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colin farrell

  • Bons Baisers de Bruges

    Like a fairytale

    BONS BAISERS DE BRUGES - Mark Hamilton

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    "Get to Bruges", voilà ce qu'ordonna le commanditaire scrupuleux incarné par Ralph Fiennes aux tueurs à gages Ken (Brendan Gleeson) et Raymond (Colin Farrell). Le film de Mark Hamilton repose actuellement sur ce contraste cocasse entre la ville de Bruges, piège à touristes et similaire à un conte de fées, et les tueurs anglais envoyés en vacances "forcées". Ainsi, aux magnifiques images paisibles de la ville enchanteresse s'oppose l'humour à inspiration brittanique ou américaine d'un des deux tueurs. Bons Baisers de Bruges n'est donc pas un canular belge, mais bel et bien un excellent film brittanique, qui tire ses ressources et son  originalité de la ville belge.

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    Commençons par le point le plus sensible de cette comédie dramatique, à savoir l'humour. Voulant rester attaché à la critique subtile anglaise, scindée de sous-entendus et d'ironie, et s'accrocher à l'absurdité belge, plus proche des gags et dialogues absurdes, l'humour oscille ainsi en permanence entre ces deux inspirations. Ceci donne l'impression d'irrégularité dans le film. Certains passages incompréhensibles agacent (comme la soirée avec le nain et les prostituées), tandis que d'autres répondent à une certaine subtilité. Le film réussit sur deux points. Tout d'abord, les codes de nombreux genres sont habilement détournés, déclenchant souvent l'humour absurde. La jolie fille rencontrée sur un plateau de tournage (amusante Clémence Poésy) s'avère être fournisseuse de drogue dans ce domaine, la "love story" est brutalement interrompue par un pistolet pointé sur la tempe, la visite en haut de la cathédrale sert à viser les passants d'en dessous, l'appel très professionnel du commanditaire se déroule lors de l'ouverture des cadeaux de Noël de sa famille... Tant d'exemples qui détournent les apparences féeriques de la vie à Bruges...

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    Ensuite, le second aspect comique est la relation entre les deux tueurs, radicalement opposés. Brendan Gleeson, très juste dans son jeu, s'attache à la ville, se passionnant pour les balades romantiques sur le canal et les visites des musées flamands ; tandis que Colin Farrell ne cesse de débiter "Fucking Bruges !" à chaque pas , exagérant parfois un peu trop son jeu de grimaces. La plupart des dialogues savoureux proviennent de ce contraste, également physique. De nombreux clins d'oeil ispirés par Bruges sont également intelligemment insérés, comme le tableau représentant un seigneur donnant ses missives à la mort, référence directe à la situation des deux tueurs.

    brugville.jpgEn contraste avec cet humour "double", l'architecture de Bruges bénéficie d'une représentation totalement mystérieuse et opaque, soulignant le jeu des apparences. L'admirable photographie joue en effet sur les effets de brouillard et d'ombre de la ville en pleine nuit, permettant d'encadrer la tragédie qui va s'y dérouler. En effet, Bons Baisers de Bruges s'avère, dès le début, une tragique histoire sur la culpabilité, utilisant les habituels topos du film noir américain. La séquences d'ouverture impose une atmosphère lourde et glaciale, par le biais d'un montage d'images de différents recoins de la cathédrale de bruges, agrémenté d'une douce musique, que la vois tranchante de Ralph Fiennes au téléphone vient briser. Cette froideur est dominante sur le film, et non pas les sketches des deux tueurs, et apporte le final impressionnant et haletant. Mais tout au long du film règne sournoisement cet aspect terrifiant de la ville, ce brouillard opaque qui s'enveloppe petit à petit autour des personnages, les amenant à leur fin. La noirceur s'exprime par les effets habituels et toujours efficaces : course-poursuite haletante dans la neige au son d'une musique rock, fusillade et cascades en tous genres, montage alterné...

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    Mais derrière les aspects humoristiques et dramatique peut être avancée une autre interprétation subtilement dissimulée. La veine religieuse domine le film, n'apparaissant qu'à réfléxion ou deuxième projection. En effet, le tueur Raymond est envoyé à Bruges en raison d'une "faute". Recevant la mission de supprimer un curé, il abattut accidentellement un enfant venu se confesser. La culpabilité de cet acte, en plus de s'être produit dans une église, est renforcée par la spiritualité de Raymond, qui dévoue ses biens à sa logeuse, attendant un enfant (et répondant au nom de Marie !). La tendance religieuse ps'exprime aussi par le cadre mystérieux, chargé de spiritualité dans les architectures, et la présence de la fête de Noël. Lors de la scène finale, Raymond ne dirige-t-il donc pas son regard vers le ciel ? Cette interprétation reste plutôt ambigüe.

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    Bons Baisers de Bruges reste néanmoins un divertissement agréable et intelligent, aux interprétations satisfaisantes et dont l'utilisation de Bruges lui permet de se distinguer de certains autres films d'action américains.