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  • The Visitor

     Un professeur aux doigts fébriles

    THE VISITOR – Tom MacCarthy

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    Primé à Deauville par le Prix du Jury, The Visitor est un film intimiste, simple et parfois un tout petit peu trop prudent, malgré son sujet audacieux. IL se joue une opposition constante entre le fond et la forme, inadaptés mais imprimant néanmoins sur tout le film une sagesse inébranlable.

    visjenkins.jpgUn professeur d'université, veuf et lassé de son rythme de vie répétitif et ennuyeux, surprend dans son appartement de Manhattan un couple d'immigrés clandestins. Il va les héberger le temps qu'ils trouvent un nouveau logement pour finalement les aider dans leur survie constante face aux autorités américaines. Ce qui intéresse le réalisateur dans cette histoire, ce n'est pas tant la dénonciation et la difficulté des conditions d'intégration des immigrés, mais plutôt la possibilité d'une relation entre deux cultures. Tom MacCarthy centre le film sur ce personnage magnifique de ce professeur désabusé, qui va peu à peu reprendre goût à la vie, grâce à cette culture importée d'Afrique et échouée sur le continent américain. Dès les premières images, cernées par une photographie lisse et aux couleurs claires, l'ennui de cette vie s'impose à l'écran, la tristesse envahit l'action. Cet homme âgé a le visage creusé dans l'impassibilité, l'incompréhension face à l'activité de ses collègues et des autres employés. Se contentant de rectifier la date sur un même cours polycopié qu'il utilise depuis des années, il reste distant du fluide quotidien, du tumulte des rendez-vous, des projets et des rencontres. Dès le départ, ce personnage principal s'impose par sa mise à l'écart, volontaire, de la vie américaine et son comportement mystérieux. Seul, silencieux, juste observateur derrière des lunettes sévères et creusées par le profond ennui, il semble ne plus avoir d'avenir devant lui.

    Le parti pris de s'attacher à un personnage sur sa désillusion, la fin de sa vie (celle-ci comprenant notamment ses années de mariage avec une grande pianiste, avant que celle-ci ne décède) permet au film de gagner progressivement en légèreté, de croître en émotion. Nous suivons lentement les pas de ce professeur qui reprend goût à la vie et- s'émancipe finalement, retrouve une seconde jeunesse. L'interprétation de Richard Jenkins est extrêmement mesurée, pudique, en cohérence avec la façon de filmer du film. Une caméra légèrement distante, tentant de percer l'invisible voile qui recouvre le visage du personnage. L'animation progressive et subtile de ce visage touche énormément et ne donne qu'à sourire face aux accents juvéniles qui s'impriment soudain sur ce visage ridé, renfrogné. La caméra suit également cette évolution, devenant plus fébrile, plus souple dans ses mouvements et plus proche du personnage.

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    La première partie du film s'attache brillamment à cette évolution, avec une douceur et une chaleur touchante. L'histoire d'amitié entre le professeur et ce jeune immigré féru de rythme africain s'ébauche grâce à la musique. Le rythme entraînant des djembe entraîne l'émancipation du personnage. C'est tout un monde, caché dans les rues de chaque métropole américaine, qui se dessine à travers le film. Ceux que ce professeur aisé, comme tant d'autres employés américains, regardait avec indifférence lorsqu'il prenait le métro, pressé par le temps ou les conférences, se révèlent soudain, apparaissent plus fascinants et amicaux. The visitor s'applique aussi à cet invité aux petites lunettes, affublé d'un costume strict et d'une cravate grise, qui prend place au milieu des immigrés de diverses nationalités, juste pour le plaisir de la musique, du rythme, de la chaleur vibrante de ces instruments de musique si inhabituels dans la société américaine. Le film est empreint d'un fort engagement social par la description de cet aspect, amené grâce à un personnage jusqu'alors engoncé dans l'ennui de sa vie monotone.

    vismèretez.jpgCependant, sur une seconde partie, c'est à dire lors de l'arrestation du jeune immigré et de la venue de sa mère, le rythme du film, déjà doux au début, s'alanguit par l'histoire d'amour esquissée entre le professeur et la mère. Certes, Hiam Abbas livre une interprétation touchante, excellente actrice qu'elle l'est comme dans Les Citronniers d'Eran Riklis, mais son personnage fait oublier l'intrigue principale, celle de son fils emprisonné et surtout celle de l'avenir du couple qu'il formait avec sa jeune femme Zaineb. Celle-ci, pourtant porteuse de mystère et distante du professeur au profit de l'amitié dont faisait part son mari, est sacrifiée au profit de la mère. Son personnage, pourtant, aurait mérité plus d'attention. Il est donc dommage de voir le rythme s'alourdir par cette relation échafaudée entre ce professeur et cette mère, très digne, par des sorties à l'Opéra, des promenades dans les marchés et des conversations au restaurant. Comme si Walter Vale entraînait cette femme dans son milieu d'origine, ses lieux favoris grâce à l'aisance de ses moyens, à l'inverse de ce que son fils avait fait pour lui.

    De même, les conditions de vie que cet immigré subit en prison ne sont que légèrement décrites. Car, plus que tout, c'est l'espoir qui porte Tom MacCarthy par ce film, comme en témoignent ces très belles scènes où les deux hommes, séparés par la vitre pénitentiaire, continuent de jouer avec leurs mains.

    The visitor, malgré ses problèmes de rythme dans l'intrigue. est tout de même empreint d'une belle douceur et d'un espoir favorable, cerné par ce personnage magnifique, image d'un professeur assis au beau milieu de la foule du métro, jouant sur son djembe, concentré et vivant.

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