Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

entre les murs

  • Entre les Murs le livre

    ENTRE LES MURS – François Bégaudeau - Folio Gallimard

    murs.jpg 

    Alors que le film s'avérait être un véritable ravissement, le roman reste une grande déception. Racontant le quotidien de Bégaudeau enseignant dans un collège classé ZEP, Entre les murs s'appuie sur un style d'écriture peu travaillé. L'auteur tente de mixer le langage juvénile, oral à celui des classiques tournures françaises. Cependant, le langage courant prime tout au long du récit, s'appuyant sur quelques jeux de mots hasardeux et ne restituant pas la drôlerie des tournures de ces adolescents, la déformation que subit notre langue française (ce qui se retrouve en revanche dans la diction des élèves du film). Le style reste plat, certes facile à lire, rythmé mais manquant de force dans ses impulsions. Bégaudeau a voulu s'appuyer sur l'oral vif et scandé de ses élèves mais il n'en restitue pas le plus important, c'est à dire le dynamisme.

    De plus, le plus déplaisant reste le portrait dressé de ce collège. Alors que le film respirait d'optimisme, le roman s'enlise dans les plaintes de ces professeurs, qui semblent n'éprouver aucun sentiment, aucun plaisir d'enseigner. De même, Bégaudeau dépeint en permanence son agacement intérieur face aux questions compromettantes posées par ses élèves. Ceux-ci sont systématiquement décrits par le biais de leur physique ou leur accoutrement (boucles d'oreille, slogans des Tee-shirts...) , comme s'ils n'étaient que des « figures caricaturées » de la jeunesse actuelle. Ces élèves, pour résumer grotesquement mon impression, semblent peu vivre sous la plume distante de Bégaudeau. Cette différence flagrante face au film prouve bien que ce dernier résulte de la vision de Laurent Cantet, et non celle de ce professeur, vision nettement plus audacieuse, optimiste, chaleureuse.

    Autre critique : Entre les murs de Laurent Cantet

  • Entre les Murs

    Entre ces murs, ces corps et ces mots

    ENTRE LES MURS – Laurent Cantet

    mursaff.jpg

    Pour le pur bonheur des cinéphiles du coin, le cinéma Art et Essai de Nancy bénéficia vendredi dernier, le 22 août, d’une avant-première exceptionnelle concernant le nouveau film de Laurent Cantet, primé à Cannes par la plus convoitée des récompenses cinématographiques. Pour ma part, je m’engageais à assister à cette projection, pouvant non seulement découvrir un nouveau travail dans le cinéma français actuel, mais également rencontrer un cinéaste en pleine émergence. En effet, la projection était suivie d’un débat avec Laurent Cantet, très à l’aise, et François Bégaudeau, plus présent à l’écran qu’en chair et en os, puisqu’il ne pouvait finalement pas venir ce soir-là.

    Face à une salle bondée, jalonnée par toutes les générations, Entre les Murs fut projeté avec rigueur, dans une ambiance détendue. La première considération que le spectateur devrait se faire est de ne pas prendre en compte le sentiment d’injustice qu’a soulevé la consécration de ce film à Cannes, face à de multiples œuvres hautement soignées de réalisateurs talentueux (Clint Eastwood, Arnaud Desplechin, Steven Soderbergh, James Gray…). Je ne vais pas revenir sur l’ambiguïté des choix de Sean Penn (voir à ce sujet le billet d’humeur sur Cannes). Le film reste un excellent moment, brillant pour son engagement social et sa description simple et efficace des particularités de notre système scolaire actuel.

    Entre les murs, librement adapté du roman éponyme de François Bégaudeau, décrit le quotidien d’une classe de quatrième dans un collège « difficile », durant toute une année, et de sa relation avec son professeur principal et de français. Le premier atout de ce film est sa simplicité et son équilibre, alternant moments dramatiques et humoristiques, jouant sur la langue (celle de l’apprentissage scolaire et celle des adolescents) et diffusant une palette de sentiments grâce aux personnalités des élèves et professeurs. Il s’agit d’un portrait fidèle et pertinent de la situation scolaire française actuelle. J’avoue avoir retrouvé mes souvenirs de collège : ambiance survoltée d’une salle de classe de jeunes adolescents, premiers travaux de réflexion et critique, sports ou téléphonie dans la cour, conseils de classe tendue, questions de l’orientation, angoisse à l’idée du conseil de discipline… Le film se retranche des deux « côtés », prenant comme personnage principal un professeur, mais cherchant à situer tous les éléments dans une classe au quotidien, sans pour autant décrire des stéréotypes de l’adolescence.

    mursesmel.jpg

    En effet, le travail mené avec les jeunes acteurs résulte d’une remarquable justesse, où chacun se nourrit de ses expériences personnelles, mais en pouvant garder une distance avec leur vraie personnalité. Comme nous l’a expliqué Laurent Cantet, chaque élève, en ateliers d’improvisation, s’est forgé son personnage et leurs parents ont suivi le jeu. Cet investissement collectif, énergique et riche, prend toute sa force lors des interventions du professeur, s’immisçant dans leur langage, leurs critiques et leurs conseils. Beaucoup de journalistes ont décrit ces échanges comme un « jeu de ping-pong linguistique », où s’établit un contraste entre le français correct et habile du professeur et le langage décalé et vif des adolescents, menant ainsi à un contact surprenant et révélateur.

