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  • Là où les Tigres sont chez eux

    Trafic(s) à l’amazonienne

    LA OU LES TIGRES SONT CHEZ EUX – Jean-Marie Blas de Roblès – éd Zulma

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    Enfin, je suis venue à bout de l’un des deux pavés de la sélection, mais non sans plaisir. Là où les tigres sont chez eux brasse les destins plus ou moins reliés de plusieurs protagonistes, s’échelonnant sur toutes les classes sociales et nationalités. Reliant tous ces destins de manière philosophique, un manuscrit du XVIIème siècle de Caspar Schott à propos de son maître, l’érudit Athanase Kircher, est le point central du roman, dont la traduction est décryptée au fil des chapitres par le personnage d’Eléazard. Une vision du XVIIème, à travers la personnalité impressionnante de Kircher, où progressent à grands pas les recherches scientifiques, mais aussi la dévotion religieuse, s’oppose au contexte social alarmant du Brésil, terre noyée entre les favelas, la forêt amazonienne, les demeures luxueuses et les plages paradisiaques.

    De la jeunesse insouciante aux générations dominant économiquement et politiquement le pays, toutes les situations sont décrites par le biais de personnages hauts en couleur, plus ou moins attachants, plus ou moins riches d’émotions. Les aventures dépeintes ne sont pas embellies par la qualité de l’écriture, tirant le personnage jusqu’à être dépouillé de toute apparence, de tout contrôle, dévoilant progressivement es faiblesses et ses désirs. Ceux-ci sont souvent entravés, corrompues par le pouvoir de l’argent, la misère, la drogue, le sexe, la violence ou la religion. Seul Eléazard échappe à tous ces vices, entravé qu’il est à la traduction d’Athanase Kircher (ou encore le docteur Euclides, mais ce personnage représente une sorte de supériorité par rapport aux autres, une sagesse dans l’expérience).

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    Loredana ne vit qu’aux dépens de sa maladie, Moreira à celui de sa puissance, Carlotta à celui de son fils, Moéma à la drogue, Nelson à celui de son assassinat… Chacun s’enfonce un peu plus dans sa misère, son destin, entraîné irrémédiablement face aux épreuves. De même, le paysage joue un rôle moteur dans cette mise à nu : forêt féroce de mystères, d’humidité et d’insectes voraces affaiblissant les 5 chercheurs, favelas pauvres et colorés parcourus par Nelson, demeure luxueuse où se jouent le déchirement du couple Moreira, appartement farfelu inspirant ou agaçant Eléazard…

    De plus, le choc des cultures présent au Brésil fait écho aux découvertes d’Athanase face aux nationalités ethniques qu’il rencontre. Le récit d’aventure se mêle à une philosophie précise et parfois trop complexe. Le récit d’Athanase Kircher mêle habilement fiction et réalité, mais nécessite une forte concentration et de nombreuses références, sans pour autant être pompeux ou inaccessible. Aux multiples hypothèses ethnologiques, scientifiques, historiques, archéologiques ou linguistiques du savant se répondent les épreuves imposées aux personnages, rencontres, errances, peines d’amour, chutes financières, violences…

    En résulte une grande fresque, tendue d’un chapitre à l’autre, mais nécessitant du temps à dépenser en lecture. Le style reste irréprochable, philosophique et acerbe à souhait.