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jim jarmusch

  • Permanent Vacation

    Errance d'une folie douce

    PERMANENT VACATION – Jim Jarmusch

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    Le tout premier film du géniallissime Jim Jarmusch, film de fin d'études d'une école de cinéma (et mal reçu par la dit- école, soi-disant parce qu' « il n'était pas formé d'une certaine manière »), trouvé par hasard dans les bacs de la surprenante médiathèque de Nancy (recélant de trésors cinématographiques), autant que j'étais impatiente de découvrir le premier travail de ce réalisateur modeste et doté d'un grand talent et d'une grande sensibilité. La déception n'est heureusement pas au rendez-vous.

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    Permanent vacation (littéralement « vacances permanentes ») reflète l'esprit et l'univers décalé de Jim Jarmusch, à la fois poétique, désordonné, déjanté... L'histoire est à l'image de son personnage central : Aloysious Parker, jeune homme un peu paumé dans un New York miséreux, en ruines et en proie au traumatisme de la guerre du Vietnam, erre au grand dam de sa petite amie qui finit par le quitter. Une photographie d'amateur mais efficace encadre le récit, qui s'improvise comme une errance sur la pente de la désillusion et d'une folie douce, rythmée par le jazz de Charlie Parker ou un saxo dans la nuit.

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     Aloysious Parker erre, le regard perdu, parmi des bâtiments en ruines, des toits aux couleurs pâles, des rues vides, sauf par quelques jeunes ou enfants, des murs tagués et des appartements peu meublés. Tel est l'aspect désuet où évoluent le personnage principal et ceux qu'il croise, tous un brin allumés et noyés dans leur nostalgie ou dépression. Aloysious Parker lui-même se désillusionne, perdu dans son errance et sa solitude.

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    Jim Jarmusch porte un regard magnifique sur ce personnage saisissant. Dans un monologue incroyable à sa petite amie, délaissée elle aussi, Aloysious parle de lui et de l'image qu'il reflète. Il s'avoue à l'écart des autres, mais pas fou. Il explique calmement, dans un monologue pourtant teinté de tristesse, sa position immuable hors de la société. Le regard porté sur eux n'est ni compatissant ou dépréciateur et Jarmusch ne cherche pas à démontrer une quelconque injustice. Il pose ses personnages avec douceur, les berce dans leur monde et invite le spectateur à partager, pour un instant, leur intimité fascinante et inhabituelle.

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     Cette errance à l'écart d'une quotidienneté réglée est cristallisée par l'univers musical du jazz ou les références au cinéma (hommage discret mais touchant de The Good, The Bad and The Ugly (Sergio Leone), dont la bande-son est entendue de l'autre côté de la salle de cinéma, près du stand de pop-corns). Une séquence, sublime hommage à ce jazz mélancolique et puissant, se détache : celle où Aloysious croise durant la nuit, près de l'autoroute, un saxophoniste errant qui lui demande « Qu'est-ce que tu veux entendre, petit ? ». Parker lui répond alors « Ce que tu veux, tant qu'il s'agit d'un son vibrant et fort ». Ces sons hypnotiques dans la nuit rajoutent alors une nouvelle couleur à l'errance de Parker.

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    Pour interpréter ce dernier, Jim Jarmusch a choisi un acteur débutant au physique incroyable, Chris Parker, dont la voix à demi-féminine et la démarche flottante ne cessent de captiver le spectateur. Chris Parker essaie en permanence de fuir le monde et, de même, la caméra qui l'accompagne, tentant d'accrocher des instants de sa lancinante vie. Dans une séquence notamment, où Chris Parker danse sur un air de jazz, l'acteur reste courbé, le regard viré au sol ou sur les côtés, esquissant ses gestes avec une fièvre maladroite et sincère, s'échappant dans son propre univers.

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    Permanent vacation, même s'il souffre des maladresses de premier long-métrage (montage un peu maladroit, expérimentations...) reflète le début d'une carrière malheureusement pas assez analysée, encore aujourd'hui, de ce réalisateur incroyable qu'est Jim Jarmusch.