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martin provost

  • Séraphine

    Tableau(x) impressionniste(s)

    SERAPHINE – Martin Provost

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    L’affiche impose le climat du film : une silhouette claudicante, disgracieuse, grossièrement vêtue, marche à grands pas parmi les tiges dorées des champs de Selin. Séraphine surprend tout d’abord par la qualité de sa photographie et de ses paysages, baignés dans une lumière douce et chaleureuse, tout du moins au début du film. L’intrigue s’installe posément au milieu de ce décor impressionniste, se dégradant insensiblement vers un final effroyable.

    serména.jpgSéraphine, tout comme son nom l’indique, est une vieille femme de ménage solitaire gagnant misérablement sa vie en rendant des services harassants pour quelques sous. Mais derrière son apparence négligée et sa simplicité d’esprit, le personnage recèle de compétences artistiques surprenantes. Les premières séquences sont consacrées à la curieuse promenade nocturne et matinale de cette vieille femme : elle n’hésite à s’enfoncer dans l’eau glacée d’un étang pour ramasser certaines colorations verdâtres, arrache tiges et fleurs sur son passage, recueille le sang des morceaux frais de la boucherie…et négligeant ainsi sa santé et sa propre personne. Séraphine est ainsi artiste au sens le plus pur : elle sacrifie toute son existence pour obtenir ne serait-ce qu’un pigment, qu’une coloration ou substance essentiel pour son œuvre.

    Sur ce point, Martin Provost doit beaucoup à la prestation de Yolande Moreau pour la construction de son personnage. L’actrice, en plus d’avoir le physique idéal, incarne de tout son corps chaque fait, geste, propos, regard de la vieille femme, nous inspirant la sympathie ou l’antipathie. En effet, le personnage est ambigu, quittant parfois l’aspect tendre et passionné pour dévoiler une facette cruelle, prête à toutes les manigances, menaçant son mécène et s’enfonçant finalement dans la folie spirituelle. Séraphine suit une progression dramatique qui se répercute sur l’ampleur que prennent ses toiles, passant de la légère crainte spirituelle en volant la cire des cierges devant une icône de la Vierge Marie à une dévotion divine des plus inquiétantes. De même, l’artiste devient plus coquet, plus capricieux, s’achetant un mobilier onéreux et stylisé et multiples fantaisies. Ceux-ci s’avèrent en parfait contraste avec la personnalité de la vieille femme.

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    Le film fonctionne sur le masque, l’apparence affichée en public et cachant des abords bien plus complexes. Ainsi, derrière la béatitude d’une vieille et sale femme de ménage se cache un esprit coloré, ludique et riche d’émotions. Mais cette règle s’applique également à tous les protagonistes alentour et aux paysages, se révélant notamment en raison de la guerre. Le collectionneur allemand, semblant si sérieux et introverti, n’est pas le moins du monde séduit par Anne-Marie, qui est en réalité sa sœur, car il est homosexuel et envers l’esprit de ses compatriotes. L’employeuse de Séraphine, horrible et méprisante femme, perd toute contenance lorsque les Allemands pillent le village et devient craintive. Mais la plus impressionnante métamorphose reste celle du paysage.

    Alors coloré, champêtre et lumineux au début du film, celui-ci rappelle fortement les tableaux impressionnistes, notamment d’Auguste Renoir. De même, comment ne pas changer à cette inspiration de la famille Renoir lorsque Séraphine se baigne, nue, dans une rivière translucide sous les arbres ? Le film multiplie aussi les références artistiques par le biais du personnage du collectionneur, Wilhelm Uhde.

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    Entre Séraphine et celui-ci se noue une relation particulière. La vieille femme, par son métier, vit dans l’intimité du collectionneur, le surprenant plus à ses moments de dépression et finalement l’ayant tout de suite surpris sans son masque. Le personnage de Wilhelm Uhde est dès le départ présenté comme fragile, complexé par son secret et aspirant à la sérénité. Trouve-t-il refuge dans les peintures qu’il collectionne, dans les carnets qu’il remplit ou dans la pratique du piano ? De même, il est tout de suite subjugué par les toiles de Séraphine, ressentant et comprenant la souffrance qu’elle cache.

    Les interprétations trahissent la simplicité des personnages, leur modestie et le fait qu’ils soient piégés par l’Histoire. La réalisation est soignée, s’appuyant sur un rythme paisible, agréable, bercé par des décors magnifiques. Séraphine ne tombe jamais dans le drame total, gardant une distance avec ses personnages et leurs malheurs et s’appuyant sur une note d’espoir finale s’avérant être un véritable appel pacifique, à la vie.

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