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soderbergh

  • Full Frontal

    Jouons à l'amateurisme 

    FULL FRONTAL (2002) - Steven Soderbergh 

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    Ne pas se fier à l'affiche, trompeuse, qui laisse à présager une énième comédie américaine au faux cynisme sur un sujet brûlant. Hé non, Sodebergh ne nous a pas laissé un film soigné et amusant, comme avec la série des Ocean's, mais une de ses fameuses expérimentations, laissant pantoise la machine hollywoodienne. Steven Soderbergh, toujours éclectique, a repris le principe du Dogme95 (collectif créé par Lars Von Trier et Thomas Vintenberg), en imposant à ses acteurs (la plupart célèbres ) et techniciens dix règles à respecter farouchement. 

    Ces contraintes, destinées à briser le monopole du star-system (pas de maquilleurs, ni de conducteurs , ni de restaurants pour les acteurs qui doivent se débrouiller) et prôner le film amateur (tournage dans des leux réels et utilisation de la caméra mini-DV), font l'originalité de Full Frontal et la difficulté d'adaptation du spectateur au film.

     

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    Tel est le défaut, mais unique défaut voulu, du film de Soderbergh : la mauvaise qualité des images au début surprend et la mise en place du scénario, basé sur l'improvisation, semble confus. Mais Full Frontal s'avère plus un jeu qu'un film et le meilleur moyen de l'apprécier est de se laisser prendre au jeu. L'audace du film est d'imposer ces contraintes au spectateur, qui peut en tirer plus ou autant profit que toute autre grosse production hollywoodienne.

    Dans une Amérique « dévitalisée » et bien du rêve américain, Full frontal croise les destins, sur une journée, de plusieurs personnalités aux subtils grains de folie, tous plus ou moins liés à l'anniversaire d'un producteur en mal de sa quarantaine. L'interprétation repose beaucoup sur l'improvisation et le talent des acteurs, bien loin du conformisme habituel. Si Full Frontal est empreint d'un délire immoral et bavard, il le doit beaucoup à ces acteurs, qui surprennent par l'incongruité de leurs propos et la construction psychologique sensée donnée à leurs personnages. Les nombreux monologues ne sont pas empreints d'une lourdeur linguistique, mais apportent une certaine philosophie à l'ensemble, tout en prenant exemple sur la vie quotidienne, et définissent mieux le mal de vivre des personnages.

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    Le contexte d'Hollywood n'est qu'un prétexte à la description cynique de l'Amérique. En effet, il est difficile de croire que les coulisses de l'industrie cinématographique américaine soient ainsi marqués par la banalité et l'égoïsme. Le travail en équipe est plutôt rare, chacun agit selon ses impulsions et dans une indifférence polie des autres. Deux pans sont dépeints, s'entremêlant tout au long du film, et se réunissant à la fin.

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    D'un côté, un monde plutôt chic, suivant le tournage d'un film romantique avec deux stars hollywoodiennes (Julia Roberts et Blair Underwood), dont les vies intimes restent désastreuses, malgré les apparences. Le principe du film dans le film est intelligemment utilisé, la vision « romantique »(donc du faux film) étant caractérisée par une photographie lisse et « propre » et des intérieurs luxueux, tandis que le tournage en temps réel est marqué par des caméras virevoltantes et de nombreux clins d'oeil. Les techniciens y secourent les acteurs enthousiastes tandis que le réalisateur lui-même fait une apparition-éclair marquant son autorité et signalant son omniprésence évanescente. Ce tableau réaliste et bref du tournage d'un film est plaisant et fait écho au travail chaleureux et connaisseur fourni par Steven Soderbergh sur ses autres films. Brad Pitt lui-même apparaît quelques minutes à l'écran, amenant son grain de sel dans les dialogues conventionnels du faux film.

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    Par ailleurs, l'icône de Brad Pitt est également utilisée comme représentative du glamour américain, puisqu'elle circule sur un magazine entre les mains de la quasi-totalité des personnages. 

    828194778.jpgDe l'autre côté, un portrait plus frappant et plus recherché car plus intime. L'absurdité du quotidien est portée par la vivacité des protagonistes, toujours scrutés et jamais jugés. Cette partie tient beaucoup à l'improvisation des acteurs. Catherine Keener, de loin la meilleure dans cet exercice, impressionne par son comportement de femme fatiguée par sa vie médiocre, qui prend pourtant un malin plaisir à jouer avec les pulsions de ses clients. Elle excelle dans son interprétation à la fois déjantée et émouvante. Son mari (David Hide Pierce) est saisissant d'angoisse et de maniaquerie. Sa soeur (Mary MacCormack) incarne une masseuse surprenante. Nicky Katt, en comédien vaniteux jouant le rôle d'Hitler dans une pièce minable, est également marqué par son immoralité. Tous ces personnages sont volontairement décalés et mettent en place le charme du film. 

    La fête d'anniversaire n'est qu'un prétexte pour regrouper méchamment tout ce petit monde et amener une conclusion tragique à l'ensemble. Cependant, la dernière partie du film nous définit habilement une idée du cinéma, cet art se voulant à la fois représentatif et irréalisable à la fois.

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