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festival de cannes 2015

  • Carol

    Une alchimie en brèves

    CAROL – Todd Haynes

    L'émotion du dernier plan de Carol encapsule une émotion qui nous a échappé tout au long du film. L'impression se révèle étrange, comme si la brusque ivresse dont on a été souvent privé, du fait de coupes mal placées, ou d'une froideur un peu trop exquise dans les plans, débarquait d'un seul coup. Alors que faire de cette soudaine émotion électrique ? Aurait-elle dû intervenir plus tôt dans le film ? Tout en ayant réussissant à admirablement doser le désir de ce dernier plan éclatant, Carol n'est pas dénué de maladresses ou de défauts qui nuisent à la totale flamme de cette histoire d'amour.

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  • Mai 2015

    Mai 2015 au cinéma...

     

    LEOPARDI IL GIOVANE FALVOLOSO – Mario Martone

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    Le réalisateur de Leopardi parvient à s'arracher des poncifs lourds du biopic. En considérant les événements de la vie du poète italien comme des détails, il se recentre avant tout sur une interprétation personnelle de la psychologie de son sujet. Le pari a l'avantage d'accompagner une figure d'emblée tiraillée par une enfance austère et une vie à la condition physique pénible. La réussite du portrait doit beaucoup à l'interprétation de Elio Germano, qui s'est arraché de la faiblarde figure de jeune homme imposée quelques années auparavant (Mon Frère est fils unique de Daniele Luchetti, 2006). L'acteur ne refuse pas les disgrâces morales ou physiques du personnage et propose un Leopardi troublé, muré, rarement traversé par les sourires ou les éclats de joie. Son interprétation du poète à la fin de sa vie est convaincante, et la réalisation de Mario Martone incarne les obsessions sinistres du personnage.

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     Le rythme très elliptique ne fait de cette vie qu'un espace sans événement ni ébranlement, plus construit par la fatigue de la maladie et le quotidien las de l'épuisement physique vécu par Leopardi. Dès lors, les rares éclats n'en seront que flamboyants, dans des apparitions surnaturelles ou des éclatements de chansons contemporaines. Ces courtes brèches constituent, malheureusement, les quelques défauts d'un film qui tend à s'épancher : charme plus, en regard, la qualité de cadrage et de montage portée sur les trajets du poète, de Recatini à Rome ou Naples, qui dissémine bien mieux les rares espoirs d'un écrivain pessimiste. L'influence de Luchino Visconti surgit ainsi en travers des rapports intimistes de Leopardi avec sa famille – troublante mise à mal par un doux emprisonnement dans une bibliothèque – ou ses compagnons de voyage, figures désirées le long des pavés rutilants ou à la lueur du soir.

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    Néanmoins, plus que ce cinéma de Visconti ravivé avec pudeur, le long-métrage de Mario Martone évoque Bright Star (Jane Campion, 2009), son miroird'outre-Manche. Plus que la poésie romantique, le travail de la lecture des lettres au montage porte ces deux films et instaure les liens de leurs poètes avec le monde, leurs muses ou leurs mentors. A ce niveau, la plus belle partie du film demeure dans l'échange de correspondance établie avec le maître, alors que le jeune homme est consigné à demeure à son père : soudain, le phrasé italien s'emballe et embellit ses rayons étouffants de livres, telle une redécouverte amoureuse et intellectuelle donnée cinématographiquement.

     

    JAUJA – Lisandro Alonso

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    Jauja porte presque les traces d'un Tabou. L'intrication des temps autant que la nostalgie cinématographique rappellent le très beau film de Miguel Gomes, tel son cousin désertique sud-américain. L'ensemble du film, en excluant la fin, éveille le regard en l'habituant à une série de controverses de nos conventions actuelles : format inattendu, rythme empesé, acteur américain populaire grimé et méconnaissable, refus du dialogue... Ces choix évidemment conduisent vers une certaine magie visuelle et sonore, d'où percent un ciel étoilé, des percées d'eau où s'écoule la plus lente des masturbations, des grottes recueillant l'intimité d'une chambre à coucher...

