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l'île

  • Compte-rendu février-mars 2008 - 2

    SUITE DU COMPTE-RENDU DES FILMS VUS SUR FÉVRIER À MARS 2008

     

    Le Corbeau (1943)

    Henri-Georges Clouzot

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    Le film, censuré à l'époque, se distingue par son sujet, traité avec cynisme et froideur, préméditant l'acte de délation qui se déroulera durant l'Occupation. Au coeur d'un petit village de province, le docteur Germain, interprété par le brillant Pierre Fresnay, est accusé de pratiquer l'avortement par les lettres inquiétantes signées par un certain « corbeau ». Peu à peu, le nombre de ces lettres, à la base considérée comme une plaisanterie ou un acte de jalousie, ne fait que s'accroître et multiplier les dénonciations. Sur ce point, la montée de la folie générale derrière les convenances est saisissante de noirceur et d'ironie. Les nombreux indices et personnages mystérieux donnent de l'épaisseur à l'intrigue, venant désigner un coupable universel, dont seul se détache le docteur Germain, fil conducteur du film. Si la mise en scène s'avère classique, elle recèle de détails et de points de vue intéressants et réunit les grands acteurs du moment, la plupart issus de la Comédie Française. Néanmoins, le film s'avère un peu vieilli, notamment sur la résolution du mystère.

     

    La Prisonnière du désert (1956)

    John Ford

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    Un autre western classique et glorifiant le cow-boy américain ? Pas exactement. Considéré comme le meilleur film de John Ford, La Prisonnière du désert (en réalité The Searchers, titre beaucoup plus psychologique) est en effet empreint d'une certaine inventivité et noirceur inhabituelles. Certes, de nombreux éléments classiques restent ancrés dans ce western, comme les combats avec les Indiens, la présence de la Cavalerie ou les cavales dans les grands espaces américains, mais le film est marqué par le vieillissement et la désillusion du personnage principal, cet oncle aux origines inconnues. Le film s'ouvre sur l'intérieur sombre d'une maison au milieu de la zone désertique, en fort contraste avec la luminosité du dehors, et d'où se dessinait au loin la silhouette de John Wayne. Le véritable travail sur la photographie et les couleurs aveuglantes des plateaux prouve également une plus grande recherche et innovation. De même, la vision des Indiens, même si elle reste plutôt péjorative, commence à changer, présentant la culture et engageant un débat entre l'oncle et son « neveu » aux vagues origines indiennes. Enfin, le film se démarque de westerns mélioratifs comme La charge héroïque ou La chevauchée fantastique par la présence obsédante de la mort, suggérée avec horreur.

     

    3:10 To Yuma

    James Mangold

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    Après Walk the line, superbe biopic sur Johnny Cash, James Mangold s'attaque au western, comme beaucoup d'autres ces temps-ci, s'amusant à démanteler les codes ou multiplier les possibilités. Mais le cinéaste préfère livrer un travail soigné, plaisant, ancré à la fois dans sa personnalité que je qualifierai d' « homme droit et intègre » et dans le classissisme américain. Néanmoins 3:10 to Yuma n'en reste pas moins impressionnant et intelligemment interprété, appartenant à cette expression, certes cliché mais très représentative du film, « un grand moment de cinéma ». Grâce à la galerie de personnages éclectiques (où les femmes ont un joli rôle, malheureusement trop mineur) et les cascades minutieuses et réalistes, le film reste réjouissant. Dommage que la fin soit empreinte d'un tel pathos moraliste, où seul le personnage de Russell Crowe réussit à conserver le cynisme final par son dernier geste inattendu. En effet, le film doit beaucoup à l'interprétation de Russell Crowe, faisant songer parfois au Jesse James de Brad Pitt par sa légère mélancolie et ce joli trait de caractère qui le fait dessiner quelques détails sur son carnet

     

