun face à la guerre, se bâtit un univers fantastique, permettant la distance mais aussi l'émotion face aux massacres, grâce à une animation percutante.
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    Valse avec Bachir surprend en premier lieu par la qualité et l'originalité de son animation. Le style de trait, très fidèle à la réalité et précis, capte les particularités de chacun des personnages et leur caractère par leurs manières de s'exprimer, de bouger, d'allumer une cigarette... L'intérêt de retranscrire les interviews présente leur cadre de vie, en contraste avec ce qu'ils ont vécu, et exprime leur manière d'avoir détourné le traumatisme. Le premier, par exemple, traîne dans les bars et les rues, en proie à d'affreux cauchemars, tandis que le second valsesoldat.jpgrencontré s'est enrichi à l'étranger et fondé son propre domaine. L'animation utilise de nombreux effets de style (comme d'importants travellings arrière et avant ou des effets de foule), permettant la richesse dans l'aspect visuel et prêtant de l'énergie à l'histoire. La musique retranscrit également la folle allégresse que les soldats s'imposaient avant les attaques, sur la plage ou à bord des tanks, se croyant invincibles. A ce propos, la manipulation des soldats et la stupidité des supérieurs dans l'armée jouissent d'une critique cynique et subtile.
     
    Cependant, l'aspect énergique de ces passages s'opposent à l'arrivée fulgurante de la violence. Les balles fusent par surprise, invisibles et seul le sang vient la révéler, tachant l'aspect lisse des visages. Lors des séquences, terrifiantes, de massacre, les personnages deviennent mécaniques dans leurs mouvements, perdant de la fluidité observée lors des interviews, trahissant cette panique et cette réaction automatique de riposte ou de fuite face aux balles. Seule une scène se détache de cet aspect, celle prêtant son titre au film, c'est à dire la terrible valse sous les balles d'un des personnages. Car cette antithétique valse avec la mort représente au mieux l'influence désastreuse de cette violence. L'ésthétisation de cette scène souligne le fait que la guerre est devenue trop familière et représente le seul point d'attache des habitants. De même, ceux-ci regardent le spectacle par les fenêtres comme s'il s'agissait d'une quelconque manifestation. Même le personnage du journaliste se déplace sous les balles avec assurance et familiarité.
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    Cette vision répond néanmoins à la deuxième thématique de Valse avec Bachir, ou ce qui en fait son originalité. Par le biais de l'animation, Ari Folman retranscrit un univers rappelant parfois Fellini, mais en écho aus rêves et chimères angoissants et fascinants des soldats. Que ce soit la femme géante sauvant l'un d'eux, les tanks envahissant les quartiers commerciaux ou cette scène obsédante du réveil dans un océan de sang et de débris, la nuit près de la plage de Beyrouth, ces souvenirs surréalistes ne manquent pas d'éveiller des échos douloureux et obsédants et de subjuguer par leur étrangeté. La qualité de l'animation, toujours, grâce aux effets d'ombre, au travail sur le son (les échos des vagues ou des balles) permet de créer une véritable atmosphère à l'aspect visuel impressionnant.

    Enfin, le film s'interroge sur de nombreux thèmes liés à la guerre et la mémoire. La longue séquence du massacre de Beyrouth vise à retranscrire le sentiment de confusion et d'ignorance face aux événements cachés. L'attente, les non-dits et les rumeurs racontés posent la question de la responsabilité de tous, les supérieurs pour n'avoir pas surveillé, les soldats pour avoir obéit passivement ou ignoré, le journaliste pour avoir assisté à une fête en attendant... De même, les ordres semblent provenir d'un gouvernement invisible, tout comme l'origine des balles, et l'affiche de Bachir brandie en guise de cause représente la barrière cachant ces agissements. Outre cet aspect politique, Valse avec Bachir s'interroge profondément sur le rôle de la mémoire, à travers les doutes d'Ari Folman, et son parcours personnel mené pour découvrir l'affreuse vérité. Car la chape de brouillard et le silence imposés à ce qu'il a vécu provoquent notre honteuse curiosité concernant cette guerre. Ari Folman tente, avec autant d'ignorance que la notre, de qualifier cette perte de mémoire frustrante et ces images qui l'obsèdent, ou celles qui en obsèdent d'autres. Tout en s'accusant de ne pas se souvenir, Ari Folman avance avec la peur de découvrir la douleur oubliée, calfeutrée par ces rêves.
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    Par le biais de ce long-métrage, il peut retranscrire cette dureté, ce parcours inévitable et terrifiant, mais pourtant nécessaire. Valse avec Bachir est ainsi un film essentiel, une oeuvre aux qualités artistiques impressionnantes, à la fois universel et intime (tout comme le parcours de Marjane Satrapi dans Persépolis cf critique), jalonné de questions éprouvantes et inévitables.