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     Mais, la déambulation prenante souffre aussi d'une réalisation qui se délaisse parfois, s'oubliant dans l'exploit du standard 1 : 33 et son traitement crépusculaire des couleurs. Contrairement à Gomes qui repoussait les limites de son dispositif dans la continuité de sa traversée trouble de la décolonisation en Afrique, le discours de Lisandro Alonso paraît plus lisse et surfait, notamment atteint par une conclusion poussive dans sa prétention à travailler le temps et ses vestiges.

     

    UN PIGEON PERCHE SUR UNE BRANCHE PHILOSOPHAIT SUR L'EXISTENCE (EN DUVA SATT PÅ EN GREN OCH FUNDERADE PÅ TILLVARON) – Roy Andersson

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    « Tableaux » est le premier mot qui surgit les lèvres face au cinéma de Roy Andersson. Si les plans du cinéaste suédois, à l'origine peintes lui-même dans la préparation de son film, forcent l'intérêt pour l'inspiration picturale pour la peinture, un sens indubitable du cinéma s'en dégage aussi. C'est bel et bien la durée, ou plutôt les durées, qui s'éprouvent dans ces plans-séquences fixe. L'espace minutieusement structuré et reconstitué dans les moindres détails devient une trompe-l'oeil où s'agencent plusieurs possibles : guerriers d'une armée princière lointaine débarquant dans un bar en pleine journée, restaurant où ont lieu les conversations les plus diverses, échanges de l'avant-plan en contraste avec l'arrière-plan... Si le cinéma d'Andersson devait fournir un quelconque parallèle avec la peinture, il prendrait tout d'abord lieu dans une peinture du détail et des multiples, tels des Jan van Eyck du Nord européen.

     

    Se déploie aussi le sens de la circulation dans le film : les visages grimés se ressemblent, mais surtout la réplique reprise de bouche en bouche, tel un rouage essentiel de la mécanique : « Je suis content de savoir que vous allez bien ». Un Pigeon perché... figure en ce sens la déclinaison d'un principe, celui de la mort attenante de personnages en vie. Ce paradoxe simule toutes les situations cocasses qui le construisent, dans ces funèbres marchands de divertissement, ou cette allégorie historique et horrifique finale, situations qui demeurent sans solution ni fin. Peut-être le cinéma de Roy Andersson interroge-t-il ainsi plus les malaises qu'il ne les résolve.

     

    LES MERVEILLES (LE MERAVIGLIE) – Alba Rorhwacher

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    Les Merveilles creuse le sillon de son titre avec rigueur et poésie : dans ce quotidien où la jeune Gelsomina rêvasse de fées malgré la rudesse de son père, les petits miracles se produisent et les mésaventures se convertissent en fantaisies visuelles. Certains retournements de situation charment, tel ce miel dégoulinant qui finit par envahir la pièce, vision à la fois cocasse et terrifiante de l'engluement des personnages dans ce qui fait leur ressource. D'autres au contraire agacent, par exemple avec le final de démonstration des gouffres sociaux ou relationnels. Le show télévisé n'est qu'un prétexte déguisé pour faire surgir la déception cruelle de la jeune fille, dont le grotesque pourrait amuser mais qui ne fait qu'agacer au final, loin de la subtilité d'un Fellini – influence évidente – sur le même type d'émissions populaires.

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    Le vrai sujet des Merveilles est, plutôt que dans sa résolution maladroite, dans cette ambiguïté père-fille ouvrant le récit. Les efforts de Gelsomina pour plaire à son père, son souhait d'inscription dans son héritage, sont contrecarrés par l'affleurement de sa condition adolescente, sa féminité naissante, mais surtout la révélation d'un certain sexisme paternel. Le modèle s'effondre doucement mais la tendresse résiste parfois, comme lors d'un dialogue auprès du feu où les parents se remémorent l'attachement du père à sa fille aînée. Alba Rorhwacher perd ce sujet en accentuant la dimension de télé-réalité, bien maladroite et inutile.

