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laurent cantet

  • Entre les Murs

    Entre ces murs, ces corps et ces mots

    ENTRE LES MURS – Laurent Cantet

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    Pour le pur bonheur des cinéphiles du coin, le cinéma Art et Essai de Nancy bénéficia vendredi dernier, le 22 août, d’une avant-première exceptionnelle concernant le nouveau film de Laurent Cantet, primé à Cannes par la plus convoitée des récompenses cinématographiques. Pour ma part, je m’engageais à assister à cette projection, pouvant non seulement découvrir un nouveau travail dans le cinéma français actuel, mais également rencontrer un cinéaste en pleine émergence. En effet, la projection était suivie d’un débat avec Laurent Cantet, très à l’aise, et François Bégaudeau, plus présent à l’écran qu’en chair et en os, puisqu’il ne pouvait finalement pas venir ce soir-là.

    Face à une salle bondée, jalonnée par toutes les générations, Entre les Murs fut projeté avec rigueur, dans une ambiance détendue. La première considération que le spectateur devrait se faire est de ne pas prendre en compte le sentiment d’injustice qu’a soulevé la consécration de ce film à Cannes, face à de multiples œuvres hautement soignées de réalisateurs talentueux (Clint Eastwood, Arnaud Desplechin, Steven Soderbergh, James Gray…). Je ne vais pas revenir sur l’ambiguïté des choix de Sean Penn (voir à ce sujet le billet d’humeur sur Cannes). Le film reste un excellent moment, brillant pour son engagement social et sa description simple et efficace des particularités de notre système scolaire actuel.

    Entre les murs, librement adapté du roman éponyme de François Bégaudeau, décrit le quotidien d’une classe de quatrième dans un collège « difficile », durant toute une année, et de sa relation avec son professeur principal et de français. Le premier atout de ce film est sa simplicité et son équilibre, alternant moments dramatiques et humoristiques, jouant sur la langue (celle de l’apprentissage scolaire et celle des adolescents) et diffusant une palette de sentiments grâce aux personnalités des élèves et professeurs. Il s’agit d’un portrait fidèle et pertinent de la situation scolaire française actuelle. J’avoue avoir retrouvé mes souvenirs de collège : ambiance survoltée d’une salle de classe de jeunes adolescents, premiers travaux de réflexion et critique, sports ou téléphonie dans la cour, conseils de classe tendue, questions de l’orientation, angoisse à l’idée du conseil de discipline… Le film se retranche des deux « côtés », prenant comme personnage principal un professeur, mais cherchant à situer tous les éléments dans une classe au quotidien, sans pour autant décrire des stéréotypes de l’adolescence.

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    En effet, le travail mené avec les jeunes acteurs résulte d’une remarquable justesse, où chacun se nourrit de ses expériences personnelles, mais en pouvant garder une distance avec leur vraie personnalité. Comme nous l’a expliqué Laurent Cantet, chaque élève, en ateliers d’improvisation, s’est forgé son personnage et leurs parents ont suivi le jeu. Cet investissement collectif, énergique et riche, prend toute sa force lors des interventions du professeur, s’immisçant dans leur langage, leurs critiques et leurs conseils. Beaucoup de journalistes ont décrit ces échanges comme un « jeu de ping-pong linguistique », où s’établit un contraste entre le français correct et habile du professeur et le langage décalé et vif des adolescents, menant ainsi à un contact surprenant et révélateur.

    De même, la classe révèle le contexte ethnique de la France : des élèves de multiples nationalités s’y répondent, débattant sur leurs pays, comme, par exemple, l’équipe de football la plus efficace… Les adolescents remettent en cause la rigueur de l’enseignement, mais avec une pointe de nonchalance et d’obstination injustifiée. Enseignement dont l’image conformiste prime, et que le professeur essaie de modifier, par sa patience et sa subtile répartie. Enseignement qui risque de le piéger à tout moment, l’amenant à observer ses élèves se défoulant sur leur territoire (pourtant encore encerclé), à savoir la cour. De celle-ci, de nombreuses prises de vue subjectif depuis l’intérieur de l’établissement, exprimant le désir du professeur face à la débandade des élèves : parties de football survoltées, bavardages féminins sur les bancs, portables et MP3 volant de main en main… Finalement, l’année s’achèvera collectivement dans cet espace de loisirs, d’une liberté limitée à bon escient.

