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casey affleck

  • L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

    L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD 

    (THE ASSASSINATION OF JESSE JAMES BY THE COWARD ROBERT FORD - Andrew Dominik

     

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    Emportée d’enthousiasme pour ce film, si apprécié et si détesté, j’écrivais une critique trop longue. Pour ne pas décourager les surfeurs, j’ai essayé de la découper en parties sensées.

    1) ASPECT GENERAL :

    L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford se concentre sur les vies si particulières de deux légendes du Far West, Jesse James et Robert Ford. Se situant après l’apogée des attaques du célèbre bandit et narré avec complexité, mélangeant flash-back et flash-forward, le film est une véritable odyssée, à la beauté psychologique et esthétique insaisissables.

    La durée du film, deux heures trente-neuf, est une des polémiques des critiques de cinéma, où ils affirment que le film est « trop long ». Mais ces longueurs comme ils les qualifient, contribuent, au lieu d’imposer une connotation ennuyeuse, à l’atmosphère si particulière du film. Supprimer quelques minutes ou séquences afin d’alléger la narration serait détruire la complexité psychologique de l’histoire et des personnages, et perdre la beauté visuelle du film. À noter que le premier montage durait quatre heures et demie ! 

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    2) LE SCENARIO

    Adaptée du roman éponyme de Ron Hanson, l’histoire se concentre donc plus  sur la relation établie entre les deux hommes, plutôt que sur les scènes d’action (Warner Bros fut paraît-il, déconcertée à ce sujet). Mais outre l’amitié ambiguë qui lie les deux personnages principaux, le scénario rassemble petit à petit tous les éléments qui ont engendré la mort de Jesse James mais aussi la construction de sa légende et la dévalorisation de son assassin.

    L’histoire pourrait se définir en deux parties, s’adaptant à la fois aux sentiments de Robert Ford et aux événements. La première partie se déroulerait jusqu’à la mort de Wood, où les deux familles seraient encore amies et le jeune Ford très admiratif de Jesse James. Mais dès la disparition de son cousin, le bandit devient à demi fou et inquiétant tandis que Robert Ford commence à le détester (séquence tendue du dîner chez les Ford).

    Les nombreuses ellipses allègent la narration, au lieu d’imposer un suspense inutile. La voix- accompagne les évocations du passé ou les bonds dans le temps, par exemple, pour subjectiviser les sentiments d’un personnage après la mort de la légende. Ces passages se resserrent petit à petit sur l’intimité de Jesse James : d’abord son frère, ensuite sa femme et ses enfants, puis enfin Robert Ford.

    Cette voix-off impose une forme de suspense, en dévoilant l’avenir de certains personnages, dans l’attente que les événements tragiques annoncés ne les atteignent. De plus, elle sert également à décrire de nouveaux protagonistes plus ou moins essentiels à Jesse James ou à Robert Ford. En effet, la surprise la plus étonnante lors du film (surtout après avoir vu la bande-annonce) est de constater que les scènes où les deux hommes sont ensemble sont très rares (une au début, une à la fin). Le récit est parfois conté en suivant d’autres personnages, comme le frère de Robert, le cousin de Jesse ou leurs amis. 

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    Le présent n’est pas présent dans le film. Chaque différence temporelle est narrée au passé, donnant à l’histoire une dimension inégale. Les séquences de violence ou les longues discussions ont une connotation de réalisme effrayant, tandis que les voyages à travers les plaines enneigées et les séquences muettes sont surréels ou empreints de nostalgie. L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford oscille en permanence entre le rêve et la réalité, l’absurde et le quotidien.

    La très belle photographie de Roger Deakins, le montage alliant gros plans et plans d’ensemble, la musique enivrante de Nick Cave et Warren Ellis et hypnotisent le spectateur. Filmé en décors naturels impressionnants, chaque plan, chaque séquence se repose sur des détails visuels ou les mots d’une simple phrase. Une incroyable interprétation des comédiens ajoute du mouvement au tableau mais, petit à petit, chacun est « fondu » dans l’image, aspiré par le gouffre des montagnes. De même, les commentaires de la voix-off, proche du platonique texte d’une encyclopédie au début, se transforment en voyeur, s’immisçant dans l’intimité des deux hommes.

