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renée zellweger

  • Leatherheads

    Old Head

    LEATHERHEADS – Georges Clooney

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    Après Good Night and Good Luck, film conventionnel pour un sujet audacieux, Georges Clooney repasse pour la troisième fois devant et derrière la caméra afin de tourner une histoire plus légère et moins engagée que son film précédent. Leatherheads est sensé être une comédie romantique, sauf que tout y est passé de mode. L'utilisation du sport n'est que prétexte à une multitude de gags vieillis, se basant sur l'effet de foule et la brutalité naïve des footballeurs, mais n'aboutissant qu'à une série de péripéties grossières, surplombés d'une bande-son agaçante et prétentieuse. Quant à l'intrigue, qui aurait pu donner lieu à une déclinaison de réactions ou de situations compromettantes, elle ne se contente que des plus banales situations de batifolage et de sauvetages de dernière minute d'une évidence ennuyeuse.

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    S'il est aisé de comprendre le désir de Georges Clooney de réaliser un film plus amusant et reposant, son troisième long-métrage reste ancré dans la mièvrerie et la facilité. La reconstitution historique et la photographie lumineuse et nette s'efforcent de rétablir le niveau des acteurs, d'une exagération aberrante (footballeurs délaissés qui, apprenant qu'ils peuvent rejouer, s'agitent dans tous les sens, abandonnant avec une facilité douteuse leur travail de mineur, soudeur ou études) et l'humour décidément décevant et ne méritant même pas d'être qualifié sous ce mot. La déception est de taille et la désolation de même, surtout en connaissant les capacités et l'engagement politique rare d'un acteur hollywoodien comme Georges Clooney.

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    La relation triptique s'annonçait intéressante : un jeune prodige renommé est disputé à la fois par une journaliste tentant de le charmer (et charmée elle-même) pour mieux le ridiculiser et gagner sa carrière, et un footballeur vieillissant voulant offrir la gloire à son équipe (et à lui-même) en engageant le jeune homme naïf. Ainsi, derrière leurs répliques flatteuses, blindées de sourires en coin, se dissimulait une hypocrisie brisant avec efficacité l'image du jeune premier, à l'identité plutôt brumeuse. Mais le jeu se noue également entre la journaliste et le footballeur, épri d'elle. L'intrigue préfère se resserrer sur ce duo, délaissant le jeune homme, réduisant le triptique ambitieux à un banal jeu de séduction et de ping-pong linguistique. Il est en effet très dommage d'avoir réduit le personnage le plus convoité à une figure portée aux nues par le public, plus présente sur les publicités et les journaux qu'en chair et en os. Ce dernier est interprété par un John Krasinski faiblard et peu aidé par la schématisation de son rôle.

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    Oubliant l'objet de leur enquête, Georges Clooney et Renée Zellweger batifolent ensemble, s'en donnent à coeur joie, multiplient les mimiques, dupent avec exagération la police et les arbitres, formant un tandem conventionnel, voulant s'ancrer dans ceux formés par les couples américains des films des années 1930, mais n'arrivant qu'à n'en soutirer un profond agacement. Séparement, les personnages sont pourtant sympathiques et intelligents. Renée Zellweger incarne cet journaliste pétillante qu'est Lexie Littleton, amenant un souffle active à la presse de l'époque et s'efforçant de ridiculiser toute la gente masculine. Elle ne résiste cependant que peu à Georges Clooney, dont les capacités de séduction sont ici étalées au grand jour, une pointe de narcississisme et d'autodérision en prime.

    Cependant, l'acteur aurait-il tourner ce film pour se donner du bon plaisir ? Voire un dernier instant de gloire ? En effet, Georges Clooney semble frappé, ces derniers temps, et cela se traduit dans ses derniers films, d'un sentiment de vieillesse. Par exemple, n'oublions pas cette question lancée à plusieurs membres de son équipe de braqueurs dans Ocean's 12 (Steven Soderbergh) « Quel âge me donnes-tu ? » et dont la réponse (« 52 ans ? », « 49 ? ») décomposait son visage. De même, ses rôles politiques dans Syriana ou plus récemment Michael Clayton étaient le stéréotype de l'homme d'affaires angoissé, traqué, où il mettait en oeuvre ses rides naissantes. Enfin, dans Leatherheads, exemple encore plus frappant, le personnage de Dodge Connolly est en proie aux remarques les plus vexantes sur son physique et ses cheveux gris (Pour citer : « Ne viens pas la ramener, grand-père », « Vous feriez mieux de penser à la retraite »...) tandis que s'épanouit son rival Carter Rutherford. De plus, Dodge Connolly est marqué par de nombreuses absences dûes à la fatigue (il s'endort dans le train ou au-dessus de celle qu'il veut conquérir...). Autre exemple étonnant : on propose à Carter Rutherford un rôle dans un film de la MGM, tandis que Connolly-Clooney rumine sa jalousie en silence.

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    L'acteur essaie de monter son propre numéro et multiplie les déformations faciales et les démarches à la Gene Kelly ou à la Cary Grant, afin de séduire, non seulement sa belle, mais également le public. Leatherheads pourrait s'interpréter comme une unique tentative de reconquérir nos coeurs, dans le but de nous persuader qu'il n'est pas encore bon pour la retraite. Ce petit exercice était un peu inutile. Néanmoins, Connolly réussit son pari, s'attirant les faveurs de Lexie et gagnant son estime sur Rutherford. Reste au public de trancher.

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    Pour ma part, je ne peux que respecter le choix de l'acteur de passer à une comédie sûrement plus accessible que son dernier film, mais le prie rapidement de s'intéresser à des scénarios plus élaborés et des rôles plus forts et audacieux.