    J'ai toujours rêvé d'être un gangster

    Samuel Benchetrit

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    Grâce à sa bande-annonce façon Godard, portée par un humour singulier et une très belle photographie, j'attendais beaucoup de ce film à sketchs. Malheureusement, la déception est à son comble : comme tous les films à sketchs, le long-métrage reste très inégal et inabouti. Mis à part le passage, très amusant mais également émouvant et pathétique des deux kidnappeurs belges, le reste du film est empreint de la même lenteur tout du long, du même humour triste et lassé, ennuyant souvent le spectateur. Certes, certaines répliques ou gags se démarquent quelquefois, de même que l'inventivité ou le côté expérimental du sketch avec Anna Mouladis et Edouard Baer (comme le bel hommage au film muet). Cependant, les suites de clins d'oeil et d'effets esthétiques semblent combler le creux de l'intrigue, volontairement absurde et inefficace. De plus, le pire est le passage avec Arno et Alain Bashung, où le vol improvisé du « gangster » chanteur n'est qu'un prétexte à faire se pavaner les deux chanteurs et prétendre enfin les reunir lors « face-à-face » aux répliques lourdes. Reste une superbe photographie, quelques images intéressantes, un travail intéressant sur le son et le timbre profond d'Anna Mougladis. Mais Samuel Benchetrit aurait dû étoffer son scénario, d'abord en livrant un long-métrage construit et non morcelé, et réduire son nombre de clins d'oeil, voulant trop se coller à eux et trahir sa nostalgie.

     

    L'Île

    Pavel Lounguine

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    Film complexe par sa plongée au coeur de la religion orthodoxe, L'Île est particulier et difficile à cerner à cause de l'irrégularité de son objectivité. En effet, tout en s'attachant à un moine tapageur et légèrement anarchiste, le film le présente également comme un phénomène mystique et présente ses miracles, comme une scène agaçante d'exorcisme dans la neige. Certes, la présence des paysages silencieux et les plans d'ensemble contemplatifs de ces immenses lacs et constructions monastiques hypnotisent le spectateur, mais le propos reste difficile à apprécier, notamment à cause du tableau curieux de la religion, se voulant à la fois en dehors des conventions et proche de la représentation biblique. Les personnages restent également très ambigüs et schématiquement traités, notamment dans leurs sentiments, frisant parfois le cliché. L'Île, mis à part ses paysages, reste hermétique et inégal, voire inquiétant de part son succès.

     

    The Darjeeling Limited

    Wes Anderson

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    A force d'entendre des critiques négatifs, je ne fus pas déçue par le long-métrage de Wes Anderson, m'attendant à un résultat décevant. A vrai dire, le film reste très agréable, notamment les après-midi de vacances, et a au moins le mérite de détendre le spectateur. En effet, l'humour est si superficiel, les situations et sentiments si schématiques malgré la présence de l'univers, et les décors colorés que Darjeeling Limited reste très léger, parfois un peu soporifique (comme les affreux ralentis, sauf celui du début du film). Certains gags sont si évidents que le spectateur n'a pas besoin de s'embarasser de questions inutiles à propos de l'incongruité de l'Inde et la folie inexplicable des trois frères. Mais le film tient beaucoup de la complicité de ses acteurs, trois frères identiques malgré les apparences, tous empreints du même caractère peu fouillé mais agréable à voir se débattre. Owen Wilson est amusant, Jason Schwartzmann drôle mais c'est surtout le génial Adrien Brody qui se démarque le plus. Sans oublier une hôtesse originale, des couleurs partout, un court-métrage (bonne idée malheureusement ratée), des apparitions clins d'oeil de Natalie Portman et surtout de l'excellentissime Bill Murray.

     

    Marie-Antoinette (2005)

    Sofia Coppola 

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    Alors que Lost in Translation était empreint de liberté et d'une douceur mélancolique et ironique au milieu de l'absurde capitale japonaise, Marie-Antoinette reste d'un académisme ennuyant et d'un creux effrayant. Pourtant, le sujet, tendant à s'intéresser à la brutale insertion de cette jeune fille dans un milieu trop riche et foisonnant, offrait de nombreuses possibilités. A la place, Sofia Coppola multiplie les panoramas sur Versailles, les robes acidulées, les ballerines éclectiques, le kitsch luxueux, les confiseries trop sucrées, le ridicule et la méchanceté de l'étiquette et de la Cour grossièrement dépeints... Et dans l'intérêt de rendre un film ennuyeux, à l'intérêt uniquement esthétique et prétendant renouveler le film de costumes. Mis à part quelques séquences (comme le séjour onirique à la campagne), les personnages et les situations ne sont que survolées, loin de tout bavardage politique ou psychologique, constamment simplifiés. Marie-Antoinette, malgré la présence malicieuse de Kirsten Dunst, reste tout aussi incompréhensible et inchangée du début à la fin, laquelle « fin » est odieusement allégée et supprimée. Seul Jason Schwartzmann, dans son interprétation distante et timide de Louis XVI, donne de l'intérêt à cette grosse production gâchée.