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    3 ) JESSE JAMES ET ROBERT FORD

    Utilisant une technique rendant les bords du cadre flous lors de l’évocation de la vie de Jesse James, le personnage est dès le début imprégné de mystère. De celui-ci n’est connue que la légende et les exploits, que le jeune Robert Ford admire. Le regard de ce dernier est épousé au début du film, proche du novice que le spectateur est. Néanmoins, son caractère intriguant se démarque rapidement de la narration scolaire et il devient le second héros de l’histoire, après Jesse James.

    De même, l’affiche montre volontairement le jeune homme, en retrait, mais néanmoins présent, derrière la légende ; et le titre utilise une typographie double pour le début « The assassination of Jesse James…» par rapport à la fin «…by the coward Robert Ford ». Ce choix démontre, avant la vision du film, une comparaison entre les deux protagonistes, où l’un est souvent oublié au profit de l’autre. Néanmoins, le film, tout en relatant cette différence, remet à pied d’égalité les deux hommes, dilapidant les mythes, en construisant de nouveaux.

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    L’admiration de Robert Ford ne se traduit, dans la première partie du film, qu’en l’absence de Jesse James. Étrangement, le bandit est, dès la première scène où ils sont ensemble, intrigué par la facilité de communication et l’ambition du jeune homme. Il joue avec cette admiration, à la fois fasciné et fascinant jusqu’à même se montrer répulsif avec lui, comme s’il cherchait à détruire ce mythe construit pour lui.

    La relation troublante qui s’établit entre eux est un mélange d’amour et de haine, où chacun est intrigué par l’autre, tentant de découvrir sa véritable nature à travers ses gestes, ses propos et ses regards. Car ce sont bel et bien des regards inquisiteurs que se lancent Jesse James et Robert Ford, le plus souvent à travers une vitre quelconque, troublant leurs visages et symbolisant leur difficulté de compréhension à l’égard de l’autre. Cette vitre les oppose et les sépare à la fois. De plus, elle permet à chacun de s’identifier à l’autre, comme la remarque que fera Jesse James à Robert Ford : « You want to be like me, or you want to be me ? » (« Tu veux me ressembler ou être moi ? »).

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    L’assassinat du bandit brise cette relation ambiguë, cette vitre gênante. En effet, en tirant, Robert Ford tue Jesse James d’une balle et celui-ci brise la vitre du tableau qu’il dépoussiérait et qui allait précipiter sa mort. Cependant, grâce au tableau, Jesse James peut voir l’avance son adversaire. La vitre n’est donc plus utilisée comme un moyen d’opposition, mais définitivement comme un miroir qui permet enfin de découvrir le vrai but de Robert Ford. En apercevant son adversaire et en fracassant cette vitre, Jesse James détruit le défi engagé par Robert Ford et brise de lui-même le rêve de son admirateur, le devançant une fois de plus.

     

     

    0fd7950807d0d0790937ac9d06615fe6.jpgPour interpréter Jesse James, Brad Pitt s’est mué en gangster charismatique, au regard mélancolique et aux brusques accès de folie. Méritant amplement sa coupe Volpi, il incarne son personnage à la perfection, jusqu’aux tics de sa mâchoire et sa démarche tantôt digne, tantôt fatiguée.57e1bf3efb53b60e24d634b2389d103c.jpg

    Face à lui, le si discret jusqu’à présent Casey Affleck  (qui avait déjà joué avec Brad Pitt dans la série des Ocean’s de Steven soderbergh, interprétant Virgil Malloy) s’impose dans une prestation originale du traître, à la fois malin et puéril, utilisant son visage de « poupin » comme façade de son admiration et son regard profond comme preuve de sa haine.

     

    4 ) CONCLUSION

     

    L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, tout en réinventant les codes du western, propose une vision psychologique du mythe, relevant parfois du fantastique et privilégiant plus que tout la beauté de l’image.

     

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    Photos provenant d'Allociné.com