     

     

    THE AVENGERS 2 : AGE OF ULTRON – Joss Whedon

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    Avec le premier Avengers, le défi de réunion des héros Marvel avait été relevé avec efficacité. Le film de Joss Whedon, sorti en 2012, trouvait l'équilibre entre des pouvoirs très différents et s'amusait à cerner les oppositions de groupe sans perdre de la dynamique des séquences d'action. En outre, l'antagoniste Loki en faisait un adversaire à la fois puissant et risible, traversé de contrariétés aussi fortes que celle des personnages. Difficile ensuite de répondre au second volet : Whedon choisit de prolonger la corde du groupe en conflit, mais peine, malgré cette intention louable, à imaginer des psychologies en déroute convaincantes. Les romances (Natassha et Bane), les doubles-vies (Oeil de Faucon) ou les dépressions (Tony Stark) sont des révélations peu travaillées, surgissant de manière hagard dans un scénario relativement sans surprises. De cette difficulté à soutenir une suite, Whedon abandonne la plupart des bonnes surprises précédentes, tels la qualité risible de certains des héros (Captain America), les joutes en plein milieu de crise ou l'amusante complicité Bane-Stark.

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    Le jugement demeure divisé, car l'effort d'écriture tente évidemment d'approfondir les délaissés du premier Avengers, telle Natassha, dont se creuse plus la douceur attenante à son actrice, Scarlett Johannson, ou les précédemment inexistants Oeil de Faucon et Captain America, ici développés ou plus actifs. Mais le revers demeure tel qu'il déséquilibre encore plus l'intérêt du groupe de super-héros et peine à faire surgir la singularité de cette réunion des figures Marvel. Certaines traces parviennent de-ci de-là à soutenir un ensemble correct, mais dont s'espère un dernier volet plus audacieux dans la démonstration groupée de ces héros.

     

    LA TETE HAUTE – Emmanuelle Bercot

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    En suivant le parcours de Malony (Rod Paradot), jeune adolescent versé dans la délinquance, Emmanuelle Bercot garde une approche louable de ce sujet complexe. Si l'équilibre de La Tête Haute demeure difficile, fonctionnant par à-coups et inégale dans l'efficacité des scènes ou dans le choix du ton, cette irrégularité a le mérite d'incarner totalement la dérive de Malony, personnage intenable et toujours fuyant, dont les brusques accès de colère cassent toute forme d'harmonie et nous précipitent de lieu en lieu. Par ailleurs, là où le film de Bercot touche, c'est dans la description des maisons de redressement traversées par le garçon et dans la flopée d'acteurs anonymes, incarnant leurs propres rôles, qu'elle laisse à l'écran pendant plusieurs minutes. Emeut par ailleurs à ce niveau le touchant rôle d'éducateur incarné par Benoît Magimel, et sa relation avec Malony, non donnée à voir et qui se tisse en creux.

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    Alors, pourquoi, face à cet équilibre de justesse, Emmanuelle Bercot choisit-elle de construire le personnage de la mère de Malony comme à contrepied total de sa tonalité d'ensemble ? Criarde et caricaturale, Séverine est incarnée par une Sara Forestier hystérique, transformant les scènes de tribunal ou de consultation en grotesques examens de conscience. Cette large incompréhension handicape foncièrement La Tête haute et l'empêche d'atteindre son honorable prétention.

  • In the Family

    Histoire d'un malentendu

     

    IN THE FAMILY – Patrick Wang

    Suite à la sortie du film en DVD et à la veille de la projection de The Grief Of Others aux projections ACID de cette année, il est temps de revenir sur ce beau premier long-métrage de Patrick Wang, classé très haut dans le Top Ten 2014 de ce blog.

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