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the dark knight

  • Compte-rendu Septembre 2008

    L’après-rentrée…

    Ca y est, les premiers marrons sont tombés, l’automne s’inscrit en lettres tapuscrites au coin de nos agendas, la rentrée littéraire se lève d’aplomb, la crise financière s’étire, mais les politiques bâillent, la mort éteint les lampes, comme toujours… Et le cinéma ? Il déjeune tranquillement, satisfaisant par des films honorables, mais pas forcément marquants, juste de quoi satisfaire le spectateur, le tranquilliser entre ces visites, ces déclarations, ces accidents. La rentrée cinématographique, française surtout, semble s’être calquée sur ces quatre syllabes, sa-tis-fai-re, niant la déception.

    C’est ce constat qui m’amène à rédiger ces petites critiques sur des films sympathiques, mais peu marquants pour la plupart, et d’autres, rapidement découverts entre les devoirs.

    The Dark Knight

    Christopher Nolan

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    Face à l’euphorie de mes nombreux proches, face au succès phénoménal remporté aux Etats-Unis, face aux affiches (plutôt hideuses) croisées à chaque arrêt de bus, je décidai de me plonger dans un Gotham City désespéré, imprégné de clowns pas si gentils que Georges (ha ha !), d’une chauve-souris aux cheveux masqués et au sourire rare, d’un politicien au charisme digne du présentateur de la Grande Librairie, de policiers au pessimisme déconcertant et surtout d’un mangeur de cicatrices semblant représenter tous les vices du monde. Voilà, résumé grossièrement mais avec sincérité, le contenu de The Dark Knight, le nouveau Batman. N’ayant eu connaissance que de l’amusant Batman de Tim Burton et du seul mauvais rôle de Georges Clooney dans sa carrière dans Batman et Robin de Joël Schumacher, autant affirmer que le choc est rude face à cette représentation époustouflante de violence et d’angoisse du comic américain. En effet, Gotham City représente tout le traumatisme post-septembre actuel de l’Amérique, la remise en question du héros, notamment à travers l’image politique, et l’impuissance ou l’incompétence qu’il peut afficher face à l’horreur. La peur de la destruction, du meurtre, le pouvoir de l’image, la concurrence de l’économie asiatique se traduisent à travers le film, accédant à une dimension sociale actuelle surprenante et vraiment fascinante. Cependant, le film, très long, cherche en permanence à rebondir sur de nouvelles surprises, ne ménageant en rien le spectateur, s’avérant souvent d’une violence physique et surtout psychologique dérangeantes. Le personnage du Joker rassemble toutes les peurs, fou de l’explosif, de la perversion et de la torture. Heath Ledger entre littéralement dans la légende avec ce rôle, sidérant, faisant frémir le spectateur avec sa voix sifflante. Face à lui, Christian Bale est convenable, utilisant ses cordes vocales de façon inverse par une voix de gorge grave et inquiétante. Aaron Eckhart est resplendissant (contrairement à son double), Maggie Gilenhaal ravissante, l’excellent Cillian Murphy fait une apparition-éclair. Bref, un film noir et surprenant aux allures de divertissement.

     

    Histoire d'Eau (1959)

    Jean-Luc Godard, François Truffaut

    La virgule est nécessaire car ces deux réalisateurs n’ont pas travaillés ensemble sur ce court-métrage, qui n’est pas un film érotique comme certains ont pu le croire, mais une chronique sur les inondations à Paris en 1959. François Truffaut avait filmé les images mais, dans l’angoisse d’un premier film, il avait abandonné le projet pour faire Les 400 coups. Du coup, Jean-Luc Godard profita de l’occasion pour s’amuser avec ses images, réalisant un montage à la voix off déconcertante. L’actrice, face à ses péripéties en images, énumère ses impressions de la journée, s’apparentant plus à l’expression de ses pensées en vrac, plutôt qu’à un récit construit. Digne d’un commentateur sportif de radio, Caroline Dim ne s’arrête pas une seconde, décrivant les paysages, le garçon qui la drague, citant d’Aragon aux Pieds Nickelés, racontant des blagues absurdes, ironisant, critiquant. La vivacité de sa voix avec un montage saccadé et entrecoupé de vues aériennes au son de percussions amène une double dynamique au court-métrage, rappelant déjà le style provocateur et empli de références de Jean-Luc Godard.