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    François Bégaudeau tentera par ailleurs de franchir cette limite entre élèves et professeurs, salle de classe et cour de récréation. Dans ce dernier recours de contact, ayant troublé la confiance établi, il vient empiéter leur territoire, étant rapidement entouré par tous les adolescents méfiants, comprenant qu’il n’a pas le droit de s’immiscer dans leur logique. Le personnage principal est extrêmement maladroit durant cette séquence, perdant ses repères habituels d’une salle de classe. Ce parti pris, celui d’un professeur hésitant et empli de doutes malgré sa repartie et son expérience, est audacieux et intelligent, expliquant en partie le futur succès d’Entre les murs, film s’intéressant de près à la psychologie de chaque personnage, lui faisant une suite de sentiments et d’évènements. Le film se base en partie sur le pouvoir de la parole et les conséquences graves qu’un malentendu linguistique peut entraîner.

    De plus, Entre les murs est surtout un film engagé qui, malgré le fait qu’il reste avant tout une fiction, est ancré dans l’air du temps, décrivant ce système scolaire si contesté en France. Cette dimension prend encore plus de force face à des connaisseurs du milieu scolaire, professeurs ou élèves. Dans les murs du collège surgissent des interrogations, des débats contre l’emploi des félicitations pour l’un, du blâme pour l’autre et surtout le jugement irréversible des conseils de discipline… Tous les doutes et failles du système sont démontrés à travers le film, des séquences de la vie courante d’un collège où se retrouvent les mêmes comportements (le professeur qui pète les plombs, le principal sérieux et conventionnel…). De même, les ambiances comptent pour beaucoup dans la représentation du lieu scolaire, huis-clos condensant les petits drames et les sourires. Au bavardage de la classe s’oppose la tension des conseils de classe, où chacun se rétracte au nom d’un élève « difficile ». Face aux photos personnelles et optimistes d’un élève, chaleureusement louées par le professeur s’impose le contraste d’un acte d’accusation incompris par le parent de l’élève en faute.

    Dressons tout de même un article quant aux interprétations des acteurs. Car il s’agit bien d’acteur, et non pas d’adolescents jouant leur propre rôle, qui incarnent ces élèves survoltés et pétillants. Formés en ateliers, ils portent littéralement le film, par leur vivacité et leurs provocations, se basant sur l’improvisation et la construction de leur rôle. Evidemment, la qualité du jeu est saisissante, parfois bien plus que celui des adultes. Ceux-ci sont néanmoins convenables et vivants. Quant à François Bégaudeau, je reste un peu sceptique sur son interprétation. Celle-ci reste parfois ambigüe car le personnage est extrêmement introverti (mis à part en présence des élèves), traversé de doutes et d’un comportement souvent obscur.

    Ce brassage, étant à la fois linguistique, émotionnelle et ethnique constitue le succès du film de Laurent Cantet, et l’engouement des membres du jury de Cannes. Car Entre les murs est traversé d’un flux de vie et d’espoir tout à fait nécessaire à notre société, pouvant être comparé à cette même force qui provenait de l’Esquive (Abdellatif Kechiche) en 2004 et qui avait apporté un nouveau souffle au « conventionnel » cinéma français.

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  • 100ème note

    Lysao fête sa 100ème Note !

    Hier et aujourd'hui étaient deux jours de rentrée scolaire. Beaucoup y prêtent attention, notamment dans le cadre scolaire, la littérature, le cinéma, la politique... Evidemment je ne peux que vous parler de cinéma, passion que je défends toujours avec acharnement, mais j'encourage également à profiter des autres arts. En ces journées, ensoleillée pour hier, pluvieuse pour aujourd'hui, beaucoup ont repris le quotidien, pestant, râlant, soupirant et baillant. Je me suis dit que pour encourager tous mes proches camarades de classe qui éprouvaient quelques réticences à reprendre le rythme, ainsi que de nombreux autre élèves et salariés, j'allais chaudement recommander deux films vus en avant-première, tous deux pleins d'énergie et de courage, de poésie et d'émotion.

