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battle in seattle

  • Bataille à Seattle

    BATAILLE A SEATTLE - Stuart Townsend

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    Contrairement à l'étiquette de film engagé soumise par le titre et le sujet brûlant (les manifestations violentes et massives ayant eu lieu à Seattle en 1999 pour protester contre la venue des représentants de l'OMC dans la ville), Battle In Seattle bénéficie tout de même d'un budget et d'un casting confortables. Mais l'idée, la valeur défendue avec ferveur priment sur les nombreux défauts scénaristiques et visuels du film, se rapprochant plus du film d'action hollywoodien, alors que le propos audacieux vise à provoquer les spectateurs et engendrer le débat et les réactions. Battle In Seattle est « coincé » entre ces deux antagonismes, divulgant messages sur messages mais s'ancrant dans un classissisme décevant.

    L'aspect choral permet de multiplier les points de vue sur la violence des manifestations, passant par toutes les classes sociales, système qui n'est pas sans rappeler l'excellent Syriana (Stephen Gaghan – cf critique) qui, pour permettre une comparaison, réussissait mieux à dépeindre l'engrenage fatal engendré par le sujet, lui aussi brûlant. Certes, l'intrigue de Battle in Seattle tient globalement la route, multipliant les événements, traitant la multiplicité des sentiments et des sensations lors de manifestations aussi imposantes et tenaces. Le traitement du temps et de la fatigue et de la concentration accumulées est remarquable, accentuant le rythme des plans et les juxtaposant avec des images d'archives pour imposer un mouvement de longueur. Chaque épreuve subite est décrite dans sa complexité et dans ce qu'elle a de malsain.

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    Tout un premier pan du film excelle dans cette représentation réaliste et éprouvante d'une manifestation. Toutes les étapes sont décrites à travers les sentiments des personnages, faisant succéder les interventions logiques. L'engouement du début est vite rattrapé par l'entêtement et la fierté. Mais dès l'arrivée des CRS, dès les premières menaces, la joie des premières minutes s'estompe soudain sous l'effet des gaz lacrymogènes. Stuart Townsend ne fait pas dans la dentelle, lors des séquences de violence, accentuant les gros plans et vues subjectives, symbolisant l'effet de panique qui gagne les manifestants et leur union brisée, où chacun passe du sentiment de solidarité à celui d'une survie égoïste.

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    L'autre parti intéressant est le choix des différents points de vue, et des acteurs qui les interprètent. Battle In Seattle est enrichi de personnalités diverses, dont certaines, malheureusement, tombent vite dans le mélodrame. Néanmoins, l'idée de dresser un portrait du maire de la ville, se voulant à la fois respectueux des manifestations et conservateur de l'image de la ville, est audacieuse, permettant d'expliquer le dilemme qui s'impose (à savoir laisser germer les manifestations et perdre la reconnaissance du Président ou user de la violence et perdre la confiance de ses citadins). Ray Liotta incarne avec perplexité et angoisse ce personnage malheureusement vite oublié sur la fin du récit. De même, un autre choix audacieux fut celui des intervenants de Médecins du Monde et des pays pauvres, se voyant obligé de blâmer les manifestations leur empêchant d'agir au sein des conseils de l'OMC pour protester, mais de manière verbale. Enfin, le dernier aspect intriguant du film est celui formé par le couple de la femme enceinte (toujours aussi surprenante Charlize Theron) et de son mari CRS (Woody Harrelson, qui jouait le sbire au chapeau ambitieux dans No Country for Old Men). Ce couple est en butte à une confrontation intelligente, jouant sur le rapport d'une non-manifestante et son mari exerçant un métier d'oppression journalier.

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    Le portrait des CRS n'est ni embelli, ni blâmé, peignant juste ce sentiment de « routine » à l'égard de la violence délivrée, mais avec efficacité. Cependant, les sentiments de culpabilité de certains frôlent un certain cliché de la « droiture américaine ». De même, les personnages centraux des manifestants (surtout Martin Henderson très agaçant), malgré leur vitalité première, s'ancrent dans le schéma du conformisme moral et n'offrent aucune nuances. Seul le personnage d'André Benjamin, à la limite, peut amuser avec son optimisme perpétuel et sa lutte contre les tortues.

     

    Battle In Seattle, malgré ses bonnes intentions, souffre de nombreux défauts liés aux personnages principaux peu profonds, tandis que les secondaires restent d'un réel intérêt. Est-ce dû au fait que les personnages secondaires sont interprétés par des acteurs plus âgés et souvent expérimentés, et non issus des milieux télévisuels et musicaux (comme c'est le cas pour Michelle Rodriguez, Josua Jackson, Jennifer Carpenter, André Benjamin...) ?