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cate blanchett

  • Carol

    Une alchimie en brèves

    CAROL – Todd Haynes

    L'émotion du dernier plan de Carol encapsule une émotion qui nous a échappé tout au long du film. L'impression se révèle étrange, comme si la brusque ivresse dont on a été souvent privé, du fait de coupes mal placées, ou d'une froideur un peu trop exquise dans les plans, débarquait d'un seul coup. Alors que faire de cette soudaine émotion électrique ? Aurait-elle dû intervenir plus tôt dans le film ? Tout en ayant réussissant à admirablement doser le désir de ce dernier plan éclatant, Carol n'est pas dénué de maladresses ou de défauts qui nuisent à la totale flamme de cette histoire d'amour.

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  • Babel

    Malgré les barrières

    BABEL – Alejandro Gonzales Inarritu

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    babpitt.jpgMalgré les réticences de mon frère l’ayant vu à sa sortie et grâce à la gentillesse d’une amie de me le prêter en DVD (merci à Maëlle), je découvris enfin le 3ème long-métrage de ce cinéaste salué et où jouaient notamment deux de mes acteurs favoris, à savoir Brad Pitt et Cate Blanchett. Cependant, l’un des atouts du film d’Inarritu est d’avoir su confronter quatre histoires totalement séparées par la langue, la culture, les contextes politiques et sociaux, y mêlant acteurs professionnels et amateurs, jouant souvent leur propre rôle. Sur ce point, l’interprétation de Brad Pitt et Cate Blanchett passent totalement inaperçues du fait que leur image médiatique n’est pas utilisée, tendant à faire oublier au public la présence d’une « star » dans Babel. Par ailleurs, la cruauté des histoires et l’épuisement physique et psychologique subi par ces deux personnages réussissent à briser cette couverture médiatique des deux acteurs hollywoodiens.

    Cette mise à égalité des histoires et des personnages, apportant un climat universel à l’ensemble, est le pari même du réalisateur (voir à ce propos l’extraordinaire making-of monté pour l’occasion, retranscrivant le parcours impressionnant suivi durant le tournage). Babel s’appuie sur l’émotion, que ce soit celle des gestes de la sourde-muette, du comportement facial des deux américains traumatisés, des contraintes imposées sur le physique par les paysages, roches dangereuses ou déserts broussailleux, visant à retranscrire une puissance universel, celui des images, donc du cinéma et ce malgré la barrière linguistique, culturelle, géographique ou politique. Inarritu ne s’intéresse pas à l’échange, comme celui de Fatih Akin avec De l'Autre côté, ou à un quelconque « choc des cultures », mais plutôt à une superposition d'histoires séparées, mais apportant la même force émotionnelle entraînant leur fusion.

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    Les histoires se découpent en plusieurs parties, se suivant touten se faisant écho. De même, les personnages sontétroitement liés. Cependant, l'histoire du couple américain, à l'inverse de la mise en place du cadre spatio-temporel dans les autres, débute très rapidement par le drame. Ce choix est peut-être dû au fait qu'ils sont les seuls à ne pas évoluer dans leur pays d'origine, et sont de surcroît américains, une nationalité récurrente à l'inverse de civilisations plus intriguantes comme au Mexique, au Maroc ou au Japon. L'aventure du couple américain est de plus la plus éprouvante, la plus cruelle mais elle trouve cependant une conclusion favorable, différente du désespoir des autres. Les deux personnages sont dès le départ en pleine crise conjugale. Cate Blanchett interprète une jeune mère fragile et frustrée, aux brusques accès d'angoisse (son maquillage livide est par ailleurs remarquable et terrifiant), méfiante de son mari, interprété par un Brad Pitt qui découvre de nouveau une de ses facettes rares et éprouvantes, campant ce mari impuissant dont le désespoir reste inquiétant. Cette histoire représente le mieux la difficulté de communication, passant ainsi par un simple regard, des gestes attentionnés (comme ceux de la vieille femme) ou le ton d'une voix.

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    Finalement, les peuples eux-mêmes, sans ces barrières, arrivent à un fort désaccord, beaucoup plus complexe que celui face à l'étranger. Par exemple, les autres touristes américains du car s'enfuient du village, ne voulant pas attendre leurs compatriotes. De même, les problèmes politiques perçus face à une forme d'autorité quelconque (la violente police de lababdésert.jpg région au Maroc ou les douaniers de la frontière mexicaine) trouvent leur conclusion dans la brutalisation ou la fuite. Babel est également un film remarquable pour cet aspect géo-politique engagé, d'une rare sincérité. L'histoire de la famille au Maroc et de la femme et des enfants au Mexique s'ancrent plus dans cette vision démonstrative du pouvoir dans ces pays, sans pour autant atténuer l'aspect émotionnel. Le film comporte notamment une montée dramatique haletante dans le désert mexicain (qui n'est pas sans rappeler l'une des séquences de Julia, d'Erick Zonca, s'appuyant sur la même angoisse physique et psychologique face au paysage suréel et oppressant). Par ailleurs, ces deux histoires restent sur une fin tragique et désespérée, semblant ne pas présenter de possibilités futures, contrairement à l'histoire du couple américain et celle de la jeune Japonaise. Est-ce pour insister sur le contexte répressif de la politique des deux pays politiques concernés ? L'histoire des deux jeunes garçons (par ailleurs tous les deux surprenants et d'un naturel incroyable dans leurs rôles) utilise ainsi la vision des enfants, déjà influencés par la violence, pour mieux dépeindre leurs conditions de vie alarmantes.

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    L'histoire de la jeune Japonaise, mis à part le fait qu'elle représente une difficulté de communication par sa condition de sourde-muette, est un peu à l'écart des autres histoires, s'ancrant tout d'abord dans un cadre de vie riche et foisonnant et insistant plus sur l'aspect psychologique du personnage. Le passage de l'adolescence et ses crises sont facteurs de l'émotion, au principe simple (le manque d'affection) mais néanmoins efficace. Le personnage de Rinko Kinkuchi, en plus d'être oppressé par une société conformiste comme celle du Japon, possède une fierté remarquable et une fragilité impressionnante. Sans compassion, la caméra la cadre avec dignité, mettant en valeur sa moue farouche.

    Petit bémol, cependant, dans Babel : le travelling arrière final s'appuie trop sur l'effet virtuose qu'il procure et gâche en quelque sorte la puissance du film, insistant lourdement sur l'idée d'une étendue universelle de cette émotion. Le film aurait peut-être dû rester sur une vision intimiste lors du final.

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    Babel reste néanmoins un film pouvant recevoir le qualitatif d' « à fleur de peau », n'hésitant pas à s'ancrer dans le désespoir ou la violence, mais gardant une dignité admirable dans les personnages dépeints, jouant sur leur transparence et la tension émise par leur physique.