    Je constate alors qu'il s'agit de ma 100ème note, qui inaugure, coïncidence étrange, une nouvelle année cinématographique. Je remercie alors tous ceux qui circulent sur mon blog, prenant le temps ou non de lire mes très longues critiques. Merci à tous.

    Quant aux deux films, il s'agit d'abord de l'inévitable Palme d'or française, Entre les Murs de Laurent Cantet, film incontournable dans l'air du temps. L'engagement est présent, certes, mais de manière extrêmement subtile, s'appuyant sur le dynamisme des élèves et leur originalité. Le film est une véritable palette d'émotions collectives, ne tombant jamais dans le cliché, donnant une image juste du collège, de la France actuelle et de ses problèmes face aux réformes de l'enseignement. Les interprétations sont sidérantes. Le langage moderne et vif des élèves se heurte aux remarques subtiles du professeur, établissant un échange riche et un véritable contact allant au-delà du moderne apprentissage. Réservz une place dans votre emploi du temps lors de sa sortie, le 24 septembre !

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    Le deuxième film n'en est pas moins réjouissant. Rumba réunit humour belge, univers à la Tati et veine poétique, bercés par les paysages de basse-Normandie. L'histoire du couple s'enchaîne sur une péripétie de gags d'une subtile construction, grouillant d'idées pour la mise en scène, les personnages et les décors. Véritable bonheur cinématographique, Rumba est d'une fraîcheur irrésistible, d'une générosité incomparable, parlant avec simplicité d'un univers décalé et coloré. Les deux Belges enchaînent péripéties sur péripéties, n'hésitant pas à faire durer le plaisir sur de longs plans-séquences. N'hésitez pas à voir ce film,peu dansant, mais virevoltant de vie.

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  • Regard sur le Festival de Cannes 2008

    CANNES 2008 : L’engagement au cinéma ?

    Le palmarès de cette année 2008 à Cannes a engendré de nombreuses réactions, notamment en raison de son caractère engagé, favorisant des films à connotation sociale ou politique. A ce propos, Michel Ciment a signé un excellent article dans le numéro de juillet de la revue Positif (revue que je conseille par ailleurs), démontrant les conséquences néfastes du choix plus ou moins imposé par Sean Penn, exemple, justement, d’acteur aux engagements politiques marqués.

    En effet, favoriser certains films en fonction de leur engagement, donc du côté scénaristique et démonstratif, signifie prendre peu en compte la qualité artistique d’un film, ainsi que d’autres facteurs essentiels, tels la mise en scène, le travail de l’image et du son… Certes, les films primés ne sont pas forcément dénués d’intérêt et de qualité, mais un tel choix repose la question de ce qui fait une œuvre d’art cinématographique, et selon quels critères se détermine son jugement. Par ce palmarès « socio-politique », le cinéma a-t-il tendance à devenir un art purement démonstratif et de plus en plus réaliste ? Ne perd-t-il pas de sa valeur artistique. Certes, l’engagement d’une œuvre reste important, mais il faut savoir choisir l’art et la manière de la mettre en scène.

    Cependant, le palmarès semble satisfaisant, récompensant des auteurs moins connus qu’à l’habitude, et surprenant par une Palme d’or française enclenchant les polémiques. Je conseille de nouveau l’article de Michel Ciment, tentant d’expliquer avec clairvoyance cette décision. De même, le critique regrette l’absence au palmarès de cinéastes renommés aux œuvres impressionnantes, notamment Soderbergh, Gray, Wenders, Desplechin ou Eastwood. Ce dernier a reçu un lâche prix « récompensant l’ensemble de sa carrière », en guise de « consolation » mais insinuant irrespectueusement que son film ne méritait aucune récompense, mais son passé, si. Eastwood a par ailleurs très bien réagi, prenant l’audace de faire la sourde oreille et de ne pas se déplacer. De même, Catherine Deneuve-ayant reçu un prix similaire- remit les pendules à l’heure en remerciant élégamment l’équipe d’un Conte de Noël d’Arnaud Desplechin.

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    L'équipe du film Entre les murs de Laurent Cantet