    De même, la classe révèle le contexte ethnique de la France : des élèves de multiples nationalités s’y répondent, débattant sur leurs pays, comme, par exemple, l’équipe de football la plus efficace… Les adolescents remettent en cause la rigueur de l’enseignement, mais avec une pointe de nonchalance et d’obstination injustifiée. Enseignement dont l’image conformiste prime, et que le professeur essaie de modifier, par sa patience et sa subtile répartie. Enseignement qui risque de le piéger à tout moment, l’amenant à observer ses élèves se défoulant sur leur territoire (pourtant encore encerclé), à savoir la cour. De celle-ci, de nombreuses prises de vue subjectif depuis l’intérieur de l’établissement, exprimant le désir du professeur face à la débandade des élèves : parties de football survoltées, bavardages féminins sur les bancs, portables et MP3 volant de main en main… Finalement, l’année s’achèvera collectivement dans cet espace de loisirs, d’une liberté limitée à bon escient.

    mursprof.jpg

    François Bégaudeau tentera par ailleurs de franchir cette limite entre élèves et professeurs, salle de classe et cour de récréation. Dans ce dernier recours de contact, ayant troublé la confiance établi, il vient empiéter leur territoire, étant rapidement entouré par tous les adolescents méfiants, comprenant qu’il n’a pas le droit de s’immiscer dans leur logique. Le personnage principal est extrêmement maladroit durant cette séquence, perdant ses repères habituels d’une salle de classe. Ce parti pris, celui d’un professeur hésitant et empli de doutes malgré sa repartie et son expérience, est audacieux et intelligent, expliquant en partie le futur succès d’Entre les murs, film s’intéressant de près à la psychologie de chaque personnage, lui faisant une suite de sentiments et d’évènements. Le film se base en partie sur le pouvoir de la parole et les conséquences graves qu’un malentendu linguistique peut entraîner.

    De plus, Entre les murs est surtout un film engagé qui, malgré le fait qu’il reste avant tout une fiction, est ancré dans l’air du temps, décrivant ce système scolaire si contesté en France. Cette dimension prend encore plus de force face à des connaisseurs du milieu scolaire, professeurs ou élèves. Dans les murs du collège surgissent des interrogations, des débats contre l’emploi des félicitations pour l’un, du blâme pour l’autre et surtout le jugement irréversible des conseils de discipline… Tous les doutes et failles du système sont démontrés à travers le film, des séquences de la vie courante d’un collège où se retrouvent les mêmes comportements (le professeur qui pète les plombs, le principal sérieux et conventionnel…). De même, les ambiances comptent pour beaucoup dans la représentation du lieu scolaire, huis-clos condensant les petits drames et les sourires. Au bavardage de la classe s’oppose la tension des conseils de classe, où chacun se rétracte au nom d’un élève « difficile ». Face aux photos personnelles et optimistes d’un élève, chaleureusement louées par le professeur s’impose le contraste d’un acte d’accusation incompris par le parent de l’élève en faute.

    Dressons tout de même un article quant aux interprétations des acteurs. Car il s’agit bien d’acteur, et non pas d’adolescents jouant leur propre rôle, qui incarnent ces élèves survoltés et pétillants. Formés en ateliers, ils portent littéralement le film, par leur vivacité et leurs provocations, se basant sur l’improvisation et la construction de leur rôle. Evidemment, la qualité du jeu est saisissante, parfois bien plus que celui des adultes. Ceux-ci sont néanmoins convenables et vivants. Quant à François Bégaudeau, je reste un peu sceptique sur son interprétation. Celle-ci reste parfois ambigüe car le personnage est extrêmement introverti (mis à part en présence des élèves), traversé de doutes et d’un comportement souvent obscur.

    Ce brassage, étant à la fois linguistique, émotionnelle et ethnique constitue le succès du film de Laurent Cantet, et l’engouement des membres du jury de Cannes. Car Entre les murs est traversé d’un flux de vie et d’espoir tout à fait nécessaire à notre société, pouvant être comparé à cette même force qui provenait de l’Esquive (Abdellatif Kechiche) en 2004 et qui avait apporté un nouveau souffle au « conventionnel » cinéma français.

    murscanns.jpg
  • 100ème note

    Lysao fête sa 100ème Note !

    Hier et aujourd'hui étaient deux jours de rentrée scolaire. Beaucoup y prêtent attention, notamment dans le cadre scolaire, la littérature, le cinéma, la politique... Evidemment je ne peux que vous parler de cinéma, passion que je défends toujours avec acharnement, mais j'encourage également à profiter des autres arts. En ces journées, ensoleillée pour hier, pluvieuse pour aujourd'hui, beaucoup ont repris le quotidien, pestant, râlant, soupirant et baillant. Je me suis dit que pour encourager tous mes proches camarades de classe qui éprouvaient quelques réticences à reprendre le rythme, ainsi que de nombreux autre élèves et salariés, j'allais chaudement recommander deux films vus en avant-première, tous deux pleins d'énergie et de courage, de poésie et d'émotion.

