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david fincher

  • L'Etrange Histoire de Benjamin Button

    Piégé par le temps

    THE CURIOUS CASE OF BENJAMIN BUTTON – David Fincher

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    Après l'enquête Zodiac, David Fincher revient à un registre plus fantastique, s'inspirant d'une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald. The Curious Case of Benjamin Button s'attache à une vie unique en son genre, celle d'un homme naissant âgé et rajeunissant au fur et à mesure qu'il vieillit. Destin particulier, d'autant plus que l'homme tombe amoureux d'une femme, amie d'enfance, qui, elle, vieillit... un contraste intéressant s'ébauchait donc entre les deux amants, contraste bouleversé par le temps qui avance et recule à la fois, pouvant briser à tout moment l'idylle vécue. Malheureusement, The Curious Case of Benjamin Button  ne répond pas à cette attente, se basant sur une histoire et des symboles basiques, en dépit d'une atmosphère des plus originales.

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    Pour commencer par les points positifs, le nouveau film de David Fincher s'appuie sur une réalisation hautement romanesque, aux décors et effets spéciaux des plus impressionnants. L'ambiance fantastique est particulièrement soignée, truffée de détails et de lumières tamisées et diverses, proposant une pléiade de couleurs et tons différents. Chaque plan est d'une beauté vertigineuse, tant par sa composition que par la manière de cadrer. Fincher privilégie les vues aériennes, en contre-plongée ou d'ensemble, usant de nombreux travellings élaborés donnant de l'emphase à chaque mouvement des personnages. Ce choix, en plus d'apporter une dimension très romanesque au film, va de pair avec le métier pratiqué par Benjamin, voyageur sur un bateau, sillonnant des mers immenses, mais encore plus avec celui de Daisy, danseuse. La pratique de la danse est prétexte au vertige, au mouvement harmonieux que reproduisent des travellings très fluides.
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    The Curious Case of Benjamin Button est empli de décors oniriques aux ambiances spécifiques. Le lieu d'enfance de Benjamin, par exemple, est un curieux manoir, vieillissant à l'inverse de son locataire qui s'épanouit comme neuf. Lieu de passages, où se concrétise la marque de la mort, cette sorte de maison de retraite recueille des vies usées et en attente de la fin, que le jeune Benjamin observe tout en grandissant. A partir de là commence la morale du film, qui va s'étirer tout du long, contaminant la forme. Fincher, troublé par ses détails et ses effets spécieux impressionnants, en a oublié de travailler sur le fond, restant basé sur une banale et longue histoire d'amour aux rebondissements les moins surprenants. Tandis que les décors et la photographie s'avèrent somptueux, teintés de mystère et de charme, l'histoire reste figée dans la neutralité, appliquant des morales pompeuses dans les dialogues des personnages « Rien ne dure » ou « Des gens meurent et d 'autres prennent leur place », visant à traduire la conclusion épicurienne que retiennent les deux amants et appuyant cette idée du temps avec un symbolisme lourd. En effet, cette histoire de l'horloge, fabriqué par Mr Gateau lors de la première Guerre Mondiale, mesurant le temps à reculons ne fait qu'alourdir le propos.

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    L'un des problèmes du film réside dans le fait que l'idée de départ est trop exploitée. Le rajeunissement de cet homme, dès qu'il est admis par le spectateur, ne surprend plus par la suite. De même, la mort de chaque personnage rencontrée devient comme une évidence, un cycle qui se répèterait. Le film lui-même est pris dans cette idée du cycle formé par le temps, de la naissance à la vie, et ne laisse aucun échappatoire à ses personnages.

    Certains sont par ailleurs plus traités que d'autres. Là réside un des autres problèmes du film. L'ensemble est trop riche, présentant une pléiade d'ambiances et d'aspects spécifiques à certains personnages : le pensionnat pour personnes âgées apaisant et sage pour Queenie, les bars enfumés et vulgaires et les tumultes des mers sombres pour le capitaine Mike, l'hôtel prestigieux et nocturne pour Elizabeth, les lieux mystiques et flamboyants pour les interprétations de Daisy... Le spectateur est submergé par de multiples univers auxquels il est difficile de s'habituer. Par exemple, la fabrique de boutons du père de Benjamin, sorte d'usine textile à la Willy Wonka, est à peine esquissée. En revanche, l'idée de commencer par un flash-back est totalement inutile car les retours au présent n'apportent généralement aucune information à l'histoire et brisent totalement la magie du passé.

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    Les interprétations sont convenables car les acteurs ne manquent évidemment pas de charme ni de talent. Fincher s'est entouré d'une pléiade d'acteurs américains renommés : Brad Pitt en Benjamin Button naïf et détaché ; Cate Blanchett en Daisy sensible et flamboyante ; Tilda Swinton toujours excellente dans ce discret mais efficace rôle d'amante passagère ; Elias Koteas mystérieux mais à l'apparition hélas trop succincte ; Taraji P. Henson dynamique...

    Malheureusement, The Curious Case of Benjamin Button est, d'une part étouffé par la qualité de ses effets spéciaux et des décors splendides et vertigineux, d'autre part par son symbolisme du temps, au point de piéger les personnages et le film lui-même dans ce cycle logique.