     

    House By The River (1950)

    Fritz Lang

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    Un Lang inédit, porté par la nationalité américaine, tel est House By The River, film inédit sur le crime et la relation entre deux frères. Le film est d’une intelligence scénaristique et psychologique remarquable, jouant sur la culpabilité du personnage principal joué par Louis Harward, absolument remarquable, oscillant entre l’angoisse de la mort et la maniaquerie à masquer celle de sa servante, n’hésitant pas à piéger son frère. Celui-ci, joué par Lee Bowman, reste néanmoins un peu en-dessous de l’autre, alors que son personnage est dramatiquement intéressant, car il franchit progressivement les limites des conventions auxquels il pensait être très attaché. Chaque personnage agit égoïstement, répondant à ses propres désirs : celui d’Harward accuse son frère pour mieux décharger sa faute et le scandale qu’il s’ensuit, sa femme, face à son changement d’attitude, en profite pour se reporter sur son frère, deuxième amour, et Bowman aide son frère seulement grâce à la présence de sa femme. Ce trio se débat dans ses pulsions, cernés par les médias et ce paysage terrifiant et fascinant qu’est la rivière à proximité. Lang retrouve, par ces décors de studios de troncs d’arbres arrogants et dégarnis, cette eau noire et sinueuse, la plastique et l’éclairage dont il avait fait preuve dans ses premiers films allemands.

     

    Walking on the Wild Side (2000)

    Fiona Gordon et Dominique Abel

    Visionné en cours de cinéma, face une classe contenant mal ses gloussements de rire, le premier court-métrage d’Abel et Gordon pourrait être comme l’une des perles de ce petit bijou qu’est Rumba (actuellement en salles). Walking on the wild side raconte l’histoire d’amour décalée entre un employé de bureau coincé et une femme de ménage dans les salons de prostituées. Le film présente la même inspiration pour les décors colorés et ludiques, se basant sur des plans-séquences larges et savamment composés. Le scénario fonctionne selon un amusant quiproquo et finit littéralement par une « chute » absurde à souhait. Walking on the wild side, ou marcher sur un passage piéton pour mieux s’en écarter après, tels sont les principes de ce couple déjanté, déjouer l’attente du spectateur et l’histoire d’amour basique en se détachant, se décalant d’une réalité conformiste.

     

    Comme les Autres

    Vincent Garencq

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    Une comédie romantique sur l’homoparentalité, cela intrigue forcément, surtout dans le cadre du cinéma français. Bref, intriguée, j’allais voir sans grande ambition ce premier film de Vincent Garencq, surtout porté par un Lambert Wilson dans le meilleur de sa forme. Certes, le parti pris est intéressant, montrant bien que le débat actuel devient l’homoparentalité, et non plus l’homosexualité. Néanmoins, les problèmes rencontrés par le personnage principal, désespérément en quête d’un enfant, voire de manière quasi-obsessionnelle, sont souvent démontrés de manière un peu trop caricaturale, soulignant le message, accentuant sur les thèmes principaux. Ainsi, l’homosexualité des deux personnages masculins est grossièrement suggérée par la présence de photos, de tableaux et de magazines révélateurs de leur sexualité. La procédure d’adoption et la discrimination qu’elle peut présenter restent simplifiées. De même, le problème des sans-papiers, par le personnage de la jeune femme, passe en second plan derrière une intrigue amoureuse peu ambitieuse. Certes, le récit s’échafaude de manière très douce et agréable, gardant des interprétations convenables et un regard tendre sur chaque personnage, mais l’ensemble ne présente aucun style, aucune innovation. Le film s’est calqué dans ce moule confortable des films français : appartement élégants et spacieux, Paris propre aux couleurs froides, scènes de famille gentilles, avec quelques crises de colère et de nombreux sourires… Bref, est-ce à cause de cette absence totale d’imagination que Lambert Wilson tente de rester énergique pour défendre ce sujet qui lui tient visiblement à cœur ?

     

    Parlez-moi de la pluie

    Agnès Jaoui

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    Après Le Goût des autres, film très remarqué à l’époque aux Césars et un bon souvenir de mon enfance et Comme une image (non vu pour ma part), Agnès Jaoui coécrit un nouveau film avec Jean-Pierre Bacri dans le climat à la fois aride et orageux du Sud de la France. Le principe reste le même : destins croisés et liés de personnages pour la plupart fragiles, de diverses classes sociales, et s’apprêtant à traverser une période de doute face aux événements. Après un premier quart brouillon, mettant en place les différentes situations, Jaoui retrouve la mécanique de « l’humiliation ordinaire » qu’elle sait si bien dépeindre. Cependant, il réside dans le film une espèce de mollesse, une absence de tension ou d’attente, qui s’apparente à la chaleur engourdissante ou l’agacement dû aux orages. Certes, les dialogues sont intelligentss, les acteurs honorables (un très bon Jamel Debbouze, notamment, confirmant son talent dans des petits rôles dramatiques plutôt que dans celui d’agitateur) et la mise en scène soignée. Mais il manque cette énergie, cette folle embellie qui résidait dans Le goût des autres, ces mouvements secs et vifs du rôle de Jaoui à l’époque, cette hypocrisie de la part de Bacri, cette nonchalance apparente de Chabat… Toute cette vivacité s’est évaporé dans Parlez-moi de la pluie, comme si le duo perdait de sa vigueur, s’engonçant dans des situations qui « ronronnent », légèrement amusantes mais peu surprenantes. Sans oublier un happy end décevant, inattendu dans le mauvais sens du terme, s’apparentant aux effets de clip que le cinéma français a pris la mauvaise manie d’imiter.