    Je constate alors qu'il s'agit de ma 100ème note, qui inaugure, coïncidence étrange, une nouvelle année cinématographique. Je remercie alors tous ceux qui circulent sur mon blog, prenant le temps ou non de lire mes très longues critiques. Merci à tous.

    Quant aux deux films, il s'agit d'abord de l'inévitable Palme d'or française, Entre les Murs de Laurent Cantet, film incontournable dans l'air du temps. L'engagement est présent, certes, mais de manière extrêmement subtile, s'appuyant sur le dynamisme des élèves et leur originalité. Le film est une véritable palette d'émotions collectives, ne tombant jamais dans le cliché, donnant une image juste du collège, de la France actuelle et de ses problèmes face aux réformes de l'enseignement. Les interprétations sont sidérantes. Le langage moderne et vif des élèves se heurte aux remarques subtiles du professeur, établissant un échange riche et un véritable contact allant au-delà du moderne apprentissage. Réservz une place dans votre emploi du temps lors de sa sortie, le 24 septembre !

    murs.jpg

    Le deuxième film n'en est pas moins réjouissant. Rumba réunit humour belge, univers à la Tati et veine poétique, bercés par les paysages de basse-Normandie. L'histoire du couple s'enchaîne sur une péripétie de gags d'une subtile construction, grouillant d'idées pour la mise en scène, les personnages et les décors. Véritable bonheur cinématographique, Rumba est d'une fraîcheur irrésistible, d'une générosité incomparable, parlant avec simplicité d'un univers décalé et coloré. Les deux Belges enchaînent péripéties sur péripéties, n'hésitant pas à faire durer le plaisir sur de longs plans-séquences. N'hésitez pas à voir ce film,peu dansant, mais virevoltant de vie.

    rumba.jpg
  • Compte-rendu été et rentrée 2008

    FIN DE L’ETE : Bouclons nos déceptions et attendons le plaisir

    murs.jpgEnfin, cet été s’achève, d’une manière agréable, et la rentrée s’annonce, d’une façon prometteuse. Cinématographiquement, le creux fut bien présent lors du mois de juillet et du début d’août. Mais sitôt que les premières rumeurs scolaires frémissent, les films, audacieux, magistraux, multiples, viennent envahir nos salles, précipitant l’emploi du temps nonchalant de cette dernière mi-août. A Nancy, particulièrement, l’action Ciné-Cool permit de bénéficier de nombreuses avant-premières et rencontres fructueuses. Ainsi, certains purent bénéficier de la rencontre avec le réalisateur primé d’Entre les Murs, Palme d’or 2008, ou encore avec les réalisateurs belges et français de Rumba, excellente comédie. De même, films asiatiques (Souvenir (cf critique), Wayne Wang, Sparrow de Johnny To) et américains (The Dark Knight de Christopher Nolan) ne perdent rien de leur efficacité, et d’autres nationalités viennent livrer des œuvres fortes et pertinentes sur le contexte de leur pays (Gomorra de Matteo Garrone). L’engagement ou les contextes politico-sociaux sont les principaux thèmes des dernières sorties.

    Avec les nouveaux films de Laurent Cantet, Christophe Honoré, Agnès Jaoui, Martin Provost, la rentrée française ne risque pas d’être inintéressante, auxquels viennent s’ajouter les incontournables et merveilleux frères Dardennes, ainsi que les géniaux Abel, Gordon et Romy. D’autres belles promesses cinématographiques viennent s’ajouter, balisant une rentrée revigorante.

    dardenn.jpg

    Le post-cinéma ne manque pas de charme non plus, puisqu’il s’agit de trois (pardon quatre) cinéastes qui ont rythmé mes vacances sur mon petit écran Mac, et dont il me reste encore beaucoup à découvrir, admirer et critiquer. A commencer avec Andreï Tarkovski, dont le premier long-métrage m’a littéralement charmé, L’Enfance d’Ivan, dont la critique se prépare avec soin. Ensuite ce sont les surprenants frères Dardennes, fidèles Cannois porteurs d’un cinéma belge que je ne découvre que progressivement, connaissant mieux le théâtre belge. Avec Le Fils, l’émotion s’installait, omettant les conditions néfastes à tout visionnement d’un DVD, plongeant le spectateur dans un état alarmé. Mais avec L’Enfant, c’est une fièvre qui vous subjugue et vous laisse ébahi. Enfin, je consacre la fin de ce compte-rendu au maître italien par excellence (rejoignant le culte établi par Scorsesejunior), Luchino Visconti, créant de véritables fresques historiques et émotionnelles, fascinant par le malaise émanant de cette reconstitution minutieuse et étrange.

    visconti.jpg